Enfants dans le conflit israélo-palestinien

Une fille israélienne (à gauche) et un garçon palestinien (à droite) près de maisons endommagées pendant la guerre de Gaza de 2008-2009.

Les enfants et les droits des enfants sont depuis longtemps au cœur du conflit israélo-palestinien, dès le massacre d'Hébron en 1929 et celui de Deir Yassin en 1948, qui causent la mort d'enfants et précipitent un long conflit entraînant souvent le déplacement, les blessures et la mort de jeunes. L'exposition des jeunes aux hostilités augmente notablement pendant la première et la seconde intifada, où les réponses sévères des forces israéliennes envers les adolescents et les enfants palestiniens qui protestent contre l'occupation israélienne conduisent à l'arrestation et à la détention de nombreux jeunes Palestiniens, ainsi qu'à d'autres violations des droits humains[1].

Les enfants sont régulièrement victimes, et parfois utilisés comme auteurs de violences dans le conflit, y compris comme kamikazes. Les enfants israéliens et palestiniens subissent des attaques, notamment des bombardements et des fusillades, touchant souvent des écoles ou d'autres espaces destinés à la jeunesse. Des rapports indiquent que cette violence a des conséquences psychologiques graves sur les enfants, notamment des traumatismes et des troubles de stress post-traumatique. Des organisations internationales, dont l'ONU et Human Rights Watch, expriment une vive inquiétude quant au traitement des enfants dans le cadre du conflit et appellent les deux parties à respecter les conventions internationales relatives aux droits de l'enfant. En effet, pendant la guerre de Gaza de 2023, les Nations unies inscrivent les forces de défense israéliennes sur une liste d'auteurs de violations n'assurant pas la protection des enfants[2]. Selon les calculs de B'Tselem, en 2021, environ 2 171 enfants palestiniens ont été tués par les forces israéliennes au cours des vingt dernières années[3],[4], et 139 enfants israéliens ont été tués par des forces palestiniennes[4]. Selon Save the Children, jusqu'à 21 000 enfants ont disparu de la bande de Gaza entre et [5].

Des efforts sont faits pour atténuer l'impact du conflit sur les enfants, à travers divers projets de paix impliquant des jeunes des deux camps. Ces initiatives visent à encourager la compréhension, la réconciliation et le dialogue, en mettant l'accent sur l'éducation et les expériences partagées. Malgré ces efforts, le conflit en cours continue d'affecter profondément la vie des enfants dans les sociétés israélienne et palestinienne.

Histoire

Familles palestiniennes fuyant la Galilée fin 1948 (à gauche) et enfants juifs irakiens déplacés en 1951 (à droite).

Les jeunes sont touchés par les actions militaires depuis avant la création de l'État d'Israël. Le massacre d'Hébron en 1929[6] fait 24 victimes parmi des étudiants de yeshiva en âge scolaire et des enfants de moins de 5 ans[7]. En 1948, des adolescents militants des groupes armés Irgoun et Lehi participent à un massacre indiscriminé d'au moins 107 habitants palestiniens du village de Deir Yassin, y compris des femmes et des enfants[8],[9]. Depuis la guerre des Six Jours, lorsque la Cisjordanie et la bande de Gaza passent sous occupation militaire israélienne, selon Anton Shammas (en), la notion d'« enfance » est abolie dans les déclarations militaires israéliennes. Ainsi, lorsqu'un enfant de 10 ans est tué, il est désigné comme « un jeune homme de dix ans »[10].

Avec le déclenchement de la première Intifada (1987–1993), le jet de pierres est défini comme un crime, et des enfants commencent à être arrêtés, avec une caution fixée à 400 dollars américains. Si cette somme n'est pas payée, ils peuvent être placés en détention administrative pendant un an[10]. L'occupation israélienne continue, et l'enlisement du processus de paix israélo-palestinien conduit à des protestations palestiniennes et à des violences politiques, culminant avec les manifestations de masse durant la première Intifada. De nombreux jeunes participent à des actions non violentes : manifestations, sit-in, grèves, boycotts, désobéissance civile, souvent organisés par des comités populaires[11]. Il y a aussi des émeutes, des jets de grenades et des attentats-suicides[12],[13].

J. Kuttab qualifie la première Intifada de « révolte des enfants », car les jeunes « possèdent un esprit nouveau qui défie l'occupation » et inspirent même les adultes à agir[11]. James L. Gelvin écrit que le « symbole paradigmatique » de la première Intifada est « des enfants palestiniens non armés lançant des pierres contre des chars israéliens »[14]. Environ 90 % des jeunes hommes et 80 % des jeunes femmes participent à une forme d'activisme. La seconde Intifada (2000–2005), beaucoup plus violente, est dirigée par des adultes de l'Organisation de libération de la Palestine, à la suite de l'échec des accords d'Oslo de 1993[15],[11].

Une enquête menée en 2007 montre que 17 % de la population palestinienne est composée d'enfants de moins de cinq ans, et 46 % de moins de 15 ans[16]. En 2012, on estime que la bande de Gaza, densément peuplée, compte 1,7 million d'habitants, dont plus de 800 000 sont des enfants[17].

La famille Siman-Tov, assassinée le 7 octobre 2023 lors du massacre de Nir Oz.

Les jets de pierres et les attaques au cocktail Molotov par des Palestiniens contre des résidents israéliens sont décrits comme des événements réguliers en Cisjordanie, et dans de nombreux cas, ils touchent directement des enfants[18],[19],[20]. Des incidents rapportés par des Israéliens mentionnent l'attaque de bus scolaires[21] ou le jet régulier de pierre sur des enfants dans les cours de récréation de Hébron[22]. Selon Tsahal, des snipers palestiniens ont visé des voitures transportant des enfants[23], et des roquettes tirées depuis Gaza tombent dans des zones habituellement fréquentées par un grand nombre d'enfants[24].

Un projet de rapport de l'ONU sur les enfants dans les conflits armés, prévu pour publication à la mi- et préparé par Leila Zerrougui pour le Secrétaire général des Nations unies, recommande d’ajouter Israël et le Hamas à la « liste de la Honte » en raison de violations répétées des droits des enfants. Le , Human Rights Watch adresse une lettre à Ban Ki-Moon pour demander le maintien d'Israël et du Hamas sur la liste, alors que des informations font état de pressions exercées par Israël pour en être retiré — ce que le pays dément, niant tout lobbying auprès de l’ONU à ce sujet. L'inscription sur cette liste requiert des preuves d'un schéma répété de violations graves commises contre des enfants. Human Rights Watch cite dans son rapport de 2014, concernant les événements du conflit israélo-palestinien de l'année précédente, près d'une dizaine de cas d'enfants palestiniens tués par les forces de sécurité israéliennes et plus de 1 200 enfants palestiniens blessés. Par ailleurs, 41 incidents ont été enregistrés, au cours desquels des établissements scolaires ont été endommagés, des cours perturbés et des élèves blessés par les forces de défense israéliennes. Les groupes armés palestiniens, selon ces mêmes rapports, ont lancé durant la même période environ 63 roquettes depuis Gaza vers Israël, perturbant la scolarité de plus de 12 000 enfants israéliens[25].

Pendant la guerre de Gaza de 2023, selon le gouvernement israélien, jusqu'à 40 des otages enlevés par le Hamas sont des enfants[26]. Les premières informations faisant état de 40 bébés décapités et d'un bébé cuit au four se révélèrent ensuite fausses[27],[28],[29].

Pertes chiffrées

Voici un résumé des tableaux des décès d’enfants de 1987 à 2022 présenté par B'Tselem. Il donne un aperçu des enfants israéliens tués par des combattants palestiniens, ainsi que des enfants palestiniens, principalement par les forces de sécurité israéliennes. Selon ce qui suit, le gouvernement israélien conteste certains de ces chiffres, notamment ceux concernant la guerre de Gaza de 2023[30],[31],[32],[33].

Résumé des tableaux de B'Tselem sur les décès d'enfants en Israël, en Cisjordanie et à Gaza, de 1987 à 2022
Date Période Décès Notes Référence
Israéliens Palestiniens Total
9 décembre 1987 – 28 septembre 2000 Du début de la première au début de la seconde Intifada 18 281 299 Moins de 17 ans [34]
29 septembre 2000 – 26 décembre 2008 Du début de la seconde Intifada au début de la guerre de Gaza en 2008 123 961 1 084 [35]
27 décembre 2008 – 18 janvier 2009 Pendant la guerre de Gaza de 2008-2009 0 345 345 [36]
19 janvier 2009 – 31 octobre 2012 Depuis la fin de la guerre de Gaza de 2008-2009 6 37 43 [37]
1er novembre 2012 – 18 janvier 2022 En cours 10 840 850 [38]
Nombre total de décès 157 2 464 2 621

La première Intifada, faite de manifestations de masse et d’émeutes des Palestiniens en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et à Gaza, commence en 1987, avec une forte participation des enfants. Dans un article du London Review of Books, les professeurs américains John Mearsheimer et Stephen Walt affirment que les forces de défense israéliennes incitent leurs soldats à briser les os des manifestants. Selon la branche suédoise de Save the Children, durant la première année de l’Intifada, entre 23 600 et 29 900 enfants ont nécessité un traitement médical pour des blessures causées par des coups, du gaz lacrymogène et des tirs ; un tiers d’entre eux ayant moins de dix ans[39]. Le ministère israélien des Affaires étrangères recense 24 décès d’enfants israéliens entre 1993 et 1999[40].

Comme le montrent les résumés de B'Tselem, depuis le début de la seconde Intifada en 2000 jusqu’à la guerre de Gaza de 2008-2009 et jusqu’en , le nombre de décès d’enfants a augmenté. Une étude menée par l'Institut international pour la recherche sur le terrorisme, portant sur la période de à , indique que 46 Israéliens et 88 Palestiniens âgés de moins de 12 ans ont été tués durant ce laps de temps[41]. La plus jeune victime de violence durant la seconde Intifada est un nourrisson israélien âgé de neuf heures au moment de son décès[42],[43]. Entre 2004 et 2009, plusieurs rapports font état de la mort de plus de 30 enfants et nourrissons palestiniens, certains à la suite de fausses couches, survenues aux checkpoints israéliens en raison de longues attentes et du refus d'accès à des soins médicaux[44]. Par ailleurs, des attentats suicides et d'autres formes d'attaques ont entraîné des fausses couches chez des femmes israéliennes[45], certaines perdront la vie[46]. Les bilans des victimes après la guerre de Gaza durant l’hiver 2008-2009 demeurent controversés. Un rapport de B'Tselem rapporte la mort de 320 mineurs palestiniens de moins de 18 ans, non impliqués dans les hostilités, tués par les forces israéliennes. La participation aux combats de six autres enfants décédés reste incertaine, tandis que 19 adolescents âgés de 16 à 18 ans, impliqués dans les hostilités, ont également été tués[31],[47]. Selon Defence for Children International, 352 enfants sont morts directement à cause des actions militaires israéliennes[31],[48]. Le Centre palestinien pour les droits de l'homme dénombre 318 enfants palestiniens tués[31],[49], tandis que le Centre Al Mezan pour les droits de l'homme enregistre 355 enfants gazouis tués par les forces israéliennes[31]. Selon Amnesty International, environ 300 enfants palestiniens sont morts[50]. L’armée israélienne publie ensuite ses propres chiffres, indiquant la mort d'uniquement 89 enfants de moins de 16 ans[51]. Selon Elihu D. Richter et Yael Stein de l’Université hébraïque, les données de B'Tselem montrent que la grande majorité des décès d’enfants palestiniens concernent des adolescents de sexe masculin, ce qui suggère que beaucoup pourraient avoir eu un rôle dans les combats ou leur soutien[52],[53].

