Massacre de Valréas
| Massacre de Valréas | ||||
Le « mur des fusillés », monument commémoratif édifié en 1945 à l'entrée de la ville, au lieu même du massacre des otages et prisonniers, puis déplacé plus tard à côté. | ||||
| Date | ||||
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| Lieu | Valréas, |
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| Victimes | Otages civils et résistants prisonniers français | |||
| Type | fusillés, exécutés | |||
| Morts | 73 | |||
| Survivants | 4 | |||
| Auteurs | ||||
| Participants | 9e Panzerdivision, 8e compagnie du 3e régiment de la Division Brandenbourg, Feldgendarmerie, Reichsarbeitsdienst, Sicherungs-Regiment 200. et Geheime Feldpolizei. | |||
| Guerre | Seconde Guerre mondiale | |||
| Coordonnées | 44° 23′ 06″ nord, 4° 59′ 28″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur
Géolocalisation sur la carte : Vaucluse
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Le massacre de Valréas est la répression, le 12 juin 1944[1], de cette ville française du Vaucluse, peu de temps après le débarquement allié en Normandie du 6 juin 1944 et quelques jours après le massacre d’Oradour-sur-Glane. À la suite de l’occupation temporaire de la ville par la Résistance le 8 juin, une opération de représailles est menée par les forces allemandes, confiée au « Kampfgruppe Unger », composé d’unités de la 9e Panzerdivision, de la division Brandebourg et de troupes de sécurité appuyées par des véhicules blindés[1]’[2].
Le 12 juin, après avoir repris Valréas, les Allemands fusillent cinquante hommes, résistants prisonniers et civils pris en otage. Le bilan total des répressions s’élève à 53 morts à Valréas, et en tout 73 victimes en incluant les localités voisines[3]’[4]. Ces événements, inscrits dans la répression des maquis du sud-est, font partie des plus importantes représailles allemandes commises en Provence contre des civils[5].
Le massacre de Valréas donne lieu à des commémorations dès 1945 et à l’érection d’un monument au « mur des fusillés »[6]. Il fait l’objet d’un procès devant le tribunal militaire de Marseille en 1951, au cours duquel les responsabilités exactes dans la chaîne de commandement allemande restent indéterminées et le principal accusé, le lieutenant Helmut Demetrio, est acquitté[7]’[8]’[9].
Contexte historique
Valréas avant le massacre

Située dans l’Enclave des papes, aux confins du Vaucluse et de la Drôme provençale, Valréas est, dans la première moitié du XXe siècle, une petite ville active de plus de 4 700 habitants, vivant principalement de l’agriculture et de son industrie du cartonnage qui lui a valu le surnom de « capitale du cartonnage »[10].
À l’image de nombreuses communes du Vaucluse, elle s’inscrit dans une tradition politique nettement orientée à gauche, dominée par le radical-socialisme[11]. Depuis 1912, la municipalité est régulièrement dirigée par des élus de ce courant, une continuité incarnée par Jules Niel, maire de la commune de 1929 à 1945. Cette orientation reflète plus largement celle du Vaucluse, marqué par l’influence du Parti radical-socialiste et de figures nationales comme Édouard Daladier, originaire de Carpentras et président du Conseil à la veille de la défaite de 1940.
Entre 1939 et 1944, la population locale connaît certaines évolutions liées au contexte national, avec l’arrivée progressive de réfugiés et de déplacés, et la captivité en Allemagne de valréassiens prisonniers, notamment après la défaite française de juin 1940. L’instauration du Régime de Vichy est d’abord acceptée dans un climat de lassitude générale et de confiance envers le Maréchal, avant que les contraintes politiques, économiques et sociales, notamment liées à la collaboration n’en altèrent progressivement l’image auprès de la population[12]’[13].
La situation se transforme en novembre 1942, lorsque l’Opération Anton entraîne l’occupation de la zone sud : Valréas passe alors sous contrôle italien, une présence relativement limitée et sans implantation militaire notable[14]’[15]. Après l’Armistice de Cassibile en septembre 1943, les troupes allemandes prennent le relais et s’installent dans la région[15]. À la veille de 1944, bien que la commune n’ait pas encore connu de violences directes d’ampleur, la présence de l’occupant et de résistants dans les environs et le durcissement du contexte général contribuent à instaurer un climat de tension croissante.
Le maquis de la Lance
Après la défaite de juin 1940 et l’instauration du Régime de Vichy, d’abord largement accepté par une population éprouvée, le territoire s’inscrit progressivement dans une dynamique de contestation et d’engagement clandestin passif ou actif[13]. Dès 1941, la Résistance commence à s’organiser, stimulée notamment par l’invasion de l’Union soviétique, qui favorise l’entrée en lutte des militants communistes au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP)[16]’[17]. Ce premier noyau s’élargit considérablement à partir de 1943 avec l’instauration du Service du travail obligatoire (STO), qui pousse de nombreux jeunes à entrer dans la clandestinité et à rejoindre les maquis situés dans des zones rurales isolées[16]’[17]’[18]’[19].
