Louis-Félix Guynement de Kéralio

Louis-Félix Guynement de Kéralio, né le à Rennes et mort le à Paris, chevalier, est un militaire français des règnes de Louis XV et de Louis XVI, ainsi qu'un théoricien et historien de la guerre et un académicien.

Issu d'une famille de petite noblesse de Bretagne, il entre très jeune dans l'armée (1746) en participant avec ses trois frères à la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). Il est nommé professeur de tactique à l'École militaire en 1758, participe à la guerre de Sept Ans (1756-1763) aux côtés du maréchal de Broglie, puis revient à l'École militaire jusqu'en 1778. Là, il promeut pour ses élèves, futurs officiers, une tactique utilisée par la suite dans les armées de la Révolution et de l'Empire.

Au début de la Révolution française, il est dès juillet 1789 commandant d'un bataillon de la garde nationale de Paris. Il participe aussi aux publications journalistiques de sa fille, sans cependant la suivre jusqu'au bout dans ses orientations républicaines.

Auteur de nombreux ouvrages, notamment sur les questions de tactique militaire, ainsi que de traductions, il est correspondant de l'Académie royale de Suède à partir de 1774 et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres à partir de 1780.

Époux en 1757 de Françoise Abeille, femme de lettres, fille de Joseph Abeille, ingénieur et architecte, il est le père de Louise-Félicité de Kéralio (1756-1822), femme de lettres, journaliste et militante républicaine.

Biographie

Origines familiales

Il est issu en ligne paternelle de la famille Guynement de Keralio[1], la seigneurie de Keralio étant localisée dans la province de Bretagne, dans la paroisse de Saint-Hernin (actuel département du Finistère).

Louis-Félix est un des cinq fils de François Fiacre Guinement, écuyer, seigneur de Keralio, directeur du bureau des consignations de Rennes, et de Marguerite Rose Bodin, fille de Guillaume-Alexis Bodin, procureur au Parlement de Bretagne, maire de Rennes en 1734.

Louis-Félix a trois frères plus âgés : Auguste (1715-1805), Agathon (1723-1788) et Alexis, tous trois militaires.

Parcours sous l'Ancien Régime (1746-1778)

Le à 14 ans, il rejoint ses trois frères au régiment d'infanterie d’Anjou (régiment d'Aquitaine à partir de 1753) avec le grade de lieutenant.

Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748)

Le régiment est alors engagé dans la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), dans laquelle la France est alliée à la Prusse contre l'Autriche de Marie-Thérèse alliée au Royaume-Uni et aux Provinces-Unies.

Louis-Félix participe en Italie au siège de Tortone (Piémont), à la bataille de Plaisance et à la bataille de Borgonovo Val Tidone, près de Plaisance (). Il déploie une valeur extraordinaire[réf. nécessaire] dans cette affaire, provoquant par deux fois le désordre dans les lignes autrichiennes qui veulent lui barrer le passage de la rivière[réf. nécessaire].

En 1747, il participe à la prise de Montauban, de Villefranche, de Nice et de Vintimille.[pas clair][2]

Période 1749-1756 (entre-deux-guerres)

Réformé en 1749, il décide néanmoins de servir à ses frais[réf. nécessaire] dans le même régiment, où il reste pendant 18 mois. Il est réintégré en 1751, puis nommé aide-major (le major étant alors dans l'armée française un officier supérieur adjoint du colonel, chargé des problèmes de logistique et d'administration).

En 1754 et 1755, il assume seul les fonctions de major et est promu capitaine en 1755.

Mariage et descendance (1755-1757)

En 1755, il a une relation avec Françoise Abeille (1727-1795), fille de l'ingénieur Joseph Abeille (1673-1756) et de sa seconde épouse, Madeleine de Labat. Elle a un frère Louis-Paul Abeille (1719-1807), économiste physiocrate.

En , naît à Paris leur fille Louise-Félicité (1756-1822), d'abord ondoyée, puis baptisée l'année suivante à Valence ().

Ils se marient en [3].

Guerre de Sept Ans (1756-1763) et École militaire (à partir de 1758)

Au début de la guerre de Sept Ans (la France est alors alliée à l'Autriche contre la Prusse et le Royaume-Uni), il est mis en retrait du régiment en raison d'une blessure survenue alors que celui-ci se trouvait en camp d’observation[pas clair] à Calais pendant l'été 1756.

