Lymphome de la zone folliculaire
Les lymphomes de la zone folliculaire est une prolifération anormale des cellules du centre germinatif d'un follicule ganglionnaire ou splénique. Catte maladie atteint les ganglions, mais une atteinte de la rate et de la moelle osseuse est souvent rencontrée. En cas de maladie systémique, les tissus lymphatiques tels que l’anneau de Waldeyer des amygdales ou les plaques de Peyer du tube digestif, ainsi que des tissus extra-lymphatiques comme les annexes oculaires, les tissus mous, le foie et la peau peuvent être touchés. Le lymphome de la zone folliculaire survenant principalement dans un tissu extra-lymphatique est rare, mais a été rapporté dans la peau, le testicule, l’ovaire et d’autres organes ou systèmes. Il s'agit du deuxiéme groupe de lymphome le plus fréquent en France après le lymphome diffus à grandes cellules B.
Le lymphome de la zone folliculaire est une maladie indolente, et son évolution clinique est globalement marquée par de multiples rechutes et une variabilité parfois surprenante [1],[2]. La plupart des patients sont diagnostiqués à un stade systémique, avec une atteinte étendue des ganglions lymphatiques centraux et périphériques, une splénomégalie et une infiltration médullaire. Cependant, une maladie ganglionnaire peut aussi se présenter à des stades localisés I ou II [1]. L’évolution clinique est prolongée, et les patients peuvent être asymptomatiques sans nécessiter de traitement au diagnostic, ou présenter une maladie avancée avec une forte masse tumorale.
Le traitement repose généralement sur le rituximab associé à une chimiothérapie simple ou combinée, par exemple avec le CHOP (Cyclophosphamide, doxorubicine, vincristine, prednisone) ou la bendamustine. En général, le pronostic est moins favorable chez les patients présentant une rechute dans les deux ans suivant la thérapie, ou chez ceux dont la tumeur se transforme en lymphome agressif, le plus souvent un lymphome diffus à grandes cellules B.
Les paramètres cliniques tels que l’indice pronostique international du lymphome folliculaire [3] et les facteurs de risque clinico-moléculaires combinés comme le m7-FLIPI[4] permettent de prédire la survie des patients atteints de lymphome de la zone folliculaire. La transformation du lymphome de la zone folliculaire en lymphome à grandes cellules B est généralement associée à un pronostic défavorable et survient à un taux de 2 % par an [5].
Classifications des lymphomes de la zone folliculaire
La grande majorité des lymphomes folliculaires présentent un schéma de croissance au moins partiellement folliculaire et sont composés de centrocytes et de centroblastes. La translocation t(14;18) est considérée comme l’événement initiateur de ces tumeurs.
En revanche, les lymphomes folliculaires présentant un profil de croissance variable ou une cytologie atypique sont beaucoup plus rares, tout comme les entités plus spécifiques reconnues dans la classification WHO-HAEM5, telles que
- le néoplasme in situ des cellules B folliculaires,
- le lymphome folliculaire de type duodénal,
- le lymphome folliculaire de type pédiatrique
- le lymphome primitif cutané du centre folliculaire.
En se basant sur leur fréquence, les lymphomes de la zone folliculaire présentant une croissance (partiellement) folliculaire, composés de centrocytes et centroblastes et présentant la translocation t(14;18) dans environ 85 % des cas, sont désormais désignés sous le terme de lymphomes folliculaires classiques et sont distingués des sous-types plus rares.
| Lymphome de la zone folliculaire 5éme version de la classification OMS 2022 |
|---|
| Nom |
| Néoplasie folliculaire in situ |
| Lymphome folliculaire |
| Classique |
| Majoritairement diffus |
| Avec des caractéristiques cytologies inhabituelles |
| Lymphome folliculaire à grande cellule B |
| Lymphome folliculaire de type pédiatrique |
| Lymphome folliculaire de type duodénal |
| Lymphome cutanée primaire du centre folliculaire |
De rares cas de lymphome folliculaire classique, pour la plupart à faible nombre de cellules blastiques, présentent un profil de croissance majoritairement diffus. Ces cas sont distingués du lymphome folliculaire classique, tout en étant considérés comme apparentés en raison de leurs caractéristiques cytologiques similaires. Deux autres variantes rares de lymphome folliculaire classique, présentant des caractéristiques cytologiques inhabituelles. Ces cas montrent principalement un schéma de croissance folliculaire et sont constitués soit de cellules de taille moyenne à aspect « blastique », soit de grandes cellules centrocytaires. Ils sont donc considérés comme des sous-types présentant des particularités cytologiques atypiques.
Les trois derniers sous-types rares de lymphome de la zone folliculaire présentent également un profil génétique distinct de celui du lymphome folliculaire classique : ils sont souvent dépourvus de la translocation t(14;18) et peuvent ne pas exprimer la protéine BCL2. Ces caractéristiques justifient leur séparation du lymphome folliculaire classique, même si leur paysage génétique global reste semblable, incluant notamment des mutations dans des gènes fréquemment retrouvés dans le lymphome folliculaire classique, tels que CREBBP, STAT6, TNFRSF14, entre autres.