Cette montée en puissance de la Résistance s’accompagne toutefois de profondes divisions politiques et stratégiques entre ses différentes composantes : l’Armée secrète (AS), proche de la France libre et du général de Gaulle, l’Organisation de résistance de l’armée (ORA), issue de milieux militaires plus conservateurs, et les FTP d’obédience communiste, souvent méfiants à l’égard de la tutelle gaulliste[16]’[17]. Ces rivalités compliquent la coordination des actions jusqu’à leur unification progressive en 1944 au sein des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Parallèlement, le contexte d’occupation se durcit après l’Armistice de Cassibile en 1943: les troupes allemandes prennent le contrôle du secteur d'occupation italienne et intensifient la répression[15]’[12]. Entre 1943 et 1944, elles mènent une lutte active contre les maquis et les réseaux clandestins, avec l’appui de la Milice et de collaborateurs locaux. Cette période est marquée par une violence croissante, notamment du fait d’unités spécialisées comme la division Brandebourg, engagée dans des opérations de traque et responsable de plusieurs exactions contre les résistants et les populations civiles[7]’[8].

De part l'enclavement de Valréas dans le département de la Drôme, la résistance locale de la ville se voit rattachée au commandement de celle de Nyons[20]’[21]. Ainsi à la veille de juin 1944, Valréas se situe au cœur d’un environnement dangereux, marqué par la présence active de plusieurs maquis implantés dans les reliefs voisins, notamment celui de la Lance dans la Drôme provençale qui occupe une place importante[22]’[23]. Constitué dès mars 1943 autour de groupes FTP, le maquis de la Lance s’installe dans un espace montagneux isolé mais stratégique, permettant à la fois le refuge et la circulation des hommes, en particulier de nombreux réfractaires au STO venus de différentes régions, qui y trouvent hébergement, assistance et une première formation militaire[23]’[19]’[21]. Plus encore, ce maquis fonctionne comme une véritable plaque tournante de la Résistance locale, servant de point de passage et de redistribution vers d’autres groupes armés dans la Drôme et l'Enclave des papes. Son implantation repose également sur des complicités locales actives, depuis Nyons jusqu’à Valréas, où des réseaux facilitent l’acheminement des hommes et du matériel[20]’[21].
Toutefois, le maquis de la Lance est exposé à des risques constants. Le 29 janvier 1944, un groupe de maquisards FTP partis en mission à Valréas pour tenter de récupérer des tickets d’alimentation tombe dans une embuscade et trois d’entre eux sont tués. Les obsèques, organisées à Valréas le 31 janvier, prennent une dimension patriotique marquée, rassemblant une foule importante dans une atmosphère de recueillement et de défi. Une plaque commémorative, apposée au 12 rue Pasteur à Valréas, rappelle aujourd’hui cet épisode[4].
Malgré la répression allemande, les maquis de la région demeurent actifs et s’inscrivent dans une dynamique d’extension à l’approche du débarquement allié. Ils constituent des bases essentielles pour les actions de sabotage et la préparation d'une insurrection locale dans le cadre d’un débarquement et d’une progression alliée en France méridionale[17]’[19]’[21]. Mais à l'été 1944, même s'ils représentent déjà une présence structurante dans l’arrière-pays de Valréas, ils restent dispersés et leur organisation reste encore fragile, marquée par un armement limité et des effectifs fluctuants.
La division Brandebourg
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À partir de la fin de 1943, la répression dans le sud-est de la France s’intensifie avec l’intervention d’unités spécialisées allemandes chargées de la lutte contre les maquis. Parmi elles, la 8e compagnie du 3e régiment de la « Division Brandenburg » occupe une place particulière[7]’[8]. Unité autonome, placée auparavant sous le contrôle direct de l’Abwehr (service d'espionnage, de contre-espionnage et de sabotage du haut commandement allemand), elle est composée d’agents formés aux opérations clandestines, souvent polyglottes, comprenant des Allemands ayant vécu à l’étranger, des étrangers de diverses nationalités, ainsi qu’un certain nombre de volontaires français. Les « Brandebourgeois » sont reconnaissables au port d'un insigne de feuilles de chêne de Jäger sur leur manche d'uniforme[9].
