Insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux

L'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux est un mouvement de protestation populaire dans les provinces méridionales du royaume uni des Pays-Bas, soit grosso modo dans la future Belgique, contre le régime « hollandais » mené depuis La Haye par le roi Guillaume Ier d'Orange-Nassau.

Elle débute dès le lendemain des émeutes d’août 1830 à Bruxelles qui font suite de la représentation de l'opéra La Muette de Portici au théâtre royal de la Monnaie du et qui marquent le point de départ de la révolution belge. L'insurrection se généralise ensuite à l'ensemble des huit[1] provinces du sud du pays, ainsi qu'au Grand-duché de Luxembourg et se militarise lors des Journées de Septembre, quand l'armée néerlandaise est chassée de la capitale brabançonne par les volontaires de la révolution belge[2].

Si, à la base, les griefs des « Belges » ne s'orientent pas nécessairement vers une scission du Royaume, le mouvement aura pour conséquence la création d'un gouvernement provisoire de Belgique qui déclare l'indépendance de cette dernière le et déclenche la guerre belgo-néerlandaise ainsi que l'annexion du Grand-duché de Luxembourg dès le .

Elle s'inscrit dans un contexte révolutionnaire fortement influencé par la deuxième Révolution française qui vient de s'achever fin juillet.

Contexte

Création du Royaume uni des Pays-Bas

La départementalisation de la région après l'annexion à la Première République française de 1795, servira de base à la création des futures provinces, dont les Pays-Bas méridionaux forment les huit provinces du sud (sans le Grand-duché de Luxembourg devenu un territoire privé).

Les Pays-Bas historiques, qui correspondent grosso modo au Bénélux actuel, étaient autrefois vaguement liés dès l’époque des Pays-Bas bourguignons (1384–1556). Toutefois, au cours des Guerres de Religion du XVIe siècle, le nord (Belgica Foederata) se détache du sud (Belgica Regia) lors de la guerre de Quatre-Vingts ans, quand la république des Provinces-Unies, majoritairement protestante s'émancipe de la monarchie espagnole dès 1579, tandis que le sud, majoritairement catholique demeure sous le giron de la maison de Habsbourg. Ces derniers forment alors les Pays-Bas espagnols (1556–1713), puis les Pays-Bas autrichiens, desquels il faut distinguer la principauté de Liège, qui est un état à part bien que faisant également partie du Saint-Empire romain germanique. D'ailleurs, deux révolutions majeures bien distinctes se produisent dans la région à la fin XVIIIe siècle : la révolution brabançonne dès 1787 (qui crée les éphémères États belgiques unis) et la révolution liégeoise en 1789.

Après la Révolution française, la Première République annexe la région dès 1795, ce qui bouleverse profondément les anciennes institutions. Géographiquement parlant, elle lie entre eux des peuples qui, jusqu'alors, n'avaient jamais vécus ensemble. Cela particulièrement avec la formation des départements qui font fi de l'ancien découpage médiéval entre les comtés, duchés et la principauté de Liège notamment. Après la chute du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, les grandes puissances européennes réunies lors du congrès de Vienne de 1815 décident de créer un état-tampon dans le but de se protéger de toute nouvelle velléité expansionniste française. C'est ainsi que naît le Royaume uni des Pays-Bas, qui marie de force des populations qui avaient jusqu'alors pris des chemins bien différents, tant sur le plan politique, que religieux ou sociétal. Celui-ci est composé de dix-sept provinces, dont les huit provinces du sud forment les Pays-Bas méridionaux et existent encore aujourd'hui parmi les provinces de la Belgique (à l'exception de la province de Brabant, scindée en 1995 et des provinces de Limbourg et de Luxembourg, scindées par la traité des XXIV articles du ).

Contexte européen

La Liberté guidant le peuple inspirée de la Deuxième Révolution française qui eut lieu fin juillet 1830 et qui influença considérablement la révolution belge.

