22e législature du Québec

21e législature 22e législature 23e législature
Gouvernement Godbout II Gouvernement Duplessis II
1944 1945 1946 1947 1948

22e législature du Québec
[Note 2] - [Note 1]
1re session : -
2e session : -
3e session : -
4e session : -
Image illustrative de l’article 22e législature du Québec
Gouvernement
Type Union nationale majoritaire
Premier ministre Maurice Duplessis
[Note 3]-[Note 1]
Conseil des ministres Duplessis (1944-1948)
Assemblée nationale
Composition Voir l'évolution de la composition
Président Alexandre Taché (UN)
[1]-
Leader du gouvernement Maurice Duplessis (UN)
-
Chef de
l'opposition
Adélard Godbout (PLQ)
-

La 22e législature du Québec est formée à la suite des élections générales québécoises de 1944, tenues le . L'Union nationale, dirigée par Maurice Duplessis, remporte 48 sièges sur 91 avec 38 % des voix; le Parti libéral du Québec de Adélard Godbout obtient pourtant un peu plus de votes (39,4 %) mais se trouve réduit à 37 sièges, victime de la division du vote nationaliste avec le Bloc populaire canadien qui fait élire 4 députés[2],[3].

Cette législature, qui couvre les premières années de l'après-guerre (1945-1948), est marquée par la consolidation du pouvoir personnel de Duplessis et la défense intransigeante de l'autonomie provinciale face aux propositions centralisatrices du gouvernement fédéral inspirées du rapport Rowell-Sirois. Elle voit l'adoption du drapeau fleurdelisé le , la création du Ministère du Bien-être social et de la Jeunesse (1946), la concession des gisements de fer du Nouveau-Québec à la compagnie Hollinger et de violents conflits ouvriers (Valleyfield 1946, Lachute 1947) que le gouvernement réprime au nom de la lutte contre l'infiltration communiste. La législature prend fin avec la dissolution prononcée le ; aux élections du , l'Union nationale remporte une victoire écrasante avec 82 sièges sur 92.

Contexte politique

Élection de 1944

L'élection générale du est la première à laquelle peuvent voter les Québécoises. Le nombre d'électeurs inscrits double presque par rapport à 1939, passant de 753 310 à 1 864 692. Quatre formations principales s'affrontent : le Parti libéral du Québec de Adélard Godbout, l'Union nationale de Maurice Duplessis, le Bloc populaire canadien de André Laurendeau (aile provinciale) et la Co-operative Commonwealth Federation (CCF). Avec 338 candidats pour 91 sièges, le scrutin établit un record d'engagement politique[2].

Le résultat est paradoxal : malgré l'avantage du Parti libéral en pourcentage de voix (39,4 %), la distorsion de la carte électorale et la division du vote nationaliste donnent la majorité des sièges à l'Union nationale. Le Bloc populaire fait élire 4 députés et le CCF un seul (David Côté dans Rouyn-Noranda). Maurice Duplessis est assermenté premier ministre le , ouvrant l'ère du duplessisme[2],[3].

Formation du gouvernement Duplessis II

Maurice Duplessis forme un cabinet d'une douzaine de ministres en titre, auxquels s'ajoutent sept ministres d'État sans portefeuille. Parmi les figures clés : Onésime Gagnon (Trésorier), Antonio Barrette (Travail), John Samuel Bourque (Trésorier puis Ressources hydrauliques et Terres et Forêts), Albiny Paquette (Santé), Joseph-Damase Bégin (Colonisation), Antonio Talbot (Voirie), Jonathan Robinson (Mines), Omer Côté (Secrétaire de la province) et Roméo Lorrain (Travaux publics). Selon son habitude, Duplessis défend lui-même en Chambre la majorité des projets de loi publics, ne laissant à ses ministres qu'un rôle secondaire[4],[5].

Alexandre Taché, député unioniste de Hull, est élu président de l'Assemblée législative à l'ouverture de la 1re session. Sa partialité au profit du parti gouvernemental sera dénoncée à plusieurs reprises par l'opposition; en quatre années, il ne rendra pas une seule décision favorable à l'opposition[1],[6].


