L'Hydre anarchiste

L'Hydre anarchiste
Premier numéro du journal
Format
Langue
Fondateur
Antoine Cyvoct
Georges Garraud (dit « Valadier »)
Vincent Berthout (?)
G. Robert
Genre
Date de création
24 février 1884
Date de fin
30 mars 1884
Date de dissolution
Lieu de publication
Pays
ISSN
2129-2191

L'Hydre anarchiste est un journal anarchiste publié à Lyon entre février et . Il succède au Défi, interrompu avant qu'il ne commence à publier et précède L'Alarme.

Alors que Lyon est un centre important du mouvement anarchiste à cette période, ceux-ci commencent à y établir des organes de presse qui se succèdent entre les interdictions et la répression importante les touchant. Ce journal qui ne publie que pendant deux mois se concentre sur le procès d'Antoine Cyvoct pour l'attentat de l'Assommoir et soutient des méthodes de propagande par le fait. Il est aussi un bon exemple du début d'un lectorat anarchiste féminin en France, avec des parties du journal s'adressant aux compagnonnes directement.

Il fait partie de la première période de presse anarchiste lyonnaise, comportant une série de journaux proches les uns des autres et se succédant entre les interdictions, dont Le Droit social, L'Étendard révolutionnaire, La Lutte, Le Drapeau noir, L'Émeute, Le Défi, L'Hydre anarchiste, L'Alarme ou encore Le Droit anarchique.

Histoire

Situation de l'anarchisme à Lyon et premières publications

Lyon et la région lyonnaise de manière générale deviennent vite un pôle important de l'anarchisme[1] - les anarchistes y forment une Fédération révolutionnaire lyonnaise[1],[2]. Les anarchistes lyonnais évoluent dans un climat de répression et de surveillance de la part des autorités françaises[1],[3]. En 1878, ils décident toutefois de se doter d'un journal et fondent une société, le Droit social, destinée à réunir des fonds pour la fondation d'un journal éponyme[3]. Malheureusement pour eux, la loi oblige alors à faire un cautionnement - c'est-à-dire un dépôt de fonds auprès des autorités - pour avoir le droit de publier, ce qui rend alors une telle initiative difficile pour des raisons financières mais aussi pratiques, les journaux anarchistes ayant tendance à être rapidement interdits en France[3],[4].

En 1882, après la nouvelle loi sur la liberté de la presse de 1881, la situation évolue avec la suppression de ce cautionnement, et le Droit social est fondé à Lyon en [3]. Il est très surveillé par les autorités françaises ; chaque numéro est analysé avec parcimonie, le commissaire spécial de Lyon cherche à découvrir les auteurs précis de chaque article et les autorités engagent des poursuites nombreuses contre les gérants successifs du journal, qui change plusieurs fois de nom[3]. Il s'arrête le [3] et est remplacé par L'Étendard révolutionnaire entre août et [1].

Ce journal est ensuite interdit à la suite de l'attentat de l'Assommoir et son gérant, Antoine Cyvoct, condamné à mort pour un des articles du journal[1]. Le mouvement anarchiste en France et plus spécifiquement à Lyon sont ensuite durement visés par la répression qui culmine en lors du procès des 66[1]. À Lyon même, plusieurs anarchistes établissent un nouvel organe de presse, intitulé La Lutte[5]. Celui-ci est rapidement poursuivi, comme les précédents, et interdit[5]. Peu après, le journal Le Drapeau noir, qui prend la suite de La Lutte, est fondé en et s'étend jusqu'à , où il subit le même sort que ses prédécesseurs et est remplacé par L'Émeute de à [6],[7]. Après L'Émeute, c'est au tour du Défi d'être publié par les anarchistes lyonnais, sur seulement trois numéros en [8].

L'Hydre anarchiste

Souscriptions dans le troisième numéro de L'Hydre anarchiste, comportant au moins deux femmes

Après le dernier numéro du Défi, interdit le , les anarchistes de Lyon refondent un nouveau journal, du nom de L'Hydre anarchiste[9]. Parmi les auteurs du journal, on retrouve Antoine Cyvoct et Georges Garraud dit « Valadier »[9].

Le deuxième numéro du journal, celui du , est presqu'intégralement consacré à défendre Cyvoct pendant son procès[9]. Le quatrième, du , commémore la Commune et est imprimé sur du papier violet[9].

René Bianco n'identifie pas le gérant dans son étude du journal mais celui-ci, nommé G. Robert, est identifié plus tard par Pierre Sommermeyer dans le Dictionnaire international des militants anarchistes (DIMA)[10]. Il est possible que le compagnon Vincent Berthout fasse aussi partie de la rédaction du journal[11]. L'historienne Marie-Pier Tardif prend l'exemple de ce journal pour montrer l'émergence d'un lectorat anarchiste féminin en France à cette période, ce qui se manifeste dans plusieurs articles du journal s'adressant à elles[12].

L'Hydre anarchiste soutient la propagande par le fait et fait partie des journaux anarchistes de la période à soutenir cette stratégie[13]. Le journal est interrompu le , après son sixième numéro, et laisse place à un organe de presse anarchiste successeur, L'Alarme[9].

Postérité

Survivances mémorielles

Un lieu associatif à Crest prend le nom L'Hydre en référence à ce journal[14].

Liens externes

Références

  1. Vincent Banssillon, « Lyon, capitale de l’anarchisme – 1860/1890 (5/5) », sur Histoires lyonnaises, (consulté le )
  2. Chambost 2017, p. 65-87.
  3. « Surveillance et répression de la presse anarchiste : Le commissariat spécial près de la préfecture du Rhône (1870-1914) », sur Bibliothèque municipale de Lyon (consulté le )
  4. Anne-Sophie Chambost, « « Nous ferons de notre pire… »1. Anarchie, illégalisme … et lois scélérates », Droit et Cultures, no 74,‎ , p. 65–87 (ISSN 0247-9788 et 2109-9421, DOI 10.4000/droitcultures.4264, lire en ligne, consulté le )
  5. René Bianco, « La Lutte : organe anarchiste », sur Le Bianco (consulté le )
  6. René Bianco, « Le Drapeau noir : organe anarchiste », sur Le Bianco (consulté le )
  7. René Bianco, « L’Émeute : organe anarchiste », sur Le Bianco (consulté le )
  8. René Bianco, « Le Défi : organe anarchiste », sur Le Bianco (consulté le )
  9. René Bianco, « L’Hydre anarchiste », sur Le Bianco (consulté le )
  10. Pierre Sommermeyer, « ROBERT, G. », sur Dictionnaire international des militants anarchistes (consulté le )
  11. Maurice Moissonnier, Rolf Dupuy et Marianne Enckell, « BERTHOUT Vincent », sur Le Maitron des anarchistes (consulté le )
  12. Tardif 2021, p. 70-71.
  13. (en) James Crossland, The rise of devils: Fear and the origins of modern terrorism, Manchester University Press, (ISBN 978-1-5261-6067-6), p. 204
  14. « Comment l’Hydre a-t-elle été créée ? », sur L'Hydre de Crest, (consulté le )

Bibliographie

  • Marie-Pier Tardif, Ni ménagères, ni courtisanes. Les femmes de lettres dans la presse anarchiste française (1885-1905) (thèse de doctorat), Lyon, Université Lyon 2, (lire en ligne Accès libre)


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