Massacre de L'Isle-sur-la-Sorgue

Massacre de
L'Isle-sur-la-Sorgue
Image illustrative de l’article Massacre de L'Isle-sur-la-Sorgue
Le château du parc Gauthier où la kommandantur allemande s'est installée

Date
Lieu L'Isle-sur-la-Sorgue,Drapeau de la France France
Victimes Otages civils français
Type fusillés
Morts 4
Auteurs Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Motif représailles
Participants Wehrmacht
Guerre Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 43° 55′ 12″ nord, 5° 03′ 17″ est
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Massacre de L'Isle-sur-la-Sorgue
Géolocalisation sur la carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur
(Voir situation sur carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur)
Massacre de L'Isle-sur-la-Sorgue
Géolocalisation sur la carte : Vaucluse
(Voir situation sur carte : Vaucluse)
Massacre de L'Isle-sur-la-Sorgue

Le massacre de L'Isle-sur-la-Sorgue désigne la prise d'otage et l'exécution de civils perpétrées le 22 août 1944, dans cette ville du département de Vaucluse, par l'armée allemande en retraite après le débarquement de Provence[1],[2].

À la suite de l'attaque meurtrière de soldats allemands par des résistants FTPF du « maquis Jean Robert »[3],[4] dans le quartier Malakoff, l'occupant procède à une rafle parmi la population civile et prend huit à neuf habitants comme otages. Malgré les négociations menées par le maire Léon Reboul, quatre hommes sont fusillés sommairement dans la cour de l'école Alphonse Benoît[1],[5].

Cet épisode intervient dans le contexte des combats de la Libération à l'été 1944 après le Débarquement de Provence. La situation à la fin du mois d'août 1944 est marquée par le harcèlement des colonnes allemandes en retraite par les FFI, ainsi que par plusieurs massacres et représailles commis dans la région, notamment aux Beaumettes le même jour[6],[7].

Contexte

Des troupes alliées débarquent à Saint-Raphaël en août 1944 dans le cadre de l'opération ''Dragoon''

Après le débarquement allié en Provence, lancé le 15 août 1944 dans le cadre de l'opération Dragoon, les troupes allemandes de la 19 armée stationnées dans le sud-est de la France reçoivent l'ordre le 18 août de se replier vers la vallée du Rhône afin d'échapper à l'encerclement allié[6],[7],[8]. Dans le département de Vaucluse, les groupes de résistants intensifient alors les actions de sabotage, les embuscades et les attaques contre les colonnes motorisées allemandes[6],[7].

À L'Isle-sur-la-Sorgue, la tension est particulièrement forte à partir du 20 août 1944[1]. Malgré le maintien d'une fragile ligne de défense entre Cavaillon et Salon-de-Provence par des unités de la 11e Panzerdivision, le reste de la 19e armée est en plein repli talonné par la 3e Division d'infanterie américaine qui remonte vers la Durance[8]. C'est dans ce contexte que des unités allemandes en retraite, parmi lesquelles figurent des éléments de la Division Brandenburg, traversent ou stationnent temporairement dans la ville[9].

L'état major allemand installe au château du parc Gauthier sa kommandantur[10], tandis que des soldats prennent leurs quartiers dans des hangars à proximité de l'école Alphonse Benoît. La ville se trouve alors dans une situation précaire : la population attend la Libération prochaine des troupes alliées qui remontent inexorablement vers la vallée de la Durance, mais elle demeure exposée aux représailles allemandes, fréquentes durant la retraite des forces d'occupation en Provence[6],[7],[5].

Déroulement

Les circonstances exactes des représailles demeurent partiellement divergentes et contradictoires selon les sources et l’historiographie locale, où se mêlent souvenirs mémoriels reconstruits ou simplifications journalistiques. Le 22 août 1944, en début d'après-midi, certains évoquent la mort de deux soldats allemands ou d'un officier allemand tués lors d'une attaque menée par des résistants FTPF du « maquis Jean Robert » des Monts de Vaucluse[11] dans le quartier Malakoff[1],[12]. D'autres versions évoquent un autre évènement avec la découverte dans un fossé, aux environs de la route de Fontaine-de-Vaucluse, du corps d'un soldat allemand ivre qui aurait été tué par un « patriote » pendant qu'il dormait[2],[13].

La réaction allemande est immédiate et des soldats furieux procèdent à une rafle en arrêtant les premiers hommes rencontrés en remontant la route de Saumane[2]: là aussi les sources divergent entre huit ou neuf hommes pris comme otages[1],[12],[13],[14].

