Grand Chevalier

Tringa melanoleuca

Tringa melanoleuca
Description de cette image, également commentée ci-après
Grand Chevalier.
Classification COI
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Charadriiformes
Famille Scolopacidae
Genre Tringa

Espèce

Tringa melanoleuca
(Gmelin, JF, 1789)

Statut de conservation UICN

( NT )( NT )
NT A2bd : Quasi menacé

Le Grand Chevalier (Tringa melanoleuca) est une espèce d'oiseaux Charadriiformes de la famille des Scolopacidae. C'est un limicole qui niche en Amérique du Nord et migre en Amérique centrale et du Sud. Il est aussi parfois appelé Grand Chevalier à pattes jaunes ou Chevalier criard[1].

C'est un oiseau au plumage gris et blanc, reconnaissable à ses grandes pattes jaunes et à son long bec légèrement retroussé. Très similaire au Petit chevalier (Tringa flavipes), il se distingue par sa taille plus grande, son bec bien plus long et son chant retentissant en trois ou quatre syllabes.

Le Grand Chevalier vit dans des zones humides. Il niche dans la taïga et les fondrières de mousse, dans une grande zone qui s'étend de l'Alaska à la Nouvelle-Écosse. Il passe ensuite l'hiver dans la zone néotropicale, au sud des États-Unis, dans les Antilles et jusqu'au cône Sud.

Plutôt farouche et solitaire, il évolue parfois en petits groupes pour se nourrir. C'est une espèce omnivore qui se nourrit notamment d'insectes, de baies, de poissons, de larves ou de grenouilles adultes.

Ses effectifs sont mal connus, avec des estimations très variables, certaines concluant à une augmentation et d'autres à une diminution de la population globale. L'Union internationale pour la conservation de la nature le considère comme une espèce quasi menacée. Il est victime de la chasse dans les Caraïbes, des dérangements et de la dégradation de son habitat.

Description

Dimensions et plumage

Le Grand Chevalier a une silhouette élancée et de longues pattes jaune vif. Son plumage est majoritairement gris et blanc. Pendant la saison de la reproduction, la tête, le cou et les flancs sont rayés de noir, le dessus est gris foncé à marques blanches[2],[3]. En hiver, il devient moins contrasté, avec des rayures peu marquées et le dessus grisâtre[2],[4]. Son ailes sont uniformes, sans bande blanche visible en vol. Son croupion est blanc[4]. Son bec est long, souvent légèrement retroussé et noir avec une coloration plus claire à la base[2],[3].

Il n'y a pas de dimorphisme sexuel, le mâle et la femelle sont identiques. Le premier plumage du jeune ressemble au plumage hivernal des adultes, avec des rayures fines sur la poitrine et des mouchetures sur le dos[2].

Il mesure 32 à 38 cm de long. L'aile pliée mesure 182 à 197,5 cm chez le mâle adulte et 183 à 198,4 cm chez la femelle. La queue mesure 69 à 84,2 cm, le culmen (ligne supérieure du bec) 53,3 à 59,5 cm et les tarses 59,4 à 69 cm[4].

Vocalisations

En vol, le Grand Chevalier émet un cri descendant en trois ou quatre notes, qui est retranscrit en kliou kliou kliou, touwi touwi touwi ou teu-teu-teu selon les auteurs[2],[3],[4],[5]. C'est un cri qui ressemble beaucoup à celui du Chevalier aboyeur (Tringa nebularia), parfois plus rapide et aigu[5]. Pour défendre son territoire, il produit un chant mélodieux, too-whee[5]. Lorsqu'il est dérangé, il émet une série de quec monotones[4].

Espèces ressemblantes

Le Grand Chevalier ressemble beaucoup au Petit Chevalier (Tringa flavipes). Lorsqu'ils sont ensemble, il se reconnaît facilement car il est plus grand, mais il est plus difficile de l'identifier s'il est seul[6]. Leurs becs sont différents : celui du Grand Chevalier est plus long (5 cm ou plus) et légèrement retroussé, alors que celui du Petit Chevalier est plus court (3,5 cm) et droit[6],[3]. Le bec du Grand Chevalier est environ une fois et demi plus long que sa tête, alors que celui du Petit Chevalier est de même longueur[2].

Ils se distinguent aussi à leurs vocalisations : le Grand Chevalier émet un chant retentissant en trois ou quatre syllabes, alors que le Petit Chevalier émet un sifflement beaucoup plus doux en une ou deux notes[6],[3].