Des études menées par l’Institut international israélien de lutte contre le terrorisme indiquent que 96 % des victimes palestiniennes durant la seconde Intifada sont des hommes, et que la grande majorité des enfants tués sont des adolescents. Les décès israéliens ne montrent pas de différence marquée selon le genre ou l’âge[54],[55].

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, 30 enfants palestiniens sont tués pendant la guerre de Gaza en 2012[56],[57].

Enfants israéliens

Osher Twito, 9 ans, blessé et handicapé à vie, après l'explosion d'une roquette Qassam à Sdérot (à gauche). Oren Almog, survivant de l'attentat suicide à l'aide d'une ceinture explosive au restaurant Maxim à Haïfa, en 2003 : l'explosion le rend aveugle à 9 ans et il perd deux de ses grands-parents, son père, son frère et son cousin[58].

Les attentats-suicides palestiniens, principalement dirigés contre des civils israéliens[59],[60], commencent dans les années 1990 et atteignent leur apogée pendant la seconde Intifada (2000–2005)[61]. Selon Amnesty International, entre 2000 et 2004, « plus de 100 enfants israéliens… sont tués et des centaines d’autres blessés lors d’attentats-suicides, de fusillades et d’autres attaques menées par des groupes armés palestiniens en Israël et dans les territoires occupés »[62].

Certains enfants sont tués lors de fusillades et d’attaques contre des voitures et des bus. De plus, plusieurs viols, enlèvements et meurtres individuels d’enfants et d’adolescents israéliens ont lieu[63],[64],[65],[66],[67],[68],[69]. D’autres enfants israéliens sont tués lors d’invasions de domicile, certains même dans leur propre lit ou dans celui de leurs parents[70],[71],[72],[73].

Voici quelques exemples :

  • En 2001, un tireur d'élite palestinien ouvre le feu sur la colonie d’Avraham Avino à Hébron depuis le quartier d’Abou Sneineh, sous contrôle palestinien. Shalhevet Pass, âgée de dix mois, est tuée d’une balle dans la tête alors qu’elle est assise dans sa poussette ; son père est blessé[74].
  • Le massacre du restaurant Sbarro en tue 15 Israéliens, dont 7 enfants et une femme enceinte[75],[76].
  • Le massacre de Beit Yisrael, le , visant un groupe de femmes et d’enfants près d’une synagogue, entraîne la mort de sept enfants et de quatre adultes[77],[78]. Huit des victimes appartiennent à la même famille[79].
  • Le meurtre de Tali Hatuel et de ses quatre filles en 2004, où des combattants palestiniens tuent Tali Hatuel, enceinte de huit mois, ainsi que ses quatre filles : Hila (11 ans), Hadar (9 ans), Roni (7 ans) et Merav (2 ans). Après avoir tiré sur le véhicule dans lequel Hatuel conduit avec ses filles, des témoins rapportent que les militants s’approchent du véhicule et tirent à plusieurs reprises à bout portant sur les occupants. Une alliance entre le Jihad islamique et les Comités de résistance populaire revendique l’attaque[80].

Selon le ministère israélien des Affaires étrangères, 8 341 Israéliens ont été blessés directement à cause du conflit entre 2001 et 2007, sans toutefois préciser combien parmi eux étaient mineurs[81]. Les tirs fréquents de roquettes provoquent également de nombreuses blessures durant la période post-Intifada[82]. Parmi les enfants, ces blessures entraînent des handicaps permanents, notamment la cécité[58], la paralysie[58], des lésions cérébrales et la perte de membres. Une étude de 2003 menée par le Schneider Children’s Medical Center d’Israël conclut : « l'analyse des blessures subies par les 160 enfants hospitalisés après ces événements montre que la plupart ont été causées par des explosions et la pénétration d’objets étrangers. 65 % des enfants présentent des blessures multiples, et la proportion de blessures critiques à mortelles est élevée (18 %) »[83].

Le taux de victimes israéliennes diminue globalement après la construction du Mur de séparation en Cisjordanie, les attentats-suicides ayant chuté grâce à l'empêchement des auteurs potentiels d’entrer sur le territoire israélien[58].

Enfants palestiniens

Jeune Palestinienne hospitalisée pendant la guerre de Gaza.
Garçon regardant un soldat israélien devant la barrière de Cisjordanie.

Le premier incident recensé de la mort d’enfants palestiniens causée par les forces de défense israéliennes remonte à , lorsqu’à proximité de Deir Ayoub, dans le saillant de Latroun, trois enfants palestiniens du village de Yalo, âgés de 8, 10 et 12 ans, sont abattus. D'après des témoins, l'événement implique seulement « un homme équipé d'une arme non létale, tandis qu'aucun membre de la patrouille n'intervient »[84]. En , parmi les cinq bergers arabes abattus à Al-Burj, l'un avait 13 ans[85]. Lors du raid de Beit Jala en 1952 (en), quatre enfants âgés de 6 à 14 ans sont tués par des tirs de mitrailleuse[86].

Selon Amira Hass, 54 mineurs sont amenés dans des cliniques de l'UNRWA avec des blessures à la tête entre et [87]. L’Association des médecins israéliens et palestiniens pour les droits de l’homme (PHR-Israel) estime qu'un enfant de moins de six ans est blessé par balle à la tête toutes les deux semaines durant la première Intifada[88].

Nuphar Ishay-Krien, une agente de l'aide sociale pendant la première Intifada, travaille avec deux compagnies d'infanterie mécanisée dans le sud de la bande de Gaza, où elle recueille des témoignages de soldats. Lors d’une patrouille, un soldat raconte que son commandant a saisi un garçon de 4 ans, lui a cassé le bras et la jambe, puis lui a marché plusieurs fois sur le ventre. À la question des raisons, il réplique : « Ces gamins doivent être tués dès leur naissance. Quand un commandant agit ainsi, ça devient légitime »[89]. 

Selon Defence for Children International[90], sur les 595 enfants tués entre le et le pendant la seconde Intifada, 383 (soit 64,4 %) sont morts à la suite d’attaques aériennes ou terrestres israéliennes, lors de tentatives d’assassinat, ou à cause de tirs aléatoires de soldats israéliens. Les 212 autres (35,6 %) ont succombé à leurs blessures après des affrontements avec les forces militaires israéliennes[91]. Du au , au moins 4 816 enfants palestiniens ont été blessés, la majorité des blessures résultant d'activités de l'armée israélienne alors que les enfants vaquent à leurs occupations habituelles[92],[93].

Amnesty International reproche aux forces israéliennes de ne pas mener d'enquêtes approfondies sur les meurtres d'enfants pendant la seconde Intifada[94], tout en condamnant également les assassinats d'enfants israéliens lors d'attentats-suicides et d'autres attaques perpétrées par des Palestiniens[62].

Lors de la guerre de Gaza de 2008-2009, un nombre « sans précédent » d'enfants a été tué ou blessé, selon le Centre palestinien pour les droits de l'homme, qui recense 313 décès[95]. Tsahal rapporte la mort de 89 « non-combattants » de moins de 18 ans[96]. De son côté, B'Tselem dénombre 318 mineurs tués[97], bien que ce chiffre fasse l'objet de contestations[98]. Lorsque les Nations unies ont tenté d"enquêter sur ce nombre élevé de victimes civiles, potentiellement constitutif d'un crime de guerre, État hébreu a refusé de coopérer[99].

Au cours de la guerre de Gaza de novembre 2012, 30 enfants auraient été tués[100],[101].

D’autres exemples de victimes incluent :

  • La mort de Mohammed al-Durah, un garçon de 12 ans tué en alors que son père tentait de le protéger des balles, devient une image emblématique de la seconde Intifada. Elle est comparée à d’autres images iconiques d’enfants pris pour cibles, comme celle du garçon dans le ghetto de Varsovie (1943)[102],[103],[104].
  • En , Faris Odeh (en), âgé de 14 ans, est tué par balle lors d'affrontements avec les troupes israéliennes au poste-frontière de Karni[105].
  • En 2001, un garçon de 11 ans, Khalil al-Moughrabi, est tué par des tirs de char et deux autres ont été blessés[106]. Al-Moughrabi jouait au football dans un champ à 800 mètres de là[107],[108].
  • Lors de l'assassinat de Salah Shehadeh, membre du Hamas, en 2007, plusieurs civils sont tués, dont huit enfants[109].
  • En , deux écolières palestiniennes sont tuées à Gaza lorsqu'une roquette des brigades al-Qassam lancée par des combattants tombe à côté de sa cible et heurte une maison[110].

Au cours des premières semaines de la guerre de Gaza, débuté en , une ONG palestinienne estime que les bombardements israéliens sur Gaza tuent un enfant toutes les 15 minutes, avec plus de 100 enfants mourant chaque jour[111].

Au , environ 14 500 enfants palestiniens ont été tués dans la guerre de Gaza[112]. Pendant cette même période, les opérations militaires menées par Israël se sont également intensifiées en Cisjordanie occupée, faisant de l’année 2023 l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les enfants dans ce territoire. Selon l’UNICEF, 124 enfants y ont été tués en 2023, dont 85 après le [113]. Depuis le début de l’année 2024, 36 enfants palestiniens ont déjà été tués en Cisjordanie, soit par des colons israéliens, soit par l’armée[113].

En , les rapports indiquent qu’au moins 19 000 enfants ont été tués et environ 42 000 blessés dans la guerre de Gaza[114].

Enfants étrangers

Attaques palestiniennes ciblant des enfants

Jardin d'enfants détruit après le massacre de Be'eri.

Même si de nombreux enfants israéliens ont été tués au cours des décennies de conflit, les premières violences palestiniennes ciblant spécifiquement un grand nombre d'enfants israéliens remontent aux années 1970.

L’attentat à la bombe contre l’autobus scolaire d’Avivim est une attaque terroriste contre un autobus scolaire israélien, qui a eu lieu le . Douze civils israéliens sont tués, dont neuf enfants, et vingt-cinq sont blessés. L’attaque se déroule sur la route menant au moshav d'Avivim, près de la frontière d’Israël avec le Liban. Deux obus de bazooka sont tirés sur l’autobus[129]. L’attaque est l’une des premières menées par le FPLP-CG[130].

Le massacre de Ma'alot en implique une prise d’otages de deux jours de 115 personnes qui se termine par la mort de plus de 25 otages. Elle débute lorsque trois membres armés du FDLP[131] entrent dans l’école primaire Netiv Meir, où ils prennent en otage plus de 115 personnes (dont 105 enfants) le , à Ma'alot. Les preneurs d’otages émettent rapidement des demandes pour la libération de 23 combattants palestiniens emprisonnés en Israël, sous peine de tuer les élèves. Le second jour de la confrontation, une unité de la brigade Golani intervient en assaillant le bâtiment. Pendant l’assaut, les preneurs d’otages tuent les enfants avec des grenades et des armes automatiques. Au final, 25 otages, dont 22 enfants, sont tués et 68 autres blessés.

