Virus des Andes

Orthohantavirus andesense

Orthohantavirus andesense
Description de l'image Andes orthohantavirus Genus Sturcture.png.
Classification
Domaine Riboviria
Embranchement Negarnaviricota
Sous-embr. Polyploviricotina
Classe Bunyaviricetes
Ordre Elliovirales
Famille Hantaviridae
Sous-famille Mammantavirinae
Genre Orthohantavirus

Espèce

Orthohantavirus andesense
ICTV, 1999[1]

formes de rang inférieur

  • virus des Andes
  • virus de Castelo dos Sonhos
  • virus de Lechiguanas
  • virus d'Orán


Orthohantavirus andesense, hantavirus andin ou virus des Andes (ANDV), aussi appelé hantavirus Andes ou virus Andes[2], est une espèce d'orthohantavirus, un agent causal majeur du syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) en Amérique du Sud[3]. Il doit son nom à la chaîne des Andes du Chili et de l'Argentine, où il a été découvert pour la première fois[4]. La transmission d'humain à humain a été découverte pour la première fois en dans le village d'El Bolsón[5].

Le virus des Andes fait partie des hantavirus qui ont pour hôte des rongeurs, vecteurs potentiels de l’infection vers l'humain. Chaque hantavirus a son réservoir biologique, spécifique, celui du virus des Andes est principalement le rat pygmée de rizière à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus) chez qui l'infection est asymptomatique.

Il se transmet facilement à l'humain par contact avec des rongeurs infectés ou leurs excréments[3],[4],[6]. Le fait que les rongeurs infectés ne semblent pas malades, prive les populations de signal d'alerte concernant la présence du virus. La transmission à l'humain se fait principalement par voie aérienne, en inhalant des aérosols contaminés par les particules virales présentes dans des selles, dans l’urine ou la salive des rats infectés[7].

La maladie zoonotique qui en résulte peut provoquer des syndromes plus ou moins sévères, la souche « Andes » présentant une létalité élevée, en moyenne de 32 % mais pouvant aller jusqu’à 50 %[7],[8].

L'orthohantavirus andesense est le seul hantavirus connu à pouvoir se transmettre d'humain à humain, par contact prolongé avec une personne infectée ou via ses fluides corporels[4],[6].

La survenue en sur un bateau de croisière d'un foyer épidémique de portée internationale, une première pour ce type de virus, amène l'OMS et l'ECDC à publier des ressources actualisées sur la situation sanitaire[9],[10].

Virologie

Le génome de l'ANDV mesure environ 12,1 kb et est segmenté en trois brins d'ARN monocaténaire de polarité négative. Le brin court (S) code la nucléoprotéine virale, le brin moyen (M) la protéine de spicule qui se fixe aux récepteurs cellulaires pour permettre l'entrée du virus dans les cellules, et le brin long (L) l'ARN-polymérase ARN-dépendante (RdRp) virale qui réplique et transcrit le génome. Les segments du génome sont enrobés de nucléoprotéines pour former des complexes ribonucléoprotéiques (RNP), entourés d'une enveloppe virale présentant des spicules à sa surface[11],[12].

Le cycle réplicatif du virus ANDV comprend d'abord la fixation à la surface des cellules grâce aux spicules de son enveloppe. Les particules virales, ou virions, sont ensuite internalisées par les endosomes, où une baisse du pH provoque la fusion de l'enveloppe virale avec celle de l'endosome, libérant ainsi l'ARN viral dans la cellule hôte. La RdRp transcrit alors le génome viral qui est multiplié et traduit en protéines par les ribosomes de la cellule hôte. De nouveaux virions s'assemblent près de la membrane cellulaire, où ils bourgeonnent pour acquérir leur enveloppe virale et quitter la cellule[13],[14].