La révolution belge s'inscrit dans un contexte européen qui voit apparaître plusieurs insurrections majeures lors de l'année 1830 : l'indépendance de la Grèce de l'Empire Ottoman est reconnue par le protocole de Londres le . De son côté, la Pologne se révolte contre l'Empire russe du tsar Nicolas Ier lors de l'insurrection de Novembre. Mais c'est surtout la deuxième Révolution française de fin qui va fortement influencer les « belges ». Les Français chassent en effet le dernier roi de France, Charles X et voient Louis-Philippe Ier monter sur le trône en tant que roi des Français à la tête d'un nouveau régime: la Monarchie de Juillet. Le drapeau tricolore remplace le drapeau blanc à la suite d'une insurrection et de combats de rue ayant lieu à Paris du 27 au . L'influence sur la révolution belge, qui éclate moins d'un mois plus tard, d'abord dans les milieux bourgeois francophones, est non-négligeable : le premier drapeau à être arboré sur l'hôtel de ville de Bruxelles est d'ailleurs le drapeau français, plutôt en guise de symbole révolutionnaire que par une véritable volonté de rattachisme.

Dans le reste de l'Europe, plusieurs événements significatifs ont également lieu. Au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, les catholiques sont autorisés à siéger au parlement depuis 1829, après l'insistance de Daniel O'Connell. Côté allemand, la future unification allemande se précise petit à petit depuis la création de la confédération germanique, dont fait, entre autres, partie le Grand-duché de Luxembourg ainsi que les anciens territoires de la maison d'Orange-Nassau du roi Guillaume, qui n'est autre que le cousin du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III. Au sud, le mouvement du Risorgimento italien, quant à lui, prend de plus en plus d'ampleur.

Causes

Déroulement

Préludes

La deuxième Révolution française de gagne bien vite les Pays-Bas méridionaux, relayée en masse par la presse. Par exemple, on lit dans l'Algemeen-Nieuws-en-Advertentie-Blad[3] : « Comment il se peut qu'elle soit honnie précisément dans cette partie des Pays-Bas qui ne doit son antique liberté qu'à une lutte généreuse contre le despotisme? Que faut-il penser de ces hommes qui poussent la maison d'Orange à gouverner les Belges selon les maximes de Philippe II et de Napoléon, tandis qu'elle-même ne doit sa grandeur qu'à la résistance des peuples contre la tyrannie ? ». La société des amis du peuple distribue de tracts à Bruxelles dès le où il est inscrit : « Français, faites un pas, la Belgique est à vous ». De nombreux Français ou sympathisants participent grandement au déclenchement des émeutes d’août 1830 à Bruxelles qui sont le premier épisode de la révolution belge.

Partout dans le pays l'inquiétude et la grogne montent et la tension commence à être de plus en plus palpable, comme le montre par exemple ce courrier[4] adressé le par le bourgmestre de Tournai, Bernard de Béthune (nl), au gouverneur de la province du Hainaut, Ferdinand de Macar :

« Monsieur le Gouverneur, il est plus que temps qu'on fasse des concessions, qu'on rétablisse l'équilibre, qu'on fasse disparaître la préférence pour les hommes du nord du royaume (…). Je dois vous l'avouer, les têtes sont montées et ce ne sera qu'en faisant droit à quelques objets qui choquent et provoquent des résistances, qu'on rétablira réellement la paix et l'harmonie entre le trône et la nation.

