Joseph François Dupont-Grandjardin

Joseph, François Dupont-Grandjardin
Fonctions
Maire de Mayenne
-
Député français
Biographie
Naissance
Décès
(à 51 ans)
Nationalité
Activité

Joseph François Dupont-Grandjardin (, Alençon - , Laval), est un homme politique français. Une rue porte son nom à Mayenne[1].

Biographie

Ancien régime

Il appartient à la haute bourgeoisie. Il est initié le à la franc-maçonnerie dans la loge maçonnique La Nouvelle Union à Ernée[2].

Il vient se fixer à Mayenne, où son frère, Jacques-Jean, ancien gendarme de la garde du roi, est gouverneur de la ville[3]. Il exerce en 1771 les fonctions de juge criminel de la justice seigneuriale du Duché de Mayenne par Honoré III[3]. Il est administrateur et receveur de l'hôpital général de Mayenne en 1788[3]. En 1787, il est nommé membre du bureau du district de Mayenne par l'Assemblée provinciale du Maine.

Les débuts de la Révolution française

Il embrasse avec ardeur les idées de la Révolution française[2]. Il est nommé successivement colonel de la garde nationale de cette ville en , puis maire en 1790. Le , il félicite au nom de la ville de Mayenne l'Assemblée Nationale de la fermeté et du patriotisme éclairé déployé. En , il signe une adresse pleine de récriminations contre l'ancien régime, se terminant par un appel à la révolution internationale : les peuples seront libres et heureux quand ils le voudront[2].

Il réprime avec énergie diverses émeutes tant à Mayenne que dans les environs[2]. Maire de Mayenne, il ne néglige rien pour maintenir l'ordre et assurer les approvisionnement de la ville[2]. En , il commande la Garde nationale de Mayenne avec Nicolas-François Le Forestier lors d’opérations contre les brigands qui pillent les forêts de Fontaine-Daniel et de Mayenne[2], des forêts exploitées pour les forges[4]. En , il contribue beaucoup à la nomination de l'évêque constitutionnel de la Mayenne[2] Noël-Gabriel-Luce Villar.

Société des amis de la Constitution

Il donne sa démission de maire de Mayenne lorsqu'il est nommé juge au tribunal de district, mais il doit conserver finalement ce poste jusqu'à son départ à l'Assemblée nationale[2]. Il est élu le président fondateur de la Société des amis de la Constitution de Mayenne[5], qu'il inaugure après une grand'messe du Saint-Esprit le [6]. A l’issue de la cérémonie, les membres du club se réunirent à l’Hôtel de ville où Dupont-Grandjardin[7] prononça un discours plein d’énergie et de patriotisme, qui fut interrompu plusieurs fois par des acclamations et des applaudissements[8]. La « Société des amis de la Constitution », formant le « Club Patriotique de la Ville de Mayenne », dont l'objectif est de lutter contre les Chouans mais aussi de résoudre le problème de la faim[9]. Il en est le président jusqu'au , où le club rallie les Jacobins de Paris et devient le « Club des Jacobins de Mayenne ».

Réformateur, dans l'ordre et dans la paix, il ne recherche pas les honneurs, et est le correspondant habituel du député Michel-René Maupetit qui le considérait comme l'un des éléments modérateurs et pondéré de la région, dont il lit les lettres hebdomadaires au Cercle de Mayenne pour renseigner les amis communs sur la marche des évènements révolutionnaires[2].

Assemblée nationale

En , il est au nombre des électeurs réunis à l'Église des Cordeliers de Laval, sous la présidence de l'évêque Noël-Gabriel-Luce Villar, pour nommer les députés à l'Assemblée législative lors des Élections législatives de 1791. Les Mayennais, furieux d'avoir vu Laval supplanter leur ville comme chef-lieu du département et siège de l'évêché constitutionnel, se coalisèrent pour faire échec aux candidats de la cité rivale[10]. Maire de Mayenne, il est élu aux Élections législatives de 1791 le cinquième[11] des députés mayennais à l'Assemblée législative. C'est au moment de l'arrivée de Dupont à Paris, son fils aîné se trouvait avec son bataillon en garnison à Avranches que commence la correspondance entre eux qui est encore conservée[3].