L'attentat suicide de la discothèque Dolphinarium est une attaque terroriste du au cours de laquelle un kamikaze, Saeed Hotari, lié au groupe palestinien du Hamas, se fait exploser à l'extérieur d'une discothèque sur le front de mer de Tel Aviv, en Israël, tuant 21 adolescents israéliens et en blessant 132[132],[133],[134],[135].

L’attaque de 2008 à la yeshiva de Jérusalem, aussi appelée la fusillade de Mercaz HaRav, est une attaque qui a lieu le , lorsqu’un tireur palestinien solitaire ouvre le feu sur plusieurs étudiants à la yeshiva Mercaz HaRav, une école à Jérusalem. Huit étudiants et le tireur sont tués. Onze autres sont blessés, dont cinq dans un état grave à critique[136],[137],[138].

Bus scolaire israélien détruit par une roquette du Hamas, tuant un adolescent, lors de l'attentat du bus scolaire de Shaar HaNéguev (avril 2011).

D’autres attaques terroristes visant des enfants incluent l’attaque d'Itamar en 2011, au cours de laquelle six enfants et leurs parents sont assassinés dans leurs lits, y compris un nourrisson de trois mois[139], ainsi que l’attaque du bus scolaire Sha'ar HaNegev en 2011, où des combattants du Hamas dans la bande de Gaza tirent un missile antichar guidé par laser Kornet par-dessus la frontière sur un autobus scolaire israélien, tuant un enfant[140].

Lors de l’attaque surprise du Hamas contre Israël en 2023, Hamas kidnappe ensuite au moins 30 enfants[141]. Après ces événements et la réponse militaire israélienne, de fausses accusations, encouragées par les réseaux sociaux, tentent de nier la mort d’enfants israéliens et palestiniens[142].

Traitement des enfants palestiniens par l'armée israélienne

La réaction des forces de police et de défense israéliennes face à la violence palestinienne est si intense qu'elle « compromet presque totalement les chances de mettre en place une formation efficace pour la protection des enfants »[143]. De nombreux enfants grandissent dans des camps de réfugiés, et leur situation est décrite par Daoud Kuttub de la manière suivante :

« Contrairement aux enfants dans les camps de réfugiés dans le monde, les enfants nés dans les camps de réfugiés sous occupation israélienne boivent le lait de leurs mères tandis que leur camp est en couvre-feu ; ils se réveillent au milieu de la nuit au son des balles en caoutchouc et aux rumeurs d’une possible attaque de colons. En grandissant, ils apprennent rapidement la leçon politique de l’occupation. Soldats, matraques, gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, arrestations, tortures, couvre-feux, fermeture des entrées des camps, détentions administratives et arrestations dans les villes sont autant d’entrées importantes dans le dictionnaire quotidien des camps de réfugiés[144]. »

Violence contre les enfants

Répartition des décès palestiniens dans la guerre de Gaza par âge et par sexe en novembre 2023[145]

  • Hommes et garçons de plus de 14 ans (35,3 %)
  • Femmes et filles de plus de 14 ans (24,1 %)
  • Enfants de moins de 14 ans (33,8 %)
  • Personnes âgées, plus de 60 ans (6,8 %)
Enfant blessé à l'hôpital Al-Shifa, octobre 2023.
Enfant palestinienne inspectant les ruines de la tour Aklouk détruite par les frappes aériennes israéliennes dans la ville de Gaza le 8 octobre 2023.

Chaque année, environ 700 enfants palestiniens âgés de 12 à 17 ans, dont la grande majorité sont des garçons, sont arrêtés, interrogés et détenus par l’armée israélienne, la police et les agents de sécurité[146].

Entre 2003 et 2013, environ 7 000 enfants ont été détenus, interrogés, poursuivis et/ou emprisonnés dans le système de justice militaire israélien — soit en moyenne deux enfants par jour[147]. Après des affaires visant des enfants de 12 ans jugés dans des tribunaux militaires pour adultes, Israël institue en un tribunal militaire pour mineurs, unique au monde et comprenant le même personnel et les mêmes locaux, similaires aux tribunaux militaires où sont jugés les adultes palestiniens. Deux ans plus tard (le ), l’Ordre militaire 1676 est signé, stipulant que seuls les jeunes de 18 ans et plus peuvent être jugés dans les tribunaux militaires pour adultes[148]. Cependant, les protocoles de condamnation appliqués aux 16-17 ans restent ceux appliqués aux adultes[149]. La plupart des poursuites contre les adolescents concernent le lancer de pierres, une infraction selon l’Article 212 de l’Ordre militaire 1651, passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison, théoriquement applicable aux enfants de 14 à 15 ans. La condamnation pour avoir lancé quoi que ce soit sur un véhicule en mouvement avec l’intention de nuire entraîne une peine maximale de 20 ans[150].

L’analyse des cas suivis par l'UNICEF identifie des exemples de pratiques qui constituent un traitement ou une punition cruel, inhumain ou dégradant selon la Convention relative aux droits de l’enfant (ratifiée par Israël en 1991 et par l’Autorité palestinienne en 1995)[151] et la Convention contre la torture. Il est courant que de nombreux enfants pris dans le système soient agressivement réveillés au milieu de la nuit par de nombreux soldats armés[147] et, liés et les yeux bandés, transportés vers des colonies israéliennes ou des centres d’interrogatoire officiels. Peu d’enfants sont informés de leur droit à un avocat ou de leur droit à ne pas s’incriminer eux-mêmes[152]. Les aveux des enfants sont extorqués par un mélange de privation de sommeil, de menaces — y compris des menaces de mort contre eux ou leurs familles, des agressions sexuelles et l’isolement — ainsi que des violences physiques. Les aveux à signer sont souvent rédigés en hébreu, langue que la plupart des enfants palestiniens ne maîtrisent pas[153]. Une fois l’interrogatoire terminé, les enfants, enchaînés aux jambes, menottés et en uniforme de prison, sont présentés devant un tribunal militaire[154] où leurs aveux, obtenus sous la contrainte, constituent la preuve principale pour l’accusation[155]. Les peines sont purgées dans trois prisons, dont deux situées en Israël, et les critiques soutiennent que leur incarcération en Israël viole l’Article 76 de la Convention de Genève, stipulant : « les personnes protégées accusées d’infractions doivent être détenues dans le pays occupé, et, si elles sont condamnées, elles doivent purger leur peine dans ce même pays »[155].

2000-2002

Selon John Dugard, rapporteur spécial de l’ONU, concernant les premières années de la seconde Intifada (2000-2002), la plupart des enfants victimes ne participent pas aux manifestations lorsqu’ils sont tués par des tirs de chars, d’artillerie et d’hélicoptères de combat[156]. Depuis la seconde Intifada, l’UNICEF, Amnesty International, B’Tselem et des personnalités telles que l’écrivain britannique Derek Summerfield (en) appellent Israël à protéger les enfants contre la violence, conformément aux Conventions de Genève. L’Union européenne lie la suspension des négociations sur l’accord commercial Israël-Europe aux questions de droits humains, en particulier concernant les enfants[157].

2012

En 2012, Breaking the Silence, une organisation fondée par d’anciens soldats israéliens dont le but est de dénoncer les abus commis par Tsahal, publie un livret de témoignages écrits par plus de 30 anciens soldats israéliens. Ces rapports documentent des enfants palestiniens battus, intimidés, humiliés, insultés verbalement et blessés par des soldats israéliens. Eran Efrati, ancien commandant des FDI en Cisjordanie, dénonce les mauvais traitements systématiques infligés aux enfants arrêtés. Il reconnaît avoir lui-même arrêté des enfants âgés de 11 ans et plus, en les traitant comme des adultes, menottés et les yeux bandés :

« Quand l'enfant est assis là, à la base, je ne l'ai pas fait moi-même, mais personne ne le voit comme un enfant, tu comprends — s'il est les yeux bandés et menotté, c’est sûrement parce qu'il a fait quelque chose de très grave. Pour eux, c'est normal de le gifler, de lui cracher dessus, voire parfois de lui donner un coup de pied. Ça n'a pas vraiment d'importance[158]. »

2013-2015

700 des 9 000 Palestiniens arrêtés en 2013 sont des enfants[158]. Entre 2014 et 2015, l'armée engage des poursuites contre 1 046 mineurs palestiniens[159]. L’organisation non gouvernementale Euro-Med Human Rights Monitor accuse les forces israéliennes d’orchestrer « leurs actions » pour « humilier et terroriser les enfants palestiniens »[160].

Guerre de Gaza depuis 2023

Tentative de sauvetage d'une fillette d'un an à Gaza, le 18 août 2024.

En , une médecin américaine de retour de la bande de Gaza publie une tribune dans le Los Angeles Times, affirmant avoir vu des enfants délibérément pris pour cible par des snipers israéliens. Elle écrit : « À une occasion, une poignée d’enfants, tous âgés d’environ 5 à 8 ans, ont été transportés aux urgences par leurs parents. Tous présentaient une seule balle de sniper dans la tête… Aucun de ces enfants n’a survécu »[161]. Une médecin canadienne, de retour d’une semaine à Gaza, déclare avoir été témoin de crimes contre l’humanité, y compris de jeunes enfants « mourant de faim, de bombes, de tirs de snipers »[162]. En , une vidéo diffusée par un drone israélien montre des snipers israéliens tuant un garçon non armé à Jabaliya[163]. En , des médecins déclarent constater « un flux constant d’enfants, de personnes âgées et d’autres manifestement non-combattants, avec des blessures par balle unique à la tête ou à la poitrine »[164].

Selon le Dr Mark Perlmutter, un médecin américain travaillant à Gaza, les snipers israéliens ciblent les enfants. Il déclare : « Aucun tout-petit ne se fait tirer dessus deux fois par erreur par le 'meilleur sniper du monde' »[165]. En , un autre médecin américain de retour de Gaza déclare : « Nous avons eu des enfants touchés à la poitrine et à la tête – autrement dit, des tirs clairement délibérés, clairement ciblés »[166]. En , The New York Times publie un article compilant les témoignages de 44 médecins, infirmiers et ambulanciers ayant soigné de nombreux enfants de moins de 12 ans blessés par balle à la tête ou à la poitrine à Gaza. Aux questions adressées à l’armée israélienne concernant ces témoignages de professionnels de santé, un porte-parole fournit une déclaration qui ne confirme pas directement si des enquêtes ont été menées sur ces tirs visant des enfants, ni si des soldats ont fait l’objet de sanctions disciplinaires[167]. En réponse aux accusations selon lesquelles l’article serait fondé sur des « preuves fabriquées », The New York Times publie un communiqué défendant l’intégrité de son enquête, soulignant avoir fait l’objet d’une vérification rigoureuse, incluant la consultation d’experts et l’utilisation de photographies jugées « trop horribles pour être publiées »[168].

De Volkskrant a interviewé 17 médecins ayant fait du bénévolat pendant la guerre de Gaza. Quinze d’entre eux déclarent avoir vu des enfants présentant « une blessure par balle unique à la tête et/ou à la poitrine ». Ces médecins rapportent avoir dénombrés 114 enfants blessés de cette manière. En réaction, l’ancien commandant de l’armée royale néerlandaise, Mart de Kruif (en), déclare au journal : « Si l’on observe un grand nombre de blessures par balle dans la région de la poitrine et de la tête, ce n’est pas un dommage collatéral – c’est un ciblage délibéré »[169].