(…) Les habitants notables de Tournay sont bien disposés et j'espère que nous parerons le coup mais je ne puis vous dissimuler que le commerce va se trouver embarrassé; il ne trouve plus à escompter ses billets, les bourses se ferment, la confiance disparaît. Déjà trois petits fabricants ont renvoyé leurs ouvriers. Les ouvriers du rivage se remuent. Si cette classe reste sans pain, je ne pourrai maintenir l'ordre. »

À Bruxelles, deuxième ville de résidence du roi et plus grande ville des provinces du Sud, le bruit se répand dès le que la schutterij sera désarmée et la rumeur est relayée dans le quotidien Le Belge. Le , de nouveaux tracts se propagent à Bruxelles, où l'on peut lire : « Lundi, 23 août : feu d'artifice ; mardi, 24 : illumination ; mercredi, 25 : révolution ! ». Le même jour, l'exercice de la schutterij est annulé : les autorités craignent que les gardes refusent de rendre les armes[5]. Le , le Journal de Louvain publie que[6] : « Demain est l'anniversaire du roi, mais aussi de la loi fondamentale, et le roi n'est roi que par elle..... Fût-il jamais maison princière assez odieuse pour se vanter d'avoir sur le peuple belge d'autres droits que ceux accordés par lui ? » Une lettre de Louis De Potter, journaliste d'opposition en exil en France, parait également dans la presse. Il est décidé d'annuler le feu d'artifice prévu pour l'anniversaire du roi Guillaume Ier officiellement pour cause de mauvais temps.

Août 1830

La fabrique de textile de Thomas Wilson située à Uccle, est attaquée par les ouvriers dès le .
  •  :
    • Anderlecht : Pillages des établissements Rey et Basse, rue Terre-Neuve[7].
    • Audenarde : Des émeutes populaires éclatent après que la nouvelle des évènements bruxellois de la veille soit arrivée dans la cité. Cela entraine la création d'une garde bourgeoise, sous la pression d'une pétition des différents quartiers au conseil de Régence, qui n'a d'autres choix que d'accepter cette milice civile, après un vote remporté par 12 voix contre 11[8].
    • Binche : création d'une garde bourgeoise[9].
    • Bruxelles : Les émeutes de la veille continuent et le peuple envahit le dépôt de la schutterij à la caserne des Annonciades et s'y arme, malgré l’intervention d'une première forme de la future garde bourgeoise de Bruxelles, organisée à la hâte. De nouvelles altercations ont lieu, notamment sur la place Royale, sur la Grand-Place de Bruxelles, mais aussi au Petit Sablon, une escarmouche a lieu et les soldats font feu, faisant 20 morts et une cinquantaine de blessés[10]. En conséquence, le conseil de Régence décide d'une première mesure pour montrer sa bonne volonté : l'abolition du droit de mouture (taxe sur l'abattage de bête)[11]. Le premier drapeau de la Belgique est conçu par Marie Abts et hissé sur l'hôtel de ville de Bruxelles par Lucien Jottrand et Édouard Ducpétiaux, en remplacement du drapeau révolutionnaire français. De nombreuses copies sont immédiatement réalisées dont une est promenée dans les rues de la ville par Alexandre Van Hulst, un employé du ministère de la Guerre[12].
    • Cureghem : pillage des établissements Wilson.
    • Dinant : Le drapeau brabançon est arboré par Jean Maréchal, un lieutenant du régiment de cuirassiers[13].
    • Forest : un groupe de Bruxellois passent la porte de Hal dans l'après-midi et se dirigent vers les ateliers de tissage de l'industrie textile Bosdevex et Bal en proférant de brûler vifs les bâtiments comme leurs propriétaires[14]. Ceux-ci parviennent à fuir avant le saccage et l'incendie des établissements, qui cause des dommages pour environ 150000 florins néerlandais. La teinturerie Fortin connait le même sort[15].
    • Liège : La nouvelle des évènements bruxellois de la veille arrive dans la cité ardente et, dans la soirée, un grand nombre de jeunes gens, armés de fusils de chasse se réunissent dans la cour du palais des princes-évêques de Liège[16]. Charles Rogier, un jeune avocat de la cité ardente, prend le commandement de la troupe avec son frère, Firmin. Le lendemain matin des cocardes orange, symbole de la monarchie néerlandaise sont arrachées d'un poste de la garde communale et 250 fusils sont volés.
    • Louvain : la nouvelle des émeutes bruxelloises de la veille arrive dans la ville. Adolphe Roussel et Pierre-François Van Meenen commencent à distribuer des pamphlets pour inciter le peuple à se soulever. Le Journal de Louvain critique sévèrement la garde civique et le drapeau orange est remplacé par le drapeau et les cocardes « noir-jaune-rouge »[17], arborés en premier par Eugène Debrouwer[18]. Une garde bourgeoise est constituée.
    • Namur : Des manifestations ont lieu vers 20 h, dissipées par la schutterij, rassemblée pour l'occasion[19].
    • Uccle : environ 120 émeutiers quittent Bruxelles vers 20 h[20] et se rendent à la fabrique de tissage de coton Wilson, rue de Stalle[21], afin d'y détruire les machines mécaniques que les ouvriers accusent d'être les causes d'un chômage grandissant. Ils détruisent certaines machines puis incendient l'usine. Ensuite, un rassemblement composé d'ouvriers de la fabrique et d'autres émeutiers sous la direction d'un dénommé Fontaine[22], se rend à la maison de campagne de Thomas Wilson, le propriétaire, et la saccage[23].
  •  :
    • Alost : La régence de la ville se dote d'une garde bourgeoise qu'elle choisit elle-même avec, à sa tête, Paul Meert.
    • Anvers : La garde urbaine d'Anvers est créée, s'armant à la citadelle et établissant son état-major à la bourse d'Anvers[37]. Celle-ci est rapidement assiégée par le peuple qui leur lance des pierres. Vers 20 h 30, la garde sort du bâtiment et tente de repousser la foule. Elle ouvre le feu, faisant entre 8 et 10 morts[38] ainsi que plusieurs blessés graves parmi le peuple[39]. L'un des agitateurs belges, Louis Matthyssens est arrêté et incarcéré pendant six semaines[40].
    • Ath : Une garde bourgeoise est créée à la demande du bourgmestre Ricart du Régal et dont le commandement est confié à Édouard de Rouillé. Forte de 500 hommes[41], elle se répartit en sections de 20 gardes et font rétablir le calme après plusieurs manifestations qui verront l'enlèvement des armes de la monarchie néerlandaise du bureau des domaines et du bureau des messageries.
    • Bruges : Des émeutes éclatent devant et à l'intérieur de la prison. Dix-sept déserteurs belges sont libérés. Un groupe de manifestants se rend à la Katelijnestraat pour piller et incendier la maison de Pieter Alexander Sandelin (nl)[42], président du tribunal et membre de la Seconde Chambre des États généraux[43]. Le bourgmestre Philippe Veranneman de Watervliet fait tirer sur les manifestants : on dénombre quatre morts et sept blessés[44].
    • Bruxelles : une cinquantaine de bourgeois, menés par Emmanuel d'Hooghvorst, signent et envoient une adresse au roi par une députation composée de Joseph d'Hooghvorst, Félix de Mérode, Alexandre Gendebien, Frédéric de Sécus, et de Jean Palmaert[45] :

