Jean Abadie

Jean Abadie
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(Tarbes)
Décès
(Bordeaux) (à 72 ans)
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Jean Abadie (1873-1946) est un médecin français, professeur à la faculté de Médecine de Bordeaux, qui a joué un rôle majeur dans la fondation de l'école de neuropsychiatrie bordelaise et de l'épileptologie.

Biographie

Joseph Louis Irénée Jean Abadie, dit Jean Abadie, est né à Tarbes 8 rue des Pyrénées (Hautes-Pyrénées) le et est mort à Bordeaux (Gironde) le [1]. Ses parents sont Vital Abadie, brigadier tailleur de la 3ème compagnie des brigadiers de remonte, et Jeanne Marie Bourrec. Il se marie à Bourg-sur-Gironde le avec Jeanne Marie Andrée Abadie[1] (1881-1974), dont il divorcera le [2]. Sa soeur aînée Anne Marie Antoinette est l'épouse du Pr Alexandre (le) Dantec (1857-1932), titulaire de la chaire de pathologie exotique de la faculté de médecine de Bordeaux[3]. Son frère Charles-Albert Abadie (1880-1937) est un auteur parolier de chanson[4].

Pendant la Première Guerre mondiale, Jean Abadie, médecin au second groupe de l'État-Major, ouvre un des deux premiers centres neuropsychiatriques d'armée, derrière la ligne de front en Champagne[5]. Il exerce ensuite les fonctions de médecin consultant pour l'armée[6]. Il reçoit la croix de guerre 1914-1918 pour ses activités militaires.

Jean Abadie débute ses études médicales à la faculté de médecine de Bordeaux en 1893, puis est externe des hôpitaux (concours 1894, médaille de bronze 1896, médaille d'argent 1897). Il est reçu au concours de l'internat des hôpitaux (1897, médaille d'or 1900)[7].

Il est docteur en médecine en 1900, chef de clinique médicale à la faculté de médecine de Bordeaux (1901-1903) dans le service du Pr Albert Pitres à l'hôpital Saint André, puis accède au statut de médecin des hôpitaux de Bordeaux (concours 1903). Il obtient en 1901 le 1er prix de thèse (médaille d'or) pour sa thèse de médecine sur Les Localisations fonctionnelles de la capsule interne soutenue le [8].

Son parcours d'agrégation a été complexifié par la rivalité entre les médecins neuropsychiatriques des hôpitaux généraux et les médecins aliénistes des hôpitaux psychiatriques[9],[10]. Jean Abadie réussit d'abord avec succès le concours de l'agrégation de médecine en 1904, puis il se présente en 1913 au concours de l'agrégation des maladies mentales où il est classé premier devant le Dr Charles Perrens[11],[12]. Celui-ci, également élève du Pr Pitres, mais qui avait choisi de poursuivre sa formation à Paris, conteste cette décision devant le Conseil d'État, qui rejette en 1918 la nomination de Jean Abadie, au prétexte qu'un candidat ne peut pas se présenter à deux concours d'agrégation différents[12]. Cette déconvenue est très provisoire, puisque c'est Jean Abadie, et non Charles Perrens, qui succède en 1919 au Pr Emmanuel Régis (1855-1918) à la chaire clinique des maladies mentales de la faculté de médecine de Bordeaux[13].

Œuvres et travaux scientifiques

Jean Abadie a été considéré comme l'un des plus brillants et illustres représentants de la neuropsychiatrie française[13]. Sa contribution académique à la neuropsychiatrie a été essentiellement basée sur la recherche clinique issue de l'observation sémiologique et anatomopathologique. Sa notoriété est avant tout liée à ses travaux sur l'épilepsie, qui lui valent d'être considéré comme un des fondateur de l'épileptologie[13]. Il présente en 1932 à la Société de neurologie de Paris un rapport sur Les conceptions étiologiques modernes sur les épilepsies[14]. Dans ce rapport qui fera date, Jean Abadie clarifie les caractéristiques cliniques et étiologiques des différents types d'épilepsie, et met l'accent sur les facteurs de risque périnataux tels que traumatismes obstétricaux, alcoolisme ou syphilis des parents[13].

Jean Abadie (1er rang debout à droite) dans le service du Pr Pitres (assis au centre) (1901)

Ses autres travaux portent sur un spectre très large de symptômes et pathologies psychiatriques et neurologiques[7]. Il a notamment contribué à l'étude de la sémiologie des réflexes plantaires (Babinski et Schäffer) et des complications neurologiques de la syphilis, décrivant le signe d'Abadie[15] caractérisé par une insensibilité du tendon d'Achille à la pression dans le tabes. Il a également étudié la sclérose en plaque, la poliomyélite, les hémorragies méningées et l’encéphalite endémique de von Economo[13]. En psychiatrie, il s'est intéressé à l'hystérie et a décrit le syndrome d'Argan (crainte excessive d'avoir une maladie ou hypochondrie)[9]. Il a contribué à des travaux sur les troubles psychiatriques de guerre[6].