Découverte

L'Orthohantavirus andeses a été identifié pour la première fois lorsque des foyers de cette nouvelle infection se sont propagés au Chili et en Argentine. En 1995, il a finalement été décrit en Argentine sur la base de spécimens provenant d'un patient qui était mort de complications du syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH)[15], une conséquence grave de l'infection par le virus des Andes[16].

Virus émergent, l'affection qu'il cause présente en Amérique du Sud un taux de mortalité de l'ordre de 40 %[4],[17]. Il est de loin responsable de la plupart des cas de syndrome cardiopulmonaire à hantavirus recensés en Argentine, au Chili et en Uruguay réunis[16],[18].

Bien qu'il puisse être transporté par les humains et les rongeurs, Orthohantavirus andesense se retrouve surtout chez Oligoryzomys longicaudatus, une espèce de rat pygmée originaire de la région chilo-argentine[3], et dans d'autres cas, chez Abrothrix longipilis[19].

Prévention

La prévention de l’infection directe à l'hantavirus des Andes consiste essentiellement à limiter les contacts avec les rongeurs réservoirs du virus en évitant leurs sécrétions et excrétions[20].

Les comportements de prévention contre l'infection interhumaine sont le port du masque et le lavage des mains[21].

Transmission

L’hantavirus sud-américain Andes est le seul hantavirus dont la transmission interhumaine (en dehors d'une transmission au cours de transfusion sanguine) a été décrite. La transmission se fait à des proches par contacts étroits comme le contact sexuel, mais aussi au cours de la cohabitation dans des espaces confinés comme une chambre ou un véhicule. Le virus des Andes peut également être transmis par des malades au personnel soignant ainsi qu'à des visiteurs de patients hospitalisés[20].

Symptômes

Les symptômes d'une contamination au virus des Andes, soit par un vecteur direct comme un rongeur, soit interhumaine, se manifestent après une incubation d’environ 1 à 6 semaines. Un syndrome grippal avec fièvre, courbatures et fatigue apparaît. Les formes graves évoluent vers une détresse respiratoire sévère. Une sérologie avec recherche d'anticorps ou une RT-PCR avec détection directe du virus par l’ARN, permettent d'établir le diagnostic[22].

Thérapie

À la date de mai 2026, il n'existe aucun traitement spécifique et aucun vaccin contre le virus des Andes dont le taux de létalité est de l'ordre de 40%[21].

Les symptômes peuvent cependant être réduits par une oxygénation du patient et une stabilisaton de la pression artérielle. L'efficacité du transfert de plasma humain contenant des anticorps contre le virus Andes dans la réduction de la mortalité chez des patients infectés par ce virus doit être confirmée[21].

En raison du faible nombre de cas annuels, peu de recherches dans la mise au point de vaccins contre les hantavirus sont développés. Entre 2020 et 2026, seule une quinzaine d'études pour des essais cliniques ont été enregistrées dans le registre international des essais cliniques de l'OMS. En mai 2026, des essais en stade précoce de vaccin expérimental à ADN ou à base d'ARN contre le virus Andes sont en cours[21].

Bien que des travaux sur des molécules comme la ribavirine ou le favipiravir soient en cours d'évaluation, l'efficacité d'un antiviral n'a pas encore été démontrée dans le traitement du syndrome pulmonaire provoqué par des hantavirus comme le virus des Andes[21].

Épidémies

Les épidémies causées par l’espèce Andes sont rares mais un rapport de de l’Organisation panaméricaine de la santé montre que l’Argentine est le pays dénombrant le plus de cas de contaminations au virus des Andes sur le continent américain, avec une augmentation importante des cas. Au cours de la saison épidémiologique 2025-2026, 101 cas sont en effet constatés contre 57 pour la saison précédente. 80 % des personnes contaminées début 2026 sont des hommes[7].

2002 - Chili

En 2002, ce virus est identifié pour la première fois sur un être humain, un jeune Chilien[23].

2018 - Argentine

Fin 2018, début 2019, un important foyer de hantavirus de 34 cas est recensé à Epuyen, un village de Patagonie, en Argentine, causant la mort de 11 personnes[24].

