Poésie style du palais
| Poésie style du palais (宫体诗) | |
| Période | VIe siècle, apogée |
|---|---|
| Aire de diffusion | sous les dynastie Liang et dynastie Chen du Sud, Chine |
| Origines | dynastie Liang du Sud |
| Influences | chansons populaires des Liang, les poèmes galants de Shen Yue |
| Caractéristiques | poèmes ayant pour thème la vie dans l’enceinte du palais impérial |
| Œuvres | Se mirer dans le miroir au boudoir triste (愁閨照鏡) de Xiao Gang |
La poésie style du palais (chinois : 宫体诗 ; chinois traditionnel : 宮體詩 ; pinyin : ; Wade : kung-t'i shih) aussi appelée « poésie de style palatin » est une forme poétique qui est en vogue en Chine de la dynastie Liang du Sud (r. 502–557) jusqu’au début des Tang (618). Ce courant se forme sous Xiao Gang (萧纲) à l’époque où il est prince héritier des Liang du Sud. Il se concentre principalement sur la vie de cour et les affaires amoureuses entre hommes et femmes et touche parfois aux paysages. Ce style de poésie subit l’influence à la fois des chansons populaires du Sud et de la pensée bouddhique[1]. En raison de la grande influence des poètes Xu Chi, Xu Ling, Yu Jianwu et Yu Xin, le style du palais est aussi appelé « style Xu-Yu » (徐-庾)[2] p. 299.
Origine
Bien que le nom « poésie style du palais » commence avec les Liang, les paroles centrées sur la séduction ont leur origine dans les yuefu des Jin (265-420) et des Song (420-479) et les poèmes galants de Shen Yue peuvent être vraiment considérés comme les précurseurs de la poésie style du palais[3] p.125.
Apogée
Dynastie Liang
Xiao Gang (萧纲) de la dynastie Liang du Sud, lui-même un disciple du poète Shen Yue, joue un rôle primordial dans l’apparition de la poésie style du palais. Il est nommé prince héritier en 531 et, en raison de son statut particulier, un groupe littéraire aux positions distinctes s’est formé autour de lui, principalement composé de ses conseillers[4]. Un membre de ce groupe, Xu Chi, aime composer des œuvres novatrices et non conventionnelles, non contraintes par les formes traditionnelles et il écrit des poèmes différents de ceux des autres. Ses poèmes deviennent populaires dans les appartements des princes et auprès des lettrés du Palais de l’Est[note 1],[5]. En effet,
« [Xu Chi] se plaisait à la nouveauté et au changement dans la composition poétique, et ne se laissait pas contraindre par les vieilles formes… Son style littéraire étant autre, tout le quartier du Printemps (résidence du prince héritier) se mit à l’imiter. La désignation « style du palais » apparut dès lors... [6] p. 317,[7] v. 30 ,[2] p. 299. »
Xiao Gang grandement influencé par Xu Chi écrit lui-même une grande quantité de poèmes de ce genre, les fonctionnaires subordonnés de l’époque amplifient ce mouvement, les ministres lettrés de l’entourage rivalisent pour les imiter, les fils de familles aristocratiques en font autant et se forme ainsi le courant de la poésie style du palais[8]. Comme Xiao Gang et son groupe littéraire dirigent la mode littéraire dans la capitale Jiankang, en quelques années seulement ce type de poésie est largement imité puis il est aussi transmis aux préfectures et commanderies locales par des personnes telles que le prince de Xiangdong, Xiao Yi, le frère de Xiao Gang. Concrètement, la poésie style du palais domine progressivement le monde littéraire à la fin de la dynastie Liang[9] p. 214,[10] p.29 et comme Xiao Gang promeut ouvertement ce style littéraire, il crée une mode qui influence la littérature pendant plus d’une époque.
Dynastie Chen
À la cour de l’empereur Chen Shubao (en) de la dynastie Chen, la poésie style du palais est également en vogue, les œuvres célèbres comprennent Arbre de jade dans le jardin du palais (玉树后庭花), Joie du printemps approchant (临春乐), et d’autres, décrivent pour la plupart l’apparence et la beauté des belles femmes[11] p. 281.