Entre décembre 1943 et août 1944, cette compagnie est déployée dans le sud-est de la France sous le nom Streifkorps Frankreich Süd[24]. Elle est active dans les départements du Vaucluse, de la Drôme, du Gard, des Basses-Alpes et des Bouches-du-Rhône pour mener des opérations qualifiées d’antiterroristes visant les réseaux de résistance. Elle est placée sous le commandement du capitaine Träger, qui dirige à partir de novembre 1943 le poste de Villeneuve-lès-Avignon, à proximité du QG de la XIXe Armée allemande à Avignon. Le lieutenant Helmutt Demetrio joue un rôle central dans l’organisation locale de l’unité: il est responsable du dépôt installé à la citadelle de Pont-Saint-Esprit, puis conserve un rôle de direction dans les dispositifs mis en place dans la région en 1944[7]’[8]’[25].
Les arrestations menées dans la région avec l'aide d'informateurs locaux issus de la Milice, s’accompagnent de violences, de confiscations de biens et de tortures lors des interrogatoires. Le 14 mai 1944, les opérations se poursuivent dans la région de la Drôme et du Vaucluse où plusieurs civils et réfractaires au STO sont arrêtés puis libérés après avoir été dépouillés et menacés[8]. Les enquêtes menées après la Libération attribueront à cette unité un très grand nombre d’opérations meurtrières et de crimes de guerre commis en un laps de temps très court, entraînant la mort de plusieurs centaines de personnes dans la région, sans que le bilan précis puisse être établi[8]’[25]. Dans le secteur de Valréas et de ses environs, la présence de cette unité contribue à accentuer la pression sur les maquis et les populations suspectées de les soutenir.
La bataille de Valréas
La libération par les maquisards
Après le débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie, un ordre de soulèvement général est diffusé depuis Londres, entraînant une intensification immédiate des actions de la Résistance dans la vallée du Rhône et les zones proches de la Lance et du Ventoux[26]’[27]. Dans le secteur du Haut-Vaucluse et des Baronnies, les maquisards multiplient les opérations de harcèlement et dès le 8 juin, ils prennent le contrôle de Vaison-la-Romaine, Buis-les-Baronnies, Séderon, Montbrun-les-Bains, Nyons, Bourdeaux et Die[28]. Dans ce contexte insurrectionnel, enivrés par la perspective de la victoire suite au débarquement allié, environ 200 résistants locaux décident à leur tour de libérer et d'occuper Valréas le 8 juin 1944[1]’[2]’[3]’[29]. La décision, prise plusieurs jours plus tôt, reste controversée et n'est pas partagée par tous les groupes de résistants[29].
L’opération est menée conjointement par des éléments de l’Armée secrète (AS), de l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) et des Francs-tireurs et partisans (FTPF), dans un climat d’unification encore fragile entre mouvements gaullistes et communistes. Le but principal de l’occupation est de provoquer un mouvement de soulèvement général dans la zone montagneuse du département en créant un point de fixation pour les forces d’occupation[1]’[2]’[29].
Le commandement militaire local est confié par le chef régional de l’AS, le commandant « Alain » (Pierre Raynaud) du 3e bataillon FFI de la Drôme, au lieutenant « Georges » (Pierre Rigaud)[21]’[29]’[30]’[31]. L’autorité civile est assurée par Marius Gras et Louis Clarice, responsables locaux de l’AS, nommés chefs du « Comité d'occupation »[1]’[32]. Les résistants prennent rapidement le contrôle des principaux points stratégiques de la ville : l'hôtel des Postes (place Cardinal Maury, aujourd'hui disparu et devenu le cinéma Rex & Lux), la mairie (l'Hôtel de Simiane) et la gendarmerie (ancien couvent des Ursulines, rue Jules Faye) dont les quelques armes sont saisies sans opposition de la part des gendarmes acquis à la cause[2]. Les lignes téléphoniques sont coupées, des barricades sont érigées aux entrées de Valréas et dans les villages alentours, notamment Taulignan[2]’[29]. En fin de journée, plusieurs personnes accusées de collaboration sont arrêtées et emprisonnées avant, pour certains, d'être relâchés et armés le soir même[2]’[32]. Dans ce contexte, de nombreux jeunes de la ville rejoignent spontanément les groupes armés résistants, renforçant les effectifs des maquisards présents.

La situation reste toutefois tendue en raison de divergences de commandement et de stratégie entre les différentes composantes de la Résistance. Le lieutenant « Roger » (André Chaiffre), responsable FTPF local, plaide pour une posture offensive et refuse l’idée d’un repli face à une éventuelle contre-attaque allemande[33]’[34]. De plus, les forces engagées dans l’occupation de la ville, composées de jeunes maquisards ainsi que de gendarmes et de civils ayant rejoint le mouvement insurrectionnel, restent globalement peu préparées au combat régulier et disposent de peu de véhicules civils réquisitionnés et d’armes lourdes (seulement 6 fusils-mitrailleurs et des armes individuelles), ce qui limite leur capacité militaire face à une éventuelle contre-offensive allemande[1]’[2].
