Poésie rustique (Chine)

Poésie rustique
Image illustrative de l’article Poésie rustique (Chine)
Pin, prunier et grues, 1759, par Shen Quan (1682–1760). Rouleau suspendu, encre et couleur sur soie. Musée du Palais, Pékin.
Période Xe siècle, fin des Song, Chine
Caractéristiques important courant de poésie lyrique chinoise

Le courant de la poésie rustique (tianyuan shi) (chinois : 田园诗 ; chinois traditionnel : 田園詩 ; pinyin : tiányuán shī ; Wade : t’ien-yuan-shih), (litt. poésie des champs et jardins) est un courant de la poésie ancienne chinoise consacré à l’expression de l’attrait de la vie de retraite dans les campagnes[a 1],[1]. Il est aussi parfois nommé poésie des champs et des jardins. Sa particularité réside dans la description de la vie rurale simple et des paysages champêtres. Commencé au IVe siècle, ce courant atteint son apogée avec le poète et peintre célèbre Wang Wei (701-761) sous les Tang[2]. Plusieurs auteurs désignent le poète de la dynastie Jin de l'Est, Tao Yuanming comme le fondateur de la poésie rustique[3],[4],[1].

Histoire

Apparition

La poésie rustique germe dans les descriptions de paysages du Classique des poèmes (诗经)(Shijing)[a 2] et des Élégies de Chu (楚辞) (Chu Ci)[a 3]. Mais, c’est véritablement à partir l'époque du royaume de Wei (187-226), de la dynastie Jin (265-420) et des Six Dynasties (220-618) que la nature et les paysages deviennent un objet esthétique indépendant. Avant cette période, le contenu de la poésie han porte sur la survie humaine, les désirs, la politique, la guerre, etc., et les paysages naturels demeurent encore inexploités[5].

La période des Six Dynasties en est une de guerres incessantes, de chaos politique, et de déclin de l’érudition classique. Pour échapper au danger, les poètes conscients, y compris des poètes de rang officiel, doivent fuir la politique instable, se cacher parmi les montagnes, sources et forêts, et la tendance au retrait et à la vie retirée connaît alors un grand essor. C’est à ce moment-là que la poésie des paysages se multiplie[5]. L’émergence des grands poètes Tao Yuanming (365 – 427) représentant la poésie pastorale et de Xie Lingyun (385 – 433) représentant la poésie paysagiste[1] permet de donner naissance à l’école de la poésie rustique.

Prospérité

Après que le grand poète de la dynastie des Jin de l’Est, Tao Yuanming ait fondé le style poétique pastoral et avec l’avènement de la prospérité de la poésie Tang, les poèmes champêtres des époques Tang et Song deviennent principalement des œuvres composées par des lettrés vivant en retrait du monde officiel, ou par des fonctionnaires retirés de la vie politique, décrivant la vie à la campagne[6]. Celui qui inaugure le courant de l’école de poésie rustique au début du haut Tang est avant tout Meng Haoran[7] dont le style des œuvres est dans l’ensemble paisible et raffiné. Concrètement, les poètes Meng Haoran (v. 691-740) et Wang Wei (701-761) héritent de la tradition des poésie pastorale de Tao Yuanming et de paysage Xie Lingyun et fusionnent les deux styles pour former l’école de la poésie rustique, et des poètes comme Chu Guangxi (706/707–760) et Wei Yingwu (737-792) poursuivent son développement[8],[9]. Beaucoup de poètes de cette période se distinguent, mais ceux qui représentent véritablement la maturité de ce genre sont principalement Meng Haoran, Wang Wei et Li Bai (702-762). Sous les dynasties Song du Nord (960-1127) et du Sud (1127-1279), les principaux poètes célèbres de l’école de poésie rustique sont Yang Wanli (1127-1206) et Fan Chengda (1126–1193).

Déclin

Après la dynastie Song, la création devint plus individualisée et la poésie des paysages et des champs n’atteint plus le niveau de perfection esthétique de celui de la dynastie Tang[10].