Déclin sous les Tang
La « poésie de cour » du début des Tang est le prolongement de la poésie style du palais de la dynastie Liang[9] p. 154. La plupart des poètes du début de cette dynastie écrivent quelques poèmes de style du palais, mais la proportion qu’ils occupent parmi leurs œuvres est beaucoup plus petite que chez les poètes des dynasties du Sud, et dans l’ensemble, le nombre de poèmes de style du diminue fortement[12] p. 35-36.
Thèmes
Les théories novatrices de Xiao Gang « qui l’orientent vers l’esthétisme pur lui font privilégier les thèmes légers (amour, vie palatine)[13] p. 1269 ». C’est un nouveau genre poétique, dont le contenu consiste principalement à chanter les femmes, avec un style luxuriant et orné, mais avec des sentiments pâles. Certains chercheurs définissent la poésie style du palais comme « des poèmes ayant pour thème la vie dans l’enceinte du palais impérial » englobant tous les aspects de la vie aristocratique, et le genre est considéré par certains comme un chant sur la vie dans les appartements privés et l’amour romantique[9] p. 194 et 281.
Concrètement, le thème fréquemment utilisé dans la poésie style du palais consiste à décrire les oscillations émotionnelles des femmes amoureuses, en particulier des amours non réciproques qui laissent la femme dans un éternel dépérissement ou une attente d’un amant absent, qui ne reviendra jamais[14] p. 288. Il dépeint cette dernière de façon minutieuse et concrète, son apparence, son expression, ses attitudes, ses gestes, ses vêtements, sa posture, ses objets, jusqu’à sa chambre et l’environnement naturel qui l’entoure. Le sujet est légèrement érotique[3] p. 129,[12] p. 12. Cependant, le poète préfère voir la femme comme une personne se languissant, une femme stéréotypée et idéalisée[14].
La poésie style du palais met aussi l’accent sur le désir charnel, « elle présente des limites thématiques et des contraintes formelles »[15] p. 231. La description du plaisir sexuel est taboue dans ce type de poésie, mais le contact physique est suggéré avec décence par des allusions et des sous-entendus : des manches légères en tissu diaphane qui laisse entrevoir la chair nue des bras d'une femme évoquant un accès aux parties cachées du corps de la femme. L’éventail rond, le brûle-parfum en forme de canard, les vêtements de soie, la bougie, les paires de canards ou de faisans brodés sur les rideaux de lit ou les courtepointes, le lit de jade, la ceinture, la lune voilée et le miroir sont autant de symboles amoureux dans ces poèmes[14].
Caractéristiques stylistiques
La poésie style du palais est souvent caractérisé d’ornementale, avant tout portée sur les recherches formelles. Elle est « une continuation élaborée de celui de l’ère Yongming, en même temps que l’avant-coureur de la « nouvelle poésie » (xinti shi) des Tang. » [13] p. 1269. Sur le plan formel, elle hérite en effet des normes métriques et rythmiques du style Yongming[note 2], privilégiant la luxuriance des mots et l’emploi d’allusions classiques[16]. Cependant, elle a des exigences plus raffinées en matière de rimes et de métrique, son style passe de « léger et délicat » à « luxuriant, décadent et somptueux », le contenu est plus restreint, se concentrant surtout sur les poèmes galants et les poèmes de louange aux objets[9] p. 130. Ce style poétique relativement doux, languissant et faible valorise l’artificialité et la finesse de la forme, et non la profondeur et la sincérité du contenu[17]. Le genre inclut les yuefu et les poèmes libres tushi[note 3]. Dans l’ensemble, le ton de la poésie style du palais penche vers la légèreté et la sensualité, il sait créer une atmosphère qui stimule les sens, met l’accent sur l’esthétique visuelle, l’harmonie et l’objectivité des images, et atténue la réflexion sur la morale et la métaphysique. Les poètes de style du palais perfectionnent la composition des poèmes en sept caractères[15] p. 232,[2] p. 301. Environ 40 % des poèmes de style du palais respectent les règles de la poésie régulière (lüshi 律詩). Un grand nombre de poèmes sont constitués de quatrains et de vers à cinq syllabes, souvent sans rimes[18].