Le roi répondra[46] : « Qu'on fléchisse d'abord, qu'on arbore les couleurs de la dynastie, et qu'on se soumette au prince d'Orange: la commission conciliatrice proposera des mesures que le roi ratifiera, si tel est son bon plaisir. » Dans un autre temps, le gouverneur militaire de la province du Brabant-Méridional, Guillaume Frédéric de Bylandt, proclame que les renforts militaires ne pénétreront pas dans Bruxelles tant que les habitants respecteront les autorités civiles[47], la garde bourgeoise de la ville continuant seule à maintenir l'ordre.

La garde urbaine d'Anvers est créée le et établit son siège dans la bourse d'Anvers où elle est prise à partie par la foule, sur laquelle elle finit par tirer, faisant plusieurs morts et de nombreux blessés.
Le , la foule se rassemble sur la Grand-Place de Bruges (image) puis va incendier la maison du député Pieter Alexander Sandelin (nl), avant que les services d'ordre n'ouvrent le feu, faisant quatre morts et sept blessés.
  •  :
    • Cologne (Prusse) : Des proclamations paraissent le appelant le peuple à « se soulever à l’exemple des braves belges »[69].
    • La Haye : le roi Guillaume Ier reçoit les délégations de Bruxelles et de Liège, venues adresser les « griefs de la nation belge », mais ne fait aucune concession.
    • Mons : la régence de la ville envoie une adresse au Roi disant, entre autres, que « Nos lois et nos institutions doivent recevoir les redressements et le complément, dont le besoin est si profondément entré dans l'esprit et dans le cœur des Belges ».
    • Seneffe : Le drapeau belge est arboré par Florent Gilmont[70].
    • Vilvorde : les princes convoquent les principaux dirigeants bruxellois, Prosper-Louis d'Arenberg, Charles-Joseph d'Ursel et Emmanuel Van der Linden d'Hooghvorst pour leur annoncer son entrée dans la capitale dès le lendemain, demandant qu'ils veillent à ce que la population n'arbore pas de « symboles illégaux ». Apprenant cela, la population commence à dépaver les rues et à dresser des barricades.