Répartition et habitat

Carte de répartition.
  • Présence en période de nidification.
  • Présence en période de migration.
  • Présence en période d'hivernage.

Le Grand Chevalier est un oiseau migrateur d'Amérique. Il niche dans le nord de l'écozone néarctique, de l'Alaska à l'ouest jusqu'à la Nouvelle-Écosse à l'est, dans une aire qui recouvre une grande partie du Canada[7]. En période de reproduction, il vit dans des zones humides de la taïga et de la toundra. Les fondrières de mousse constituent son habitat principal, mais il vit aussi au bord d'étangs et de lacs, dans des forêts clairsemées ou sur des brûlis[4],[7].

À la fin de la saison de reproduction, il migre dans l'écozone néotropicale, du sud des États-Unis au cône Sud[7]. Le sud de la baie James, au Canada, est une halte migratoire importante où s'arrêtent plusieurs centaines d'individus chaque automne[8]. En hiver, on trouve le Grand Chevalier de la Californie et l'Arizona jusqu'aux prairies d'Argentine et d'Uruguay, ainsi que dans les Antilles, dans les Llanos et dans des zones humides andines[4],[7]. Quelques individus non-reproducteurs y passent l'hiver, pendant que les reproducteurs sont retournés sur leurs aires de reproduction[7]. Son habitat hivernal est varié et comprend des espaces naturels ou artificiels, comme des citernes agricoles, des réservoirs ou des marais salants[7]. Dans les espaces naturels, il fréquente différents types de zones humides peu profondes, comme des marais, des étangs, des berges de lacs ou des cours d'eau lents. Il vit également le long des côtes, où il apprécie les endroits calmes, comme les vasières et les baies, mais il évite les espaces avec des vagues[4].

Des individus erratiques sont parfois observés ailleurs qu'en Amérique. Quelques observations ont été faites en Belgique, au Danemark, en France (moins d'une dizaine d'observations[9]), en Norvège et en Espagne. Des observations, très rares, ont été recensées en Russie, au Japon, en Micronésie et en Afrique du Sud[10].

Écologie

Comportement

Photographie d'un oiseau nageant sur l'eau.
Le Grand Chevalier peut se déplacer en eau assez profonde.

Le Grand Chevalier est plutôt solitaire hors de la période de reproduction, ou évolue en petits groupes. Il est assez farouche et s'enfuit rapidement en cas de dérangements, en émettant un cri d'alarme[5]. Du fait de son comportement solitaire et des aires reculées où il niche, son comportement est assez mal connu par rapport à d'autres limicoles[8]. Les rassemblements pré-migratoires, notamment dans la baie James, permettent aux ornithologues d'étudier plus facilement l'espèce[8]. C'est une espèce qui peut se déplacer en eau relativement profonde, en marchant avec de l'eau jusqu'à la poitrine, voire en nageant[11]. Son comportement est très similaire à celui du Petit Chevalier[11].

Alimentation

Photographie d'un oiseau marchant dans l'eau, avec une larve dans son bec.
Un Grand Chevalier attrapant un têtard.

Le Grand Chevalier a un régime généraliste[12]. Il se nourrit d'invertébrés aquatiques ou non (vers, gastéropodes, petits mollusques), de poissons, de grenouilles, d'insectes et de baies[7],[2],[13]. Lorsqu'il cherche sa nourriture, il court, picore ou balaie la surface de l'eau avec son bec[2],[5]. Il lui arrive de nager[13]. Il cherche généralement sa nourriture seul ou en petits groupes, de jour comme de nuit, et défend sa zone de recherche[13].

Durant la période de reproduction, les crustacés, poissons, vers et mollusques constituent ses principales proies[14]. Il peut aussi se nourrir de grenouilles adultes, un comportement peu documenté chez les petits limicoles[15], qui consomment plus fréquemment les oeufs ou les tétards[11]. En 2019, des pièges photographiques permettent de filmer des Grands Chevaliers chassant différentes espèces de grenouilles (Lithobates clamitans, Lithobates septentrionalis, Lithobates sylvaticus) dans la baie James, au Canada. Ils les attrapent dans leur bec puis les immergent plusieurs fois avant de les manger[16]. Pendant leur migration en Amérique centrale, des Grands Chevaliers ont été observés se nourrissant d'une autre espèce, Leptodactylus melanonotus, qu'ils avalent entièrement[11]. Ils consomment également différentes espèces de libellules du genre Aeshna, plus précisément lorsqu'elles se posent au sol pour se reproduire[17].