Ses travaux reflètent son intérêt pour la thérapeutique, à une époque où les ressources étaient très réduites dans le traitement des pathologies neurologiques et psychiatriques[7]. Il a ainsi effectué des recherches sur les effets thérapeutiques des ponctions lombaires, et aussi sur leur iatrogénie en explorant les complications de geste. Il a aussi contribué au développement de techniques d'analgésie par injection sous-arachnoïdienne de cocaïne (rachicocaïnisation) pour les douleurs neurologiques.

Thèse de Jean Abadie (1900)

Il a également été précurseur dans le développement d'interventions visant à favoriser l'inclusion scolaire des enfants présentant des pathologies du neurodéveloppement[16]. Avec son maitre le Pr Emmanuel Régis, il participe à l'organisation de la scolarité des « enfants anormaux » de la ville de Bordeaux, en créant au sein des établissements publics des classes dédiées à leur niveau de handicap. Plus de 1500 enfants « anormaux » seront recensés à partir de 1906 après évaluation par les membres de la commission médico-pédagogique créée à cet usage, dont Jean Abadie était un membre actif. Les deux premières classes de garçons seront ouvertes en 1907, et la première classe de fille en 1908. Jean Abadie poursuivra ces actions de « l'œuvre de l'enfance anormale » après le décès du Pr Régis.

Jean Abadie a été un des fondateurs de l'école de neuropsychiatrie universitaire bordelaise, reposant sur le modèle d'une psychiatrie médicale intégrée au sein des autres spécialités médicales[13]. Il a été très investi dans la clinique et l'enseignement, assurant tous les matins une visite à l'hôpital Saint André, et chaque semaine deux leçons magistrales, le mardi de de psychiatrie et le samedi de neurologie[17]. Les fonctions hospitalo-universitaires étant alors bénévoles, il consacrait ses après-midi à sa clientèle privé, et visitait ses patients hospitalisés dans la clinique privée de Castel d'Andorte[17].

Jean Abadie est membre de la Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux à partir de 1897, dont il est Lauréat (1er prix) au concours de 1899[7]. Il est également membre de la réunion biologique de Bordeaux (à partir de 1902), de la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux (1903), de la Société de neurologie de Paris (1904), de la Société de psychiatrie de Paris (1908) et de la Société clinique de médecine mentale (1913)[11]. Il est élu correspondant national de l'Académie de médecine en 1938, dans la section de Médecine et Spécialités médicales[6]. Il devient officier de la Légion d'honneur en 1928[6].

Jean Abadie est décrit par ses contemporains comme un enseignant rigoureux, avec un grand souci de précision[17]. Son mode de vie était caractérisé par le respect de règles et rituels immuables, tant au niveau de sa vie personnelle que professionnelle. Son appartement situé 18 rue de la Porte-Dijeau[6] était celui d'un seigneur et d'un esthète d'après ses élèves qui avaient le privilège d'y accéder[17]. En contre-partie de son exigence, son engagement et son attachement étaient sans faille pour ses rares élèves « élus » après un tri sélectif. Les deux plus renommés sont le Pr Delmas-Marsalet, neuropsychiatre, qui lui succèdera en 1941 à la chaire clinique des maladies nerveuses et mentales de la Faculté de Médecine de Bordeaux, et le Pr Henri Pouyanne, neurochirurgien[12].

Hommage

Le Pr Paul Delmas-Marsalet nommera le centre neuropsychiatrique, qu'il a créé en 1956 au CHU de Bordeaux, Centre Jean Abadie en hommage à son maitre. Ce centre construit par les architectes Richard-Chauvin et Mathieu[18] a été financé par les collectivités territoriales présidées par le maire de Bordeaux Jacques Chaban-Delmas[13].

Centre Jean Abadie en 1956.

Inspiré du modèle nord-américain d'une neuropsychiatrie académique intégrée, il était le premier de ce type en France, et était alors considéré alors comme le « centre neuropsychiatrique le plus moderne d'Europe » [9],[13]. Il réunissait en un même lieu toutes les spécialités du cerveau : neurologie, neurochirurgie, neuroradiologie, neuropathologie, explorations fonctionnelles, et psychiatrie[9],[13]. Le départ des psychiatres universitaires (dont Marc-Louis Bourgeois) à l'hôpital psychiatrique de Bordeaux en 1973, puis des autres spécialités sur les sites de Pellegrin et de Haut Lévêque, marqua la fin de la neuropsychiatrie historique bordelaise.

