Gouvernement Lomer Gouin
| Premier ministre | Lomer Gouin |
|---|---|
| Élection | 1908, 1912, 1916, 1919 |
| Législature | 11e, 12e, 13e, 14e, 15e |
| Formation | |
| Fin | |
| Durée | 15 ans, 3 mois et 16 jours |
| Parti politique | Parti libéral |
|---|---|
| Ministres | 9 |
| Femmes | 0 |
| Hommes | 9 |
| Assemblée législative (1908) |
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|---|---|
| Assemblée législative (1919) |
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Le mandat du gouvernement de Lomer Gouin, du Parti libéral, devenu premier ministre du Québec à la suite de la démission de son prédécesseur Simon-Napoléon Parent, s'étend du au . Avec ses 15 ans au pouvoir, Gouin dirige le plus long mandat de premier ministre du Québec à ce jour, marqué par la modernisation de l'éducation supérieure, une politique d'industrialisation encadrée, l'effort de guerre et la crise de la conscription.
Caractéristiques
Lomer Gouin n'est pas bien vu par le clergé au début de son mandat car, à l'époque de ses prédécesseurs Marchand et Parent, il n'avait pas caché qu'il désirait une réforme profonde en éducation. Il doit promettre de ne pas rétablir le ministère de l'Instruction publique pour être accepté[1].
La durée de son gouvernement (15 ans) fait contraste avec les gouvernements précédents dont le plus long n'avait duré que 6 ans. Il se démarque aussi de son prédécesseur par son indépendance vis-à-vis du grand frère fédéral. Il remet à la mode le principe de l'autonomie provinciale chère à Mercier et n'hésite pas à critiquer Ottawa lorsque les subsides fédéraux lui semblent trop bas.
Réforme partielle de l'éducation
Sa réforme en éducation n'est que partielle car elle se limite à la fondation des deux écoles techniques de Montréal et Québec et à celle de l'École des hautes études commerciales (HEC) à Montréal en 1907[1]. En 1920, juste avant son départ, le gouvernement Gouin fait adopter la loi créant l'Université de Montréal.
Industrialisation encadrée
Comme celui de Parent, le gouvernement Gouin mise sur l'industrialisation et le libéralisme, mais en y plaçant cependant certaines balises. Il ne vend plus les ressources hydrauliques mais les loue par bail. En 1910, il met l'embargo sur l'exportation de bois à pâte coupé sur les terres publiques : celui-ci doit désormais être transformé en pâte et papier au Québec avant d'être exporté. Cette mesure développe l'industrie des pâtes et papiers dans la province[1].
Le gouvernement Gouin est le premier à faire de la construction de routes pour les automobiles dans les campagnes l'une de ses priorités. Cette mesure encourage la colonisation, qui prend un nouveau départ.
Affaires linguistiques et autonomistes
Au , l'Assemblée législative vote la loi Lavergne sur l'emploi obligatoire de la langue française dans les services d'utilité publique. Lorsque le Règlement 17 annonce en 1912 la quasi-abolition du français dans les écoles de l'Ontario, Gouin réclame justice pour la minorité francophone ontarienne et demande l'abrogation du règlement.
La Première Guerre mondiale et la conscription
En 1914-1918, Gouin se prononce pour l'effort de guerre et l'enrôlement volontaire mais dénonce ouvertement la loi sur la conscription votée à Ottawa en 1917. La motion Francoeur, déposée le par Joseph-Napoléon Francoeur à l'Assemblée, est une menace à peine voilée concernant la séparation du Québec ; Gouin finit par en demander le retrait plutôt que de continuer dans cette voie. Du au , une émeute à Québec contre la conscription fait quatre morts lorsque l'armée tire sur les manifestants.
La transition vers Taschereau
Après la guerre, Gouin commence à préparer le terrain à sa démission. Il accorde plus de responsabilités à son successeur désigné, Louis-Alexandre Taschereau, et lui trace la voie en remportant une victoire écrasante aux élections générales de 1919 avec 70 % du vote populaire (un record inégalé dans l'histoire du Québec). Le , Gouin annonce sa démission ; Taschereau lui succède le lendemain[1].
Chronologie
- : le cabinet Gouin est assermenté devant le lieutenant-gouverneur Louis-Amable Jetté. Pour être accepté par le clergé québécois, Gouin a dû promettre qu'il ne rétablirait pas le ministère de l'Instruction publique.
- : reprise de la première session de la 11e législature. Le ministère de la Colonisation, disparu sous Parent, est rétabli. Le ministère du Travail est créé.
- 1906 : Sherbrooke est la première ville à demander la municipalisation de l'électricité, mais elle lui est refusée.
- : les Caisses d'épargne et de crédit sont reconnues légalement par la loi provinciale concernant les syndicats coopératifs (à la suite de la fondation des Caisses Desjardins en 1900).
- au : troisième conférence interprovinciale, qui réclame un réajustement du subside fédéral.
- au : troisième session de la 11e législature. Gouin annonce la fondation de deux écoles techniques, à Québec et Montréal, ainsi que la création de l'école des Hautes Études Commerciales à Montréal.