Détention d'enfants

En , à la suite de révélations de documents montrant des enfants palestiniens (certains de seulement 12 ans) jugés dans des tribunaux militaires pour adultes, Israël a mis en place un tribunal militaire réservé aux mineurs, présenté comme « le premier et l'unique tribunal militaire pour mineurs en activité dans le monde ». L'Ordre militaire 1651 prévoit une peine maximale de six mois pour les enfants âgés de 12 à 13 ans, et de 12 mois pour les adolescents de 14 à 15 ans, sauf en cas de lancer de pierres visant des personnes ou des biens avec l'intention de causer des dommages, situation pour laquelle la peine maximale peut atteindre dix ans de prison[170].

Dans un cas rapporté à Hébron, un enfant de 5 ans a été retenu en lien avec des accusations de jet de pierres. Selon Tsahal, l'enfant mettait en danger des passants et les soldats se sont contentés de le raccompagner jusqu'à ses parents. Elles précisent que l'enfant n'a pas été arrêté et qu'aucune charge ne lui a été imputée[171],[172],[173].

Une étude distincte, menée de 2005 à 2010, est publiée à la mi-2011 par l'organisation à but non lucratif B'Tselem, basée à Jérusalem. L’étude conclut le viol potentiel par Tsahal de la Convention relative aux droits de l'enfant et de la Quatrième convention de Genève[174].

Selon un rapport de l’UNICEF de , Israël a arrêté environ 7 000 enfants palestiniens ; 18 des 27 arrêtés à Hébron en ont moins de 12 ans[175],[176]. Le rapport est basé sur 400 cas documentés depuis 2009. Les enfants palestiniens détenus par l’armée israélienne sont soumis à des mauvais traitements « généralisés, systématiques et institutionnalisés », en violation du droit international. L’UNICEF estime qu’en Cisjordanie, les FDI et les services de sécurité israéliens arrêtent chaque année environ 700 jeunes âgés de 12 à 17 ans. Le rapport confirme que les arrestations ont souvent lieu sans préavis, dans des domiciles privés, pendant la nuit ; les enfants sont menottés de manière douloureuse, les yeux bandés, et qu’ils subissent des violences physiques et verbales durant leur détention, parfois en isolement cellulaire.

Le rapport affirme en outre qu’une fois en détention, les enfants sont interrogés et contraints à avouer, sans accès immédiat à un avocat ni à leur famille[177]. Les aveux signés sont généralement dactylographiés en hébreu, langue que peu de mineurs palestiniens savent lire. En , les prisons militaires israéliennes détiennent 233 garçons de moins de 18 ans, dont 31 âgés de moins de 16 ans[178]. De plus, les enfants sont entravés lors des comparutions au tribunal et purgent leurs peines en Israël. D'après l’UNICEF, ces constats « constituent un traitement ou une punition cruel, inhumain ou dégradant » au regard de la Convention relative aux droits de l’enfant et de la Convention contre la torture[177]. L’ONU inscrit l’armée israélienne sur une « liste noire » des pays ayant maltraité des enfants dans des conflits armés[179].

Environ 60 % des mineurs arrêtés sont inculpés pour avoir jeté des pierres sur des soldats ou des voitures de passage[178], ce que les FDI considèrent comme une forme de terrorisme, car ces actes ont entraîné la mort et des blessures chez des Israéliens, y compris des enfants[180].

Le rapport de l’UNICEF souligne qu'Israël a effectué certains progrès ces dernières années, notamment en adoptant l'usage de liens qui n'entraînent ni douleur ni blessure. Cependant, l'organisation demande instamment à Israël de cesser de bander les yeux des mineurs, d'interdire leur isolement cellulaire, de garantir la présence d’un avocat ou d'un membre de la famille lors des interrogatoires, et de permettre l'enregistrement de ces derniers afin de prévenir toute fausse accusation de mauvais traitements[177]. L'État hébreu déclare étudier les conclusions du rapport et travailler à leur mise en œuvre en coopération avec l’UNICEF[177]. En , les FDI lancent un programme pilote visant à modifier les procédures d'arrestation des mineurs, mais selon Haaretz, cette politique n'est pas encore appliquée et reste en cours d'examen à cette date[181].

En , Euro-Mediterranean Human Rights Monitor rapporte des cas de mineurs palestiniens détenus par les autorités israéliennes, dont une fille de 14 ans condamnée à un mois de prison et ses parents à des amendes. L’organisation critique la politique israélienne de détention des enfants, la qualifiant d’abusive et d’inhumaine[182].

En 2015, deux garçons palestiniens, Hassan Khalid Manasra, 15 ans, et son cousin Ahmad Manasra, 13 ans, poignardent deux Israéliens. Ahmad Manasra est condamné à neuf ans et demi de prison[183].

Le , deux garçons palestiniens, Hassan Khalid Manasra, 15 ans, et son cousin Ahmad Manasra, 13 ans, tous deux originaires de Beit Hanina, poignardent deux Israéliens à Pisgat Ze'ev (en), une colonie israélienne à Jérusalem-Est. Ahmad Manasra est condamné par un tribunal israélien à neuf ans et demi de prison. En réponse à cette attaque, ainsi qu’à d’autres attaques commises par des enfants palestiniens contre des Israéliens lors de la vague de violences 2015-2016 dans le conflit israélo-palestinien, la Knesset adopte une loi autorisant les autorités israéliennes à emprisonner des enfants dès l’âge de douze ans en cas de condamnation pour terrorisme[184].

D’après les services militaires et pénitentiaires israéliens, fin , 356 mineurs palestiniens, âgés de moins de 18 ans, sont détenus en tant que prisonniers de sécurité[185],[186].

Un rapport de 2023 de Save the Children révèle une utilisation généralisée de violences physiques, émotionnelles et sexuelles contre les enfants palestiniens détenus par l'armée israélienne. Parmi les enfants détenus, 86 % subissent des violences physiques, 69 % sont soumis à des fouilles à nu, 60 % passent du temps en isolement cellulaire, 68 % se voient refuser tout accès aux soins médicaux, et 58 % sont privés de visites ou de communications avec leur famille[187],[188].

Détentions nocturnes

De nombreux enfants palestiniens sont arrêtés lors de raids nocturnes, certains étant placés en détention administrative sans jugement ni condamnation. Selon Lawyers for Palestinian Human Rights, ces actions soulèvent de nombreuses questions importantes en matière de droits humains[189].

Utilisation de boucliers humains par l'armée israélienne

Le rapport d'Amnesty International sur la guerre de Gaza de 2008 relève des cas où les FDI mettent en danger la vie de civils, y compris celle d’enfants, en les utilisant comme boucliers humains. Le rapport mentionne des exemples comme le fait de forcer des civils à rester dans ou à proximité des maisons utilisées comme positions militaires. Certains sont également contraints d'accomplir des tâches dangereuses, notamment inspecter des propriétés ou des objets suspectés d'être piégés[190]. L'armée israélienne nie ces allégations, elle déclare : « les FDI ont agi conformément aux règles de la guerre et ont fait tout leur possible pour minimiser les dommages aux civils non impliqués dans le combat. L'utilisation des armes par les FDI est conforme au droit international. »[191]. Le Centre israélien d'information sur le renseignement et le terrorisme, ainsi que le ministère israélien des Affaires étrangères, accusent également le Hamas et d'autres groupes armés d'avoir utilisé des enfants comme boucliers humains pendant la guerre de Gaza[192],[193].

En 2010, deux soldats israéliens sont reconnus coupables d'« excès d’autorité » et de « conduite indigne » pour avoir utilisé un enfant palestinien de 9 ans comme bouclier humain, en le forçant à ouvrir des colis suspectés d'être piégés pendant la guerre de Gaza en 2008. Ils sont condamnés à trois mois de probation et rétrogradés. « Les accusés n'avaient pas l'intention d'humilier ou de blesser le garçon », précise le procureur militaire adjoint pour les affaires opérationnelles d'Israël[194].

Recours abusif à des enfants palestiniens par le Hamas

Enfant à l'occasion du 25e anniversaire du Hamas.

Historiquement, dans les dernières années de l’Empire ottoman, les enfants et les jeunes Palestiniens se trouvent souvent en première ligne des luttes contre l’immigration juive en Palestine. Selon David M. Rosen, dès le début du conflit, la conviction se développe parmi les militants que la jeunesse a le devoir de se sacrifier[195]. Avec l’émergence de Fatah dans la diaspora palestinienne, l'OLP crée des groupes de jeunesse comme les Zahrat (fleurs) pour les filles et les Ashbal (lionceaux) pour les garçons dans les communautés palestiniennes exilées. Le but est de leur fournir une formation militaire dans le cadre d’un programme visant à renforcer une conscience nationale palestinienne, inscrite dans une culture révolutionnaire.

Lorsque la première Intifada éclate, une culture liant l’enfant palestinien lanceur de pierres au statut de chahid se développe rapidement[196]. Dans les cinq années précédant la seconde Intifada, l’Autorité palestinienne crée 19 camps d’entraînement paramilitaires pour adolescents. Les exercices comprennent des simulations d’enlèvements de responsables politiques israéliens, des attaques contre des postes militaires et un entraînement aux Kalachnikovs. Les témoignages de jeunes mettent en lumière un programme de radicalisation[195]. D'après Shaul Kimhi et Shmuel Even, couvrant les événements jusqu’en 2003, les enfants et jeunes commettant des actes terroristes forment une quatrième catégorie selon leur motivation, qu’ils définissent comme « exploités »[197].

En , le Grand Mufti Ekrima Sa'id Sabri encourage les enfants kamikazes et, interrogé au sujet des attentats suicides, il déclare : « Plus le martyr est jeune, plus je le respecte »[198]. La participation des enfants aux actes de violence s'intensifie durant la seconde Intifada, car beaucoup d'entre-eux sont recrutés par des groupes armés palestiniens[195]. Daphne Burdman décrit en 2003 un processus dans lequel les jeunes sont encouragés à mourir en martyrs par l'incitation du système éducatif palestinien[197].

Enfant tenant un MP5K factice lors d'un rassemblement pro-Hamas à Damas.

Le rapport mondial de 2004 sur l'utilisation des enfants soldats indique qu'il n’existe aucune preuve de recrutement systématique d’enfants par les groupes armés palestiniens[199]. Le document précise que des enfants sont utilisés comme messagers et agents de liaison, et, dans certains cas, comme combattants ou kamikazes lors d'attaques contre des soldats et des civils israéliens. La totalité des principaux groupes politiques palestiniens seraient impliqués dans ce type de pratiques,notamment le Fatah, le Hamas, le Jihad islamique et le Front populaire de libération de la Palestine ». Au total, au moins neuf incidents ont impliqué des enfants dans des attentats suicides ou d'autres actes de violence[199].