Préparatifs du « Kampfgruppe Unger »
La situation est jugée inacceptable pour l'occupant qui ne peut laisser l'événement impuni au risque de voir la situation se propager. De plus, l'occupation de Valréas par les résistants est considérée comme un point de blocage sur les axes de repli et de mouvement allemands entre la Provence et la vallée du Rhône[29]. Valréas et Taulignan constituent en effet un obstacle stratégique sur des routes secondaires qui évitent la RN7 devenue un axe difficile à emprunter à cause des bombardements alliés. L’état-major de la « XIX. Armeekorps » (19e Armée allemande) stationné à Avignon décide donc de lancer une opération de « nettoyage »[2]. La mission est confiée au « Kampfgruppe Unger » (groupe de combat Unger), placé sous le commandement du major Heinz Unger[35] selon la composition suivante[36]:
- Le noyau de ce groupe de combat est constitué de trois compagnies du 2e bataillon du « Panzergrenadier-Regiment 10. » (10e régiment d'infanterie mécanisée) de la « Panzerdivision 9. » (9e division blindée), soit environ 13 officiers, 166 sous-officiers et 653 soldats[37]. Cette division expérimentée, retirée temporairement du front de l’Est après de lourdes pertes, est en phase de repos et de réorganisation dans le sud à Nîmes depuis le printemps 1944[38].

Un Sd.Kfz. 250, semblable à ceux utilisés lors de l'attaque à Valréas. - L’appui blindé est assuré par une compagnie de reconnaissance de la « Panzer-Aufklärungs-Abteilung 9. » (9e section de reconnaissance blindée) de la même 9e division blindée, comprenant 32 panzers et deux véhicules blindés de reconnaissance, placée sous le commandement du capitaine Gerhard Blank[39]’[40]. Il s'agit surtout de « Panzerspähwagen » et « Schützenpanzerwagen », des blindés légers de reconnaissance à roues ou d'infanterie à chenilles[38].
- S'y ajoute un détachement d’environ 25 à 30 hommes issus de la « 8.Kp./II./Rgt.3 BR » (8e compagnie, II bataillon du 3e régiment de la « Division Brandenburg ») surnommée Streifkorps Frankreich Süd, dirigé par le commandant Träger et le lieutenant Demetrio, spécialisé dans les opérations de renseignement, de contre-insurrection et les interrogatoires, assisté d’interprètes[7]’[8]’[38].
- L’opération mobilise également plusieurs policiers de la « Feldgendarmerie » (police militaire) et environ 250 jeunes du « Reichsarbeitsdienst » (Service du travail du Reich) basés à Montélimar. Souvent très jeunes, certains sont intégrés directement à des unités de combat du régiment de Panzergrenadiers[38].
- S’y ajoute une centaine d’hommes du « II. Bataillon » du « Sicherungs-Regiment 200. » (2e bataillon du 200e régiment de sécurité) stationné à Livron, rattaché à une unité spéciale de la Luftwaffe, le KG200, impliquée dans des opérations de lutte contre les maquis dans la région[41]. Ces unités de sécurité assurent à l’arrière du front la protection des communications et des infrastructures et regroupent des profils très variés de troupes de second ordre généralement peu équipées pour le combat. De plus en plus utilisées contre les maquis, elles sont toutefois peu adaptées et souvent cantonnées à des missions secondaires[38].
- Enfin, plusieurs agents de la « Geheim Feldpolizei » (Police secrète de l'armée) d’Avignon s'ajoute au groupe pour participer à l’opération. Déployés dans les territoires occupés, ils agissent sous le contrôle du RSHA et deviennent de facto ou de jure des membres de la SS en collaboration étroite avec la Gestapo et la SD[38].
L’ensemble de ces forces représente une colonne motorisée de plus de 1 200 hommes, appuyée par des blindés, des avions, des unités de sécurité, des éléments de police militaire et des services de renseignement. L’objectif assigné est la reprise rapide de Valréas et la destruction des forces de la Résistance implantées dans la zone. Une reconnaissance aérienne et des mitraillages préparatoires par la Luftwaffe venue de Caritat ont lieu dès le 10 juin, précédant l’offensive terrestre[2]. Ce même jour, une partie des troupes de la 9e Panzerdivision du « Kampfgruppe Unger », soutenus par des troupes de sécurité de Mondragon reprennent Vaison-la-Romaine aux mains du « maquis Vasio » après plusieurs heures de combats[42].
