Bataille de Chemillé (11 avril 1793)
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Chemillé |
| Issue | Victoire vendéenne |
| • Jean-François Berruyer • Charles Duhoux de Hauterive • Jacques de Menou de Boussay • Jean-Antoine Rossignol |
• Maurice d'Elbée • Jacques Cathelineau • Jean Perdriau † |
| 4 000 hommes[1] | Inconnues |
| 20 à plusieurs centaines de morts[2] 60 à plusieurs centaines de blessés[2] 400 prisonniers[3],[4] |
200 à 600 morts[5],[2] 5 à 6 canons capturés[5],[6] |
Batailles
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- La Bégaudière
- Froidfond
- La Chabotterie
| Coordonnées | 47° 12′ 47″ nord, 0° 43′ 33″ ouest | |
|---|---|---|
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La bataille de Chemillé, également connue sous le nom de Choc de Chemillé, se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des Vendéens, qui repoussent l'attaque des républicains visant à prendre la petite ville de Chemillé.
Prélude
En , le territoires des Mauges, dans le sud-ouest du Maine-et-Loire, entre en insurrection contre la levée en masse. Les insurgés s'emparent de Chemillé le 13 mars, puis de Cholet le 14, de Vihiers le 16 et de Saint-Lambert-du-Lattay et Chalonnes-sur-Loire le 21[7]. À la fin du mois, 2 500 républicains s'installent à Saint-Lambert-du-Lattay et Beaulieu-sur-Layon afin de protéger Les Ponts-de-Cé[8]. Le , ils parviennent à contenir une attaque des insurgés lors du combat de Grandes Tailles, entre Saint-Lambert-du-Lattay et Chanzeaux[8].
Le , les gendarmes à pied de la 35e division, dit les « Vainqueurs de la Bastille », arrivent à Saint-Lambert-du-Lattay[9]. Forts de 800 hommes commandés par le lieutenant-colonel Jean-Antoine Rossignol, ils sont divisés en huit compagnies, dont deux composées de soldats de l'ancien régiment des Gardes françaises et six constituées d'ouvriers parisiens[9].
Le , le général Jean-François Berruyer arrive à son tour à Saint-Lambert[9]. Le 9, les représentants en mission Choudieu et Richard lui donnent l'ordre de lancer une offensive contre les territoires insurgés[3]. Celui-ci s'exécute à contre-cœur, estimant que mis à part les gendarmes de la 35e division et les gardes nationales d'Angers et d'Indre-et-Loire, les troupes sous ses ordres sont trop peu aguerries[3],[Note 1].

Le , les forces républicaines dans le Maine-et-Loire se mettent en marche, divisées en trois corps[3],[1]. Le premier, commandé par Gauvilliers et fort de 4 000 hommes, doit suivre la Loire[1],[10]. Le deuxième, commandé directement par Berruyer et Duhoux de Hauterive et également fort de 4 000 hommes, part de Saint-Lambert-du-Lattay et marche sur Chemillé[3],[1],[10]. Le troisième, commandé par Leigonyer et fort de 4 000[3],[10] à 8 000[1] hommes selon les estimations, doit prendre Coron et Vezins[1]. De plus, les 3 000 à 4 000 hommes de Quétineau postés à Bressuire, dans les Deux-Sèvres, reçoivent l'ordre de marcher sur Les Aubiers afin de menacer les Vendéens sur leur flanc droit[1],[10].
Berruyer divise son corps en deux colonnes : la première, commandée par lui-même et avec pour seconds Menou et Mangin, doit attaquer directement Chemillé par le nord[1],[10] ; la seconde, commandée par Duhoux, passe par La Jumellière[1], où elle débusque un poste de 600 à 700 Vendéens[11].
Le matin du , des soldats républicains — probablement des gendarmes parisiens — brûlent le village de Barré, près du Pont-Barré, à l'ouest de Beaulieu-sur-Layon, et massacrent plusieurs de ses habitants[2],[3]. Ces exactions sont dénoncées le lendemain par les représentants Choudieu et Goupilleau de Fontenay qui rapportent que : « des femmes, des enfants, des vieillards, des patriotes même ont été massacrés sans pitié, et c'est au moment où ils nous attendaient comme leur libérateurs qu'ils reçoivent la mort de la main même de leurs frères »[2]. Quelques mois plus tard, le représentant Philippeaux accusera le général Rossignol d'avoir été l'un des principaux auteurs des premiers massacres en Vendée[2].