Le , il est nommé sous-directeur des études et professeur de tactique de l’École militaire, créée en 1751 par Louis XV.

Le , il est nommé aide-major de l’école, puis major.

En 1759, promu aide-major général[réf. nécessaire] de l'infanterie, il est nommé aide de camp du maréchal de Broglie[4], fonction qu'il assume durant les campagnes militaires de 1760 et 1761 en Allemagne.

À ce poste, il propose notamment au maréchal de supprimer la peine de mort pour les maraudeurs de l'armée et de la remplacer par des peines moins lourdes, mais appliquées systématiquement.[réf. nécessaire]

Après la guerre de Sept Ans (1763-1789)

En 1764, Kéralio introduit une action en justice pour faire reconnaître à son beau-père la paternité du canal de Bourgogne : un arrêt du Conseil d'État du met fin à la procédure en lui reconnaissant tout son mérite.

Le , il est fait chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Il est réformé de l'école militaire en 1778.

Période de la Révolution française

Commandant d'un bataillon de la garde nationale de Paris (1789-1790)

En 1789, Louis Félix de Kéralio est élu premier commandant du 3e bataillon de la garde nationale de Paris, le bataillon des Filles-Saint-Thomas (section de la Bibliothèque) lors de sa création (). Il reste à sa tête jusqu'à la fin de l'année 1790, date à laquelle il se retire pour maladie. Son successeur est Gabriel Tassin de l'Etang.

Le , il est nommé au quatrième bureau des députés des districts de la garde nationale, chargé de l'armement et de l'habillement des troupes (cavalerie et infanterie) et représentant de ce bureau au bureau central.

En ce qui concerne l'habillement, il propose, le « quant à la cocarde, la couleur blanche étant la couleur nationale, il est proposé de la faire de ruban blanc de basin, liseré bleu et rouge, pour indiquer les couleurs de la Ville »[5].

À la tête du bataillon des Filles-Saint-Thomas, il rétablit l'ordre dans l'hôtel de ville de Paris le 5 octobre 1789, journée à la suite de laquelle les manifestants (dont de nombreuses femmes) vont aller à Versailles et ramener le roi et sa famille à Paris le lendemain.

Période de l'Assemblée nationale constituante (juillet 1789-septembre 1791)

Kéralio collabore aux journaux édités par sa fille, Louise-Félicité de Kéralio, à partir du (le Journal d'État et du Citoyen, puis le Mercure national).

En 1790, il devient membre du Club de 1789, formé en mai 1790 par une scission de membres modérés du Club des jacobins.

En désaccord avec la radicalisation de sa fille, il arrête sa collaboration politique après la fusillade du Champ-de-Mars du , événement consécutif à la tentative de fuite du roi (20-21 juin 1791) marquant une rupture entre les monarchistes constitutionnels (La Fayette, Bailly, Barnave) et les républicains (Robespierre, Marat, Danton).

Période de l'Assemblée nationale législative (octobre 1791-10 août 1792)

Le 1er octobre 1791, la constitution du royaume de France entre en vigueur. Louis XVI, roi des Français[6], règne sous le contrôle de l'Assemblée nationale législative, où s'opposent les feuillants (modérés) et les girondins. Une crise intervient très vite, notamment après que, le 20 avril 1792, la France est entrée en guerre contre l'Autriche, qui reçoit l'appui de la Prusse.

Après la chute de Louis XVI

Louis XVI est renversé le 10 août 1792 et emprisonné. Des élections ont lieu pour élire une nouvelle assemblée constituante. Celle-ci se réunit le 21 septembre et adopte le nom de Convention nationale. Le 22, elle proclame la république.

Kéralio est nommé membre du comité de guerre de la Convention nationale.[réf. nécessaire]

Mort et funérailles

Le théoricien militaire

Brochure de son frère aîné Auguste sur l'armée prussienne

Le comte de Gisors[Qui ?], fils du maréchal Charles Fouquet de Belle-Isle (1684-1761), ayant voyagé dans le royaume de Prusse[Quand ?], est un des premiers Français à rapporter quelques connaissances à propos de l'armée prussienne.