Influence bouddhique
La poésie style du palais subit l’influence à la fois des chansons populaires du Sud et de la pensée bouddhique[1]. Xiao Gang et ses contemporains versés dans les principes bouddhiques, utilisent le bouddhisme pour transformer les conventions profanes, composant des poèmes de style du palais en s’inspirant des sutras bouddhiques, utilisant la description des sons et des couleurs pour instruire le peuple à voir au-delà des illusions mondaines et imitant les sutras pour écrire sur la sensualité et les sentiments[1]. Les idées bouddhiques comme la méditation zen, l’illusion, la lumière, la visualisation et l’illumination sont présentes tentant de faire apparaître ce qui est caché dans ce qui peut être observé visuellement[9] p. 157,[10]. Concrètement, le poète fixe son regard avec une attention totale, et dans l’esthétisme de l’instant, il voit directement la nature éphémère, changeante et illusoire du monde ; il décrit souvent des images fugitives et insaisissables[19], telles que les reflets dans l’eau, la poussière, les ombres, le vent frais ou la lumière des bougies, dans des œuvres comme Reflets des bâtiments dans l’eau (水中楼影) de Xiao Gang[9] p. 148 :
| Chinois
水底罘罳出, |
Traduction libre
Le filet surgit des profondeurs, |
Pendant longtemps, la poésie style du palais est critiquée comme étant décadente, dissolue et immorale[9] p. 124, mais dans les dernières décennies, elle fait l’objet d’une redécouverte. Elle a exercé une influence profonde sur la poésie de la période Sui (581-618) et celle du début Tang (618-907), contribuant à l’émergence des célèbres poèmes de style régulier de l’époque Tang et au genre des « lamentations de palais »[18]. L’apparition de la poésie du style du palais fait prendre conscience aux gens que la poésie, qu'en plus d’exprimer des aspirations et des sentiments, elle peut également peindre des personnages et décrire leur images[1].
Poètes les plus représentatifs de ce courant
Liste non exhaustive des auteurs de la poésie style du palais. Par ordre chronologique de dates naissance.
- Liu Xiaochuo (刘孝绰) (v. 481–539): poète et écrivain de la dynastie Liang, considéré comme un modèle littéraire pour les générations suivantes ; ses œuvres, largement admirées, récitées, copiées et diffusées, si bien qu’elles circulaient jusqu’aux régions les plus lointaines, et ses recueils rassemblaient plusieurs centaines de milliers de mots[20] <small v. 33.
- Xu Chi (徐摛) (471-551) : avec le poète Yu Jianwu, ce poète des Liang a grandement influencé Xiao Gang. À l’époque où Xu Chi et son fils Xu Ling circulent dans les palais impériaux, Yu Jianwu et son fils Yu Xin sont souvent en leur compagnie et ils s’influencent mutuellement. Leur écriture est alors surnommée le « style Xu-Yu »[21].
- Yu Jianwu (庾肩吾) (487-551) : il est le père de Yu Xin. Avec Xu Chi, il a grandement influencé Xiao Gang. Avec Xu Chi et son fils Xu Ling, ainsi qu’avec Yu Jianwu et son fils Yu Xin, leur style identifié à la poésie style du palais porte aussi le nom de « style Xu-Yu ». Il est l’un de ceux qui contribuent à la tendance dominante de la poésie style du palais à cette époque. Comme il attache de l’importance aux schémas tonals et aux règles prosodiques, certains de ses poèmes pentasyllabiques possèdent déjà la forme rudimentaire du vers régulé[8].
- Xiao Gang (萧纲) (503-551) : prince héritier de la dynastie Liang, il est empereur de 549-551. Il fait la promotion de la poésie style du palais dont il devient la figure de proue. Il écrit beaucoup d’œuvres élégantes et agréables à lire produisant des poèmes style du palais, avec des innovations théoriques et il privilégie les thèmes plus légers comme l’amour et la vie palatine. Il laisse une œuvre variée et abondante[13] p. 1269.
- Xu Ling (庾肩吾) (507-583) : poète des Liang, il excelle dans le genre, avec un style somptueux et raffiné. Il participe à la création du « style Xu-Yu »[21]. À la demande de l’empereur Jianwen (Xiao Gang), il compile et rédige la préface du recueil "Nouveaux Chants de la Terrasse de Jade" ((玉台新咏), en dix volumes, une anthologie de la poésie chinoise qui fait la promotion de la poésie style du palais romantique ou semi-érotique. Cette anthologie complète va de la période Han à la dynastie Liang du sud[22]. Xu Ling est un des principaux hommes de lettres de la seconde moitié du 6e siècle.