Selon Human Rights Watch, en 2004, les principaux groupes armés palestiniens, y compris les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, le Front populaire pour la libération de la Palestine, le Jihad islamique et le Hamas « ont publiquement renié l'utilisation des enfants dans les opérations militaires, mais ces politiques déclarées ne sont pas toujours appliquées ». Cela s'explique en partie par la perception de certains dirigeants, qui considèrent les enfants de 16 ans comme des adultes[200]. En 2005, Amnesty International condamne l'utilisation des enfants par les groupes combattants palestiniens : « ces groupes manifestent à plusieurs reprises un mépris total des droits humains fondamentaux, en particulier du droit à la vie, en ciblant délibérément des civils israéliens et en utilisant des enfants palestiniens dans des attaques armées »[201].

Boucliers humains

Pendant la seconde Intifada (2000–2005), Haaretz rapporte des cas d'utilisation d'enfants et de civils comme boucliers humains par des combattants palestiniens armés, les plaçant autour d’eux lors d'affrontements avec les forces de Tsahal[202].

En 2006, l'armée de l'air israélienne prévient Mohammed Weil Baroud, un dirigeant palestinien accusé par Israël d'avoir lancé des roquettes Qassam, d'évacuer sa maison à Beit Lahia, dans la bande de Gaza, avant une frappe aérienne prévue. À la place, des centaines de Palestiniens, parmi lesquels de nombreuses femmes et enfants, se rassemblent devant sa maison. Par crainte de dommages collatéraux, Israël suspend la frappe. Selon un haut responsable du Hamas, cette nouvelle tactique est adoptée parce qu'au cours des mois précédents, Israël a détruit 58 maisons et plus de 240 personnes se sont retrouvées sans abri. Après l'annulation du bombardement, un autre leader palestinien proclame : « Nous avons gagné. Dorénavant, nous formerons des chaînes humaines autour de chaque maison menacée de démolition »[203].

En , des Palestiniens locaux confirment que le Hamas a tiré sur des soldats israéliens depuis les alentours d'une école de l'ONU pour filles, où des centaines de Palestiniens s’étaient réfugiés, provoquant des victimes civiles[204],[205].

Pendant la guerre de Gaza de 2012, le Hamas est accusé de lancer des roquettes depuis des hôpitaux, des écoles, des mosquées et des terrains de jeux[206],[207]. Cette pratique est condamnée par Human Rights Watch[208], le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH)[209] et les forces de défense israéliennes[210].

Pendant la guerre de Gaza de 2023, le Hamas est de nouveau accusé d’utiliser des boucliers humains[211].

Enfants kamikazes

Le « Rapport mondial 2004 sur l’utilisation des enfants soldats » de la Child Soldiers International (en), recense au moins neuf attentats suicides documentés impliquant des mineurs palestiniens entre et [199].

En 2004, The Guardian relate qu'une faction du mouvement Fatah de Yasser Arafat a utilisé un garçon de 11 ans comme bombe humaine à son insu, l'enfant ayant été découvert transportant des explosifs à un poste de contrôle militaire à Naplouse[212]. En 2009, un garçon de 14 ans capturé par des soldats israéliens raconte qu'on lui a donné 23 dollars et une ceinture d'explosifs. Sa famille dément cette version, soulignant sa crédulité et sa vulnérabilité à la manipulation[213].

Selon Shafiq Masalha, psychologue clinicien et enseignant à l'Université de Tel Aviv, 15 % des enfants palestiniens rêvent de devenir kamikazes[214]. Selon Eyad Sarraj, psychiatre palestinien et directeur du Programme de santé mentale communautaire de Gaza, une enquête menée par son programme révèle que 36 % des Palestiniens de plus de 12 ans aspirent à mourir en « martyr » en combattant Israël[215].

L’ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, Olara Otunnu (en), déclare en 2003 : « Nous avons été témoins des deux extrémités de ces actes : des enfants sont utilisés comme kamikazes et des enfants sont tués par des attentats suicides. J’appelle les autorités palestiniennes à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin à toute participation des enfants à ce conflit »[216].

Conditions de vie

Rapports humanitaires pendant la guerre de Gaza

Une semaine après le début de la guerre de Gaza en , l'UNICEF déclare que les priorités absolues résident dans l'établissement d'un cessez-le-feu immédiat et dans la garantie d'un accès humanitaire sans entrave, facilitant ainsi la fourniture d'une aide essentielle aux enfants et aux familles vivant à Gaza. Il est impératif de reconnaître que, peu importe leur lieu de vie, chaque enfant mérite d'être protégé et ne devrait jamais être exposé à une quelconque forme d'agression[217],[218]. Lors de sa visite en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, le chef des secours de l'ONU, Martin Griffiths (en), s'entretient par téléphone avec des familles à Gaza depuis Jérusalem-Est, où il exprime sa profonde inquiétude face aux souffrances immenses qu'elles endurent depuis la réponse de l'État d'Israël après les attaques meurtrières du Hamas le . Griffiths qualifie la situation d'« extrêmement dévastatrice »[219]. Selon James Elder de l'UNICEF, les dangers ne se limitent pas aux engins explosifs et à l'artillerie. Le péril croissant dans l'enclave réside dans le nombre toujours plus élevé de décès de nourrissons dus à la déshydratation. Cette menace découle de la production d'eau à Gaza, qui ne représente actuellement que 5 % de la capacité nécessaire, en raison de la mise hors service des usines de dessalement, endommagées ou privées de carburant. Elder ajoute que les conséquences pour les enfants se prolongeront pendant des générations, même après la fin du conflit. Le traumatisme psychologique durable pèsera sur les survivants pendant des décennies[220].

Save the Children, l'UNICEF et les responsables de la santé palestiniens décrivent des enfants laissés avec des handicaps permanents, des troubles de santé mentale et des amputations, des milliers souffrant de déshydratation, de malnutrition, de maladies respiratoires et cutanées. Fin , on estime à 13 000 le nombre d'enfants tués à Gaza depuis le début de l'invasion israélienne de la bande de Gaza en octobre précédent, des milliers d'autres étant encore ensevelis sous les décombres[221]. Le directeur adjoint de l'UNICEF qualifie les conditions des enfants à Gaza de « plus horribles » qu'il ait jamais vues[222][note 1]. La crise affecte également les vaccinations de routine, laissant des milliers d'enfants à risque. D'autres défis s'ajoutent : abris insuffisants, manque de manteaux d'hiver adaptés, et impact psychologique profond sur la santé mentale des enfants[27],[223],[224],[225].

Enfants déplacés

D’après l'UNRWA, plus de 187 000 personnes ont été déplacées à Gaza au . Un grand nombre d'entre elles, y compris de nombreux enfants, trouvent refuge dans les écoles de l'UNRWA. Malheureusement, certaines de ces installations servant d'abris à ces familles déplacées, comme les écoles, subissent elles aussi des dommages[226].

Pauvreté

Les restrictions israéliennes à la libre circulation des personnes et des marchandises limitent fortement l'économie palestinienne. L'impact de la pauvreté sur la vie des enfants est multiple : leur scolarité reste souvent inachevée, car ils abandonnent l'école à un jeune âge, généralement pour travailler et soutenir leur famille. La pauvreté engendre des mariages précoces chez les jeunes filles et contribue à la délinquance chez les adolescents[227].

Scolarité perturbée

École maternelle à Beer-Sheva dévastée après une explosion d'une roquette provenant de Gaza en décembre 2008 (à gauche) ; école pour orphelins et mosquée détruites à Gaza, 12 janvier 2009.

La scolarité est perturbée tant pour les enfants israéliens que palestiniens. Des enfants israéliens, sur le chemin de l'école ou à l'école, sont tués par des combattants palestiniens, comme lors du massacre du bus scolaire d'Avivim en 1970, qui fait neuf morts parmi les enfants et 25 blessés[129],[130] ; le massacre de Ma'alot en 1974, qui entraîne la mort de 22 élèves de primaire[131] ; le meurtre d'Helena Rapp (en) en 1992[228],[229] ; le massacre de l'Île de la Paix en 1997, où sept écolières en sortie scolaire sont tuées par balles[230] ; le meurtre de trois adolescents en 2002 dans le lycée religieux Hitzim à Itamar[231] ; et le massacre de Merkaz Harav en 2008, qui fait huit morts parmi les enfants et 11 blessés[232].

Les écoles dans tout le sud d'Israël ferment lorsque les tirs de roquettes depuis Gaza deviennent intenses, y compris dans des grandes villes comme Beer-Sheva et Ashdod[233]. Les autorités israéliennes rapportent des incidents au cours desquels des écoles sont endommagées et des bus scolaires détruits par des roquettes Qassam et des mortiers[234].

Des enfants de la ville israélienne de Kiryat-Malakhi courent pour se mettre à l'abri alors que des roquettes sont tirées depuis Gaza pendant la guerre de Gaza de 2012.

Israël ferme les écoles en Cisjordanie pendant des mois lors des périodes de conflit. En 1989, 200 000 élèves restent hors des salles de classe de janvier à juillet[235]. Lors des couvre-feux imposés par Israël en 2002, enseignants et élèves improvisent des écoles de fortune dans des halls, des salons et des ruelles afin d'éviter les trajets en voiture ou en bus pour se rendre à l'école[236]. La barrière de séparation israélienne isole certains élèves de leur établissement, entraînant de longues attentes aux checkpoints[237]. En 2008, Israël ferme deux écoles caritatives destinées à des enfants défavorisés, soupçonnées d'être liées au Hamas[238]. Les écoles à Gaza ferment également lors des affrontements, comme pendant la guerre de Gaza de novembre 2012[239].

Les frappes israéliennes à Gaza détruisent ou endommagent des écoles palestiniennes. Entre 2000 et 2001, 93 écoles sont visées par des tirs[240]. Pendant la guerre de Gaza de 2008-2009, les frappes aériennes israéliennes détruisent 18 écoles et en endommagent 280, y compris des écoles de l'UNRWA[241],[242]. Le blocus israélien de la bande de Gaza interdit l'importation de fournitures scolaires et de matériaux de construction pour les écoles[243]. En 2011, après des mois de négociations, Israël autorise finalement l'entrée de matériaux suffisants pour construire 18 nouvelles écoles[244].

Les colons perturbent également la scolarité des enfants. En 2002, une tentative et deux attentats à la bombe contre des écoles palestiniennes sont menés par des groupes de justiciers juifs[245],[246],[247]. En 2011, de nombreux enfants palestiniens cessent de fréquenter l'école en raison du harcèlement fréquent des colons, déclare le rapporteur spécial des Nations unies, Richard Falk[248].

En Palestine, environ 70 % des enfants fréquentent l'école primaire. Les enfants vivant dans des camps de réfugiés et des villages sans écoles rencontrent des difficultés pour accéder à l'éducation. Une étude de l'UNICEF menée en 2013 révèle que plus de 2 500 enfants, vivant dans des communautés scolarisées, passent chaque jour par au moins un checkpoint pour se rendre à l'école, ce qui entraîne des abandons scolaires et du travail des enfants. De plus, le nombre limité de classes disponibles entraîne une surpopulation dans les salles de classe, une qualité d'enseignement médiocre, et des écoles manquant de ressources et de matériel. À la suite de la guerre de Gaza de , de nombreuses écoles à Gaza sont endommagées ou détruites. En 2013, l'UNICEF rapporte que plus de 123 000 enfants doivent interrompre leur scolarité[227].