Septembre 1830

Une patrouille de volontaires belges dans les rues de Bruxelles en 1830.
Le prince Guillaume, l'un des deux fils du roi, pris à partie par la foule lors de son entrée dans Bruxelles, le .
    • Aix-la-Chapelle (Prusse) : des émeutes ouvrières éclatent à nouveau.
    • Bruxelles : comme annoncé, le fils du roi, le prince Guillaume, entre dans la ville par le pont de Laeken en direction du palais royal de Bruxelles sous l'escorte de députés et des 8 000 membres de la garde bourgeoise de Bruxelles alignés sur son chemin, lui présentant les armes. Le peuple bloque toutefois le passage du Prince vers le palais par des barricades, et le force à se diriger vers l'hôtel de ville de Bruxelles. Arrivé sur la place de Ruysbroeck, il se sent menacé et fait sauter son cheval au dessus de celles-ci, s'échappant par les rues de la Violette et de l'Hôpital. Le poste de garde du palais de justice croise un instant la baïonnette mais aucun combat n'est engagé[46].
    • Leuze-en-Hainaut : François De Gallais, major dans l'armée, crée la commission de sûreté publique de la ville dans sa maison[71].
    • Namur : une délégation de bourgeois de la province de Namur est envoyée à La Haye pour présenter au Roi une adresse signée par 700 Namurois exposant les griefs de leur province[72], reproduisant à peu de chose près celle des Liégeois. Elle est composée de Jean-Baptiste Brabant, Jean-Gabriel de Bruges de Branchon, Isidore Fallon, Florimond de Quarré (nl), Goswin de Stassart et Charles Zoude. Contrairement à ses homologues bruxellois et liégeois, la députation namuroise ne sera pas reçue[43].
    • Verviers : le conseil de régence abolit provisoirement la taxe municipale sur le beurre et le fromage[63]..
    • Wavre : une centaine de volontaires armés essentiellement de fourches et de haches arrivent à Bruxelles[73].
  •  :
    • Charleroi : Léopold De Dorlodot arbore le premier drapeau belge[71].
    • Fleurus : le drapeau belge flotte[74] après que les couleurs brabançonnes ait été arborées par les citoyens de la ville depuis la veille.
    • Genappe : Adolphe Jottrand, Louis-Norbert et Séraphin Thiebauld partent pour Bruxelles avec trois canons récupérés après la bataille de Waterloo[75] qu'ils offrent à la commission de sûreté instaurée dans la capitale.
    • Liège : Charles Rogier lance un appel aux volontaires de rejoindre la capitale, tandis qu'un premier détachement du futur corps franc liégeois de 1830 se met en route avec une cinquantaine d'hommes menés par Firmin Rogier.
    • Louvain : Début des combats de Louvain. La population de la ville se rend à la caserne où la garnison commandée par le Major Louis Gaillard ouvre le feu, faisant un mort et plusieurs blessés. Le conseil municipal demande alors à la garnison de se retirer et de laisser la place à la schutterij locale commandée par Jean Antoine Pascal d'Onyn de Chastre. À l'arrivée de cette dernière, une deuxième fusillade se déclenche coûtant la vie à quatre habitants supplémentaires. La garnison finit par évacuer la ville et les notables « belges » prennent le pouvoir. Parmi eux, Jean de Neef, Ernest de Schrynmakers de Dormael, Pierre-François Van Meenen, Eugène Claes et Adolphe Roussel.
    • Namur : Une garde bourgeoise est créée par le substitut du procureur du Roi Defooz, qui fraternise avec le peuple armé[71].
    • Bruxelles : La garnison de Bruxelles évacue la ville, laissant le maintien de l’ordre public à la garde bourgeoise de Bruxelles. Une délégation de celle-ci rencontre le prince Guillaume et évoque pour la première fois une séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas. Pour la première fois également le trône de Belgique est suggéré au prince par Auguste Van der Meere[76]. Le prince refuse et rentre à La Haye auprès du roi.
    • La Haye : Démission du ministre de la justice, Cornelis Van Maanen.
    • Liège : Un nouveau contingent d'une centaine volontaires se met en route pour Bruxelles avec, à sa tête, François-Joseph de Bosse de Villenfagne.