L'école Alphonse Benoît où furent fusillés les quatre otages civils.

Ces derniers sont conduits sous escorte jusqu'au parc Gauthier où se trouve la kommandantur allemande. Prévenu de la situation, le maire de la commune, Léon Reboul, entreprend des négociations avec le commandement allemand afin d'obtenir la libération des otages. Les autorités allemandes exigent en échange une rançon avec d'importantes compensations matérielles : 700 litres d'essence, des denrées alimentaires, des bijoux, des cartables, des valises, des plumiers et divers objets devenus rares dans le contexte des pénuries de guerre[1],[2],[6]. Grâce à la mobilisation de la population locale, notamment des femmes, une partie des exigences allemandes est réunie et le maire parvient à obtenir la libération de quatre ou cinq otages selon les sources[1],[2].

Toutefois, le commandant allemand maintient sa décision d'exécuter quatre prisonniers en représailles. Certaines sources mentionnent en effet la mort d'un autre soldat allemand ce qui met fin aux négociations: il s'agit peut-être du soldat retrouvé mort dans le fossé aux environs de la route de Fontaine-de-Vaucluse[15].

Suite à quoi, le maire refuse les exigences du commandant allemand de désigner lui-même les hommes devant être exécutés et propose même de prendre la place d'un des condamnés[1],[2]. Cette proposition est refusée par les autorités allemandes qui acceptent néanmoins de fusiller celui avec le moins de contraintes familiales. Le 22 août 1944 à 18 h 30, ils sont ainsi quatre otages à être fusillés dans la cour de l'école Alphonse Benoît, près d'une haie de cyprès bordant le stade[1],[2],[6].

Victimes

Les quatre victimes de l'exécution sont :

Libération

Le 25 août 1944, les forces américaines de la 3e Division d'Infanterie (3) ont traversé la Durance et progressent vers Avignon.

Après l'exécution, les corps des quatre otages sont jetés dans une fosse à ordures par les soldats allemands qui quittent ensuite précipitamment la ville[2]. Jusqu'au 23 août 1944, L'Isle-sur-la-Sorgue vit sous la menace des derniers convois allemands retardataires évacuant le secteur avant l'arrivée imminente des forces alliées. Le 24 août 1944, la ville est définitivement abandonnée par les troupes allemandes qui se replient vers la vallée du Rhône et la région de Montélimar afin d'éviter l'encerclement[7]. Plusieurs communes de la vallée de la Durance et du Vaucluse retrouvent elles aussi leur liberté le même jour, notamment Bédarrides, Bonnieux, Caumont-sur-Durance, Cavaillon, Cheval-Blanc, Mérindol et Pernes-les-Fontaines[7],[21].

Le 25 août 1944 à 10h du matin, des éléments de la 3e Division d'Infanterie (3rd ID) américaine franchissent la Durance et progressent vers Cavaillon avant d'arriver à Avignon vers midi[7],[22]. C'est dans ce contexte de la rapide progression des forces alliées soutenus par les FFI, que L'Isle-sur-la-Sorgue retrouve sa pleine liberté, dans un climat de liesse populaire saluant les troupes américaines de la 3rd ID, puis les troupes françaises de la 1ère Division Blindée (1ère DB) qui la traversent[22]. Les quatre corps des fusillés sont inhumés le lendemain 26 août, de manière solennelle en présence d'une foule nombreuse, au cimetière de L’Isle-sur-la-Sorgue[1],[2].

Mémoire

Dès 1945, la population participe aux cérémonies de commémoration organisées à la fin du mois d’août. Le souvenir des quatre otages fusillés demeure profondément ancré dans la mémoire locale après-guerre et une stèle commémorative est érigée sur les lieux du drame à l'école Alphonse Benoît[23]. L'ancienne avenue Travieux est rebaptisée « avenue des Quatre-Otages-22-Août-1944 » en mémoire des victimes[2]. Et une rue de Cavaillon reçoit le nom de « Georges Ferrières » en hommage à son engagement[17]. Les dépouilles des fusillés reposent au cimetière de L'Isle-sur-la-Sorgue dans un monument aux côtés d'autres victimes civiles et résistants morts durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis, chaque année, des cérémonies officielles rendent hommage aux victimes des combats et des représailles, notamment les quatre otages fusillés le 22 août 1944 en présence des autorités municipales, des associations patriotiques et des anciens combattants[2],[12],[13],[14],[23].