2026 - Argentine

En , un foyer épidémique d'Orthohantavirus andesense est déclaré à bord du MV Hondius, un navire de croisière néerlandais, parti d'Ushuaïa en Argentine le et faisant route vers le Cap-Vert[25], causant la mort par infection respiratoire aigüe de trois personnes, dont deux à bord le et le , et l'une le dans un hôpital de Johannesbourg[26],[27]. Plusieurs malades sont évacués par la suite.

Détermination du virus

La nature du virus à l’origine du foyer est recherchée pendant plusieurs jours et le séquençage chez trois malades permet de déterminer le qu'il s'agit de l’espèce Andes, le seul hantavirus à transmission directe entre humains via les gouttelettes de salive[24],[28].

Le ministre sud-africain de la santé déclare que la souche d'une patiente du bateau, évacuée en Afrique du Sud correspond bien à l'hantavirus andin, le seul hantavirus pour lequel une transmission interhumaine est attestée[29]. Le même jour, un homme ayant voyagé sur le même bateau de croisière est testé positif à la souche des Andes du hantavirus par le laboratoire des Hôpitaux universitaires de Genève[30].

Bien que le virus des Andes trouvé à Ushuaïa ait un potentiel pathogène élevé[31] et que les États s'interrogent[32], le risque global pour la santé publique est estimé faible par l'OMS à ce stade[24].

Le au matin, le MV Hondius, initialement arrivé et positionné au large des Canaries depuis la déclaration du foyer d’infections à hantavirus, est admis dans le port de Granadilla, au sud de l’île de Tenerife[33]. Les passagers et les membres de l'équipage sont évacués et progressivement rapatriés dans leurs pays respectifs sous la supervision du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus[34],[35].

Patient zéro

Le , le patient zéro supposé de l'épidémie d'hantavirus du navire de croisière MV Hondius est identifié et une source de contamination potentielle repérée[36].

Première personne à présenter des symptômes et mort à bord le , Leo Schilperoord, un Néerlandais de 70 ans, était monté sur le navire à Ushuaïa le en compagnie de son épouse, Mirjam, elle-même décédée du virus quinze jours plus tard dans un hôpital de Johannesburg[36]. Le couple de retraités, féru d'ornithologie, avait voyagé pendant cinq mois dans plusieurs pays d'Amérique du Sud avant d'embarquer sur le MV Hondius.

Il s’était notamment rendu fin dans une déchèterie à ciel ouvert près d’Ushuaïa, en Argentine. L'endroit est prisé par les ornithologues du monde entier, notamment pour y observer une espèce rare, le caracara à gorge blanche, un oiseau présent uniquement au Chili et en Argentine. Cette déchèterie à ciel ouvert est infestée par des rongeurs, potentiellement le rat pygmée de rizière à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), un des principaux vecteurs de l’hantavirus des Andes, le seul à transmission interhumaine. La contamination de l'animal à l'humain se fait par voie aérienne par l'inhalation de particules de déjections[36].

Les autorités sanitaires nationales argentines enquêtent à partir de cette hypothèse d'une contamination du couple néerlandais dans cette décheterie, mais les autorités locales de la région d'Ushuaïa rejettent ces allégations et estiment qu'il s'agit d'une campagne de diffamation contre cette destination hautement touristique[37].

En collaboration avec l'OMS, des investigations pour rechercher les circonstances d'une exposition potentielle permettant de déterminer l’origine de l’épidémie sont également menées avec les autorités chiliennes[38].

France

Mesures de santé publique

Le 7 mai 2026, l’ANRS MIE met en place une cellule « Émergence de niveau 1  » pour assurer une veille scientifique renforcée et une définition des priorités de recherche, de santé publique et de communication[39].