Dans sa zone d'hivernage, les principales proies du Grand Chevalier sont des polychètes[14]. En Argentine, il se nourrit fréquemment de crabes Cyrtograpsus altimanus qu'il chasse en marchant dans l'eau. Une fois attrapé, il mange d'abord les pattes, puis les pinces et la carapace. Il parvient à les attraper assez rapidement, mais ce sont de grosses proies qui prennent un certain temps à décortiquer[14]. Le Chevalier gambette (Tringa totanus), le Chevalier solitaire (Tringa solitaria) et le Chevalier arlequin (Tringa erythropus) consomment également cette espèce de crabe, qui est très répandue dans les estuaires argentins et fournit beaucoup d'énergie[14].

Reproduction

Cette espèce niche dans des tourbières, des muskegs et des zones à végétation clairsemée, notamment en bordure de forêts de conifères[5]. Elle pond à même le sol, dans un nid creusé à terre ou dans la mousse, qui peut être tapissé de différentes végétaux (herbes, feuilles, brindilles, mousses)[4],[2],[3].

La saison de reproduction début en mai[13],[5]. La femelle pond quatre œufs couleur chamois tachetés de brun. Ils sont couvés pendant 23 jours par les deux parents et le mâle participe à l'élevage des petits, qui sont nidifuges[4],[2],[13]. Les jeunes prennent leur envol entre 18 et 20 jours[2].

Menaces et conservation

Effectifs et tendance démographique

Les effectifs du Grand Chevalier ne sont pas connus précisément. Les estimations varient entre 137 000 individus (2012) et 6 860 000 (2020). Cette deuxième estimation, obtenue grâce à un modèle statistique, pourrait être supérieure à la réalité. Le Grand Chevalier ne fait pas partie des espèces recensées par le Programme de surveillance régionale et internationale des oiseaux de rivage car son aire de reproduction se situe trop au sud[7].

La tendance démographique de l'espèce est aussi inconnue et fait l'objet d'estimations contradictoires. Deux études de 2022 concluent à des augmentations variables, mais une étude de 2023 conclut à une réduction de 43% de la population sur les trois dernières générations. Ces résultats très variables pourraient résulter de la difficulté à compter la population en migration. L'Union internationale pour la conservation de la nature considère par précaution que l'espèce connaît un déclin modéré, entre 0% et 29% sur les trois dernières générations, et la classe comme espèce quasi menacée[7].

Menaces

Durant sa migration, le Grand Chevalier est régulièrement chassé dans les Caraïbes et au nord de l'Amérique du Sud. Selon les sources, le nombre de prélèvements pourrait ou non dépasser la capacité de l'espèce à se renouveler[7].

C'est une espèce dépendante des zones humides durant sa migration et dans ses aires d'hivernage. La dégradation de cet habitat pourrait réduire le nombre de zones propices à l'espèce dans des zones clés. En Amérique du Sud, la conversion de certaines zones humides pour l'agriculture constitue une menace[7].

Le dérèglement climatique risque d'impacter négativement la forêt boréale où le Grand Chevalier se reproduit[7].

Mesures de conservation

Au Canada, le James Bay Shorebird Project rassemblent des ornithologues qui étudient les limicoles de la baie James, dont le Grand Chevalier. Des comptages y ont lieu chaque automne, lors des haltes pré-migratoires[8].

Références

  1. Lars Svensson (trad. de l'anglais par Guilhem Lesaffre et Benoît Paepegaey, ill. Killian Mullarney et Dan Zetterström), Le Guide Ornitho, Paris, Delachaux & Niestlé, , 5e éd., 448 p. (ISBN 978-2603023938).
  2. Stokes 1997.
  3. Leboeuf 2005.
  4. Godfrey 1989.
  5. Hayman, Marchant et Prater 1986, p. 327.
  6. Godfrey 1989, p. 219-220.
  7. UICN, consulté le 4 mai 2025.
  8. Anderson et Holmes 2019, p. 16.
  9. Frédéric Jiguet et Aurélien Audevard, Tous les oiseaux de France, de Belgique, de Suisse et du Luxembourg, Paris, Delachaux et Niestlé, , p. 143.
  10. Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, and T. A. Dewey. The Animal Diversity Web (online). Accessed at https://animaldiversity.org, consulté le 14 mai 2026.
  11. de Dios Astorga-Acuña et Mora 2025.
  12. Feldman et al. 2022, p. 399.
  13. van Gils et Wiersma 1996, p. 511.
  14. García et Paterlini 2009.
  15. Feldman et al. 2022, p. 401.
  16. Feldman et al. 2022, p. 399-400.
  17. Anderson et Holmes 2019, p. 18.