L'opération allemande de « nettoyage »

Le 12 juin 1944, l’offensive allemande contre Valréas débute tôt le matin. Vers 8h, les premiers contacts ont lieu à Taulignan, localité voisine au nord, où un convoi d’environ cinquante soldats allemands arrivés en camions depuis Montélimar lance une opération de ratissage. Les premiers accrochages ont lieu sur le barrage de la route de Salles-sous-Bois tenu par les maquisards du groupe « Guion » qui, rapidement débordés, se replient, laissant la zone sous contrôle allemand[1]’[2]’[38]. Cet accrochage prend rapidement un caractère d’expédition punitive: sept civils et résistants sont exécutés et plusieurs autres habitants sont arrêtés puis transférés vers la prison de Montluc à Lyon (où six d’entre eux seront ultérieurement fusillés dans les jours suivants)[1]’[2]. Puis vers 11h, six résistants venus en renfort de Valréas sont capturés et abattus à l'entrée du village portant à 13 le nombre d'exécutés à Taulignan[1]’[2]’[43].
Vers 10h30, alors que les forces allemandes poursuivent leur progression en direction de Valréas par plusieurs axes, le lieutenant « Georges » (Pierre Rigaud) se voit signifié par des FTP de Suze-la-Rousse de l’avancée de la colonne blindée allemande et ordonne un repli général des positions résistantes[1]’[2]’[44]. Néanmoins la situation est confuse entre les forces de l'AS et les FTP, le lieutenant « Roger » (André Chaiffre) des FTP semble refuser d'exécuter l'ordre, tandis que d'autres sur des barrages ne sont pas avertis par manque de communication[1]’[2]’[44]. D'autres accuseront un possible agent de la Gestapo ou de la Division Brandebourg infiltré dans les rangs de la Résistance valréassienne, Roger Ferrand, qui aurait provoqué ces ratages[1]’[2]’[44].
En fin de matinée, les forces allemandes convergent vers Valréas depuis Taulignan (nord), Suze-la-Rousse (sud-ouest) et Bollène (ouest), encerclant progressivement la ville. Vers 11 heures, les officiers des FFI informent le maire Jules Niel qu'afin de préserver la ville de toutes représailles, leurs hommes se retireront sans combat avant l'arrivée des forces allemandes. La sirène retentit vers midi dans la ville, signalant l'ordre de repli général. Si la majorité des maquisards parvient à décrocher vers la montagne de la Lance et Nyons (est), plusieurs groupes restent en position notamment sur le barrage route de Baume (sud). Peu après 12h45, les forces allemandes attaquent ce dernier barrage au sud, provoquant de nouveaux combats et sept morts chez les maquisards[1]’[2].

À partir de 13h, les unités allemandes pénètrent dans Valréas après avoir bouclé tous les accès. Les combats laissent rapidement place à une opération de répression : tirs dans les rues, incendies de bâtiments, pillages et arrestations[1]’[2]. Les soldats allemands entament des fouilles systématiques des maison tandis que plusieurs civils sont pris en otages. Plusieurs exécutions sommaires sont signalées tant dans la ville que dans ses abords immédiats. Un autre résistant valréassien est fusillé à Colonzelle dans la Drôme[3]. Dans l’après-midi, Valréas est totalement contrôlée par les forces allemandes qui n'ont subi aucune perte[38]’[45]. Le groupe de combat allemand poussent en direction de Nyons à l'est, jusqu'à Venterol, puis rebrousse chemin après avoir capturé un convoi de résistants en fuite[1]’[2].
À Valréas, le maire Jules Niel est contraint sous la menace de rassembler la population sur la place de la mairie cernée par les Allemands qui les braquent avec leurs armes. Là, vers 16h30, un officier allemand annonce depuis le kiosque à musique (aujourd'hui disparu), par l’intermédiaire d’un interprète allemand, que toute détention d’armes sera punie de mort et que toute résistance entraînera des représailles sévères et toute rébellion la destruction de la ville[1]’[2].
Le massacre
Les otages et les prisonniers
Dans l’après-midi du 12 juin 1944, les forces allemandes regroupent les résistants capturés lors des combats et des tentatives de repli. Une première série d’arrestations a eu lieu lors de l’attaque des barrages, notamment sur la route de Baume vers 12h45 où 5 résistants sont faits prisonniers et plusieurs autres tués[1]’[2]’[44]. Parallèlement, après la sirène de repli donnée à midi, un convoi de résistants, accompagné de personnels civils et de gendarmes, tente de rejoindre Nyons en véhicules par la route. Leur progression est interrompue au niveau de Novezan (Venterol) par des unités motorisées allemandes faisant environ 20 prisonniers[1]’[2]’[44]. Ils sont encordés les uns aux autres et contraints de parcourir plusieurs kilomètres à pied jusqu’au Portalon (actuel rond-point du 12-Juin) où les attendent les autres groupes de prisonniers. Au total, ce sont 26 résistants prisonniers qui sont regroupés par les forces allemandes en ville, même si deux d'entre eux, une mère et sa fille, parviennent finalement à s'esquiver[1]’[2]’[3]’[44]’[46].