En raison de la campagne de bombardements incessante en 2024, le progrès de l’éducation est une nouvelle fois perturbé. Les écoles se transforment en abris temporaires, plaçant la survie avant l’apprentissage. D'après une note préoccupante, le bâtiment abritant la fondation Education Above All (EAA), reconnue pour l’attribution de bourses aux Palestiniens dans le besoin, est annoncée détruite. En réponse, l’EAA publie une déclaration condamnant ces destructions, soulignant que de tels actes de punition collective, de représailles et d’attaques contre des civils et des infrastructures constituent de graves violations du droit humanitaire international. De plus, si ces actes sont intentionnels, ils constituent des crimes de guerre[249].

Programme de jeunesse « Gadna »

David Ben Gourion visitant une base Gadna à Be'er Ora (en) (1957).

Gadna est un programme facultatif de l’armée israélienne qui prépare les lycéens de fin de cycle secondaire au service militaire obligatoire dans les forces de défense israéliennes ou la police aux frontières[250]. Gadna est créée avant la déclaration d'indépendance d'Israël. Pendant la guerre israélo-arabe de 1948, les stagiaires servent comme combattants. Jusqu’en 1990, Gadna se concentre sur l’inculcation des valeurs patriotiques chez la jeunesse israélienne et encourage l’immigration des jeunes vers Israël. Aujourd’hui, le programme vise à augmenter la motivation à servir dans l’armée[251]. En 2007[251], une minorité estimée entre 16 000 et 19 000 élèves de 11e année participe chaque année à des opérations de taille section, des marches nocturnes et des exercices de tir, avec la promesse de récompenses pour l’excellence lors de leur engagement dans les forces de défense israéliennes. Les éducateurs critiquent le programme comme étant « trop militariste ». Ce programme d’une semaine est révisé en 2007 pour inclure des cours sur la doctrine de combat, la pureté des armes et l’éthique en combat[252].

Effets sur les enfants

En 2024, un an après le début de la guerre de Gaza, 20 000 enfants palestiniens sont orphelins, abandonnés ou séparés de leurs parents. Dans plusieurs camps enquêtés, 60 % développent des bégaiements ou d’autres troubles de la communication. 40 % des familles accueillent des enfants d’autres familles. 85 % des parents déclarent qu’au moins un jour, leurs enfants sont restés sans nourriture. 346 000 enfants de moins de 5 ans ont besoin d’aliments et de nutriments complémentaires. 50 000 souffrent de malnutrition aiguë. En moyenne, les écoliers de la bande de Gaza ont perdu l’équivalent de deux années d’éducation, et le nombre de dix ans incapables de lire un texte simple augmente de 20 %[253].

Santé physique

Malnutrition

En haut, de gauche à droite ; images de la guerre de Gaza de 2023 : cadavre d'une Palestinienne de 4 ans, morte de malnutrition et de manque de soin ; distribution de nourriture à des Palestiniens déplacés à Deir el-Balah ; distribution de nourriture à des Palestiniens déplacés à Deir el-Balah pendant le Ramadan.

Dans un rapport des Nations unies de 2003, le rapporteur spécial Jean Ziegler signale que plus de 22 % des enfants de moins de 5 ans dans les territoires palestiniens souffrent de malnutrition et 15,6 % d’anémie aiguë. Selon la Banque mondiale, la consommation alimentaire dans les territoires palestiniens a chuté de plus de 25 % par habitant, et des pénuries alimentaires, notamment en protéines, sont signalées[254]. Un sondage de 2007 du Bureau central palestinien des statistiques auprès des enfants palestiniens en Cisjordanie et à Gaza révèle qu’en raison de la pauvreté, environ 10 % des enfants palestiniens souffrent d’« effets permanents de la malnutrition », notamment un retard de croissance[255]. En 2010, une enquête sponsorisée par le gouvernement danois constate que 10 % des enfants à Gaza sont malnutris[256].

D'après un rapport de 2012 publié conjointement par les organisations d’aide Save the Children et Medical Aid for Palestinians au Royaume-Uni, 10 % des enfants de moins de cinq ans à Gaza ont un retard de croissance dû à la malnutrition, et que 68 % des enfants d’âge préscolaire ainsi que 58 % des enfants en âge scolaire souffrent d’anémie. Le rapport indique que le blocus de cinq ans de la bande de Gaza, qui a empêché l’importation des fournitures et matériaux nécessaires, ainsi que les bombardements israéliens lors de la guerre de Gaza de 2008-2009 ayant détruit des infrastructures, ont conduit à une contamination sévère de l’eau par des engrais et des déchets humains. Des maladies comme la fièvre typhoïde et la diarrhée, propagées par l’eau contaminée, ont doublé chez les enfants de moins de 3 ans, ce qui a des conséquences sanitaires à long terme[257],[258]. Les égouts à ciel ouvert posent un problème, et en 2012, trois enfants se sont noyés dans des bassins d’eaux usées[258],[259].

Du au , Israël bloque complètement la totalité des livraisons entrant à Gaza, ce qui en fait la fermeture totale la plus longue dans l’histoire du blocus israélien[260],[261]. Depuis le , la Gaza Humanitarian Foundation, soutenue par les États-Unis et Israël, facilite une distribution limitée et en grande partie inefficace de l’aide[262]. En , les cliniques soutenues par l’UNICEF à Gaza signalent une forte augmentation de la malnutrition infantile : 16 736 enfants sont traités entre janvier et , dont 5 119 rien qu’en mai. Cela représente près de 50 % de plus qu’en avril et plus du double du chiffre de février. Parmi eux, 636 souffrent de malnutrition aiguë sévère, la forme la plus mortelle, qui a augmenté d’environ 146 % depuis février. Sans livraisons d’aide à grande échelle, la malnutrition aiguë pourrait atteindre son niveau le plus élevé depuis le début du conflit, malgré une quasi-absence de dénutrition 20 mois plus tôt[263].

Manque d'eau douce

En 2024, en raison de la rareté des ressources en eau, l’hygiène passe souvent au second plan par rapport à la satisfaction des besoins essentiels comme la nourriture et la boisson. De plus, la consommation d’eau non potable peut entraîner des maladies graves chez les enfants, notamment la diarrhée et l’hépatite.

À Gaza, 95 % de l'eau est impropre à la consommation humaine. En raison du niveau de pollution élevé, la région est à court d’eau potable dès 2016, avec des conséquences irréversibles dans les années 2020. La teneur excessive en nitrates, principalement due à une gestion insuffisante des eaux usées, est responsable de nombreuses maladies touchant les nourrissons et les jeunes enfants[227].

Hypothermie

Les conditions hivernales sévères posent un risque important pour le bien-être de la population, en particulier les enfants et ceux qui souffrent déjà de maladies et de malnutrition. Au milieu des attaques des forces de défense israéliennes, les Palestiniens déplacés ayant fui leur domicile avec peu d’effets personnels affrontent des difficultés supplémentaires durant les hivers à Gaza. Alors que l’enclave affronte des hivers rigoureux, le médecin norvégien Mads Gilbert lance un avertissement concernant le danger accru d’hypothermie mortelle parmi les résidents déjà vulnérables. L’hypothermie affaiblit le corps, supprime le système immunitaire et augmente le risque d’hémorragies importantes en cas de blessure. C’est un piège périlleux qu’il faut prendre au sérieux[264].

Munitions non explosées

Les accidents liés aux enfants jouant avec des munitions non explosées représentent une menace faible mais récurrente pour la santé des enfants. La majorité des incidents impliquant des munitions non explosées surviennent dans la bande de Gaza[265].

Impact psychologique

Selon Caitlin Procter, chercheuse au Centre sur le Conflit, le Développement et la Consolidation de la Paix à Genève, l’impact psychologique sur les enfants concernés est sans égal en raison du bombardement de leurs domiciles. Ils endurent des conditions extrêmes de froid glacial et de famine, et beaucoup doivent se débrouiller seuls dans les rues. Cela crée une situation accablante où même les experts en santé mentale pour enfants à Gaza se sentent complètement débordés et ont besoin d’aide. À Rafah, située dans la partie sud de l’enclave palestinienne, où résident près de 1,3 million de Gazaouis déplacés, Karyn Beattie, chef d’équipe de l’ONG Save the Children à Gaza, observe que « les enfants sont partout dans les rues ». Certains de ces enfants, qui ne sont pas encore adolescents, prennent la responsabilité de subvenir aux besoins de leur famille. Ils portent de lourds bidons d’eau ou vendent l’aide alimentaire qu’ils reçoivent dans les rues, utilisant souvent les recettes pour acheter d’autres articles essentiels[266]. La souffrance mentale que vivent les enfants survivants, ainsi que la destruction totale des infrastructures essentielles telles que les habitations, les établissements scolaires et les centres médicaux, affecte gravement leurs perspectives d’avenir[267].

L’UNICEF exprime sa tristesse face à l’impact de la guerre sur les enfants, soulignant la fréquence des flashbacks, cauchemars et agoraphobie chez les jeunes habitants de la bande de Gaza. Une étude menée par l’organisation révèle que 88 % des enfants de la région souffrent de peur et de traumatisme[268],[227].

Stress post-traumatique

Les chercheurs constatent des niveaux élevés de trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez les enfants palestiniens[269]. Selon certains chercheurs, le taux moyen de TSPT chez les enfants des deux côtés de la ligne Verte est d’environ 70 %[270],[271]. Selon une étude du Gaza Community Health Programs, le taux de TSPT sévère atteint 54 % chez les enfants gazouis, 33,5 % de TSPT modéré, et 11 % de niveaux légers ou douteux de TSPT[270]. Dans un rapport publié dans The Canadian Journal of Psychiatry, le taux de morbidité psychologique dans la région sud de Bethléem en Cisjordanie est de 42,3 % chez les enfants palestiniens. Ce taux est de 46,3 % pour les garçons et de 37,8 % pour les filles. Selon l’étude, ces taux sont deux fois supérieurs au taux de morbidité psychologique dans la bande de Gaza[272].

Selon certains rapports, plus de 370 000 enfants palestiniens ont été profondément choqués par la guerre israélienne de 2014 contre Gaza[273].

Le professeur israélien Edward Kaufman écrit que la prévalence du trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez les enfants israéliens est causée par « l’environnement de peur résultant des actes de terrorisme indiscriminés »[274],[275]. Selon un psychiatre pour enfants israélien, environ la moitié des enfants à Jérusalem, la ville la plus touchée par la violence palestinienne, présentent des symptômes de trouble de stress post-traumatique, un taux deux à trois fois plus élevé que celui des enfants souffrant de traumatismes d’autres causes. Une étude récente menée par le centre de traumatologie Herzog révèle que 33 % des jeunes Israéliens sont personnellement affectés par le terrorisme, soit en ayant été présents lors d’une attaque, soit en connaissant quelqu’un blessé ou tué par des terroristes. 70 % des personnes interrogées déclarent ressentir une peur ou un sentiment de désespoir accrus[276]. Des études montrent également des niveaux élevés de TSPT dans le sud d’Israël, fréquemment visé par des tirs de roquettes et de mortiers depuis la bande de Gaza. En particulier, les sirènes d’alerte aérienne fréquentes et les explosions de projectiles provoquent un traumatisme psychologique sévère dans la ville de Sdérot[277].

