Students for Justice in Palestine

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Within Our Lifetime (2015) |
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(en) nationalsjp.org |
Students for Justice in Palestine (SJP) est un réseau étudiant américain de solidarité avec les Palestiniens, fondé en 1993 à l'université de Californie à Berkeley.
Il est organisé autour de chapitres locaux autonomes, sans siège national ni dirigeant désigné, et compte plus de 250 sections actives dans des universités des États-Unis avant l'attaque du 7 octobre 2023, qui entraîne une nouvelle vague d'adhésions et de créations de chapitres, portant les demandes d'affiliation à plus de 330.
L'organisation défend des positions antisionistes, anticolonialistes et anti-impérialistes, soutient le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions, et articule son militantisme pro-palestinien à d'autres causes de gauche. Elle est régulièrement accusée par des groupes pro-israéliens de favoriser l'antisémitisme sur les campus, ce qu'elle rejette, mettant en avant la présence de membres juifs en son sein et son alliance avec Jewish Voice for Peace.
Après le , SJP fait l'objet de pressions institutionnelles en Floride où le gouverneur Ron DeSantis ordonne la dissolution des sections locales, et de plusieurs enquêtes parlementaires au niveau fédéral.
Historique
Premières années
Students for Justice in Palestine est fondée en 1993 à l'université de Californie à Berkeley par Hatem Bazian et une dizaine d'autres militants[1],[2], ou par Osama Qasem, un doctorant palestino-jordanien[3], dans un contexte marqué par la fin de l'apartheid sud-africain et la guerre du Golfe[4]. Son objectif initial est d'informer les étudiants sur la situation des Palestiniens dans un esprit indépendant de tout courant politique ou religieux. Le groupe co-organise en 1993 un forum sur la paix israélo-palestinienne aux côtés de Berkeley Hillel et du Progressive Zionist Caucus[3]. Les accords d'Oslo affaiblissent temporairement le mouvement[4], qui devient inactif à la fin des années 1990[3].
Expansion du réseau
Le déclenchement de la Seconde Intifada en 2000 relance son activité sous l'impulsion de l'étudiant en droit Will Youmans, et SJP commence à attirer l'attention médiatique à l'échelle nationale grâce à des actions directes comme l'occupation de bâtiments universitaires et l'appel au désinvestissement[3]. Les attentats du 11 septembre 2001 perturbent à nouveau sa dynamique, mais le réseau se redéploie rapidement, notamment à Harvard et à l'université de l'Illinois[4]. En 2001, le chapitre de Berkeley est temporairement suspendu après que des manifestants occupent un bâtiment et perturbent des étudiants en train de passer un examen en réclamant le désinvestissement de l'université vis-à-vis d'Israël[1].

Des chapitres se multiplient ensuite sur d'autres campus, ce qui conduit à la création en 2011 du National SJP, une structure fédératrice sans personnel professionnel ni siège fixe, fonctionnant sur la base d'un comité de pilotage d'une vingtaine de bénévoles et financée principalement par les frais d'activités étudiants locaux[3]. Le National SJP tient sa première conférence en 2011. En 2015, des étudiants de l'université Fordham déposent une demande de création d'un chapitre ; l'université la refuse au motif de l'effet polarisant que cela aurait sur la vie du campus, ce qui déclenche un procès qui se conclut, après plusieurs années, par une décision en faveur de l'université[1].
Après le 7 octobre 2023

Après l'attaque du 7 octobre 2023, SJP devient l'une des principales organisations impliquées dans les mobilisations étudiantes pro-palestiniennes aux États-Unis[1] et passe d'environ 250 chapitres à plus de 330 demandes de création de nouveaux groupes[2]. La diffusion par le comité directeur d'un outil militant intitulé « Day of Resistance », qui comporte une illustration évoquant les parapentes utilisés lors de l'attaque, suscite de vives critiques et conduit plusieurs universités, dont Columbia, Brandeis et George-Washington, à suspendre ou interdire leurs sections en invoquant des prises de position supposément favorables au Hamas[4],[1].
