Vieux-Fort (Québec)

Vieux-Fort
Le havre de pêche.
Géographie
Pays
Province
Région administrative
Municipalité régionale
Municipalité
Coordonnées
51° 25′ 25″ N, 57° 49′ 28″ O
Identifiants
Code postal
G0G 2G0
Carte

Vieux-Fort (en anglais : Old Fort Bay ou, plus rarement, Old Fort) est un village situé dans le territoire de la municipalité de Bonne-Espérance dans Le Golfe-du-Saint-Laurent, au Québec (Canada).

Toponymie

Le lieu est nommé Vieux-Fort en raison de son utilisation ancienne comme poste stratégique par les pêcheurs français au xvie siècle. Sa forme actuelle est courante depuis la seconde moitié du xixe siècle, alors que Jean-Baptiste Ferland atteste du nom Vieux-Fort dans son ouvrage Le Labrador[1].

Au xvie siècle, le lieu est connu en tant que « Brest », comme le rapporte Jacques Cartier, ainsi que le notent Nicolas Desliens, Nicolas Vallard et Gérard Mercator. Au début du xviie siècle, le poste de pêche est déplacé à Brador et continue d'être appelé « Brest ». La forme « Ancien établissement » désignant l'actuel Vieux-Fort est attestée par les travaux de Nicolas Bellin au milieu du xviiie siècle[1].

Le bureau de poste est nommé « Old Fort Bay » en 1906; c'est la dénomination préférée par la population résidente[1].

Géographie

Situation

Vieux-Fort est situé dans la municipalité de Bonne-Espérance, en Basse-Côte-Nord au Québec (Canada). Le village est sis à environ 70 km de l'extrémité orientale du Québec et à 10 km au sud-ouest de Rivière-Saint-Paul[1]. À l'ouest, le village le plus près est Saint-Augustin, à 55 km[2].

Topographie

Hydrographie

Le village est implanté aux abords de la baie du Vieux-Fort[1].

Climat

Le climat à Vieux-Fort est de type continental subpolaire. Selon la classification Köppen-Geiger, le village est situé dans une zone climatique continentale humide avec des étés courts et froids (Dfc)[3].

Lourdes-de-Blanc-Sablon
Normales climatiques 1991 - 2020
(51° 27′ N, 57° 11′ O, altitude 37,2 m ; 44 km à l'est)
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Températures (°C)
Maximale moyenne −7,1 −7 −2,8 2 7,8 12,5 15,9 17,1 13,3 7,7 2,3 −3,1 4,9
Moyenne −11,8 −11,5 −6,9 −1,4 3,8 8,4 12,1 13,4 9,4 4,4 −1,1 −7 1
Minimale moyenne −16,4 −16 −11 −4,8 −0,3 4,2 8,3 9,6 5,4 1 −4,5 −11 −3
Précipitations
Hauteur (mm) 76,5 81,2 91,2 53,2 66,9 78,3 93,9 91,2 101,7 85 83,8 98,4 1 001,1
dont pluie (mm) 12,3 6,9 11,9 21,2 63,5 79,4 92,8 86,6 102,1 77,1 58,9 31,7 644,2
dont neige (cm) 66,2 70 73,9 32,4 6,8 0,1 0 0 0 3,9 24,2 68,3 354,9
Source : Environnement et Changement climatique Canada[4]


Démographie

Évolution démographique
1941 1946 1951 1956 1961 1966 1971 1976 1981
119n.d.153212[note 1]102142305306307
1986 1991 1996 2001 2006 2011 2016 2021 -
145327n.d.n.d.328279234256-
(Sources : Statistique Canada et Bureau fédéral de la statistique, population des localités non constituées et des localités désignées.)

Aménagement du territoire

Un périmètre d'urbanisation[note 2] a été identifié au schéma d'aménagement et de développement de la MRC de Côte-Nord-du-Golfe-du-Saint-Laurent et correspondant aux limites du noyau villageois. Le schéma d'aménagement identifie par ailleurs plusieurs risques : inondations par embâcle de glace, érosion côtière et avalanche[5].

Économie

La pêche est une activité économique structurante. En 2012, 15 permis de pêche commerciale et 22 navires de pêche y sont recensés. Une usine transforme la ressource à même le village[6]. Le port est administré par l'Eastern Lower North Shore Harbour Authority. L'administration portuaire s'occupe de l'entretien des quais flottants destinés aux pêcheurs et aux plaisanciers[7].

Si autrefois, la morue était la ressource la plus capturée, le crabe des neiges, le turbot, le flétan, le hareng constituent aujourd'hui les principales prises débarquées au quai[8].