- : Henri Bourassa annonce qu'il se jette dans l'arène provinciale. La Ligue nationaliste présentera des candidats à la prochaine élection.
- : premier écroulement du pont de Québec.
- : à l'inauguration de la nouvelle session, Québec annonce un projet d'amélioration des routes pour les automobiles dans les campagnes.
- : élections générales ; les libéraux remportent 58 comtés contre 13 pour les conservateurs. La Ligue nationaliste fait élire deux candidats : Armand Lavergne et Henri Bourassa (gagnant dans deux comtés).
- 1909 : Joseph-Mathias Tellier succède à Pierre-Évariste Leblanc comme chef du Parti conservateur.
- : fondation du journal Le Devoir par Henri Bourassa.
- : l'Assemblée législative vote la loi Lavergne sur l'emploi obligatoire de la langue française dans les services d'utilité publique.
- : inauguration de l'école des Hautes Études Commerciales.
- : le Parti conservateur de Robert Laird Borden remporte l'élection fédérale.
- : ouverture de la quatrième session de la 12e législature. Gouin annonce que 10 millions de dollars seront consacrés à l'amélioration de la voirie rurale.
- : Ottawa annonce que l'Ungava et tout le territoire du Nouveau-Québec font désormais partie intégrante du Québec.
- : les libéraux remportent les élections générales avec 64 sièges contre 15 pour les conservateurs et 2 indépendants. Lavergne est réélu dans Montmagny.
- : inauguration du monument d'Honoré Mercier devant le Parlement de Québec.
- : le Règlement 17 annonce la quasi-abolition du français dans les écoles de l'Ontario.
- : Gouin est en France à la recherche d'éventuels investissements pour le Québec.
- : le Montreal Daily Mail annonce que des conseillers législatifs ont reçu des pots-de-vin lors de la dernière session. C'est le début de l'affaire Mousseau-Bérard-Bergevin. Une commission d'enquête établit que ces conseillers ainsi que le député Joseph-Octave Mousseau ont reçu 4 000 $ en pot-de-vin. Ils doivent démissionner.
- : à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le gouvernement Gouin annonce l'envoi de 4 millions de livres de fromage à l'Angleterre.
- : lors d'un discours en Chambre, Gouin réclame justice pour la minorité francophone ontarienne et demande l'abrogation du Règlement 17.
- : Philémon Cousineau succède à Joseph-Mathias Tellier comme chef du Parti conservateur.
- : Lavergne déclenche une controverse en Chambre lorsqu'il déclare qu'il est plus honorable de défendre la langue française en Ontario que d'aller se battre pour l'Angleterre dans les tranchées de France.
- : Gouin remporte les élections générales avec 75 libéraux contre seulement 6 conservateurs.
- : second écroulement du pont de Québec.
- : Arthur Sauvé succède à Philémon Cousineau comme chef du Parti conservateur.
- : la loi sur la conscription est votée à Ottawa.
- : le gouvernement Borden est réélu au Canada. Au Québec, sa défaite est écrasante : seuls 3 candidats conservateurs sont élus, tous dans des comtés anglophones.
- : motion Francoeur à l'Assemblée : « Que cette Chambre est d'avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867 si, dans les autres provinces, on croit qu'elle est un obstacle à l'union, au progrès et au développement du Canada. »
- : Gouin demande le retrait de la motion Francoeur. Pour lui, la conscription et les « injures faites par un petit nombre » ne sont pas un motif suffisant de séparation.
- au : une émeute à Québec contre la conscription fait quatre morts lorsque l'armée tire sur les manifestants.
- : adoption d'une loi autorisant les enfants à fréquenter les salles de cinéma.
- : référendum québécois sur la prohibition de l'alcool. À la question « Êtes-vous d'opinion que la vente de bières, cidres et vins légers tels que définis par la loi devrait être permise ? », 129 679 personnes se prononcent pour le Oui et 226 545 pour le Non.
- : Gouin remporte ses dernières élections générales avec 74 libéraux contre 5 conservateurs et 2 indépendants. 70 % de la population a voté pour les libéraux, un record inégalé dans l'histoire du Québec.
- : inauguration du pont de Québec.
- : adoption de la loi créant l'Université de Montréal.
- : Gouin annonce sa prochaine démission. Louis-Alexandre Taschereau lui succède à la tête du gouvernement.
Lois marquantes
- 1905 : rétablissement du ministère de la Colonisation et création du ministère du Travail.
- 1906 : reconnaissance légale des Caisses d'épargne et de crédit (Caisses Desjardins) par la loi provinciale sur les syndicats coopératifs.
- 1907 : fondation des deux écoles techniques de Québec et Montréal et création de l'école des Hautes Études Commerciales.
- 1910 : embargo sur l'exportation de bois à pâte coupé sur les terres publiques, devant être transformé en pâte et papier au Québec avant exportation.
- 1910 : loi Lavergne sur l'emploi obligatoire de la langue française dans les services d'utilité publique.
- 1919 : loi autorisant les enfants à fréquenter les salles de cinéma.