Il siège dans la majorité. Il vote constamment avec la Plaine contre les motions révolutionnaires proposées par les Girondins[2]. Comme membre du Comité des finances, il fait divers rapports sur les dépenses militaires[2], et fait décréter le paiement des pensions de retraite des gardes nationales.

Dans ses relations avec les électeurs, il leur conseille de se tenir unis pour combattre les fanatiques qui troublent la paix intérieure et les ennemis extérieurs qui menacent d'envahir la France[12], mais ses électeurs lui reprochent surtout son vote en faveur de Gilbert du Motier de La Fayette, suivi de la fuite de ce dernier à l'étranger. Il fait alors partie des royalistes constitutionnels[3].

La Fayette.

« Il est vrai que M. Durocher est nommé à la Convention.. Il est vrai que je n'y suis point nommé.. Il est vrai encore qu'on a brûlé mon nom à Mayenne comme royaliste et comme partisan de M. Lafayette. Tout cela, mon fils, ne te regarde point. Tu ne dois point te mêler de politique … Tu es soldat et tu ne dois être que cela. Pour moi, législateur, c'était autre chose. J'avais droit et c'était mon devoir, d'opiner suivant mes lumières et ma conscience. L'opinion du plus grand nombre a été différente de la mienne. Je m'y soumets, c'est tout ce qu'on a droit de me demander. , Lettre à son fils aîné[13] »

Commissaire des guerres

Non présenté aux Élections législatives de 1792 dans la Mayenne en raison de son vote en faveur de Gilbert du Motier de La Fayette[14], pour la Convention nationale, il est nommé commissaire des guerres le par Joseph Servan en même temps que Jean-François Blanchon. Il officie successivement à Fontainebleau, à Péronne, et à Lille[2] auprès de l'Armée du Nord.

Son projet de décret sur une nouvelle organisation des cours martiales de 1792, vise à réformer le système judiciaire militaire, jugé inefficace et trop lent, notamment en raison des lacunes de la loi du . L’objectif principal est d’accélérer la justice militaire, de simplifier les procédures et de garantir une punition rapide et exemplaire pour les délits commis par les militaires, tout en protégeant les droits des accusés[15]. Les principales mesures proposées sont la création de cours martiales par district : compétentes pour toutes les troupes et civils impliqués dans des délits militaires ; la simplification des procédures : suppression du juré d’accusation, conservation d’un juré de jugement (9 membres, 18 en cas de délit mixte), avec des délais stricts : jugement sous 8 jours (3 jours pour les délits mineurs), et l'utilisation d'une procédure orale, récusation limitée à 3 jurés[15]. Les peines sont la peine de mort à l’unanimité, avec d'autres peines à majorité simple, utilisant une exécution rapide (sans appel aux armées, sous 3 jours ailleurs)[15].

Joseph François Dupont-Grandjardin est à Saint-Venant lorsque le , il reçoit la lettre de Jean-Baptiste Bouchotte, Ministre de la Guerre, qui annonce sans lui en faire connaître le motif sa destitution[2].

Retour en Mayenne

Destitué, il vient se fixer dans une petite propriété qu'il possède à Nuillé-sur-Ouette, où il cherche à se faire oublier[2]. En , il se félicite auprès de son fils d'avoir échappé aux vengeances de l'Armée catholique et royale lors de leur passage en Mayenne.

« Je regarde donc la Guerre de Vendée comme terminée, Dieu merci elle me faisait beaucoup plus de peine et me donnait beaucoup plus d'inquiétude que toutes les guerres étrangères. Maintenant les troupes que l'on y employait pourront être portées sur les frontières où elles ne manqueront pas de faire subir aux satellites des rois coalisés le même sort qu'elles ont fait éprouver aux brigands de la Vendée. Ces scélérats ont passé par Mayenne deux fois et ils y ont tout pillé et dévasté heureusement nous n'y étions pas et nous en sommes quittes pour la perte de nos meubles et effets. S'ils m'eussent attrapé, il est à présumer qu'ils m'auraient fait un mauvais parti.. »

. Mais les révolutionnaires ne lui pardonnaient pas son républicanisme raisonnable, son modérantisme et surtout sa parenté avec beau-frère Nicolas Besnier de Chambray, qui venait de passer dans le commandement des Chouans de la Petite Vendée[16].