Sessions parlementaires

Première session (février-juin 1945)

La 1re session se déroule du au , dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale. Le , André Laurendeau présente une motion réaffirmant le pouvoir exclusif du Québec de légiférer en matière d'éducation en vertu de l'article 93 de la Constitution de 1867. Parmi les lois adoptées : la Loi autorisant la création d'un service provincial de radiodiffusion (bill 56, sanctionnée le ), qui prévoit la création d'un Office de la radio de Québec, mesure qui ne sera mise en œuvre qu'en 1968 avec Radio-Québec, et une loi habilitant la concession des gisements de fer du Nouveau-Québec[2].

Deuxième session (février-avril 1946)

La 2e session se déroule du au , première session de l'après-guerre. La mesure phare est la création du ministère de la Jeunesse, adjoint au portefeuille du Bien-être social et confié à Paul Sauvé. Le bill 20 concède les territoires miniers de la Côte-Nord et du Nouveau-Québec à la compagnie Hollinger à des conditions jugées trop favorables par l'opposition. Le bill 48 (dit « bill Côté ») modifie le financement des commissions scolaires en mettant à contribution les revenus d'Hydro-Québec. Le , l'Assemblée adopte à l'unanimité une motion de René Chaloult demandant un drapeau canadien distinct[5].

Troisième session (février-mai 1947)

La 3e session se déroule du au , dans le contexte de l'émergence de la guerre froide. La répartition des 91 sièges est alors : 51 unionistes, 34 libéraux, 3 députés du Bloc populaire, 1 CCF et 1 indépendant (René Chaloult). Les débats sont dominés par la répression des grèves du textile et le refus des ententes fiscales fédérales (voir les sections suivantes). Daniel Johnson, élu à Bagot lors d'une partielle en décembre 1946, fait son entrée à l'Assemblée. Le , André Laurendeau démissionne comme chef de l'aile québécoise du Bloc populaire canadien[6].

Quatrième session (janvier-avril 1948)

La 4e session se déroule du au , dans un climat préélectoral; sur 144 projets de loi présentés, 128 sont sanctionnés. Le jour de l'ouverture, le , Duplessis adopte par arrêté en conseil le drapeau fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec. Le trésorier Onésime Gagnon présente un budget préélectoral en surplus avec un investissement record en voirie (29,7 % du budget). Le bill 49 garantit le remboursement d'emprunts pour les universités tandis que le gouvernement refuse parallèlement les subventions fédérales destinées aux universités au nom de l'autonomie provinciale[7].


Adoption du fleurdelisé (1948)

L'adoption du drapeau fleurdelisé constitue l'aboutissement d'un combat symbolique amorcé dans les années 1900 par les milieux nationalistes canadiens-français. Le , lors de la 2e session, l'Assemblée législative avait unanimement appuyé une motion du député indépendant René Chaloult demandant à la Chambre des communes de Canada de doter le pays d'un drapeau « véritablement canadien », excluant « tout signe de servage envers une puissance étrangère ». Devant l'inaction d'Ottawa, Duplessis profite de la conjoncture pour adopter un drapeau québécois par voie d'arrêté en conseil le , jour de l'ouverture de la 4e session[5],[7].

Autonomie provinciale et conférences fédérales-provinciales

La défense intransigeante de l'autonomie provinciale face au gouvernement fédéral constitue le thème central de la 22e législature. Inspiré par les recommandations du rapport Rowell-Sirois (1940), le gouvernement King convoque les provinces à plusieurs conférences fédérales-provinciales (août 1945, janvier-février 1946, avril-mai 1946) pour mettre en place un programme social pancanadien (assurance-chômage, allocations familiales, assurance-maladie, pensions de vieillesse) financé par une centralisation des pouvoirs fiscaux à Ottawa[5],[6].

Duplessis, allié au premier ministre ontarien George Drew, refuse catégoriquement de céder les sources de revenus garanties par la Constitution de 1867 et déclare devant ses partisans : « Vous ne crucifierez pas la province de Québec, même sur une croix d'or. » En 1947, sept provinces signent des ententes fiscales séparées avec Ottawa; seuls le Québec et l'Ontario résistent[6].

Conflits ouvriers et anticommunisme

Trois grèves majeures dans l'industrie du textile (Saint-Henri 1946, Valleyfield 1946, Lachute 1947) sont durement réprimées par la police provinciale dépêchée sur ordre du gouvernement. Le ministre du Travail Antonio Barrette et le premier ministre Duplessis lient explicitement ces conflits à l'infiltration communiste, dont la figure de proue est Madeleine Parent (alors « femme Bjornson » dans la rhétorique gouvernementale) et Kent Rowley[6].