Les tactiques du groupe suscitent des critiques de la part d'anciens responsables qui estiment que certaines prises de position du National SJP ou de chapitres locaux à la suite du constituent des erreurs stratégiques susceptibles de braquer des soutiens potentiels. Osama Qasem, qui revendique la fondation du premier chapitre de Berkeley, exprime la crainte que le mouvement de solidarité palestinienne ne soit entraîné vers un soutien au Hamas, au détriment de son attractivité auprès d'un public plus large, particulièrement des juifs américains. Les responsables actuels du groupe considèrent en revanche que ces critiques sont indépendantes de leur rhétorique, estimant que leur organisation sera attaquée quelles que soient les positions qu'elle adopte[3].
Organisation
SJP repose dès l'origine sur une structure décentralisée, sans siège national, sans dirigeant désigné et sans enregistrement en tant qu'association. Les sections locales sont autonomes et peuvent se créer librement, tandis qu'un comité directeur national anonyme joue un rôle consultatif. Cette structure favorise l'expansion du réseau, mais rend difficile toute responsabilisation des sections locales[4].
L'organisation ne mentionne aucun nom de responsable ni aucune adresse sur son site web. Ses membres sont encouragés à porter des masques lors des manifestations, à ne pas utiliser leur vrai nom lors des appels Zoom et à ne pas publier leurs photos sur les réseaux sociaux affiliés à l'organisation, pratiques que celle-ci justifie par la volonté de se prémunir contre le doxing et le harcèlement[1].
Elle est liée à American Muslims for Palestine, dont Hatem Bazian préside le conseil national et qui lui accorde des subventions[1].
Positions politiques
L'organisation a comme principes fondateurs l'antisionisme, l'anti-impérialisme, l'anticolonialisme et le refus de toute collaboration avec des organisations sionistes[3]. Elle s'inscrit dans le cadre des études décoloniales et des settler-colonial studies, analysant Israël comme une puissance coloniale de peuplement. Elle soutient le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions. À ses débuts, ses chapitres sont divisés entre partisans d'une solution à deux États avec droit au retour des réfugiés palestiniens à l'intérieur des frontières d'Israël, et partisans d'une solution à un État ; cette seconde position devient progressivement hégémonique au sein de l'organisation[2]. SJP articulent leur militantisme pro-palestinien à d'autres causes de gauche[2],[3], notamment la libération noire, les droits des femmes et des personnes LGBT, la défense de l'environnement[1], ou la critique du capitalisme[3].
Le National SJP décrit l'attaque du 7 octobre comme « une victoire historique pour la résistance palestinienne »[1],[5]. Plusieurs membres de sections locales soulignent cependant leur autonomie organisationnelle et financière vis-à-vis de la direction nationale, dont ils ne partagent pas nécessairement l'ensemble des prises de position[5]. Néanmoins, plusieurs sections locales auraient d'après le Haaretz publié des déclarations de soutien explicite au Hamas[1].
Actions

Le réseau recourt à des formes d'action — faux murs d'apartheid, faux checkpoints — reprises d'une université à l'autre[4]. Parmi ses activités se trouvent également l'organisation de conférences et des campagnes de désinvestissement au sein des universités[6].
Doxing des membres
Des membres de l'organisation font l'objet de campagnes de doxing menées par les organisation Canary Mission et Accuracy in Media (en), qui achète des noms de domaine correspondant aux noms d'étudiants signataires de lettres jugées antisémites et affrète des camions publicitaires aux abords des campus pour les identifier publiquement[2].
Pressions institutionnelles
À la suite du 7 octobre 2023 et de la montée des manifestations propalestiniennes sur les campus américains, le gouverneur républicain de Floride Ron DeSantis ordonne aux universités publiques de l'État de dissoudre les sections locales de SJP. Le chancelier du système universitaire, Ray Rodrigues, fonde sa directive sur une loi floridienne criminalisant le soutien matériel à une organisation terroriste étrangère désignée, citant une déclaration du mouvement national selon laquelle les étudiants palestiniens en exil « font partie » de la résistance palestinienne pour en conclure que SJP apporte un soutien matériel au Hamas[7], avant de faire marche arrière après que les juristes des universités l'informent que ces dissolutions risqueraient d'exposer les responsables universitaires à des poursuites. Les deux sections déposent néanmoins des plaintes au titre du premier amendement, assorties d'injonctions préliminaires, que le juge fédéral Mark E. Walker (en) rejette début , estimant que les groupes étant toujours actifs, les mesures conservatoires n'ont pas lieu d'être, tout en relevant que Rodrigues a outrepassé ses prérogatives[8].