Néoplasie in situ à cellule B folliculaire
La néoplasie in situ à cellule B folliculaire est définie comme une colonisation partielle ou complète de centres germinatifs réactifs rares ou peu nombreux par des cellules B folliculaires (CD10+) portant le gène de fusion IGH::BCL2 et exprimant fortement la protéine BCL2. Il s’agit d’une lésion rare, généralement découverte fortuitement dans des ganglions lymphatiques ou tissus lymphoïdes retirés pour d’autres raisons. Dans les séries les plus importantes, la néoplasie in situ à cellule B folliculaire a été observée dans environ 2 % des ganglions lymphatiques [6],[7]. Dans la grande majorité des cas, aucun lymphome folliculaire ne se développera par la suite. Cependant, chez certains patients, les examens de stadification peuvent révéler la présence simultanée d’un lymphome folliculaire constitué ou d’autres types de lymphomes, tels qu’un lymphome du manteau ou une leucémie lymphoïde chronique [6],[8]. Seul un petit nombre de patients développera ultérieurement un lymphome folliculaire ou un autre type de lymphome après le diagnostic de néoplasie in situ à cellule B folliculaire.
Sur le plan histologique, la lésion peut être suspectée en raison de l’aspect monotone de quelques centres germinatifs, essentiellement composés de centrocytes. Cependant, ces modifications sont souvent subtiles et facilement méconnues ; la néoplasie in situ à cellule B folliculaire n’est habituellement identifiée qu’après une coloration pour BCL2, révélant la colonisation partielle ou complète des centres germinatifs par des cellules B fortement positives pour BCL2 [9]. En règle générale, l’expression de CD10 est également anormalement forte, contrairement aux follicules réactifs.
Sources
- Kurz, K.S.; Kalmbach, S.; Ott, M.; Staiger, A.M.; Ott, G.; Horn, H. Follicular Lymphoma in the 5th Edition of the WHO-Classification of Haematolymphoid Neoplasms—Updated Classification and New Biological Data. Cancers 2023, 15, 785. https://doi.org/10.3390/cancers15030785
- Barbati, Z.R.; Charli-Joseph, Y. Unveiling Primary Cutaneous B-Cell Lymphomas: New Insights into Diagnosis and Treatment Strategies. Cancers 2025, 17, 1202. https://doi.org/10.3390/cancers17071202
Références
- (en) M. Dreyling, M. Ghielmini, S. Rule et G. Salles, « Newly diagnosed and relapsed follicular lymphoma: ESMO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, treatment and follow-up », Annals of Oncology, vol. 32, no 3, , p. 298–308 (DOI 10.1016/j.annonc.2020.11.008, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Connie L. Batlevi, Fushen Sha, Anna Alperovich et Ai Ni, « Follicular lymphoma in the modern era: survival, treatment outcomes, and identification of high-risk subgroups », Blood Cancer Journal, vol. 10, no 7, , p. 74 (ISSN 2044-5385, PMID 32678074, PMCID 7366724, DOI 10.1038/s41408-020-00340-z, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) A.K. Nooka, C. Nabhan, X. Zhou et M.D. Taylor, « Examination of the follicular lymphoma international prognostic index (FLIPI) in the National LymphoCare study (NLCS): a prospective US patient cohort treated predominantly in community practices », Annals of Oncology, vol. 24, no 2, , p. 441–448 (DOI 10.1093/annonc/mds429, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Alessandro Pastore, Vindi Jurinovic, Robert Kridel et Eva Hoster, « Integration of gene mutations in risk prognostication for patients receiving first-line immunochemotherapy for follicular lymphoma: a retrospective analysis of a prospective clinical trial and validation in a population-based registry », The Lancet Oncology, vol. 16, no 9, , p. 1111–1122 (DOI 10.1016/S1470-2045(15)00169-2, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Massimo Federico, María Dolores Caballero Barrigón, Luigi Marcheselli et Vittoria Tarantino, « Rituximab and the risk of transformation of follicular lymphoma: a retrospective pooled analysis », The Lancet Haematology, vol. 5, no 8, , e359–e367 (DOI 10.1016/S2352-3026(18)30090-5, lire en ligne, consulté le )
- (en) Tobias Henopp, Leticia Quintanilla-Martínez, Falko Fend et Patrick Adam, « Prevalence of follicular lymphoma in situ in consecutively analysed reactive lymph nodes », Histopathology, vol. 59, no 1, , p. 139–142 (ISSN 1365-2559, DOI 10.1111/j.1365-2559.2011.03897.x, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Naoki Oishi, Takahiro Segawa, Kunio Miyake et Kunio Mochizuki, « Incidence, clinicopathological features and genetics of in-situ follicular neoplasia: a comprehensive screening study in a Japanese cohort », Histopathology, vol. 80, no 5, , p. 820–826 (ISSN 1365-2559, DOI 10.1111/his.14617, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Raju K. Pillai, Urvashi Surti et Steven H. Swerdlow, « Follicular lymphoma-like B cells of uncertain significance (in situ follicular lymphoma) may infrequently progress, but precedes follicular lymphoma, is associated with other overt lymphomas and mimics follicular lymphoma in flow cytometric studies », Haematologica, vol. 98, no 10, , p. 1571–1580 (ISSN 1592-8721, PMID 23831923, PMCID 3789462, DOI 10.3324/haematol.2013.085506, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Peijie Cong, Mark Raffeld, Julie Teruya-Feldstein et Lynn Sorbara, « In situ localization of follicular lymphoma: description and analysis by laser capture microdissection », Blood, vol. 99, no 9, , p. 3376–3382 (ISSN 1528-0020 et 0006-4971, DOI 10.1182/blood.V99.9.3376, lire en ligne, consulté le )
- Portail de la médecine