L'exécution

L'obscurité où il vit n'empêche pas qu'un mandat d'arrêt est lancé contre lui le . Le Comité révolutionnaire de Laval ordonne son arrestation comme suspect[2]. Quelques jours après, il est amené dans les prisons de Laval. Il est jugé par la Commission militaire révolutionnaire du département de la Mayenne, quoique il se fut disculpé des accusations portées contre lui[2]. Il connaissait personnellement un de ses juges René Pannard, maréchal-ferrant de Mayenne[17].

Jugement de la commission militaire révolutionnaire du 6 pluviôse an II.... Au nom de la république Française, la commission révolutionnaire , établie dans le département de la Mayenne , a rendu le jugement suivant.

  • Vu l'interrogatoire de Joseph-François Dupont-Grandjardin, né à Alençon, département de l'Orne, demeurant ordinairement dans la commune de Mayenne, et dernièrement dans celle de Nuillé-sur-Ouette, ex-député à l'assemblée législative; ....
  • Entendu le républicain Volcler, accusateur public, en ses conclusions, la commission militaire révolutionnaire condamne à la peine de mort le nommé Joseph-François Dupont-Grandjardin, comme ayant conspiré contre la souveraineté du peuple français ; comme complice et adhérent des ennemis de la patrie, complicité que démontre évidemment le vote qu'il a émis pour l'infâme Lafayette, et les soupçons fondés d'intelligence avec un des chefs[18] de la horde de la Vendée; enfin comme surpris dans un territoire voisin de celui qu'occupaient les ennemis de la république. Et sera le présent jugement exécuté sur le champ.

Il est guillotiné le . La nation fit vendre aux enchères les biens de Dupont-Grandjardin[19].

Le Comité philanthropique institué par Jean-François Boursault-Malherbe demande que sa veuve soit rendue à la liberté et réintégrée dans tous ses droits. « Son fils est dans ce moment, dit-il, grièvement blessé et s'est élevé par son courage et sa conduite au grade de capitaine de cavalerie à l'âge de 18 ans »[20].

Vie privée

Il épouse en 1771 à Soulgé-le-Bruant, Rose-Anne Besnier de Chambray[2]. Sa veuve est conduite en prison en [21]. Son fils Adrien Dupont-Grandjardin, est nommé adjoint au maire de Mayenne en 1816[21], parce que moral, instruit et pensant bien[22]. Son fils conserva longtemps la chemise tachée de sang que son père portait au moment de son exécution[2].

Son frère Jean-Jacques Dupont-Ferté, faisait aussi partie de la loge maçonnique La Nouvelle Union à Ernée. Ancien gendarme du roi, il était gouverneur de Mayenne. Il avait épousé à Vieuvy, Renée Durand, fille de président à l'élection de Mayenne. Ce fut un sage qui fut un moment sous lieutenant de la Légion Nationale d'Ernée en 1790, qui meurt à Ernée le .

  • Jean-Guy-François Dupont, bourgeois d'Alençon x Perrine Pallis
    • Joseph François Dupont-Grandjardin x Rose-Anne Besnier de Chambray
      • Adélaïde-Félicité Dupont-Grandjardin (1773)
      • Henriette Dupont-Grandjardin (1774)
      • Joseph Dupont-Grandjardin (1776)
      • Adrien Dupont-Grandjardin (1779)
    • Jean-Jacques Dupont-Ferté x Renée Durand

Rapports imprimés

  • Rapport sur des avances à faire au ministre de la guerre pour les dépenses des armées pendant les premiers mois de 1792 () ;
  • Rapport et projets de décrets présentés à l'Assemblée nationale, au nom du comité de la trésorerie, le
  • Rapport sur les pensions à accorder aux sous-officiers et soldats de la garde nationale qui ont pris leur congé,  ;
  • Rapport présenté à l'Assemblée nationale au nom des comités de l'ordinaire et de l'extraordinaire des finances sur le compte-rendu par M. de Narbonne, ministre de la Guerre, des ordres de paiement qu'il a donnés sur la trésorie ["sic"] nationale depuis le 8 décembre 1791 jusqu'au 9 mars 1792,... le  ;
  • Rapport sur le paiement de la solde des troupes de ligne en argent monnayé, 18 et  ;
  • Rapport sur un achat de 150.000 fusils fait en Angleterre par le ministre de la guerre, avril et .
  • Rapport sur la suppression et la réorganisation des commissaires des guerres,  ;
  • Projet de décret sur une nouvelle organisation des cours martiales : le 15 septembre 1792, l'an 4e de la Liberté, 1er de l'Egalité / présenté à l'Assemblée nationale, au nom du Comité militaire ; par M. Dupont de Mayenne,... Voir en ligne