Durant ce voyage, il est accompagné par Auguste de Keralio, colonel d'infanterie, qui écrit un mémoire, publié peu après à son insu[réf. nécessaire]. Cette brochure de 56 pages intitulée Tactique et manœuvre des Prussiens donne une idée générale des manœuvres prussiennes. Elle suscite l'intérêt de tous les militaires, dont plusieurs cherchent des moyens d'obtenir les résultats énoncés dans cet écrit.

Ouvrage de Louis-Félix de Kéralio sur les principes généraux de la tactique (1769)

Louis-Félix, professeur à l'École militaire (1758-1778), enseigne à ses élèves les principes qu'il s'est formé d'après l'idée générale qu'il avait reçue des manœuvres prussiennes[pas clair] et les élèves de cette école les feront ensuite connaître à leurs troupes.

En 1769, après les avoir enseignés et fait pratiquer pendant dix ans, il publie Recherches sur les principes généraux de la tactique. Cet ouvrage est soumis par le duc de Choiseul, ministre de Louis XV, à l'examen du comte de Guibert (1743-1790), conseiller du ministre de la Guerre. L'ouvrage est publié avec le soutien ministériel.

Très apprécié des élèves officiers, il est l'initiateur des manœuvres publiques de ces derniers au Champ-de-Mars.

Influence de Kéralio sur les guerres de la Révolution et de l'Empire

Il enseigne ainsi la tactique militaire à une partie des futurs généraux de la Révolution et de l'Empire (Armand Samuel de Marescot, Louis-Alexandre Berthier, Jean-Baptiste Bernard de Vaublanc, etc.).

Il enseigne notamment le système des tirailleurs suivi des charges à baïonnettes qui feront le succès des armées révolutionnaires[7].

Le Spectateur militaire du écrit que « le système de guerre de la République est caractérisé par l'emploi des tirailleurs en grande bande et des petites colonnes mobiles arborant la position à la baïonnette et au pas de charge, au cri de « Vive la Nation ! ». Dumouriez, Custine, Pichegru, Jourdan n'eurent pas d'autre tactique. Sous le règne de Louis XVI, les leçons du chevalier de Keralio, à l'école militaire de Paris avait vulgarisé cette méthode de combat parmi nos jeunes officiers. Elle était si bien appropriée au tempérament français, si facile à apprendre et si commode à pratiquer, que les fantassins improvisés de la Révolution l'adoptèrent naturellement. »

Carrière académique

Au début de 1774, il est élu correspondant de l’Académie royale des sciences de Suède et membre de la Société patriotique d'éducation de Stockholm[réf. nécessaire].

Il utilise la méthode de son collègue de l'école militaire, le grammairien Nicolas Beauzée (1717-1789) pour apprendre les langues étrangères.[pas clair]

Le , il est élu membre associé de l’Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris en remplacement de Paul-Gédéon Joly de Maïzeroy décédé le .

Vers 1780, il signe avec l’éditeur Charles-Joseph Panckoucke un contrat pour la direction éditoriale des quatre volumes « Art militaire » de l’Encyclopédie méthodique, qui paraissent de 1784 à 1787. Il écrit lui-même le « discours préliminaire » (préface) et de nombreux articles.

À partir de 1784, il collabore au Journal des Savants.

C'est au titre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres qu'en 1790, il est membre du jury du concours de directeur de l'institut des sourds et des aveugles après le décès de l'abbé de l'Epée (1712-1789). Le jury comprend l'abbé Barthélemy, La Harpe, Marmontel et Condorcet. Le jury propose à Louis XVI la nomination de l'abbé Sicard (1742-1822), qui est effectivement nommé le 1er avril.

Devise et blason

Sa devise est Vivre libre ou mourir.

Il impose[réf. nécessaire] cette devise au bataillon des Filles-Saint-Thomas en  ; celle-ci est devenue l'une des devises les plus connues de la Révolution française.

Son blason est : « de sable à trois rencontres de cerf d'argent[pas clair] ».