Cette posture s'inscrit dans le contexte de la guerre froide naissante. Le Parti communiste du Canada est illégal au Québec depuis 1931, mais existe sous le nom du Parti ouvrier-progressiste, dont le seul élu fédéral Fred Rose (Montréal-Cartier) est emprisonné en 1946 pour espionnage au profit de l'URSS. La Loi du cadenas de 1937, encore en vigueur, demeure un outil privilégié de l'administration Duplessis[6].

Dissolution et élection de 1948

Duplessis dissout la 22e législature le . Aux élections générales du , l'Union nationale remporte une victoire écrasante avec 82 sièges sur 92 et plus de 51 % des voix, profitant entre autres de l'effondrement du Bloc populaire canadien dont aucun candidat n'est élu. Maurice Duplessis est reconduit comme premier ministre et entamera son troisième mandat à la tête du gouvernement, qui ouvrira la dernière phase du duplessisme[4].

Lois marquantes

  • 1945 : Loi modifiant la loi du département du Trésor[2]
  • 1945 : Loi autorisant la création d'un service provincial de radiodiffusion (bill 56)[2]
  • 1945 : Loi sur la concession des gisements miniers du Nouveau-Québec[2]
  • 1946 : Loi créant le ministère de la Jeunesse et du Bien-être social[5]
  • 1946 : Loi sur la concession des gisements de fer de la Côte-Nord à la compagnie Hollinger (bill 20)[5]
  • 1946 : Loi sur le financement des commissions scolaires (bill 48 dit « bill Côté »)[5]
  • 1948 : Adoption du drapeau fleurdelisé par arrêté en conseil ()[7]
  • 1948 : Loi garantissant le remboursement d'emprunts aux universités (bill 49)[7]

Chronologie

1944

1945

  •  : ouverture de la 1re session de la 22e législature; Alexandre Taché est élu président de l'Assemblée;
  •  : motion d'André Laurendeau réaffirmant la compétence exclusive du Québec en matière d'éducation;
  •  : sanction de la Loi autorisant la création d'un service provincial de radiodiffusion;
  • 8 mai : capitulation de l'Allemagne nazie;
  •  : prorogation de la 1re session;
  •  : capitulation du Japon, fin de la Seconde Guerre mondiale;
  •  : élection partielle dans Beauce; Georges-Octave Poulin (Union nationale).

1946

  •  : ouverture de la 2e session;
  •  : adoption à l'unanimité de la motion Chaloult sur le drapeau canadien;
  •  : annonce de la création du ministère de la Jeunesse et du Bien-être social (Paul Sauvé ministre);
  •  : prorogation de la 2e session;
  •  : élection partielle dans Compton; Charles Daniel French (Union nationale);
  •  : élection partielle dans Bagot; Daniel Johnson (Union nationale).

1947

  •  : ouverture de la 3e session;
  • Mai : grève du textile à Lachute; arrestation de Madeleine Parent et Kent Rowley;
  •  : prorogation de la 3e session;
  •  : démission d'André Laurendeau comme chef de l'aile québécoise du Bloc populaire canadien;
  •  : élection partielle dans Huntingdon; John Gillies Rennie (Union nationale).

1948

Conseil exécutif

Cabinet Duplessis (1944-1948)

Maurice Duplessis est assermenté premier ministre le et forme un cabinet qui demeurera remarquablement stable jusqu'aux élections de 1948[4].

Notes et références

Notes

  1. Date de dissolution. Les élections ont lieu le .
  2. ↑ Date d'ouverture de la 1re session. Les élections ont eu lieu le .
  3. ↑ Maurice Duplessis est assermenté premier ministre le à la suite de la victoire de l'Union nationale aux élections du .

Références

  1. « Orateurs et présidents depuis 1867 », sur Assemblée nationale du Québec.
  2. Stéphane Savard, « 22e législature, 1re session - Introduction historique », sur Assemblée nationale du Québec.
  3. « Adélard Godbout », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le ).
  4. « Les cabinets ministériels depuis 1867 », sur Assemblée nationale du Québec.
  5. « 22e législature, 2e session - Introduction historique », sur Assemblée nationale du Québec.
  6. « 22e législature, 3e session - Introduction historique », sur Assemblée nationale du Québec.
  7. « 22e législature, 4e session - Introduction historique », sur Assemblée nationale du Québec.

Voir aussi

Articles connexes

Liens et documents externes

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