Notes et références

  1. ↑ Justine Montauban, « À Mayenne. Qui était Joseph-François Dupont-Grandjardin ? », Ouest-France, édition de la Mayenne,‎ (lire en ligne Accès libre)
  2. Marius Lepage, Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951). Le Mans, Imprimerie Monnoyer, 1951. (avec la collaboration d'André Bouton)
  3. Société d'archéologie et d'histoire de la Mayenne., Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne. Imprimerie de L. Moreau (Laval), 1914, p. 343.
  4. ↑ François Dornic, Grands notables du Premier Empire : Mayenne, Editions du CNRS, 1986.
  5. ↑ A la chapelle de l'église des Capucins de Mayenne.
  6. ↑ Cruchet, le principal du collège de Mayenne, prêtre assermenté, dit la messe. L’office fut chanté par les sociétaires et précédé du Veni Creator. Les musiciens de la Garde nationale exécutèrent plusieurs morceaux.
  7. ↑ Albert Grosse-Duperon, Le couvent des Capucins de Mayenne : étude historique, impr. de Poirier frères (Mayenne), 1903. p. 135.
  8. ↑ Sur la motion de l’un des sociétaires, on arrêta, « au bruit des battements de mains et aux bravos de toute l’assemblée, que l’annonce des séances extraordinaires de la Société ne pourrait être faite que par l’air du Ça ira ».
  9. ↑ À cette époque, Mayenne compte 8 000 habitants qui manquent de sarrasin et de farine de gland pour faire leur pain
  10. ↑ En vain les Lavallois prônaient Jean-Baptiste-François Enjubault-Bouessay et Plaichard.
  11. ↑ Par 136 voix sur 255 votants.
  12. ↑ Lettre du aux Amis de la Constitution à Laval
  13. ↑ Ce dernier avant l'âge de dix-huit ans, s'était engagé dans le premier bataillon des volontaires de la Mayenne.
  14. ↑ Émile Queruau-Lamerie, Les conventionnels du département de la Mayenne, 1885, p. 9.
  15. Projet de décret sur une nouvelle organisation des cours martiales : le 15 septembre 1792, l'an 4e de la Liberté, 1er de l'Egalité ([Reprod.]) / présenté à l'Assemblée nationale, au nom du Comité militaire ; par M. Dupont de Mayenne,...
  16. ↑ Correspondance de Dupont-Grandjardin, avec son fils (1791-1793), par Emile Queruau-Lamerie. Bulletin historique de la Mayenne, 1914, p. 343.
  17. ↑ En entendant René Pannard, ivre suivant son habitude, prononcer contre lui la peine de mort, il se tourna vers lui, en disant : « Oh ! Pannard, lorsque j'étais appelé à prononcer sur la vie d'un homme, je jeûnais trois jours auparavant, et toi, tu me condamnes étant ivre ». Un témoin de ce jugement, Antoine Fauveau, garde-magasin d'artillerie, attesta plus tard avoir entendu dire à Michel Faur, l'un des juges, « qu'il était dangereux pour une république d'avoir des gens d'esprit, et qu'en conséquence il votait la mort. »
  18. ↑ Il s'agit de Nicolas Besnier de Chambray, son beau-frère.
  19. ↑ La moitié du mobilier de sa maison de Mayenne, Grande-Rue, aliénée les 5 et 6 floréal an II (24 et 25 avril 1794), produisit 1304 ₶ 19 s. 6 d. ; l'autre moitié appartenait à sa veuve, comme commune en biens.
  20. ↑ « Joseph François Dupont-Grandjardin », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne), t. I, p. 243.
  21. Michel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne (XIXe-XXe siècle). p. 37.
  22. ↑ Archives départementales de la Mayenne, M, municipalités.

Sources partielles

Liens externes

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