Gouvernement Mercier
| Gouvernement Taillon I | Gouvernement Mercier | Gouvernement Boucher de Boucherville II | |||||||||||||||||||||||||||||||||
| 6e législature | 7e législature | ||||||||||||||||||||||||||||||||||
| 1887 | 1888 | 1889 | 1890 | 1891 | 1892 | ||||||||||||||||||||||||||||||
| Premier ministre | Honoré Mercier |
|---|---|
| Élection | 1886, 1890 |
| Législature | 6e, 7e |
| Formation | |
| Fin |
| Parti politique | Parti national / Parti libéral |
|---|---|
| Ministres | 6 |
| Femmes | 0 |
| Hommes | 6 |
| Assemblée législative (1886) |
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|---|---|
| Assemblée législative (1890) |
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Le mandat du gouvernement Honoré Mercier s'étend du au . Mercier devient premier ministre du Québec à la suite des démissions successives des gouvernements Ross et Taillon (1), à la tête du Parti national, coalition de libéraux et de conservateurs dissidents formée en 1885 dans la foulée de la pendaison de Louis Riel.
Caractéristiques
Honoré Mercier est sans conteste le premier premier ministre du Québec à avoir l'envergure d'un chef d'État. Son gouvernement met l'accent sur la défense de la nation canadienne-française, thème permettant l'alliance entre les libéraux et les conservateurs nationaux. Mercier exige d'Ottawa le respect de l'autonomie provinciale et convoque à Québec la première conférence interprovinciale de l'histoire de la Confédération, proposant aux premiers ministres des autres provinces une alliance pour contrer l'ingérence fédérale dans leurs pouvoirs[1].
En économie, Mercier fait compléter la construction des chemins de fer dans les régions éloignées et donne un nouveau souffle à la colonisation dans les Laurentides et au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il est également le premier premier ministre à engager une politique extérieure : ses voyages en France, en Belgique et au Vatican visent à obtenir une certaine reconnaissance internationale[1].
L'autonomie provinciale et la conférence interprovinciale
Mercier adopte une attitude fortement autonomiste envers le gouvernement fédéral. Du au , il convoque à Québec la première conférence interprovinciale depuis 1867, réunissant les premiers ministres de cinq provinces. Les délégués réclament la limitation du pouvoir de désaveu fédéral, une meilleure répartition des revenus et la nomination de la moitié des sénateurs par les provinces[2]. John A. Macdonald refuse de s'y rendre.
Les biens des Jésuites
En 1888, le gouvernement règle la question des biens des Jésuites, confisqués par la Couronne britannique après la Conquête, en accordant une compensation de 400 000 $ à la Compagnie de Jésus et aux institutions d'enseignement, soit 160 000 $ à la Compagnie de Jésus et 140 000 $ à l'Université Laval[1]. La loi provoque une vive opposition des milieux protestants à travers le Canada. Une motion de désaveu est défaite à la Chambre des communes par 188 voix contre 13, Macdonald ayant déclaré la loi constitutionnelle[1].
La colonisation et le développement
Le gouvernement Mercier fait de la colonisation une priorité. En , il nomme le curé Labelle sous-commissaire au département de l'Agriculture et de la Colonisation, afin de tirer profit de la popularité du « roi du Nord » et de son œuvre d'établissement dans les Laurentides[3]. Labelle réforme la législation sur les concessions forestières et obtient l'adoption de la « loi des 100 acres » accordant des terres publiques aux familles de douze enfants. Le gouvernement fait également compléter le chemin de fer de Québec et du Lac-Saint-Jean et fonde des écoles du soir gratuites pour les ouvriers de Montréal et d'autres villes[1].
Le scandale de la Baie des Chaleurs
Au printemps 1891, le gouvernement annule le contrat de la Compagnie de chemin de fer de la Baie des Chaleurs, dont les travaux traînent depuis 1886 avec seulement 100 des 320 kilomètres construits. Un subside de 280 000 $ est offert à tout entrepreneur capable de terminer la ligne dans des délais raisonnables[4]. En , une enquête du Sénat révèle que l'entrepreneur Charles Newhouse Armstrong a remis 100 000 $ à Ernest Pacaud, organisateur libéral et proche de Mercier, sur les fonds publics destinés au chemin de fer[4]. Une partie de cette somme aurait servi à payer les dettes de certains ministres et le voyage européen de Mercier.
