Mordekhaï Maklef

Mordekhaï Maklef
Fonction
Chef d'état-major d'Israël
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 58 ans)
Jérusalem
Sépulture
Kiryat Shaul Military Cemetery (d)
Nom dans la langue maternelle
מרדכי מקלף
Surnom
מוטק'ה
Nationalités
Allégeance
Formation
École hébraïque Reali (en)
Activité
Officier d'armée de terre
Période d'activité
Autres informations
Armes
Grades militaires
Major
Rav alouf (en)
Conflits

Mordekhaï Maklef ou Makleff (né le et mort le en Allemagne), est un militaire et chef d’entreprise palestinien puis israélien. Il participe à la Seconde Guerre mondiale et à la première guerre israélo-arabe, où il est un des acteurs du nettoyage ethnique de la Palestine. Il est nommé d’état-major de l’armée israélienne en 1952. Il dirige ensuite plusieurs compagnies publiques israéliennes.

Jeunesse

Maklef est né en 1920 dans le village de Motza, près de Jérusalem, en Palestine mandataire alors contrôlée par l’Empire britannique. Ses parents, Aryeh Leib Makleff (né à Grodno en Lituanie, en 1876[1] et Batya Haya (née Chmersanky), faisaient partie du groupe de fondateurs de ce village situé près de la route Jaffa-Jérusalem[2]. Il est le cadet de la famille et reçoit une éducation religieuse[1]. Pendant les émeutes de 1929, les habitants du village voisin de Qalunya attaquent la maison des Makleff, située en bordure du village de Motza, et tuent toute la famille, sauf le jeune Mordekhaï, qui réussit à s’échapper en sautant de la fenêtre de l’étage[2]. Parmi les assassins, se trouvaient un berger employé par la famille et le policier du secteur, les seuls personne de la région à posséder des armes. Cet évènement est un de ceux qui a le plus marqué la population juive de Palestine. Mordekhaï Makleff est ensuite élevé par des parents à Jérusalem et Haïfa[3],[2].

Carrière militaire

Adolescent, Makleff s‘engage dans la Haganah et dans les Special Night Squads, escouades de contre-insurrection d‘Orde Wingate, ou il participe à la répression de la grande révolte arabe[4],[1]. Il s’engage dans l’armée britannique en 1940 où il suit les cours de l‘école d’officiers[1]. Il sert dans le régiment de Palestine (en)[2] puis dans la brigade juive, avec le grade de sergent obtenu en [réf. nécessaire]. Il participe aux campagnes d'Afrique du Nord et d’Italie. Il est libéré de l’armée britannique en avec le grade de major (c’est-à-dire officier)[4]. Il reste en Europe, soutenant l’immigration illégale en Palestine et participant aux achats d’arme et à leur acheminement en contrebande vers le Yichouv, en Palestine. Il retourne ensuite en Palestine et rejoint les rangs de la Haganah[2].

Pendant la guerre israélo-arabe de 1948, Makleff combat dans la brigade Carmeli, d’abord comme officier d’état-major puis comme chef de brigade. Il dirige notamment les troupes durant la bataille d’Haïfa (en)[5],[4],[2]. C’est lui qui organise le nettoyage ethnique d’Haïfa, qui est nommé « opération Grand nettoyage ». Il ordonne, le  : « Tuez tous les Arabes que vous rencontrerez, incendiez tout ce qui est inflammable, et ouvrez les portes à l’explosif ». Alors que les Arabes de la ville se rassemblaient près du port pour être évacués par mer dans un relatif bon ordre, la brigade Carmeli tire au mortier de 76 mm sur la foule, poussant les personnes cibles à se jeter à la mer ; de nombreuses embarcations surchargées chavirèrent, et leurs passagers se noyèrent[6]. Il prend part à la bataille de Mishmar-Hayarden[1]. Il participe à d’autres opérations de conquête et de nettoyage ethnique des villages arabes autour d’Acre. Il prend aussi part à l’opération Hiram, qui achève la conquête de la Galilée par Israël[2] et est marquée par de nombreux massacres.