Le ministère de la Santé en France organise la réponse sanitaire quant aux modalités de retour le 10 mai des cinq Français présents à bord du bateau et cas contacts[29]. Parmi ces cinq personnes, un cas est testé positif le 11 mai et hospitalisé en isolement au sein d’un établissement de santé de référence spécialisé Risque Epidémique et Biologique (REB)[40] équipé de chambres à pression négative (en)[41] et de personnel médical spécialisé pour la prise en charge de ce type de pathologie. Les quatre autres passagers français rapatriés sont placés en quarantaine en milieu hospitalier[42].

Des opérations de contact tracing autour d’un cas confirmé d'hantavirus des Andes ayant pris l’avion et décédé le 26 avril à Johannesburg permettent d’identifier 22 personnes cas contacts revenant d'Afrique du Sud en avion[42]. À leur arrivée sur le sol français, elles sont isolées en milieu hospitalier[43].

Le , le gouvernement français annonce en effet que les cas contacts devront être placées en quarantaine en milieu hospitalier, et non à leur domicile[44] et publie un décret prescrivant « les mesures d'urgence nécessaires à la gestion du risque d'infection à hantavirus Andes »[45]. Celles-ci impliquent une évaluation médicale et épidémiologique dans un établissement de santé puis, selon le résultat, une mise en quarantaine ou un placement à l'isolement pour une durée totale de 42 jours[46].

Controverses

L'épidémiologiste Antoine Flahault déclare que l'hantavirus des Andes a un taux de mortalité plus proche du virus Ebola que du virus de la grippe ou du covid-19[47]. Cette comparaison est par la suite nuancée par d'autres experts comme Imad Kansau (infectiologue à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart)[48] et Arnaud Fontanet (directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur de Paris)[49] qui rappellent que si la létalité du virus est importante, elle reste inférieure à celle d'Ebola. Par ailleurs, le risque d'une épidémie semblable à celle de la maladie à virus Ebola avec de très nombreux morts est faible dès lors que la prise en charge des malades respecte les conditions d'hygiène (ce qui n'est pas toujours le cas en Afrique centrale où se concentrent les épidémies d'Ebola).

Fausses informations

L'annonce du foyer infectieux d'hantavirus à bord du MV Hondius provoque rapidement sur les réseaux sociaux un grand nombre d’interprétations des causes de l'infection. Ces interprétations reprennent des fausses informations déjà diffusées en 2020 lors de la pandémie de Covid-19[50]. Selon certains complotistes, la diffusion du virus des Andes, qui serait une arme biologique volée et manipulée dans un laboratoire de haute sécurité, aurait été planifiée par l'industrie pharmaceutique dans le but de commercialiser de futurs vaccins[50].

Des traitements comme l’ivermectine, le zinc et la vitamine D, déjà proposés en médecine alternative lors du Covid-19, sont également mis en avant sur ces réseaux pour traiter, cette fois l'infection au virus des Andes[50].

Notes et références

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  2. Isabelle Hoppenot « Hantavirus : un foyer sur un navire relance l’attention sur ce virus » Vidal du 7 mai 2026
  3. (en) « Hantavirus | virus », Encyclopedia Britannica (consulté le )
  4. (en) « Andes Virus - an overview | ScienceDirect Topics », www.sciencedirect.com (consulté le )
  5. Sud Ouest 11 morts. En Patagonie, un village toujours hanté par l'épidémie de 1996
  6. (en) « Fact Sheet about Andes Virus | Hantavirus | DHCPP | CDC », sur www.cdc.gov, (consulté le )
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  8. Aurélie Blondel, Iris Derœux, Julien Lemaignen, William Audureau, « Hantavirus : de la souche des Andes au taux de létalité, le lexique pour comprendre les mots qui circulent avec ce virus », sur Le Monde, (consulté le )
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  47. Par Juliette Pousson Le 11 mai 2026 à 06h00 et Modifié Le 11 Mai 2026 À 06h44, « « L’hantavirus des Andes est aussi grave que le virus Ebola », juge l’épidémiologiste Antoine Flahault », sur leparisien.fr, (consulté le )
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