Travaux publiés

Oeuvres

Sous l'Ancien Régime

  • Projet d'évolution présenté au comte d'Argenson, 1750.
  • Projet d'un ouvrage sur l'art de la guerre à l'usage des élèves de l'École royale militaire, 1756.
  • Mémoire concernant l'École royale militaire, non daté.
  • Éléments de l'art de la guerre, 1761.
  • Recherches sur les principes généraux de la tactique, 1769.
  • Les Penchants de la nature, 1768, discours (accessit du prix de l'Académie royale des belles-lettres de Prusse.
  • Observations élémentaires pour la tactique moderne, 1771.
  • Recherches sur les premiers fondements généraux de la tactique, 1771.
  • Relation de la bataille de Rosbach, 1772.
  • Théorie complète de la construction et de la manœuvre des navires, publication en français en 1773 avec la collaboration de Leonhard Euler.
  • Guerre des Dunes, récit de bataille, 1780.
  • Mémoire sur l’origine du peuple suédois, discours, 1782.
  • De la constitution militaire, 1789.
  • Mémoire sur les lois et usages militaires des Grecs et des Romains, discours, 1784.
  • Mémoire abrégé sur l’armée de France, pour être joint au tableau comparatif des armées de France, impériale et prussienne, 1787
  • Dictionnaire d'art militaire, 4 volumes, 1787.

Pendant la Révolution

  • De la liberté d’énoncer, d’écrire et d’imprimer la pensée, 1790.
  • De la liberté de la presse, 1790.
  • De la connaissance que les anciens ont eu des pays du Nord de l’Europe, 1793.
  • Le Jugement d'Uriel, dialogue, 1794 (paru dans le Mercure national, daté de l'an II de la République).


Traductions

  • Règlement pour l'infanterie prussienne, traduction, 1757.
  • Collection de différents morceaux sur l’histoire naturelle et civile du Nord et sur l’histoire naturelle en général, traduction, 1763.
  • Voyages en Sibérie, contenant la description des mœurs et des usages des peuples, les noms des rivières, la situation des montagnes, traduction, 1767.
  • L’Histoire naturelle des glacières de Suisse, traduction, 1770.
  • Mémoires de l’académie des Sciences de Stockholm concernant l’histoire naturelle, la physique, la médecine, l’anatomie, la chimie, l’économie, les arts, traduction, 1772.
  • Recueil de lettres de S.M le roi de Prusse pour servir à l'histoire de la dernière guerre, 1772.
  • Histoire de la guerre entre la Russie et la Turquie, et particulièrement de la campagne de 1769, traduction, 1773.
  • Histoire de la guerre des Russes et des Impériaux contre les Turcs de 1736 à 1739, traduction, 1777.
  • Principes d'artillerie commentés par Euler, traduction d'un ouvrage de Robins, 1783.
  • Discours sur l’amour de la patrie, traduction, 1789.
  • L'Edda ou la mythologie septentrionale, traduction.
  • Extrait de l'histoire naturelle du renne, traduction.


Notes et références

  1. ↑ L'orthographe du nom de cette famille est flottante : on trouve aussi les formes « Guinement » et « Kéralio ».
  2. ↑ Ces opérations n'apparaissent pas sur la page Guerre de Succession d'Autriche. Par ailleurs, il est invraisemblable qu'il ait combattu à Montauban (Tarn-et-Garonne) et Villefranche d'Astarac (Gers), puis à Nice (alors une ville étrangère) et Vintimille (toujours une ville étrangère). Il s'agit plutôt de Villefranche-sur-Mer, près de Nice.
  3. ↑ Archives nationales, MC, XCIII 45, 13 février 1757, contrat de mariage de Louis Felix Guinement de Keralio et Marie Françoise Abeille, découvert par Nicolas Lyon-Caen en juin 2021).
  4. ↑ Fait maréchal de France le 16 décembre 1759.
  5. ↑ « Procès-verbal de la formation et des opérations du comité militaire, établi à l'hôtel-de-ville de Paris, pour la composition et organisation de la Garde-nationale-parisienne sous le commandement de M. le marquis de La Fayette », [16-31 juillet 1789.], en ligne sur Gallica.
  6. ↑ Et non plus « roi de France et de Navarre ».
  7. ↑ Joachim Ambert, Réponse aux attaques dirigées contre l'arme de cavalerie, 1863.

Voir aussi

Bibliographie

  • Annie Geffroy, « Les cinq frères Keralio », Dix-huitième siècle, vol. n° 40,‎ , p. 69-77 (ISSN 0070-6760, DOI 10.3917/dhs.040.0069, lire en ligne, consulté le )
  • Jean Sgard, « Louis Félix Guynement de Keralio traducteur, académicien, journaliste, intermédiaire », Dix-huitième siècle, volume 40, n° 1, 2008, p. 43-52, cairn en ligne sur Cairbn.

Liens externes

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