Deux lots d’archives, certaines déclassifiées, d’autres découvertes fortuitement en 2024, confirment que la Nakba n’était pas fortuite et que les massacres faisaient partie des ordres donnés aux unités[7],[8]. D’après les propres propos de Makleff à propos des expulsions des Palestiniens en 1947-1948, « Il y a eu des opérations pendant lesquelles l’ennemi potentiel, des civils, ont été annihilés. Lors du massacre de Safsaf, à Jish, à Eilaboun, à Lydda et Ramle et dans le sud, à grande échelle. Le but était l’expulsion. Et c’est impossible d’expulser 114 000 personnes qui vivaient [en Galilée] sans terreur. Il devait y avoir un élément de terreur initiale pour provoquer le départ[7] ».

Après la guerre, il dirige la délégation israélienne qui négocie les accords d’armistice avec le Liban et la Syrie[4],[1]. En , il est nommé adjoint au chef d’état-major, Yigaël Yadin. Après la démission de Yadin en 1952, Makleff, qui n’a alors que 32 ans, est nommé chef d'état-major[4],[2]. Il n’accepte que pour une période d’un an.[réf. nécessaire] Son passage à ce poste est marqué par ses désaccords avec le ministère de la Défense, et notamment Shimon Peres. David Ben Gourion a commenté dans son journal : « J’ai la nette impression que M. souffre d’un complexe d’infériorité et suspecte que son autorité sera sapée ». Makleff démissionne le , après avoir exigé de nombreuses fois que les rapports entre l’armée et le ministère soient réformés[9].

À cette époque, Israël combat les infiltrations de Palestiniens, des réfugiés qui souhaitent soit rentrer chez eux, soit récupérer quelques affaires chez eux ; et doit aussi faire face à la guérilla des fedayins palestiniens qui opèrent des raids à partir de Cisjordanie et de la bande de Gaza contre les colonies israéliennes. Il nomme Ariel Sharon à la tête d’un commando pour monter des opérations de représailles afin de mettre fin aux attaques contre les civils israéliens. Sharon crée l’unité 101, qui mène une longue série de raids sanglants en 1953, jusqu‘à son absorption par la brigade parachutiste.

Il est aussi à l’origine de la création de l’unité 131 qui met sur pied des cellules dormantes dans les États arabes prêtes à être activées en cas de conflit. L‘année suivante, la cellule égyptienne est éventée, ce qui provoque le scandale de l’affaire Lavon[10].

Carrière civile

Entrée du camp Maklef.

Exactement un an après sa prise de poste, il démissionne, le . Il occupe plusieurs postes importants dans le secteur public : de 1958 à 1968, il dirige Dead Sea Works[1], ce qui permet le développement de l’industrie du phosphate en Israël. Il travaille également au bureau commercial des Agrumes à partir de 1968[1]. Il a aussi travaillé pour la compagnie d’électricité nationale, Israel Electric Corporation, et à Israel Chemicals[4].

Il meurt d‘un infarctus en Allemagne en 1978. Il est enterré au cimetière militaire de Kiryat Shaul.

Un camp de Tel Aviv porte son nom.

Notes

  1. « Makleff », Encyclopedia Judaica, 1971, consulté le 20 avril 2026.
  2. « Lt. Gen. Mordechai Maklef (1952-1953) », IDF, 1er novembre 2017, consulté le 20 avril 2026.
  3. Tom Segev, One Palestine, Complete, Metropolitan Books, (ISBN 0-8050-4848-0, lire en ligne Inscription nécessaire), 324
  4. « Makleff, Mordechai », Israel War Veterans League, consulté le20 avril 2026.
  5. Pappé 2006
  6. Illan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. (ISBN 978-221363396-1). Version électronique, p. 130-132.
  7. Adam Raz, « Terror Was Needed to Make Arabs Leave’: What the Israeli Army Did in 1948, Revealed », Haaretz, 27 février 2026.
  8. Alex McDonald, « 'Everyone was killed': Documents shine light on 'annihilation' of Palestinians during 1948 Nakba », Middle East Eye, 27 février 2026.
  9. Yoram Peri, (1983) Between battles and ballots. Israeli military in politics. Cambridge University Press. (ISBN 0-521-24414-5). Pages 196-197.
  10. Peri, op. cit., p. 237.

Liens externes

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