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages généraux et guides d'identification

  • Fred Alsop, Les oiseaux du Québec et de l'est du Canada, ERPI, (ISBN 2-7613-1489-1 et 9782761314893, OCLC 60510613, présentation en ligne), p. 173.
  • William Earl Godfrey, Les oiseaux du Canada, Laprairie, Broquet, (ISBN 2-89000-277-2, lire en ligne Inscription nécessaire), p. 219. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Peter Hayman, John Marchant et Tony Prater, Shorebirds: an identification guide to the waders of the world, Boston, Houghton Mifflin Company, , 412 p. (ISBN 0-395-37903-2, lire en ligne Inscription nécessaire), p. 327-328 & planche 57 p. 150-151. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (en) J. van Gils et P. Wiersma, « Family Scolopacidae (Sandpipers, Snipes and Phalaropes) », dans Josep del Hoyo, Andrew Elliott et Jordi Sargatal, Handbook of the Birds of the World, vol. 3 : Hoatzin to Auks, Barcelone, Lynx edicions, , 821 p. (ISBN 978-84-87334-20-7, lire en ligne Inscription nécessaire), p. 511 & planche 43 p. 508. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Michel Leboeuf, Découvrir les oiseaux du Québec et des maritimes, Waterloo (Québec), Michel Quintin, (ISBN 2-89435-275-1, lire en ligne Inscription nécessaire), p. 121. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Donald W. Stokes, Guide des oiseaux de l'est de l'Amérique du Nord, Ottawa, Broquet, (ISBN 2-89000-443-0, lire en ligne Inscription nécessaire), p. 157. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles spécialisés

  • (en) Alexandra Anderson et Gill Holmes, « Greater Yellowlegs opportunistically forage on vulnerable mating darners », Ontario Birds, vol. 37, no 1,‎ , p. 16-19 (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (en) « New Dietary Records for Two Tringa Species in Costa Rica », Waterbirds, vol. 48, no 1,‎ (DOI 10.1675/063.048.0109). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (en) J. A. Elliott et G. H. Elliott, « Resident Greater Yellowlegs on the Eastern Shore of Nova Scotia », Proceedings of the Nova Scotian Institute of Science, vol. 48, no 1,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  • (en) Mariano J. Feldman, Remi Chevallier, Marc J. Mazerolle, Louis Imbeau et Nicole J. Fenton, « Eating frogs in the north: attempted predation of Tringa melanoleuca on boreal Lithobates adult frogs (Anura: Ranidae) », Herpetology Notes, vol. 15,‎ , p. 399-402 (lire en ligne Accès libre, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Germán O. García et Carla A. Paterlini, « First record of Greater Yellowlegs Tringa melanoleuca feeding on grapsid crabs on an Argentinian estuary », Wader Study Group Bulletin, vol. 116, no 1,‎ , p. 89 (lire en ligne Accès libre, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • (en) Tony Leukering, « Distinguishing Greater and Lesser Yellowlegs », Colorado Birds, vol. 54, no 3,‎ , p. 119-129 (lire en ligne [PDF], consulté le ).
  • (en) Raymond McNeill, « Trematode Parasitism As a Possible Factor in Over-summering of Greater Yellowlegs (tringa Melanoleuca) », Ornitología Neotropical, vol. 6, no 2,‎ (lire en ligne Accès libre).
  • (en) Andrew W. Piston et Steven C. Heinl, « Confirmed Breeding of the Greater Yellowlegs in Southern Southeast Alaska », Western Birds, vol. 37,‎ , p. 110-113 (lire en ligne).
  • (en) M. L. Secord et A. G. Canaris, « The metazoan parasite community of migrating greater yellowlegs, Tringa melanoleuca, from the Rio Grande Valley, Texas and New Mexico », Journal of Parasitology, vol. 79, no 5,‎ , p. 690-693 (présentation en ligne).

Liens externes

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