Parallèlement, après le discours de l'officier allemand vers 16h30, 28 civils arrêtés lors des perquisitions ou lors du rassemblement sur la place de la mairie sont désignés comme otages. Ils sont conduits dans un premier temps au Portalon, où ils sont maintenus sous surveillance avec les autres groupes de résistants prisonniers[3]. Une fois que le groupe de prisonniers encordés les y a rejoint, l'ensemble est conduit aux environs de 18h vers l’hôtel Thomassin (aujourd'hui fermé, situé au rond-point du monument aux morts), où s'est établi le commandement allemand et où certains prisonniers sont interrogés. Une mère et sa fille, capturés dans le groupe qui fuyait vers Nyons, sont épargnés par un officier allemand parlant français et qui les laisse s'assoir à l'écart sur un banc en chemin[3]’[46]. Mais le mari, Louis d'Isernia, n'y échappe pas et est conduit avec le reste du groupe jusqu'à l'hôtel[47]. Pendant ce temps, le maire Jules Niel intervient avec insistance auprès du commandant allemand pour libérer les otages, allant jusqu’à proposer de se substituer à leur place. Il parvient à obtenir la libération de deux otages mais après cet échange, le commandant allemand met fin aux négociations[1]’[2].
Le mur des fusillés

En fin d’après-midi du 12 juin 1944, 24 prisonniers et 26 otages se retrouvent main sur la tête, alignés brutalement contre un mur le long de la route d’Orange, à proximité de l’hôtel Thomassin, où le maire, Jules Niel, tente encore de négocier avec le major Unger. Malgré ses interventions répétées, et bien qu’il soit parvenu plus tôt à faire libérer deux otages civils, il ne peut empêcher l’exécution[1]’[2].
À l’extérieur, un peloton d’exécution est mis en place : les premiers coups de feu retentissent et une première série de six à huit hommes est abattue. La fusillade se poursuit ensuite par groupes successifs, de manière méthodique, entrecoupée de pauses pour que les soldats allemands puissent boire. Les victimes sont exécutés contre le mur d’un atelier, aujourd’hui emplacement du musée départemental du Cartonnage et de l’Imprimerie. Face au peloton, certains crient le nom de leurs proches ou entonnent La Marseillaise ou L’Internationale avant de tomber. Les soldats allemands achèvent certains blessés d’un coup de grâce[1]’[2].
Le charnier et les obsèques

À l’issue de la fusillade, cinquante corps gisent au pied du mur[1]’[2]’[4]. Conformément aux ordres allemands, les dépouilles doivent rester en place sans être touchées, exposées jusqu’au lendemain, après avoir été comptabilisées par un officier. Cette décision vise notamment à empêcher toute dissimulation de survivants et surtout à marquer les esprits des habitants. Malgré cette interdiction, au cours de la nuit, des sapeurs-pompiers, des membres de la défense passive et de la Croix-Rouge et des habitants volontaires examinent les corps[1]’[2]. Ils découvrent cinq survivants, grièvement blessés, qui sont discrètement évacués vers l’hôpital-hospice. Afin de ne pas éveiller les soupçons, leurs places sont remplacées par des corps de victimes tuées plus tôt dans la journée aux alentours. L’un des blessés succombe toutefois à ses blessures dans la nuit, tandis que quatre autres survivent[1]’[2].
Les autorités allemandes avaient initialement envisagé de faire transporter les corps vers un lieu d’inhumation inconnu. Mais cette mesure est empêchée grâce à l’intervention de membres de la Croix-Rouge, notamment une négociation menée avec un officier allemand, permettant que les corps restent sur place jusqu’au lendemain[1]’[2]. Le 13 juin au matin, les dépouilles sont transportées dans la chapelle des Pénitents blancs, transformée en chapelle ardente. Après leur mise en cercueil, les familles sont autorisées à venir identifier les 53 cadavres (46 fusillés et 7 autres victimes en ville et ses abords). Au total, 27 résistants prisonniers et 26 otages civils ont été victimes des exactions nazies. Mais à 15 heures les autorités allemandes firent savoir qu'elles n'autoriseraient les obsèques que le surlendemain.

Les obsèques ont lieu très tôt le matin du 15 juin 1944, à 6h30, dans des conditions strictement encadrées par les autorités. La préfecture interdit tout rassemblement : la population est invitée à rester chez elle et les élus ne sont pas autorisés à participer. Seuls le maire, Jules Niel, ses deux adjoints, les fossoyeurs et les membres directs des familles accompagnent le convoi funèbre, composé de charrettes transportant les cercueils jusqu’au cimetière rue Marie Vierge. Malgré ces restrictions, les tombes sont recouvertes de fleurs dès le jour même, en signe d’hommage collectif[1]’[2].