    • Mons : Début des combats de Mons. La foule, menée par Norbert-Florimont Daumeries[77], s'empare de différentes portes des remparts de la ville, dont la porte de Nimy, la porte d'Havré, la porte de France et la porte du Rivage.
    • Rotterdam : La députation namuroise arrive par bateau vapeur mais est alpaguée par la foule, rassemblée sur le quai qui crie : « À bas Stassart! »[78] Goswin de Stassart se présente alors et la police dut intervenir pour permettre aux représentants namurois de monter dans leur voiture vers La Haye. Ce-dernier, craignant pour sa sécurité, décide de rentrer à Bruxelles, où il arriva le lendemain, et adresse ses explications et sa mésaventure dans une lettre[79] envoyée au baron de Mey de Streefkerk, ministre et secrétaire d’État.
Le départ des volontaires liégeois pour Bruxelles, par Charles Soubre, toile de 1878.
Adresse aux citoyens de Mons datant du et signé par le commandant de la garde bourgeoise, Édouard Duval de Beaulieu de Blaregnies.
  •  :
    • Bastogne : création d'une garde bourgeoise[82].
    • Binche : Charles Blairon arbore le drapeau brabançon au clocher de l'hôtel de ville de Binche[49].
    • Braine l'Alleud : Alexis-Joseph François, officier de cavalerie, hisse le drapeau brabançon au sommet de la butte du Lion[83], construite quatre années plus tôt pour commémorer la victoire de la bataille de Waterloo.
    • Genappe : Le bourgmestre Jean-Baptiste Jottrand fait arborer les couleurs brabançonnes à l'hôtel de ville
    • Houtain-le-Val : Le curé Nicolas De Cock fait flotter le drapeau brabançon sur le clocher de l'église[84].
    • Jumet : Le bourgmestre, Auguste-Joseph Frison, traverse Charleroi avec le drapeau belge à la main sous les yeux de la garnison avant d'aller le planter sur le corps de garde du village[85].
    • Soignies : Denis Berson, un commerçant de la ville, fait arborer le drapeau national sur le perron de l'hôtel de ville[86].
    • Tervuren : La première escarmouche a lieu entre les volontaires belges commandés par Auguste van der Meere[87] et l'armée, sous les ordres de Narcisse Ablay et du Major Gantois[88].
  •  :
    • Alost : Des élections ont lieu sous la pression populaire afin d'élire les officiers de la garde bourgeoise, créée quelques jours plus tôt par la régence de la ville. Dans les cinq quartiers de la ville, la moitié des officiers nommés ont été radicalement révoqués et remplacés par de nouveaux, tous favorables au mouvement révolutionnaire. C'est ainsi que Liévin Van der Looy (nl) s'impose comme le meneur de la révolte dans la ville et que des volontaires issus des classes sociales inférieures se réunissent pour se rendre à Bruxelles[89]. Le drapeau national est arboré le jour-même.
    • Auderghem : les différents corps de volontaires liégeois se rejoignent avant d'entrer dans Bruxelles le lendemain.
    • Bruges : le conseil de Régence de la ville envoie une adresse au roi Guillaume en faveur de la séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas[90].
    • Charleroi : l'armée se retire de la ville basse et se retranche dans la forteresse de Charleroi.
    • Chièvres : Le conseil de Régence de la ville déclare adhérer à la séparation de la Hollande et de la Belgique[91].
    • Deinze : Le drapeau belge est arboré en ville.
    • Louvain : Décision de former deux compagnies mobiles, à solde des nouvelles autorités « belges ».
    • Ninove : La ville hisse le drapeau belge.
    • Nivelles : Une garde bourgeoise est formée sous le commandement de Clément de Cléty.
Arrivée de Charles Rogier et des volontaires liégeois à Bruxelles, toile de Charles Soubre de 1880.
Le fort de Huy est pris le par la garde bourgeoise de la ville.
Le canon du Mont Sarah et les volontaires athois, représentés lors de la ducasse d'Ath.
  •  :
    • Alost : À la demande du gouverneur de la province de Flandre-Orientale, Hendrik Jacob van Doorn van Westcapelle (nl), qui craint une révolte populaire dans la ville, des renforts militaires arrivent, composés d'un bataillon d'infanterie de 660 hommes la 5e Afdeeling dirigé par le lieutenant-colonel Schenofski et renforcés dès le lendemain par trois escadrons de hussards venus de Tournai et composés d'un un grand nombre de belges. En tout ce sont près de 1 000 hommes supplémentaires qui sont mis sous le commandement du colonel van Balveren.