Sous l'impulsion du Dr Xavier Pommereau, le Centre Jean Abadie retrouvera en 1992 sa valence psychiatrique, avec la création de l'Unité médico-psychologique de l'adolescent et du jeune adulte (UMPAJA). Seront ensuite ouvertes dans le Centre Jean Abadie l'unité pour troubles des conduites alimentaires (UTCA) en 2000, puis l'unité universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent en 2001[19].

Distinctions

Références

  1. « Acte de naissance. Archives de l'état civil de Tarbes »
  2. Archives Départementales de la Gironde. Registre d'état civil de Bourg- Mariages 1904 [1]
  3. « Médecin de la Marine. Alexandre DANTEC (1857-1932). »
  4. « Charles-Albert Abadie (1880-1937) », sur data.bnf.fr (consulté le )
  5. Michel Bénézech, « La folie et la Grande Guerre : 565 aliénés militaires à l’asile de Cadillac de 1914 à 1925 », Annales médico-psychologiques, revue psychiatrique, vol. 173, no 1,‎ , p. 117–123 (DOI 10.1016/j.amp.2014.09.002, lire en ligne, consulté le )
  6. « ABADIE Jean, Joseph Louis Irénée; Comité des travaux historiques et scientifiques. Institut rattaché à l’École nationale des chartes »
  7. Abadie, Jean, Concours d'agrégation de médecine, janvier 1904. Titres et travaux scientifiques, Paris, , 84 p. (lire en ligne)
  8. Joseph-Louis-Irénée-Jean Abadie, Les Localisations fonctionnelles de la capsule interne. Thèse pour le Doctorat en Médecine. Faculté de médecine et de pharmacie de Bordeaux, Bordeaux, , 152 p. (lire en ligne)
  9. M.-L. Bourgeois, « Une brève histoire de la psychiatrie a Bordeaux », Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, vol. 163, nos 3-4,‎ , p. 351–356 (DOI 10.1016/j.amp.2005.03.008, lire en ligne, consulté le )
  10. Pierre Pichot, Un siècle de psychiatrie, Synthélabo, coll. « Les empêcheurs de penser en rond », (ISBN 978-2-908602-81-4)
  11. « Nouvelles : les nouveaux agrégés - Le Dr Jean Abadie/ Le Dr Delmas. », Paris médical : la semaine du clinicien, vol. n° 12,‎ , p. 57 (lire en ligne)
  12. Chantal Labadie, Fragments d'une histoire de la psychiatrie à Bordeaux. Thèse pour le diplôme d'état de docteur en médecine., Université de Bordeaux, , 135 p.
  13. Michel Le Moal, Jacques Battin, Bernard Bioulac et Marc Louis Bourgeois, « [Neurosciences in Bordeaux] », Bulletin de l'Académie nationale de médecine, vol. 192, no 4,‎ , p. 817–831 (ISSN 0001-4079, PMID 19024950, lire en ligne, consulté le )
  14. Jean Abadie, Rapport sur les conceptions étiologiques modernes sur les épilepsies. "Revue neurologique". - XIIe réunion neurologique internationale annuelle. Paris, 31 mai-1er juin 1932, Paris, Masson, , 91 p.
  15. Jean Abadie, « Insensibilité du tendon d'Achille à la pression dans le tabes », Gazette hebdomadaire des sciences médicales de Bordeaux, vol. 26,‎ , p. 408
  16. Éric Hello, « Les « classes spéciales d’anormaux » de la ville de Bordeaux (1900-1933) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », vol. 23,‎ , p. 67–85 (ISSN 1287-2431 et 1777-540X, DOI 10.4000/rhei.5624, lire en ligne, consulté le )
  17. Roger Bargues, « Quelques souvenirs sur Jean Abadie », Bordeaux Médical, vol. 13,‎ , p. 1867-1869
  18. « Une étape de plus dans la modernisation de nos hôpitaux. Les centres Jean-Abadie et de phtisiologie Xavier-Arnozan, établissements modèles. », Sud-Ouest, vol. 22e Edition - édition de Bordeaux et de la Banlieue,‎
  19. « Bordeaux : le centre Abadie fête les 100 ans de ses unités pour adolescents suicidaires », Sud-Ouest,‎ (lire en ligne)

Articles connexes

Liens externes

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