Déroulement

Le , à midi, les troupes de Berruyer sont devant Chemillé[1],[3],[11],[10]. Commandés par Maurice d'Elbée et Jacques Cathelineau[12],[10], les Vendéens sont retranchés sur la grande route et derrière l'Hyrome[1],[3]. La petite ville a été fortifiée par les insurgés[13]. Tous les ponts qui traversent la rivière sont coupés[1],[14], tandis qu'une tranchée et une redoute, où sont placés des canons, coupent la grande route d'Angers[13]. Enfin, l'église Saint-Pierre est crénelée : un retranchement en terre l'entoure et des meurtrières sont percées dans les murailles[13].
Berruyer donne à Menou le commandement du flanc droit, tandis que lui-même prend la tête du flanc gauche[11]. Les gendarmes à pied de la 35e division sont placés au centre[1],[11]. Les républicains passent alors à l'attaque et franchissent la rivière[1]. Les gendarmes à pied s'emparent dans un premier temps d'une batterie d'artillerie, mais la fuite des bataillons de volontaires les contraint à reculer[1],[11],[10].
Cependant les forces de Duhoux arrivent en renfort pour soutenir Menou et un nouvel assaut est lancé par les gendarmes et les gardes nationaux d'Angers[1],[15],[10]. Cette fois les républicains bousculent les lignes vendéennes[1], s'emparent des retranchements[15], puis prennent position sur la place de l'église Saint-Pierre[14]. Cinq canons sont enlevés[10],[15], dont un de 8 livres[10], et un autre est encloué et jeté dans la rivière[15]. La ville est incendiée[2], mais à la tombée de la nuit elle est toujours le théâtre de combats confus au corps-à-corps[14].
Des prisonniers patriotes liés entre eux et placés en première ligne comme boucliers humains auraient alors profité du désordre pour s'élancer vers les lignes républicaines[1],[3]. Mais dans l'obscurité, des volontaires auraient confondu ce mouvement avec une attaque ennemie et auraient pris la fuite[1],[3].
Sur la place Saint-Pierre, les combattants retranchés dans l'église résistent[15] et un insurgé fait exploser une réserve de munitions, aggravant encore la panique des patriotes[14]. D'Elbée s'aperçoit alors du désarroi dans les rangs républicains et lance une contre-attaque[1],[3]. Finalement le général Berruyer ordonne la retraite et se replie sur Saint-Lambert-du-Lattay, où il arrive à minuit[1],[15].
Le soir du , Chemillé reste aux mains des Vendéens[14]. Le combat a duré entre 10[16] et 12 heures[2].
Pertes
Les pertes ne sont pas connues avec exactitude. En 2022, l'historien Philippe Candé rapporte que les affrontements auraient fait plusieurs centaines de morts et autant de blessés[2].
Après les combats, le général Berruyer et le représentant Choudieu déclarent que les insurgés ont perdu environ 600 hommes[17]. Le , le représentant en mission Richard, au nom des commissaires de la Convention envoyés dans les départements de Maine-et-Loire et de la Sarthe, annonce un bilan de 15 morts chez les républicains, contre 500 à 600 tués chez les « brigands », 133 patriotes délivrés et six canons capturés[Note 2]. Dans son rapport, le général Berruyer donne un bilan d'environ 20 morts et 60 blessés pour ses troupes, contre 600 tués chez les insurgés[2]. François Houdiard, commandant des tirailleurs du général Menou, fait état d'un « carnage » dans les rangs des Vendéens et rapporte la libération de 175 prisonniers[2].
Le prêtre réfractaire Jacques Cantiteau affirme pour sa part avoir vu dans des « papiers officiels », mais sans davantage de précision, que 1 500 républicains furent mis hors de combat à Chemillé[17],[19]. Ce bilan est repris par l'abbé Félix Deniau[2], mais il est très probablement exagéré[17],[19]. En 1840, l'historien militaire Patu-Deschautschamps, donne un bilan de 15 tués, dont deux officiers, et 60 blessés du côté des républicains et porte les pertes vendéennes entre 200 et 300[5]. Il fait également état de 133 prisonniers délivrés et de cinq canons capturés par les républicains[5].
Environ 400 républicains auraient également été faits prisonniers[3],[4].
Selon une étude publiée par Manuel Jobar en 2007, les insurgés originaires de Chemillé payent un lourd tribut : 10 % des hommes pour lesquels un état de service est disponible ont été tués lors de cette bataille[14], soit une soixantaine des 602 insurgés chemillois répertoriés[20].