La guerre de Gaza de 2023, la plus sanglante des guerres que Gaza connaît au 21e siècle, a un effet catastrophique sur les enfants gazaouis, et des semaines de frappes aériennes et d’explosions continues contribuent à leur destruction psychologique. Après 16 jours de bombardements, les enfants développent un traumatisme sévère, avec des symptômes tels que convulsions, agressivité, énurésie et nervosité. 90 % des enfants dans les hôpitaux pédiatriques de Gaza présentent ou rapportent des symptômes d’anxiété, la majorité manifeste des symptômes de stress post-traumatique, et 82 % expriment la peur d’une mort imminente[278],[279].

Comportement agressif

En 2012, une étude conjointe portant sur des enfants palestiniens, juifs israéliens et arabes israéliens démontre une l’exposition au conflit politique et à la violence, contribuant à une augmentation des comportements agressifs. Selon l’étude, « les enfants palestiniens sont les plus exposés à la violence dans tous les contextes et présentent le niveau le plus élevé de comportements agressifs par rapport aux deux autres groupes. Les garçons sont systématiquement plus exposés que les filles à toutes les formes de violence et affichent des comportements plus agressifs »[280].

Normalisation de la violence dans l'enfance

Le professeur israélien Edward Kaufman[281] écrit : la confiance d’Israël en sa supériorité militaire, son recours aux « exécutions extrajudiciaires » ou à « l’élimination ciblée » de suspects, qui entraînent souvent la mort d'innocents, exacerbe le conflit. En conséquence, « les écoliers israéliens sont parmi les plus violents au monde, un phénomène que l’on attribue au fait que la force est un moyen accepté de résolution des conflits dans la société. 43 % des enfants israéliens avouent avoir harcelé d’autres enfants, tandis qu’un garçon israélien sur quatre admet porter un couteau à l’école pour se protéger. Il est donc logique que l’usage massif de la force par Israël envers les Palestiniens ait un effet retombant sur la société. La culture de la violence prévoyant en Israël a un impact dramatique sur les membres les plus impressionnables de la communauté : les enfants »[274].

Soins médicaux

Don d'organes entre Israéliens et Palestiniens

D'après le centre médical Hadassah, les dons d'organes entre receveur palestinien / donneur israélien, ou inversement, ne sont pas rares. Dans un cas, un Palestinien de Bethléem a reçu le rein d’un Israélien[282]. Les familles de Yoni Jesner, un adolescent juif, et d’Ahmed Khatib, un garçon palestinien, ont fait don de leurs organes à des enfants issus des deux camps durant conflit israélo-palestinien[283],[284],[285]. Yoni Jesner est décédé dans un attentat-suicide en 2002, tandis qu’Ahmed Khatib a été tué par des tirs de l’armée israélienne en 2005[286]. En 2002, Rachel Thaler, Israélienne de 16 ans, est tuée avec deux autres adolescents dans un attentat-suicide. Après sa mort, la famille de Thaler choisit de faire don de ses organes[287].

Israélien

Un enfant israélien blessé par une roquette Grad du Hamas tirée sur la ville de Beer-Sheva est transporté à l’hôpital.

Israël maintient un système de santé socialisé pour tous les Israéliens depuis sa création en 1948. Une loi sur l’assurance maladie nationale est adoptée en 1995[288]. La couverture inclut le diagnostic médical et le traitement, la médecine préventive, l’hospitalisation, la chirurgie et les greffes, les soins dentaires préventifs pour les enfants, ainsi que d’autres prestations[289].

Le conflit israélo-palestinien a toutefois des impacts négatifs sur la santé des enfants et l’accès aux soins médicaux. D'après une étude de 2007, le stress causé par la violence au cours des années précédentes a entraîné une forte augmentation de la consommation d’alcool, du tabagisme et de l’usage de drogues chez les adolescents israéliens[290]. Elle indique notamment : « l’exposition physique directe à des actes de terrorisme est positivement associée à des niveaux plus élevés de consommation d’alcool, de consommation excessive (binge drinking) et de cannabis, et ce de manière significative avant et après la prise en compte des symptômes de stress post-traumatique (PTSS) et de la dépression »[290]. L’étude conclut qu’il existe un risque élevé de complications de santé à long terme en raison de ces comportements[290].

Une chaussure d’enfant est retrouvée après un bombardement d'un centre commercial par une roquette tirée depuis Gaza.

L’Unité de médecine d’urgence du Centre médical pour enfants Schneider d’Israël mène une recherche et une revue sur deux ans concernant les soins médicaux apportés aux enfants victimes du terrorisme. Les résultats, publiés en 2003, indiquent : « Pendant la période d’étude, 41 événements de masse (MCE) sont gérés par Magen David Adom. Chaque événement mobilise en moyenne 32 ambulances régulières et neuf ambulances mobiles de soins intensifs avec 93 secouristes, 19 paramédics et quatre médecins. Le temps d’évacuation est de 5 à 10 minutes en zones urbaines et de 15 à 20 minutes en zones rurales. Dans la plupart des cas, les victimes sont évacuées vers plusieurs établissements. Pour améliorer l’efficacité et la rapidité, Magen David Adom introduit l’utilisation de ‘premiers intervenants’ bien formés et de professionnels bénévoles hors service, en plus de la gestion sur place dite ‘scoop and run’ »[83]. « Comparé aux enfants victimes de blessures non liées au terrorisme, le groupe lié au terrorisme présente un taux plus élevé d’interventions chirurgicales, des séjours hospitaliers plus longs et un besoin plus important de services de réhabilitation »[83].

Les hôpitaux du sud d’Israël sont régulièrement endommagés par des roquettes Qassam provenant de Gaza[291], et les ambulances sont retardées par des Palestiniens jetant des pierres[292]. En 2012, un Palestinien a admis empoisonner une famille juive, entraînant l’hospitalisation de deux adultes et de deux enfants[293].

Palestinien

Des soldats israélien de la brigade Golani inspectant des écolières palestiniennes à un point de contrôle à Tel Rumeida, Hébron.

Depuis les années 1990, et surtout depuis la violence liée à la seconde Intifada, Israël crée des centaines de barrages routiers et de postes de contrôle permanents, tenus par l’armée israélienne ou la police aux frontières[294]. Certains se situant entre Israël et la Cisjordanie pour prévenir d’éventuelles attaques terroristes, la plupart se trouvent (en ) à l’intérieur de la Cisjordanie, avec 522 postes permanents et en moyenne 495 « postes volants » temporaires[295]. D'après un rapport des Nations Unies de 2009, ces postes de contrôle évoluent vers « un système de contrôle plus permanent » réduisant l’espace disponible pour la croissance et la circulation palestiniennes au profit de la population croissante des colons israéliens[296]. Un incident en 2002, où une bombe est trouvée dans une ambulance du Croissant-Rouge, augmente la vigilance envers ces véhicules[297].

En 2004, le psychiatre Derek Summerfield écrit dans un article d’opinion publié dans le British Medical Journal : la réoccupation militaire israélienne récente de la Cisjordanie et de Gaza divise les communautés par des « checkpoints », érige de gigantesques murs comme la barrière israélienne en Cisjordanie et la barrière de la bande de Gaza, et démolit 60 000 maisons. La Banque mondiale estime qu’en raison de ces actions, la pauvreté palestinienne a triplé en trois ans, avec 60 % de la population vivant au seuil de pauvreté et plus de la moitié des foyers ne prenant qu’un seul repas par jour. La barrière isole 97 cliniques de santé primaire et 11 hôpitaux des patients palestiniens. Pendant cette période, 87 cas de refus d’accès aux soins médicaux ont entraîné la mort, dont 30 enfants. Certaines femmes en travail accouchent alors qu’elles sont retenues aux checkpoints. Physicians for Human Rights-Israel (en) critique l’Association médicale israélienne pour son silence face à ces problèmes[298], indique Summerfield.

En réponse à l’article d’opinion de Summerfield, Irwin Mansdorf, membre du Task Force on Medical and Public Health Issues, Scholars for Peace in the Middle East, écrit un article sur les soins courants des Palestiniens reçut dans les hôpitaux israéliens et de la part des médecins israéliens : « les Palestiniens reçoivent en Israël des soins qu’ils ne pourraient pas obtenir dans aucun pays arabe voisin. Ces derniers mois, près de 200 enfants palestiniens, référés dans le cadre d’un programme conjoint israélo-palestinien traitant les enfants atteints de maladies graves, ont subi une chirurgie majeure dans des hôpitaux israéliens sans frais pour leurs familles. Entre 350 et 400 autres enfants palestiniens ont bénéficié de tests diagnostiques gratuits »[299]. Simon Fellerman écrit également en 2004 un autre article d’opinion notant qu’Israël a lancé plusieurs initiatives de sensibilisation publique, comme Saving Children, créé par le Centre Peres pour la Paix, permettant à des centaines d’enfants palestiniens de recevoir des soins médicaux gratuits, en particulier des interventions cardiaques, prodiguées des chirurgiens israéliens[300]. En réponse au rapport de The Lancet, un porte-parole du gouvernement israélien déclare que les Palestiniens des territoires occupés peuvent recevoir des soins médicaux en Israël ; selon lui, 28 000 Palestiniens de Gaza ont été soignés en Israël durant les deux années couvertes par le rapport[301].

Un rapport de 2009 publié dans la revue médicale The Lancet, rédigé par le Dr Awad Mataria et le Dr Hanan Abdul Rahim, décrit le système de santé dans les territoires palestiniens comme « fragmenté et incohérent ». Il existe des lacunes dans les soins, un faible niveau de soins postnatals et une faible diminution du taux de mortalité infantile comparé à d’autres pays arabes qui ont réussi à le réduire. Citant un rapport des Nations unies, sur plus de 60 femmes palestiniennes ayant accouché aux checkpoints israéliens, 36 nouveau-nés n'ont pas survécu. Les médecins attribuent ces résultats aux conditions d’occupation militaire, à l’instabilité politique palestinienne, à des politiques incohérentes et fragmentées des donateurs d’aide étrangère, ainsi qu’à un accent mis sur l’aide d’urgence plutôt que sur le développement à long terme à l’intérieur des territoires palestiniens[301]. L’Organisation mondiale de la santé publie régulièrement des rapports sur les soins de santé dans les territoires palestiniens occupés[302].

Save a child's heart est un autre programme permettant à tout enfant souffrant de problèmes cardiaques de recevoir gratuitement des soins médicaux et une chirurgie auprès de médecins et d’hôpitaux sélectionnés en Israël. En 2009, le programme a déjà opéré 1000 enfants palestiniens[303].

En 2011, la coordinatrice santé de l’Administration civile israélienne, Dalia Bassa, et le commandant de l’unité alpine de l’armée israélienne organisent conjointement un voyage au ski au mont Hermon, dans le nord d’Israël, pour des enfants palestiniens diagnostiqués avec un cancer. Les enfants, accompagnés de leurs parents, de membres de leur famille et de soldats israéliens de l’unité alpine, suivent un traitement à l’hôpital Augusta Victoria à Jérusalem[304].

Pendant la guerre de Gaza de 2023

La guerre de Gaza, débuté en 2023, a fortement réduit le système de santé de Gaza, la plupart des hôpitaux de Gaza étant endommagés ou hors service[305],[114]. Cela rend impossible l'accès aux soins de base et crée des obstacles croissants pour ceux ayant besoin de traitements et de soutien spécialisés[306]. Les conséquences humanitaires sont particulièrement lourdes pour les enfants[307].