- 1920 : loi créant l'Université de Montréal.
Composition
Cabinet Gouin (1905-1907)

Conseil des ministres assermenté le :
- Premier ministre et procureur général : Lomer Gouin
- Trésorier provincial : John Charles McCorkill
- Secrétaire provincial : Louis-Rodolphe Roy
- Ministre de l'Agriculture : Auguste Tessier
- Ministre des Travaux publics et de la Colonisation : Louis-Jules Allard[Note 1]
- Ministre des Terres, Mines et Pêcheries : Adélard Turgeon
- Ministre sans portefeuille : William Alexander Weir[Note 2]
Plusieurs remaniements suivent :
- : Louis-Jules Allard devient ministre des Travaux publics et ministre du Travail ; Jean Prévost devient ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries (démissionne le ).
- : John Charles Kaine est nommé ministre sans portefeuille.
- : Auguste Tessier devient trésorier provincial (à la suite de la démission de J.C. McCorkill devenu juge) ; Louis-Jules Allard devient ministre de l'Agriculture ; William Alexander Weir devient ministre des Travaux publics et du Travail.
- : William Alexander Weir devient trésorier provincial (à la suite de la démission d'Auguste Tessier devenu juge) ; Louis-Alexandre Taschereau devient ministre des Travaux publics et du Travail ; Charles Ramsay Devlin devient ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries.
Cabinet Gouin (1907-1910)
À la suite du remaniement du :
- Premier ministre et procureur général : Lomer Gouin
- Trésorier provincial : William Alexander Weir
- Secrétaire provincial : Louis-Rodolphe Roy
- Ministre de l'Agriculture : Louis-Jules Allard
- Ministre des Travaux publics et du Travail : Louis-Alexandre Taschereau
- Ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries : Charles Ramsay Devlin
- Ministre des Terres et des Forêts : Adélard Turgeon
- Ministre sans portefeuille : John Charles Kaine
Remaniements :
- : Louis-Jules Allard devient ministre des Terres et des Forêts (à la suite de la démission d'Adélard Turgeon devenu président du Conseil législatif) ; Jérémie-Louis Décarie devient ministre de l'Agriculture ; Joseph-Édouard Caron devient ministre sans portefeuille.
- : Jérémie-Louis Décarie devient secrétaire provincial (à la suite de la démission de Louis-Rodolphe Roy) ; Joseph-Édouard Caron devient ministre de l'Agriculture.
- : Peter Samuel George Mackenzie devient trésorier provincial (à la suite de la démission de William Alexander Weir devenu juge).
Cabinet Gouin (1910-1919)
À la suite du remaniement du :
- Premier ministre et procureur général : Lomer Gouin
- Trésorier provincial : Peter Samuel George Mackenzie
- Secrétaire provincial : Jérémie-Louis Décarie
- Ministre de l'Agriculture : Joseph-Édouard Caron
- Ministre des Travaux publics et du Travail : Louis-Alexandre Taschereau
- Ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries : Charles Ramsay Devlin
- Ministre des Terres et des Forêts : Louis-Jules Allard
- Ministre sans portefeuille : John Charles Kaine[Note 3]
Nominations :
- : Narcisse Pérodeau devient ministre sans portefeuille.
- : Joseph-Adolphe Tessier devient ministre de la Voirie.
- : Honoré Mercier (fils) devient ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries (à la suite du décès de Charles Ramsay Devlin le ).
- : Walter George Mitchell devient trésorier provincial (à la suite du décès de Peter Samuel George Mackenzie le ).
- : Walter George Mitchell devient également ministre des Affaires municipales.
- : Napoléon Séguin devient ministre sans portefeuille.
Cabinet Gouin (1919-1920)
À la suite du remaniement du :
- Premier ministre : Lomer Gouin
- Procureur général : Louis-Alexandre Taschereau
- Trésorier provincial et ministre des Affaires municipales : Walter George Mitchell
- Secrétaire provincial : Athanase David[Note 4]
- Ministre de l'Agriculture : Joseph-Édouard Caron
- Ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries : Joseph-Édouard Perrault
- Ministre des Terres et des Forêts : Honoré Mercier (fils)[Note 5]
- Ministre des Travaux publics et du Travail : Antonin Galipeault
- Ministre de la Voirie : Joseph-Adolphe Tessier
- Ministre sans portefeuille : Narcisse Pérodeau
- Ministre sans portefeuille : Napoléon Séguin
Notes et références
Notes
- ↑ Leader du gouvernement au Conseil législatif.
- ↑ Démissionne le pour devenir président de l'Assemblée législative jusqu'en 1906.
- ↑ Démissionne le pour devenir membre du Conseil législatif.
- ↑ Succède à Jérémie-Louis Décarie qui démissionne pour devenir juge.
- ↑ Succède à Jules Allard qui démissionne pour devenir protonotaire.
Références
- « GOUIN, sir LOMER », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le )
Bibliographie
- Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, t. IV, Septentrion.
- Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, t. I, Boréal Express, .
- Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec.
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