En , la commission sénatoriale américaine des affaires sanitaires, éducatives, du travail et des retraites, présidée par le républicain Bill Cassidy, adresse à l'université Columbia une demande de transmission de l'ensemble des documents en sa possession relatifs à SJP et à ses activités sur le campus, dans le cadre d'une enquête sur ce qu'elle qualifie d'épidémie d'antisémitisme dans l'enseignement supérieur. La commission demande notamment si l'université a connaissance de liens entre SJP, l'organisation American Muslims for Palestine et le Hamas[9].
En 2026, la commission de l'éducation et de la main-d'œuvre de la Chambre des représentants, à majorité républicaine, publie un rapport intitulé How Campuses Became Hotbeds: The Rise of Radical Antisemitism on College Campuses, qui allègue que les chapitres de SJP auraient agi comme des meneurs de harcèlement antisémite envers les étudiants juifs, organisé des manifestations qu'il qualifie de violentes et fait pression sur les universités pour qu'elles boycottent Israël. Il critique également les établissements pour n'avoir pas sanctionné ces groupes[10].
Accusations d'antisémitisme
Des groupes pro-israéliens accusent le réseau de favoriser l'antisémitisme et l'intimidation des étudiants juifs sur les campus, une étude du Cohen Center for Modern Jewish Studies de Brandeis de 2016 affirmant que la présence d'une section constituerait « l'un des meilleurs prédicteurs d'un climat hostile envers Israël et les Juifs »[4]. D'après le Haaretz, Hatem Bazian, qu'il présente comme son cofondateur, fait lui-même l'objet d'accusations d'antisémitisme[1].
Néanmoins, le groupe compte des membres juifs dès ses origines, y compris au sein de son comité de pilotage national, et ses premières années sont marquées par des moments de coopération avec la communauté juive du campus. Les relations avec SJP et les organisations juives étudiantes se tendent ensuite après les attentats du 11 septembre 2001, et des incidents antisémites isolés, que les responsables du groupe rejettent, ont lieu lors de manifestations[3].
Les membres de SJP font valoir quant à eux que le groupe s'oppose à l'antisémitisme et au suprémacisme blanc[4], que l'un de ses alliés les plus proches est l'organisation antisioniste juive Jewish Voice for Peace, et qu'un nombre non négligeable d'étudiants juifs de gauche ont milité en son sein[1]. Des membres juifs de SJP ont reçu des menaces de mort en raison de leur engagement[3].
Article connexe
Références
- (en) Judy Maltz, « What Is Students for Justice in Palestine, the Group Igniting U.S. Campus Wars Over Israel »
, sur Haaretz, (consulté le )
- (en) Emma Green, « How a Student Group Is Politicizing a Generation on Palestine »
, sur The New Yorker, (consulté le )
- (en) Arno Rosenfeld, « The secret history and uncertain future of Students for Justice in Palestine »
, sur The Forward, (consulté le )
- (en) Alan Blinder, « Inside the Pro-Palestinian Group Protesting Across College Campuses », The New York Times, , p. 13 (ISSN 0362-4331, lire en ligne
, consulté le )
- (en) Daniel Arkin, « How a pro-Palestinian campus group became a national lightning rod »
, sur NBC News, (consulté le )
- ↑ (en) Sina Arnold, « A Collision of Frames: The BDS Movement and Its Opponents in the United States », dans David Feldman, Boycotts Past and Present: From the American Revolution to the Campaign to Boycott Israel, Palgrave Macmillan, , 359 p. (ISBN 978-3319948713), p. 222-223
- ↑ (en) Brendan Farrington et Collin Binkley, « DeSantis bans Students for Justice in Palestine from Florida college campuses for providing 'support' to Hamas »
, sur Fortune, (consulté le )
- ↑ (en) Meghan Bowman, « Federal judge dismisses pro-Palestinian student groups' lawsuits »
, sur WUSF, (consulté le )
- ↑ (en) Colin Moynihan et Mitch Smith, « Senate Panel Demands Information About Gaza Protest Group at Columbia », The New York Times, , p. 19 (ISSN 0362-4331, lire en ligne
, consulté le )
- ↑ (en) Matthew Shea, « Education Committee finds SJP and faculty groups play central role in campus antisemitism »
, sur Jewish Insider, (consulté le )
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