En , le taux de chômage est de 36%, dont 50% chez les hommes[9].

Histoire

Époque précolombienne

L'occupation des environs remonte à 8 500 ans avant aujourd'hui. Les populations de l'Archaïque ancien et de l'Archaïque qui vivent de la chasse et de la cueillette doivent migrer lors de l'époque néo-glaciaire[10].

Les Paléoesquimaux de la culture de Dorset s'établissent vers 2 500 ans avant aujourd'hui. Ils s'alimentent en chassant (le phoque et le caribou, entre autres) et se déplacent notamment en traîneau à chien. Vers l'an 1150, l'arrivée des Thuléens et le déplacement du gibier entraîne la disparition des Dorsétiens de la Basse-Côte-Nord[10].

Contact avec les Européens

Au xvie siècle, des Bretons fréquentent les environs pour y pêcher la morue tandis que des Basques chassent la baleine[10]. Les Bretons viennent l'été pêcher la morue, puis la font sécher avant de repartir vers la France. Quelques membres d'équipage passent l'hiver à Vieux-Fort : ils surveillent l'équipement de pêche, font des provisions de bois de chauffage, traitent les fourrures avec les Innus et chassent le loup-marin[11],[10].

Les baleiniers délaissent la Basse-Côte-Nord vers 1620 tandis que les Inuits quittent au xviiie siècle[10].

Colonisation

Les environs de Vieux-Fort sont peuplés de façon permanente à partir xixe siècle. La population s'adonne alors à la chasse au loup-marin. La pêche pratiquée en est une de subsistance ; les revenus qui en sont tirés sont substantiellement moins élevés que ceux des autres ports de pêche de la Basse-Côte-Nord[12].

Deux familles de pêcheurs anglophones originaires de Gaspé s'installent dans l'archipel qui ferme la baie du Vieux-Fort vers 1840 et en 1855. Ils sont rejoints par cinq autres familles d'ascendance britannique entre 1895 et 1903. À cette époque, la pratique de la chasse au loup-marin perd de son importance et est remplacée par la pêche à la morue[12].

Municipalisation

En 1963, une loi crée la municipalité de Côte-Nord-du-Golfe-du-Saint-Laurent, qui, à l'origine, comprend le village de Vieux-Fort. La municipalité de Bonne-Espérance est détachée de Côte-Nord-du-Golfe-du-Saint-Laurent en 1990[13].

Effondrement des stocks de morue

L'effondrement de la pêcherie de morue de Terre-Neuve et le moratoire qui s'est ensuivi en 1992 a porté un dur coup à l'activité économique du village, avec pour conséquences une hausse du chômage et un exode de la population. Les pêcheurs ont dû se réorienter vers d'autres ressources, comme le crabe des neiges, et l'usine de transformation a dû être modernisée en conséquence[8].

Services

Transports

Transport terrestre

Le village constitue le point terminal d'un segment de la route 138 qui n'est pas relié directement au reste du réseau routier québécois. Cette section isolée longue de 72 km relie Vieux-Fort à Blanc-Sablon et la frontière du Labrador, où elle connecte avec la route 510[14].

La route blanche, un lien hivernal entretenu par le ministère des Transports, permet de se déplacer en motoneige entre les localités de la Basse-Côte-Nord. Aucune marchandise n'y est cependant transportée. Lorsque le Relais Nordik est hors service en raison des glaces, les denrées périssables sont acheminées par la route, via le Labrador[15].

Transport maritime

Le port est administré par l'Eastern Lower North Shore Harbour Authority. L'administration portuaire s'occupe de l'entretien des quais flottants destinés aux pêcheurs et aux plaisanciers[7].

Les marchandises sont manutentionnées au port en eau profonde de Blanc-Sablon, desservi par le transporteur maritime Relais Nordik, affrété par la Société des traversiers du Québec. Le Relais Nordik effectue la desserte maritime des localités de la Basse-Côte-Nord, ainsi que celle de l’île d’Anticosti à partir de Rimouski et Sept-Îles. Cette desserte permet l'approvisionnement en marchandises et en pétrole sur une base hebdomadaire, de mai à janvier[15].

Transport aérien

L'aéroport de Lourdes-de-Blanc-Sablon est situé à proximité[16].

Loisirs, culture et vie communautaire

La bibliothèque de l'école Mountain Ridge est identifié comme un lieu culturel d'importance, ainsi que l'ancien cimetière et l'île aux Chiens[17].

Les sentiers de Vieux-Fort, sites récréatifs d'intérêt régional, parcourent les collines environnantes[18].