À une échelle plus large, le bilan des représailles allemandes liées aux événements de Valréas et des villages alentours s’élève à 73 morts, en incluant les victimes de la fusillade, celles tuées dans la ville et ses environs, ainsi que celles exécutées à Taulignan et dans les communes voisines[1]’[2]’[3]’[4]. Du côté des forces allemandes, on ne compte aucune perte et le journal de marche de la 9e Panzerdivision fait même état de « 110 morts ennemis » et de nombreuses armes saisies[1]’[45].
Valréas après le massacre
La libération par les Américains

Après les événements du 12 juin 1944, Valréas demeure sous occupation allemande pendant plus de deux mois, dans un climat marqué par la répression et le traumatisme laissé par le massacre. La situation évolue à partir du mois d’août 1944, à la suite du débarquement allié en Provence qui entraîne une retraite rapide des forces allemandes dans la vallée du Rhône.
Dans leur repli vers le nord, les allemands traversent Valréas et détruisent le pont sur la Coronne, afin de ralentir l’avance des troupes alliées qui les talonnent[48]. En effet, les unités américaines de la « 3rd Infantry Division » (3ème Division d'Infanterie) progressent rapidement dans la région : après avoir libéré Nyons et Vaison, le 2ème bataillon de la 3eDI franchit l'Aygues dans la nuit du 26 au 27 août 1944 en libérant Visan, puis entre dans Valréas aux environs de 9 heures[48]’[49]’[50]’[51].
Cette libération se fait sans combats, les forces allemandes ayant déjà évacué les lieux. Les habitants accueillent les soldats américains avec enthousiasme. Le maire, Jules Niel, accompagné de plusieurs personnalités locales et de nombreux habitants, est présent pour recevoir les libérateurs[48]. Comme partout en France, la libération s'accompagne de festivités, même si tout le monde n'a pas le cœur à la fête, mais aussi de représailles avec une parade « des tondues » sur le Cours Tivoli[52]. Une partie des troupes américaines stationne brièvement dans la commune, tandis que le reste poursuit sa progression vers Taulignan puis la vallée du Rhône, en direction de la bataille de Montélimar.
Les commémorations du 12 juin

Dans les jours et semaines qui suivent, les nouvelles autorités issues de la Résistance réorganisent la vie municipale. Le 31 août 1944, une délégation municipale décide d’honorer les victimes du massacre en leur accordant une concession perpétuelle au cimetière, en apportant une aide financière aux familles et en rebaptisant l’avenue Maréchal-Foch en avenue du 12-juin-1944[1]’[4].

Très tôt, la volonté de commémoration s’affirme. Un monument est érigé dès 1945 sur le lieu du massacre, le « mur des fusillés », où sont inscrits les noms des victimes[4]’[6]. C'est devant ce tout nouveau monument que la première commémoration officielle du massacre a lieu le 12 juin 1945, un an après les événements[53]. Depuis, le monument a été déplacé légèrement sur la droite, à quelques mètres, afin de laisser le mur où à eu lieu le massacre en l'état avec de nouvelles inscriptions commémoratives. Le « mur des fusillés » sera inscrit à l’inventaire des Monuments historiques en 1981[6]. Le mausolée des victimes est aménagé dans l’ancien cimetière communal, rue Marie Vierge. Au fil des décennies, d’autres aménagements mémoriels viennent compléter cet ensemble, notamment en 1974 et 1975, avec de nouvelles plaques pour matérialiser les différents points d’exécution[54]’[55]. Le souvenir du drame reste fortement ancré dans la mémoire locale même si aujourd'hui il ne reste plus que deux personnes encore en vie ayant participé directement aux évènements du 12 juin 1944:. Il est notamment entretenu par l’Association des familles de fusillés, déportés, internés, résistants et patriotes de Valréas, fondée en 1971, qui prolonge l’action du comité du monument aux morts créé dès l’après-guerre[56]’[57]. Par ailleurs, la commune est décorée de la Croix de guerre 1939-1945 le 11 novembre 1948, en reconnaissance des épreuves subies et du sacrifice de ses habitants[58].
Le procès du tribunal militaire de Marseille
Le procès du massacre de Valréas se tient devant le tribunal militaire de Marseille à partir du 13 février 1951[59]. Plusieurs personnes sont accusés, au nombre desquels figurent l'aspirant Schwinn, le sergent Sohn et le sergent Heinrich de la division Brandebourg. Mais un seul accusé comparaît réellement : le lieutenant Helmut Demetrio, officier de la 8e compagnie du 3e régiment de la division Brandebourg, arrêté en septembre 1944 et poursuivi pour sa participation aux exécutions du 12 juin 1944[9].