L'adjudant-général républicain Mangin[6],[1],[10], le lieutenant-colonel Noël, commandant des « Vainqueurs de la Bastille »[10] et Marchand, commandant des gendarmes à cheval[10] sont tués au cours du combat. Le chef vendéen Jean Perdriau figure également parmi les morts[21]. Le général Charles Duhoux de Hauterive est quant à lui blessé à la jambe[22],[10].
Le Pater de d'Elbée

Après la bataille, des combattants vendéens se rassemblent devant l'église de Chemillé en réclamant la mise à mort des prisonniers républicains qui y sont enfermés[23],[4], semble-t-il pour se venger de l'incendie de la ville et du massacre des habitants du village de Barré[2]. Le général d'Elbée arrive alors au milieu de la foule pour tenter de ramener le calme[23],[4]. À sa demande, les hommes se mettent à genoux pour réciter le Pater Noster[23],[4]. Cependant lorsque les insurgés arrivent aux paroles « pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », d'Elbée les interrompt : « Arrêtez ! Ne mentez pas à Dieu ! Vous osez lui demander de vous pardonner comme vous pardonnez aux autres alors que vous êtes prêts à vous venger de vos ennemis ! »[23],[4],[2]. Ces déclarations ne provoquent aucune contestation et les prisonniers sont ainsi sauvés[23],[4],[24]. L'épisode est alors appelé le « Pater de d'Elbée »[3],[24],[2].
Conséquences
Dans son rapport du , le général Berruyer se plaint du comportement des volontaires, qu'il accuse de lâcheté[25]. Mais il déplore également le mauvais état dans lequel ces derniers sont maintenus : « Au premier moment de l'attaque, j'ai eu la douleur de voir des volontaires s'enfuir lâchement. Il est bien dur, pour un vieux militaire, de commander à des lâches… Je dois dire et répéter que je ne peux compter sur les volontaires qui sont ici. La plupart n'ont que de mauvais fusils de chasse, sans baïonnettes ; il y en a même très-peu qui sachent ce que c'est qu'une arme. Si j'avais quatre bataillons comme la 35e division de gendarmerie, je répondrais du succès ; cependant je ne cesserai de dire qu'il est de la plus haute importance de faire cesser les troubles de ce pays-ci »[10],[25].
Le représentant Richard fait quant à lui l'éloge des généraux républicains et notamment de Menou, qui « l'épée à la main » a « enlevé une pièce de canon »[10].
La victoire des Vendéens à Chemillé[26],[1] est cependant sans lendemain[1]. Le même jour, Bonchamps est battu par Gauvilliers au Mesnil-en-Vallée, tandis que Stofflet est repoussé à Coron par Leigonyer[1],[3]. Menacés sur leurs flancs et presque à court de munitions, D'Elbée et Cathelineau sont contraints de battre en retraite[3]. Le soir du , toutes les forces angevines se rassemblent à Beaupréau[3]. Sur les conseils de Bonchamps, les chefs vendéens décident de se replier sur Tiffauges[3]. Le , Chemillé est occupée par les forces de Berruyer[27],[10]. La ville est livrée au pillage par les gendarmes de Rossignol, ce qui est dénoncé par les volontaires de La Flèche et du Lude[28].
Le , les républicains reprennent Cholet sans combattre[29]. Berruyer fait alors l'erreur de ne pas se lancer à la poursuite de l'armée d'Anjou[3]. Obnubilé par le mauvais état de ses troupes, il ignore que les insurgés sont dans une situation bien plus mauvaise[3].
Notes
- ↑
« Citoyen ministre, comme je vous dois la vérité tout entière, il est nécessaire que vous sachiez que les 15 à 16,000 hommes qui composent ces corps sont très peu aguerris; la plupart d'entre eux sont des pères de famille qui, disent-ils, n'ont abandonné leurs foyers que pour peu de jours et qui demandent hautement à s'en retourner. J'emploie, ainsi que les commissaires de la Convention, pour les retenir, tous les moyens que dictent le patriotisme le plus pur et l'amour de la République. Mais l'intérêt personnel conduit la plupart de nos soldats; ils veulent aller retrouver leurs femmes, leurs enfants, leurs affaires. Les malveillants, et il en existe beaucoup, soufflent le feu de la discorde, et cherchent par tous les moyens possibles à dégoûter les gardes nationales; de sorte que, citoyen ministre, il est difficile de compter sur des opérations avec de semblables soldats. Cependant, comme il faut dire tout, à charge et à décharge, il est quelques corps qui se comportent à merveille, entre autres les gardes nationales d'Angers, d'Indre-et-Loire, et quelques autres encore. J'attends, avec la plus grande impatience, citoyen ministre, les Vainqueurs de la Bastille, les piquiers, le bataillon de Rueil et les dragons. J'espère qu'avec ces renforts nous pourrons tout entreprendre sûrement, et que, d'ailleurs, nos gardes nationales seront électrisées par le patriotisme et l'énergie des troupes parisiennes[10]. »
— Lettre du général Berruyer au ministre de la guerre, le .