Manipulation des médias

Certaines images d’enfants impliqués dans le conflit se sont révélées fausses, modifiées numériquement ou obsolètes, et sont utilisées pour manipuler l’opinion publique.

Lors des affrontements entre Gaza et Israël en mars 2012, Khulood Badawi, coordinatrice de l'information et des médias pour le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, tweete une photo d'une enfant palestinienne couverte de sang. Elle est critiquée car l’enfant est Raja Abu Shaban, une fillette de 5 ans, morte en 2006 après être tombée d’une balançoire, et non à la suite d’une attaque israélienne[308],[309]. Elle se rendra compte de son erreur peu après[310]. Le rapport médical de l’hôpital indique que la fillette est morte « à la suite d’une chute d’un endroit élevé pendant la frappe israélienne sur Gaza ». À la suite d'entretiens avec des proches, de reportages et d'enquêtes menées par des organisations de défense des droits de l’homme, sa mort est indirectement causée par une frappe aérienne israélienne à seulement 100 mètres de là, bien que les récits diffèrent sur la manière dont cela s’est produit. Les responsables israéliens déclarent que la mort de la fillette n’a aucun lien avec Israël[311].

Un jour plus tard, Ofir Gendelman (en), porte-parole du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, tweete une photo d’une Israélienne et de ses deux enfants se protégeant d’une roquette tirée depuis Gaza, où il commente : « lorsqu’une roquette tirée par des terroristes depuis Gaza est sur le point de frapper leur maison ». Cependant, la photo est daté de 2009. Interrogé plus tard au sujet de cette désinformation, il répond : « Je n’ai jamais dit que la photo était actuelle. Elle illustre la peur dans laquelle vivent les habitants du sud d’Israël »[309].

Début , plusieurs journalistes avec des caméras suivent une fillette palestinienne qui tente à plusieurs reprises, sans succès, de provoquer une réaction violente de soldats israéliens[312]. Le , le site d’information arabe Alarab Net publie une photo de trois enfants ensanglantés et de leur mère avec la légende « famille massacrée martyre à Gaza ». Cette image se révèle être celle d’enfants syriens[313]. Des militants pro-palestiniens publient sur Twitter une photo d’un nourrisson blessé tenu par un secouriste, légendé : « même ce jeune enfant palestinien blessé ne semble ni surpris ni effrayé, habitué au terrorisme israélien ». Le bébé sur la photo est rapidement identifié comme une Israélienne blessée lors d’une attaque à la roquette du Hamas, qui a également tué sa mère[314]. Le Washington Post rapporte alors la tendance des deux camps du conflit à politiser les photos d’enfants blessés ou morts[315].

À la suite de l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, des informations émergent faisant état de bébés israéliens décapités dans le kibboutz de Kfar Aza. Ces allégations, initialement relayées par des soldats israéliens et rapportées par des médias comme i24NEWS, se répandent rapidement dans les médias internationaux. L’histoire prend encore plus d’ampleur lorsque le président américain Joe Biden déclare avoir vu des photos d’enfants décapités, mais la Maison Blanche précise ensuite qu'il s'agissait seulement de références à des articles de presse[316]. Tsahal indique ne pas pouvoir vérifier ces affirmations, et par la suite, plusieurs chaînes d’information dénoncent ces allégations[317],[318]. Malgré l’absence de corroboration, la rumeur circule largement et suscite l’indignation internationale, notamment dans les médias et discours politiques occidentaux. Des critiques estiment que la diffusion de cette histoire sans vérification contribue à exacerber les émotions publiques et à influencer la perception du conflit, en particulier concernant les actions du Hamas et la justification de la riposte militaire israélienne[319].

Projets de paix

Panneau à l'extérieur de l'école judéo-arabe Galil, en Basse Galilée.

De nombreux projets de paix israélo-arabes impliquent activement des enfants et des adolescents. Par exemple, Seeds of Peace (en) est fondé en 1993 avec pour objectif de créer de nouvelles générations de leaders dans les régions en conflit, qui ne toléreront plus les stéréotypes dépassés et nuisibles à propos des autres. Cela se réalise en réunissant des jeunes issus des deux camps d’un conflit, afin de littéralement mettre un visage humain sur ceux étant auparavant perçus comme des ennemis. L’organisation, qui commence avec des adolescents israéliens, palestiniens et égyptiens, s’étend ensuite à la Jordanie, au Maroc, au Qatar, à la Tunisie, à l’Afghanistan, au Yémen, à l’Inde, au Pakistan, au Maine, à Chypre(république turque de Chypre du Nord / république de Chypre) et aux Balkans[320].

Children of Peace (en), une association caritative basée au Royaume-Uni, se décrit comme axée sur « la création d'alliances avec des organisations partageant les mêmes idées à Gaza, en Israël, en Jordanie, au Liban et en Cisjordanie, en mettant en place des projets et des programmes dans les domaines des arts, de l'éducation, de la santé et des sports pour les enfants israéliens et palestiniens âgés de 4 à 17 ans »[321]. Richard Martin, fondateur de l'organisation en 2005, déclare refuser de prendre parti car « tous les enfants souffrent dans les conflits »[322].

Des enseignantes juive et arabe de Hand in Hand, un réseau d'écoles bilingues qui vise à promouvoir la coexistence entre les populations arabes et juives d'Israël.

Middle East Education Through Technology (MEET), l’Institute for Circlework, le TEC-Center for Technology, Education, and Cultural Diversity, ainsi que Hand in Hand se concentrent sur des initiatives éducatives[323]. Hand in Hand est un réseau d’écoles bilingues (hébreu-arabe) où des enfants juifs et arabes étudient ensemble. L’organisation est fondée en 1997 par deux Israéliens, l’un arabe et l’autre juif, dans le but de briser les stéréotypes négatifs, de cultiver le respect mutuel et la compréhension, et de démontrer que Juifs et Arabes peuvent étudier, travailler et vivre ensemble en paix[324].

Hand in Hand organise également des matchs de basketball entre adolescents israéliens et palestiniens, en collaboration avec PeacePlayers International (PPI), les qualifiant de « petits pas » vers la paix. « Peu importe ce qui se passe dehors, que ce soit des bombardements à Gaza ou un attentat-suicide à Tel-Aviv, on ne peut pas arrêter l’école. Il faut aller à l’école, il faut faire face à l’autre, il faut dire bonjour, et il faut parler », cite Ala Khatib, co-directrice de l’école[325].

En 2005, le Kabbalah Center basé aux États-Unis et le Palestinian Abu Assukar Center for Peace and Dialogue organisent un camp pour enfants réunissant 115 enfants israéliens et 115 enfants palestiniens âgés de 8 à 12 ans, près de Tel Aviv, au parc safari de Ramat Gan. Le camp, qui dure quatre jours, accueille des enfants venus de Bethléem, Ramallah, Jérusalem-Est, Tulkarem, Jéricho et Jénine. Les enfants israéliens participants viennent principalement de milieux marqués par une grande pauvreté et la violence. Osnat Youdkevitch, coorganisatrice, communique : « Notre message est celui de la dignité pour tous les êtres humains. C’est plus difficile à comprendre pour les adultes, car trop de choses se sont déjà construites autour de nous, mais les enfants ont la chance de grandir avec une façon de penser plus saine. Si tu joues, manges et transpires pendant quatre jours avec d’autres enfants censés être les 'ennemis', cela restera à jamais gravé »[326].

Mifalot est une organisation fondée par les propriétaires du club de football Hapoël Tel-Aviv, visant à promouvoir la coexistence pacifique par le football. En 2013, un match est organisé à Holon, réunissant des adolescents palestiniens et israéliens. Des activistes du Fatah ont publié des messages de menace sur Internet contre les garçons et filles palestiniens ayant participé au tournoi, et les dirigeants du Fatah à Ramallah ont condamné leur participation à ce type d’événements[327].

Questions juridiques

En 2010, l’Autorité nationale palestinienne publie un « Rapport sur la mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant dans le territoire palestinien occupé », c’est-à-dire la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza. Le rapport souligne le manque de juridiction de l’Autorité sur ces zones, ainsi que le « régime de fermeture » imposé par Israël, le « mur israélien d’annexion et d’expansion » et les nombreux checkpoints installés par Israël dans les territoires occupés. Tous ces éléments rendent difficile pour les Palestiniens la capacité de mettre fin aux violations des droits des enfants palestiniens par Israël[328].

Convention relative aux droits de l'enfant et loi israélienne sur la jeunesse

La Convention relative aux droits de l’enfant, un traité des droits humains qui énonce les droits civils, politiques, économiques, sociaux, sanitaires et culturels des enfants, s’applique aussi bien aux Israéliens qu’aux Palestiniens. La Convention définit un enfant comme tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si l’État fixe lui-même un âge de majorité plus bas[329]. Israël ratifie la Convention en 1991[330]. Bien que la Palestine ne dispose pas alors du statut d’État, Yasser Arafat signe la Convention en 1995 en tant que représentant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)[328]. La définition des enfants, reconnue internationalement et codifiée dans la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CDE), désigne les individus de moins de 18 ans. Depuis 1991, Israël a signé et ratifié la CDE et applique cette définition aux enfants israéliens[331]. Cependant, dans les territoires occupés, Israël considère comme mineurs uniquement les Palestiniens de moins de 16 ans. Certains dirigeants des principaux groupes armés palestiniens affirment également qu’ils considèrent les enfants de 16 ans comme des adultes[200]. Selon la loi israélienne sur la jeunesse de 1971, la responsabilité pénale commence à l’âge de 12 ans. Les enfants de moins de cet âge ne peuvent pas être arrêtés, et les enfants plus âgés ne peuvent être interrogés qu’en présence de leurs parents et de leur avocat. Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem, cette loi ne s’applique pas officiellement aux enfants palestiniens dans les territoires occupés (étant soumis au droit militaire israélien), mais le tribunal militaire recommande de prendre en considération ces dispositions[332]. Selon le journaliste Gideon Levy, ces recommandations ne sont pas respectées dans la pratique. Un rapport de l’UNICEF affirme : « Les mauvais traitements infligés aux enfants palestiniens dans le système de détention militaire israélien semblent être généralisés, systématiques et institutionnalisés », et ajoute : « Dans aucun autre pays, des enfants ne sont systématiquement jugés par des tribunaux militaires pour mineurs »[175].

Notes et références

Notes
  1. ↑ Il appelle également à la libération immédiate et « inconditionnelle » des enfants israéliens détenus en otage par le Hamas
Références
  1. ↑ Usher, « Children of Palestine », Race & Class, vol. 32, no 4,‎ , p. 1–18 (ISSN 0306-3968, DOI 10.1177/030639689103200402, lire en ligne Accès payant, consulté le )
  2. ↑ « Israel military on UN failing to protect children list », BBC, (consulté le )
  3. ↑ Gideon Levy 'A Brief History of Killing Children,' Haaretz, 20 November 2021.
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    « we rely primarily on the Web site of B'Tselem, an Israeli human rights organization. Widely thought to be accurate and reliable, the data published by B'Tselem record in detail every fatality (excluding suicide bombers) on both sides of the conflict during the second Intifada. »

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Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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Bibliographie

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