Notes et références

  1. Jean-Marie Guillon, « L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), 22 août 1944 », sur maitron.fr, (consulté le )
  2. Catherine Gottenkiene, « Le 22 août 1944, quatre otages étaient assassinés » (article de presse), sur laprovence.com, (consulté le )
  3. ↑ Service historique de la Défense, « Maquis Jean Robert » (notice d’archives), sur servicehistorique.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
  4. ↑ Focus - La Résistance en Ventoux Comtat-Venaissin : Liberté, écris leurs noms - Résistance(s) en Ventoux 1939 - 1945, Avignon, Service culture et patrimoine de la CoVe, , 32 p. (lire en ligne), p. 17
  5. Jean-Baptiste Pétré (fonds), Livre noir pour la XVe Région (archives privées), Service des recherches de crimes de guerre ennemis (SRCGE), 4 juillet 1945.
  6. Claude Arnoux, Maquis Ventoux: Résistance et répression en Provence pendant la IIe guerre mondiale, Avignon, Aubanel, , 322 p. (ISBN 9791036901331)
  7. Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération : mai 1940-25 août 1944, Aubanel, (lire en ligne)
  8. Thierry Chazalon, Nationale 7, la route de la mort : D'après le journal de marche et l'album photographique d'Hans Werner, spécialiste-radio à bord du Panzer 102, Nyons, Les Mimosas, , 68 p. (ISBN 978-2-9532071-0-1), p. 44-47
  9. ↑ Olivier Pigoreau, Sanglante randonnée: la 8e compagnie Brandebourg contre la Résistance, Konfident, , 448 p. (ISBN 978-2-9569837-4-3)
  10. ↑ Direction du patrimoine, « Le château Giraud et le parc Gautier », sur patrimoine.islesurlasorgue.fr, (consulté le )
  11. ↑ Le maquis Jean Robert des Monts de Vaucluse est une des branches du Maquis Ventoux dont Danton Millet est un des fondateurs. Il est nommé ainsi en l'honneur du lieutenant FTPF Jean Robert, maquisard communiste de Marseille, guillotiné en 1943.
  12. CVR de Vaucluse, « 22 août 1944 : exécution des 4 otages de l’Isle-sur-la Sorgue par les nazis », sur Blog des CVR de Vaucluse et des Départements limitrophes (consulté le )
  13. Jean-Pierre Paulais, « Libération, 81 ans après la ville de L'Isle-sur-la-Sorgue se souvient » (article de presse), sur laprovence.com, (consulté le )
  14. Le Dauphiné, « L'Isle-sur-la-Sorgue. Que s’est-il passé le mardi 22 août 1944 ? » (article de presse), sur ledauphine.com, (consulté le )
  15. ↑ Jean-Marie Guillon, « L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), 22 août 1944 – Maitron », sur maitron.fr, (consulté le )
  16. ↑ Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « BOURGUES Louis », sur maitron.fr (consulté le )
  17. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « FERRIÈRES Georges, Antoine », sur maitron.fr (consulté le )
  18. ↑ Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « MANZI Maurice », sur maitron.fr (consulté le )
  19. ↑ Service historique de la Défense, « MANZI Marcel Flavien : Base des victimes civiles (1939-1945) » (AC 21 P 373969), sur memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  20. ↑ Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « MONNIER Marius », sur maitron.fr (consulté le )
  21. ↑ Patrick Verlinden, « Dates de la Libération des Villes de Provence 1944 – 1945 », sur Provence 7, (consulté le )
  22. (en) Donald Gilbert Taggart, History Of The Third Infantry Division In World War II, Washington, Infantry Journal Press, (lire en ligne), p. 218
  23. Pierre Bruyère, La mémoire gravée. Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Association des amis du Musée de la Résistance et de la Déportation, 2002.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération : mai 1940-25 août 1944, Éd. Aubanel, Avignon, 1965.
  • Claude Arnoux, Maquis Ventoux, Résistance et répression en Provence pendant la Guerre mondiale, Éd. Aubanel, Avignon, 1994, 322 p. (ISBN 9791036901331).
  • Jean Pierre Borezee, La mémoire gravée: Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la seconde guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Conseil général de Vaucluse, 2002, 101 p.
  • Jean-Baptiste Pétré (fonds), Livre noir pour la XVe Région (archives privées), Service des recherches de crimes de guerre ennemis (SRCGE), 4 juillet 1945.
  • icône décorative Portail des années 1940
  • icône décorative Portail de la Résistance française
  • icône décorative Portail de la Seconde Guerre mondiale
  • icône décorative Portail du Vaucluse