La destitution
Le , le lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers destitue le gouvernement Mercier, invoquant les conclusions d'une commission royale d'enquête sur le scandale[1]. Il confie le pouvoir au conservateur Charles-Eugène Boucher de Boucherville, qui fait dissoudre la législature le . Aux [[Élections générales québécoises de 1892|élections du ]], le Parti conservateur remporte 51 sièges contre 21 pour les libéraux[5]. Mercier est traduit en justice pour fraude mais acquitté après seulement 17 minutes de délibération du jury. Ruiné et malade, il meurt le [1].
Chronologie
- : assermentation du cabinet Mercier devant le lieutenant-gouverneur Rodrigue Masson.
- : ouverture de la session ajournée à la suite de la démission de Taillon. Le discours du Trône annonce une conférence interprovinciale dont le but est d'étudier des mesures visant à améliorer la situation des provinces face à Ottawa dans la Confédération.
- au : première conférence interprovinciale à Québec. Macdonald refuse de s'y rendre. Les premiers ministres provinciaux adoptent des résolutions réclamant plus d'autonomie des provinces, dont la nomination de la moitié des sénateurs et une meilleure répartition des revenus.
- : début de la deuxième session de la 6e législature.
- : nomination du curé Labelle comme sous-commissaire au département de l'Agriculture et de la Colonisation[3].
- : l'Assemblée législative adopte les résolutions de la conférence interprovinciale par 27 voix contre 18.
- : Mercier offre 400 000 $ d'indemnité aux Jésuites ainsi que la remise de leur ancien terrain de La Prairie. Le gouvernement britannique s'était emparé de leurs biens dans la colonie à la mort du dernier Jésuite au début du XIXe siècle. La communauté religieuse était revenue dans la colonie en 1842 et réclamait une indemnité ou la remise de leurs biens.
- : adoption de l'Acte relatif au règlement de la question des biens des Jésuites. Mercier demande au pape de fixer le montant d'indemnité et lui promet de s'y conformer. Un mouvement de protestation anglophone se forme à travers le Canada, dénonçant la « mainmise » de Rome sur le Québec[1].
- : des pétitions venant de toutes les régions du Canada arrivent à Ottawa pour demander au gouvernement fédéral de désavouer la loi sur les Jésuites.
- : une motion présentée à la Chambre des communes demande le désaveu de la loi sur les Jésuites. Deux jours plus tard, elle est défaite par 188 voix contre 13, Macdonald ayant déclaré la loi constitutionnelle.
- : Mercier prononce son plus célèbre discours à l'occasion de l'inauguration du monument Cartier-Brébeuf au lieu historique national Cartier-Brébeuf de Québec : « Cessons nos luttes fratricides et unissons-nous ! »
- : au Manitoba, le français est aboli comme langue officielle de la province.
- : les écoles françaises et catholiques sont abolies au Manitoba.
- : Mercier déclenche des élections pour le 17 juin. Le thème principal de la campagne est l'autonomie provinciale.
- : aux élections, le Parti national de Mercier remporte 42 sièges et les conservateurs 27. Les autres sièges sont répartis entre le Parti ouvrier et des candidats indépendants.
- : première session de la 7e législature. On y annonce la fondation d'une école d'agriculture, l'octroi de nouvelles subventions pour la colonisation dans les Laurentides et la construction d'un pont devant relier les deux rives du fleuve Saint-Laurent à Québec.
- : le gouvernement annule le contrat de la Compagnie de chemin de fer de la Baie des Chaleurs[4].
- au : Mercier visite le Vatican, la France et la Belgique. Selon ses adversaires, son comportement ressemble plus à celui d'un chef d'État qu'à celui d'un premier ministre provincial.
- : le comité sénatorial sur les chemins de fer rend public ce qui sera plus tard appelé le scandale de la Baie des Chaleurs. L'entrepreneur Charles Newhouse Armstrong, chargé de la construction du chemin de fer, a obtenu une subvention gouvernementale de 175 000 $ à laquelle il n'avait pas droit. Il l'a reçue du trésorier libéral Ernest Pacaud, mais n'en a gardé que 75 000 $. Il a versé les 100 000 $ restants à Pacaud, qui s'en est servi pour payer les dettes de certains ministres et le voyage européen de Mercier[4].