.« En partant de Paris, je croyais trouver des troupes, sinon aguerries, au moins passablement organisées et armées. Rien de tout cela n'existe; ce sont des rassemblements de citoyens cultivateurs, qui ne connaissent ni la discipline ni l'obéissance, qui sont mal armés ou même ne le sont pas du tout; presque tous veulent s'en retourner chez eux…[10] »
— Lettre du général Berruyer au ministre de la guerre, le .
« Je vous répète, citoyen ministre, qu'il est d'une nécessité absolue d'attendre des troupes sur lesquelles on puisse compter. Nos volontaires, pour la plupart pères de famille, sont impatients de s'en retourner; beaucoup même d'entre eux ont quitté leurs drapeaux sans permission. J'ai donné ordre de les faire arrêter et désarmer, parce que nous sommes dans la plus grande pénurie de fusils. Quant à leurs personnes, on les laisse aller. Nous n'avons besoin que de patriotes et d'hommes courageux; les lâches doivent être punis par le mépris…[10] »
— Lettre du général Berruyer au ministre de la guerre, le .
- ↑
« Il y a longtemps que nous ne vous avons donné connaissance de la situation des choses dans le département. Nous attendions les premiers résultats des opérations qui se préparaient. Le 11, le général Berruyer a fait attaquer les brigands sur tous les points qu'ils occupaient, par les différentes divisions de son armée. Leygonnier, à la tête du corps de troupes stationné à Yihiers, s'était avancé sur Coron où l'ennemi était retranché. Il s'en est rendu maître après une résistance assez vive ; il a poussé les rebelles jusqu'à une demi-lieue au delà de ce bourg. Le combat s'est engagé de nouveau et ils ont été complètement battus. Le bataillon du Finistère et les dragons du 19e se sont particulièrement distingués. « Le citoyen Gauvilliers, commandant le corps de la rive droite de la Loire, a passé ce fleuve ; il a attaqué les brigands au Meuil, les a mis en déroute, s'est emparé de leur artillerie et est entré ensuite dans Saint-Florent, poste important dont on craignait ne pouvoir se rendre maître sans perdre beaucoup de citoyens. L'activité du citoyen Gauvilliers, et l'ardeur des troupes, à ses ordres, ont évité ce malheur à la République. « Le général Berruyer s'est porté lui-même Sur Chemillé et la Jumelière, où l'ennemi avait réuni ses plus grandes forces. Il était fortement retranché sur tous les points. Après une canonnade très vive, ce poste a également été emporté par le bataillon de la 35e division de la gendarmerie et quelques gardes nationales. On a pris six pièces de canon. Si la nuit ne fut survenue, les brigands auraient été poursuivis clandestinement. Dans cette affaire, nous avons tué 5 à 600 brigands ; nous avons perdu 15 hommes ; un plus grand nombre ont été blessés. Nous avons délivré 133 patriotes prisonniers que les ennemis tenaient liés à côté de leurs batteries. « La 35e division de la gendarmerie s'est conduite avec la plus grande bravoure ; si elle eût été soutenue par la plus grande partie des gardes nationales, l'affaire n'eût pas été longue. « Nous ne pouvons que donner des éloges à la conduite du général en chef Berruyer et des généraux Du Houx et Menou. Du Houx a été légèrement blessé à la jambe, et Menou s'est porté à pied avec un détachement de la 35e division, sur une pièce de canon dont il s'est emparé l'épée à la main. Nous avons perdu le capitaine de gendarmerie à cheval Marchand, et l'adjudant général Mangin. « Le général va continuer à donner la chasse aux rebelles. Nous ne craignons pas d'avancer que s'il avait eu trois ou quatre bataillons de troupes instruites, cette expédition serait promptement terminée et il y a plusieurs semaines qu'elle serait commencée. Nous vous rendrons compte exactement des événements qui vont suivre. Les représentants du peuple envoyés par la Convention nationale dans les départements de Maine-et-Loire et de la Sarthe[6],[18]. »
— Lettre signée par le représentant en mission Richard
Références
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. - Gérard Walter, La Guerre de Vendée, Plon, , 362 p.

- Philbert Doré Graslin, Itinéraires de la Vendée militaire : journal de la Guerre des Géants : 1793-1801, Éditions Garnier Frères, , 227 p.
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