    • Ath : un premier corps franc de 80 volontaires est créé et s'en va pour Bruxelles emportant avec eux une pièce d'artillerie : le canon du Mont Sarah. Ils arrivent dans la capitale le .
    • Philippeville : Des proclamations sont affichées et distribuées afin d'inciter les militaires à se révolter et déserter. Le colonel « hollandais » commandant la garnison dans la citadelle de Philippeville, Hilvaart Theodorus van Teylingen van Hilvarenbeek, décide d'octroyer 50 florins néerlandais (environ 455 euros actuels) à celui qui dénoncerait un citoyen ou un militaire, mais sans succès[105].
Affiche du invitant la population de Saint-Ghislain à financer l'armement de la garde urbaine ou de s'y enrôler.
  •  :
    • La Haye : les États généraux du royaume des Pays-Bas sont convoqués par le roi afin de statuer sur la situation et sur une éventuelle séparation administrative des Pays-Bas méridionaux.
    • Nivelles : La Régence de la ville licensie la compagnie des volontaires créée début du mois et intégrée à la garde bourgeoise de la ville, pour motif d'avoir « poussé la turbulence au point de paraliser l'action des lois sur la milice »[108].
    • Wavre : Un corps de volontaires se constitue et se rend à Bruxelles.
  •  :
    • Ath : Les palissades barricadant le corps de garde de la porte de Mons de l'enceinte d'Ath sont arrachées et jetées dans les fortifications aux cris de « Vive les Belges! A bas les barricades des militaires! ». Les insurgés se rendent ensuite à l'hôtel de ville, exigent que les magasins de poudre soient surveillés par la garde urbaine et que l'artillerie soit replacée de la caserne à l'arsenal. Les militaires hollandais sont injuriés et agressés par les révolutionnaires belges[91].
    • La Haye Le prince Frédéric, rentre pour assister au mariage de la princesse Marianne d'Orange-Nassau avec le prince Albert de Prusse et expose à son père le point de la situation des troupes.
    • La Haye : Le roi décide de l'expédition sur Bruxelles. La décision parvient le 20 à Anvers.
L'attaque de la porte de Nimy à Mons (image) échoue le et fait 11 morts.
Combats à Diegem le .
    • Bruxelles : Manifestation orangiste devant le théâtre de la Monnaie[113].
    • Diegem : Un détachement belge attaque la position des chasseurs à cheval et de tirailleurs dès 8 h. Après toute une journée d'escarmouches, le commandant hollandais, le baron van Coehoorn, lance une charge militaire avec un escadron de lanciers et disperse les belges, faisant une centaine de prisonniers[114]. On compte 3 morts et 5 blessés dans les rangs des patriotes.
    • Genappe : le corps franc de la quarantaine de chasseurs volontaires wallons quitte la ville pour la capitale, mené par Jean-Jacques Thiebauld et Jules-Joseph Milhoux.
    • Louvain : Adolphe Roussel réunit environ 500 hommes et part pour Bruxelles à la tête du corps-franc des Volontaires louvanistes de 1830.
    • Oreye : La garde urbaine liégeoise et la garde communale ralliée à la cause, lancent une attaque sur les positions hollandaises stationnées dans le village, un point de passage stratégique sur la route qui relie Liège à Bruxelles via Saint-Trond, Tirlemont et Louvain. 600 Liégeois, sous le commandement du Major François-Joseph Mathot, ancien capitaine de la maréchaussée royale, attaquent les hommes du colonel Monhemius, commandant du 1er bataillon de la 7e afdeeling. Ils font entre 8 et 20 morts dans le camp adverse selon les sources[115] ainsi qu'une vingtaine de prisonniers et en profitent pour s'emparer des armes et des munitions. On compte un mort et plusieurs blessés dans les rangs liégeois[116].
    • Zellik : Une fusillade a lieu entre les hussards du Regiment Huzaren van Boreel (nl) dirigés par le colonel Van Balveren, cantonnés à Asse[117] et un détachement de belges, sortis par la porte de Flandre avec trois pièces d'artillerie. L'opération fait deux morts dans les rangs belges[118].