Les débats portent sur le déroulement des opérations de répression menées par les forces allemandes après la prise de Valréas par la Résistance, ainsi que sur les conditions dans lesquelles résistants et civils ont été arrêtés, regroupés puis exécutés. Les témoignages du maire Jules Niel, des rescapés et de plusieurs témoins permettent de retracer la succession des événements, notamment les rafles, les rassemblements de prisonniers et les tentatives d’intervention pour limiter les exécutions. Une question essentielle demeure toutefois sans réponse claire : celle de l’identité de l’officier ayant donné l’ordre direct de tirer.
Plusieurs hypothèses sont évoquées sans qu’aucune responsabilité précise ne soit définitivement établie. Le rôle du commandement du « kampfgruppe », le major Unger, est examiné mais il est considéré qu’il n’a pas personnellement donné l’ordre d’exécution puisqu'il était avec le maire Jules Niel quand les premiers coups de feus retentissent[36]’[38]. Le lieutenant Helmut Demetrio conteste pour sa part toute implication directe dans les fusillades, affirmant avoir été occupé à des interrogatoires et à des déplacements de prisonniers au moment des faits, et soutenant ne pas avoir été présent sur le lieu exact de l’exécution lors du déclenchement des tirs, bien que certains témoignages au contraire le situent à proximité des événements[8]’[9]’[36]’[61]’[62]. Un témoin important, l’ancien officier allemand Gerhard Blank de la 9e Panzerdivision, affirme avoir vu au lieu des exécutions un lieutenant portant un insigne en forme de feuilles de chêne à sa manche (correspondant à la division Brandebourg), ce qui entretient les soupçons. Les débats font également apparaître le rôle possible d’un officier non identifié du « Sicherheitsdienst » (SD), présenté dans plusieurs témoignages comme un officier « fanatique » lié aux services de sécurité nazis et susceptible d’avoir joué un rôle dans la chaîne de décision ayant conduit aux exécutions[36]. Selon ces mêmes témoignages recueillis lors de l’instruction, cet officier aurait pu intervenir dans le contexte immédiat des représailles, notamment en représailles après la blessure de son chauffeur lors de l’approche de Valréas. Toutefois, cette piste reste controversée et ne débouche pas sur une identification judiciaire formelle.
Le tribunal retient que les faits relèvent d’exécutions de représailles ayant causé la mort de 53 personnes, mais estime que la responsabilité individuelle de l’accusé Helmut Demetrio dans ces assassinats n’est pas suffisamment établie. Il est ainsi acquitté par 4 voix contre 3[9]’[36]. En avril 1951, Demetrio est néanmoins condamné à dix ans de réclusion par le tribunal militaire de Bordeaux pour d’autres faits commis en France en 1943, avant d’être libéré après environ neuf ans de détention[9]. Ce procès met en évidence les difficultés à établir les responsabilités individuelles dans des opérations de répression menées par des unités allemandes en France, ainsi que les incertitudes persistantes autour de la chaîne de commandement lors des événements du 12 juin 1944[63].
Références
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Voir aussi
Articles connexes
- Débarquement de Normandie
- Maquis Ventoux
- Combats de Vaison-la-Romaine
- Massacre de Villelaure
- Massacre de Sault
- Massacre de Sarrians
- Massacre de l'Isle-sur-la-Sorgue
- Massacre des Beaumettes
Bibliographie
- 12 juin 1944, 53 fusillés à Valréas, Récits et témoignages, Association cantonale des familles de fusillés, des déportés et internés, résistants et patriotes de l'enclave de Valréas, 2001, 5e éd., 172 p.
- Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération : mai 1940-25 août 1944, Éd. Aubanel, Avignon, 1965, 279 p.
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- (de) Karl Heidinger, Widerstand gegen die Wehrmacht: Hergang und Hintergründe der Erschiessungen vom 12. Juni 1944 in Valréas, Éd. Books on Demand, 2004, 164 p. (ISBN 978-3-8334-0798-7).
- Jean-Baptiste Pétré (fonds), Livre noir pour la XVe Région (archives privées), Service des recherches de crimes de guerre ennemis (SRCGE), 4 juillet 1945.
- Olivier Pigoreau, Sanglante randonnée: les Français de la division "Brandebourg" et des formations de chasse SS, Éd. Histoire & Collections, 2013, 448 p. (ISBN 978-2-35250-266-1).
- Albin Vilhet et Roger Pierre (préface), La Résistance dans le Nyonsais, Éd. Notre Temps, Nyons, 1982, 52 p.
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