- : une commission royale d'enquête présidée par le juge Louis-Amable Jetté commence ses audiences.
- : un rapport préliminaire incrimine Pacaud. Le lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers retire sa confiance à Mercier et fait appel à Charles-Eugène Boucher de Boucherville pour former le prochain gouvernement[1].
- : assermentation du cabinet Boucher de Boucherville.
- : dissolution de la 7e législature.
Lois marquantes
- 1888 : Acte relatif au règlement de la question des biens des Jésuites, indemnisant la Compagnie de Jésus de 160 000 $ et l'Université Laval de 140 000 $ pour les biens confisqués par la Couronne britannique après la Conquête[1].
- 1888 : création du département de l'Agriculture et de la Colonisation et nomination du curé Labelle comme sous-commissaire, chargé de réformer la législation sur les concessions forestières[3].
- 1888 : nomination des trois premiers inspecteurs de manufactures, rendant effectif l'Acte des manufactures de 1885 réglementant le travail des femmes et des enfants dans les usines[6].
- 1890 : Loi créant une faculté de médecine pour l'Université Laval à Montréal, résolvant un conflit de quinze ans entre l'École de médecine et de chirurgie de Montréal et l'Université Laval[7].
- 1890 : Acte portant privilège aux pères ou mères de famille ayant douze enfants vivants (53 Vict., ch. 26), accordant 100 acres de terres publiques gratuitement aux familles nombreuses[8].
- 1890 : réforme de la carte électorale, faisant passer le nombre de districts électoraux de 65 à 73[7].
Composition
Cabinet Mercier (1887)
- Premier ministre et procureur général : Honoré Mercier
- Trésorier provincial : Joseph Shehyn
- Secrétaire provincial : Charles-Antoine-Ernest Gagnon
- Solliciteur général : Georges Duhamel
- Commissaire des Travaux publics : James McShane
- Commissaire des Terres de la Couronne : Pierre Garneau
Cabinet Mercier (1888-1890)
- Premier ministre et ministre de la Colonisation : Honoré Mercier
- Trésorier provincial : Joseph Shehyn
- Secrétaire provincial : Charles-Antoine-Ernest Gagnon, puis Joseph-Émery Robidoux en
- Procureur général : Arthur Turcotte
- Commissaire des Travaux publics : Pierre Garneau
- Commissaire des Terres de la Couronne : Georges Duhamel
- Ministre de l'Agriculture : William Rhodes
Cabinet Mercier (1890-1891)
À la suite des élections de 1890, le cabinet est remanié.
- Premier ministre, ministre de l'Agriculture et ministre de la Colonisation : Honoré Mercier
- Président du Conseil exécutif : Charles Langelier (1890), David Alexander Ross (1890-1891)
- Trésorier : Joseph Shehyn
- Secrétaire et registraire : Joseph-Émery Robidoux (1890), Charles Langelier (1890-1891)
- Procureur général : Arthur Turcotte (1890), Joseph-Émery Robidoux (1890-1891)
- Commissaire des Travaux publics : Pierre Garneau
- Commissaire des Terres de la Couronne : Georges Duhamel
- Ministre sans portefeuille : Arthur Boyer
Notes et références
- « MERCIER, HONORÉ », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le )
- ↑ « Les relations fédérales-provinciales », sur RÉCITUS Histoire (consulté le )
- « LABELLE, FRANÇOIS-XAVIER-ANTOINE », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le )
- « Le scandale de la Baie des Chaleurs », sur Érudit (consulté le )
- ↑ « Mercier, Honoré », sur Répertoire du patrimoine culturel du Québec (consulté le )
- ↑ « L'Acte des manufactures », sur Par ici la démocratie (consulté le )
- « Le Québec en 1890, ligne du temps de l'époque », sur GrandQuebec.com (consulté le )
- ↑ « La loi des 12 enfants », sur RÉCITUS (consulté le )
Bibliographie
- Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, t. III, Septentrion, .
- Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain, t. I, Boréal Express, .
- Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec.
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