Réactions

Aux premières nouvelles des émeutes d'août 1830 à Bruxelles, le roi Guillaume et toute la famille royale, qui étaient au château du Loo avec le prince Albert de Prusse, revinrent à La Haye et un conseil des ministres fut convoqué. Il dura six heures et, alors qu'on ne connaissait encore que les événements de la nuit du , trois grandes mesures furent directement décrétées[119] :

  • la convocation des États généraux des PaysBas pour le  ;
  • l'ordre à toutes les troupes de se porter à marche forcée vers Bruxelles ;
  • le départ des deux fils du roi pour Bruxelles. Ceux-ci quittent La Haye, le 28 à minuit.

Le souverain du royaume uni des Pays-Bas, réagit officiellement le , par la « proclamation royale » suivante[120] :

À l'occasion de l'ouverture de la session extraordinaire des États généraux des Pays-Bas à La Haye le , le roi Guillaume prononce un discours inaugural qui réagit à l'insurrection et qui esttrès mal reçu dans les provinces du sud[121].

Suites et conséquences

Les « Journées de Septembre »

L'indépendance de la Belgique

La guerre belgo-néerlandaise

Notes et références

  1. ↑ Anvers, Brabant, Flandre-Occidentale, Flandre-Orientale, Hainaut, Liège, Limbourg et Namur
  2. ↑ « L'insurrection », sur Belgium.be
  3. ↑ Bartels 1834, p. 337.
  4. ↑ Nazet 1981, p. 109.
  5. ↑ Jacques Logie, De la régionalisation à l'indépendance, 1830, Paris-Gembloux, éditions Duculot, , 248 p. (ISBN 978-2-8011-0332-6), p. 30.
  6. ↑ Bartels 1834, p. 338.
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Voir aussi

Bibliographie

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Articles connexes

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