- Xiao Yi (萧绎) (508-55) : frère cadet de Xiao Gang, empereur de 552-555. Il excelle dans la poésie de style du palais et laisse une œuvre très abondante. Des compilateurs ont rassemblé ses œuvres sous le titre Recueil de l’empereur Yuan de Liang (梁元帝集)[23].
- Yu Xin (庾信) (513-581): fils de Yu Jianwu. Dans sa jeunesse il écrit beaucoup de poèmes de style du palais[21]. Avec son père Yu Jianwu, les poètes l’époque où Xu Chi et son fils Xu Ling circulent dans les palais impériaux, Yu Xin est souvent en leur compagnie et ils s’influencent mutuellement. Leur écriture est alors surnommée le « style Xu-Yu »[21]. Les jeunes écrivains cherchent tous à l’imiter ; dès qu’un nouveau texte est composé, il se répand et est chanté à une vitesse foudroyante. Yu Xin est avec Xiao Yi est un des principaux hommes de lettres de la seconde moitié du 6e siècle[13] p. 1269
- Chen Shubao (陳叔寶)(568-589) : dernier empereur de la dynastie Chen (nom posthume : Chen Houzhu), il peut avec ses lettrés de cour également être classé dans la catégorie poésie style du palais. Sur le plan littéraire, Chen Shubao laisse une empreinte notable dans la poésie. Son œuvre la plus célèbre, Arbre de jade dans le jardin du palais (玉树后庭花) est connue pour sa légèreté et son raffinement, mais aussi pour son style innovant et alerte qui marque la littérature de son temps[24].
Nouveaux chants de la terrasse de jade
- Nouveaux chants de la terrasse de jade (玉台新咏): ouvrage préfacé et compile compilé par Xu Ling et achevé en la sixième année de Zhongdatong (534). Il recueille de nombreux poèmes galants appartenant à la poésie de style du palais, il est considéré comme une anthologie représentative de la poésie style du palais[3] p. 129. Les dix rouleaux de cet ouvrage sont une œuvre complémentaire lancée peu après que Xiao Gang prenne officiellement sa place comme prince héritier et commence à promouvoir la poésie style du palais[4].
Poèmes
Dynastie Liang
Liu Xiaochuo (刘孝绰) v 481–539)
Le ressentiment de Ban Jieyu (班婕妤怨)
| Chinois
应门寂已闭, |
Traduction libre
La porte est close et silencieuse, |
Se mirer dans le miroir au boudoir triste (愁閨照鏡)
| Chinois
別來顦顇久, |
Traduction libre
Depuis la séparation, je demeure longtemps amaigrie et hâve, |
Quatrième poème des « Chants du perchoir des corbeaux » (蕭綱, 梁元帝, 南北朝)
| Chinois
织成屏风金屈膝, |
Traduction libre
Un paravent de soie tissée, un siège aux pieds recourbés dorés. |
Regarder les gens au parc du Sud et composer un poème (南苑看人还)
| Chinois
春花竞玉颜, |
Traduction libre
Les fleurs de printemps rivalisent avec la beauté des jeunes femmes, |
Dynastie Chen
Chen Houzhu (陳後主) (ou Chen Shubao)
Arbre de jade dans le jardin du palais (玉树后庭花)
| Chinois
丽宇芳林对高阁 |
Traduction libre
Dans le palais parfumé, face aux hautes galeries, |
Notes et références
Notes
- ↑ L’appellation « du palais » fait référence au Palais de l’Est qui est la résidence officielle de l’héritier du trône. Parfois appelé quartier du Printemps.
- ↑ La poésie Yongming désigne un style poétique de la dynastie chinoise des Qi du Sud au Ve siècle apr. J.-C. La période Yongming s’étend de 483 à 493. Bien que brève, cette période est aujourd’hui associée à un important mouvement au sein de la poésie classique chinoise.
- ↑ Les tushi (徒诗), « poésie pure », sont des poèmes récités sans musique.
Références
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