Éducation

La localité compte une école primaire anglophone, l'école Mountain Ridge, qui accueille aussi les élèves de Rivière-Saint-Paul et de Middle Bay[19].

Santé

Un centre local de services communautaires dispense des soins infirmiers aux habitants à Rivière-Saint-Paul. La médecine générale est pratiquée à l'hôpital de Blanc-Sablon tandis que les soins de spécialité sont offerts par des médecins itinérants[20].

Équipements publics

Le village est desservi par son propre réseau d'aqueduc, pouvant fournir de l'eau potable jusqu'à 330 personnes[21]. L'aqueduc. approvisionné à partir du lac Benny's Pond, alimente l'ensemble du village, y compris l'usine de transformation des pêches[22]. Des travaux débuté en 2010 ont permis de moderniser le réseau et le traitement, tandis que des problèmes de contamination et de turbidité affectaient l'eau distribuée[23],[24].

Un réseau d'égout est aussi présent[25].

Le village est alimenté en électricité grâce à la centrale du Lac-Robertson[26].

Commerces et services

Un bureau de poste dessert le village[19].

En 2013, le village ne dispose d'aucun hébergement pour accueillir la clientèle touristique[27].

Notes et références

Notes

  1. Comprend d'autres hameaux.
  2. Au Québec, un périmètre d'urbanisation comprend les secteurs d'une municipalité régionale de comté (ou d'un territoire équivalent) qui sont déjà urbanisés et ceux dans lesquels elle entend implanter les nouveaux secteurs d’expansion urbaine. Voir Ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, « Périmètres métropolitains, périmètres d'urbanisation et zones prioritaires d'aménagement et de réaménagement », dans La prise de décision en urbanisme, La prise de décision en urbanisme (guide), Québec, gouvernement du Québec, (lire en ligne).

Références

  1. Commission de toponymie du Québec, « Vieux-Fort », Banque de noms de lieux du Québec, sur toponymie.gouv.qc.ca, gouvernement du Québec, (consulté le )
  2. Villeneuve 2003, p. 5.
  3. « Climat du Québec » [PDF], sur environnement.gouv.qc.ca,
  4. Environnement et Changement climatique Canada, « Données des normales climatiques canadiennes pour 1991-2020 : Lourdes-de-Blanc-Sablon », sur climat.meteo.gc.ca, Gouvernement du Canada (consulté le ).
  5. Roberts 2022.
  6. Roberts 2022, p. 38-39.
  7. Roberts 2022, p. 134.
  8. Villeneuve 2003, p. 10.
  9. Statistique Canada, « Profil du recensement », 24980037 [Aire de diffusion], Recensement de la population de 2021, sur statcan.gc.ca, (consulté le )
  10. Roberts 2022, p. 8.
  11. Paul Charest, « Écologie culturelle de la Côte-Nord du golfe Saint-Laurent », sur classiques.uqam.ca, (consulté le )
  12. Charest 1970.
  13. Roberts 2022, p. 1.
  14. Roberts 2022, p. 122.
  15. Roberts 2022, p. 144.
  16. Roberts 2022, p. 136.
  17. Roberts 2022, p. 110.
  18. Roberts 2022, p. 104.
  19. Roberts 2022, p. 152.
  20. Roberts 2022, p. 147.
  21. Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, « Réseaux municipaux de distribution d'eau potable », sur www.environnement.gouv.qc.ca, gouvernement du Québec, (consulté le )
  22. Roberts 2022, p. 158.
  23. Villeneuve 2003, p. 30-31.
  24. (fr-CA) Radio-Canada, « Nouveau réseau d'aqueduc », sur Radio-Canada.ca, (consulté le )
  25. Roberts 2022, p. 160.
  26. Roberts 2022, p. 165.
  27. Roberts 2022, p. 47.

Annexes

Articles connexes

  • Brador (Québec)

Bibliographie

  • Paul Charest, « Le peuplement permanent de la Basse-Côte-Nord du Saint-Laurent : 1820-1900 », Recherches sociographiques, vol. 11, no 2,‎ , p. 59-90 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Andrea Roberts, Maude Barabé, Nathalie Martin, Jean-François Viens, Julie Lakis et Aurélie Lépinoux, Schéma d'aménagement et de développement, Chevery, MRC du Golfe-du-Saint-Laurent, , 242 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jean-Pierre Villeneuve, Alain Mailhot et Michel Nepton, Étude de la problématique de l'approvisionnement en eau potable de sept localités de la Cote-Nord, Sainte-Foy, Institut national de recherche scientifique, , 123 p. (ISBN 978-2-89146-796-4, lire en ligne), p. 5. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes

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