Style et thématique de la poésie rustique

La poésie rustique est l’un des nombreux genres de la poésie chinoise classique. De même que dans la classification de la peinture chinoise, certains poèmes sont considérés comme de la poésie rustique, car ils utilisent principalement des images de scènes naturelles, mais à caractère plus domestique : la nature que l’on trouve dans les jardins, les arrière-cours et la campagne cultivée. Les poèmes de la poésie rustique chantent la vie champêtre et la vie rurale, prennent souvent pour sujet les paysages ruraux ainsi que le labeur des paysans, des bergers et des pêcheurs. Concrètement, les êtres humains et la pensée humaine ne sont pas au centre de l’attention de ces poèmes qui sont plutôt orientés vers la nature domestique. Parfois, les poèmes de la poésie rustique sont conçus pour être contemplés avec une œuvre d’art particulière. D’autres fois, ils sont destinés à être de « l’art textuel » évoquant une image dans l’esprit du lecteur afin d’exprimer le mécontentement des poètes envers la réalité et leur aspiration à une vie tranquille et harmonieuse[8]. La base philosophique des poèmes de la poésie rustique est influencée par le bouddhisme et le taoïsme, en particulier le zen, formant des caractéristiques esthétiques de vacuité silencieuse et de goût pour la simplicité[11],[12].

Poètes les plus représentatifs de la poésie rustique

Liste non exhaustive des poètes de ce courant poétique, la plupart ayant connu l’expérience du retrait de la vie publique.

  • Tao Yuanming (陶渊明) : (365-427), aussi connu sous le nom de Tao Qian (陶潜). Il est considéré par plusieurs auteurs comme le fondateur de la poésie rustique[13]
  • Yang Wanli (杨万里) (1127 – 1206).
  • Fan Chengda (范成大) (1126 – 1193).

Œuvres représentatives

Montrant l’expression artistique de la nature à différentes époques, les œuvres représentatives comprennent[14],[10]:

  • Retourner à la ferme (归园田居) de Tao Yuanming
  • Composition sur le retour au lac depuis la retraite du Pavillon de pierre (石壁精舍还湖中作) de Xie Lingyun
  • Crépuscule d’automne dans la montagne (山居秋暝) de Wang Wei
  • Visite au domaine d’un ancien ami (过故人庄) de Meng Haoran

Notes et références

Notes

  1. Le nom officiel de « poésie rustique » pour ce genre de poésie est tiré de l’Anthologie de la poésie chinoise, sous la direction de Rémi Mathieu, à la page 1254, où il est écrit ceci : « Aussi bien est-il (le poète Tao Yuanming) comme le créateur de la poésie rustique (tianyuan shi)
  2. Recueil de poèmes compilés entre le XIᵉ et le VIᵉ siècle av. J.-C. ; il contient 305 poèmes.
  3. Anthologie poétique majeure datant surtout de la période des Royaumes combattants (IVe siècle av. J.-C.-ve siècle av. J.-C.). Elle est associée à l’État de Chu (楚)

Références

  1. auteurs sous la direction de Rémi Mathieu, Anthologie de la poésie chinoise, Lonrai, Gallimard, coll. « La Pléiade », , 1547 p., p. 1254
  2. Che Bing Chiu, « Un grand jardin impérial chinois : le Yuanming yuan, jardin de la Clarté parfaite, section 4.5 La zone scénique des champs et des jardins du Septentrion », Extrême-Occident, no 22,‎ , p. 40, note 83
  3. (en) David Hinton, Classical Chinese Poetry: An Anthology, New York, Farrar, Straus, et Giroux, (ISBN 0-374-10536-7)
  4. (en) CHINESE LYRICISM: Shih Poetry from the Second to the Twelfth Century, New York, Columbia University Press, (ISBN 0-231-03464-4)
  5. (zh) « 田园诗 (« poésie rustique ») », sur Baike.baidu, Pékin,‎ (consulté le )
  6. (zh) « 田园诗 (poésie rustique) », Pékin,‎ (consulté le )
  7. (zh) 陳貽焮 (Chén Yíxīn), 唐詩論叢•孟浩然詩選•後記 (Essais sur la poésie des Tang – Sélection des poèmes de Meng Haoran – Postface)
  8. (zh) 有关于山水田园的古诗 (Poèmes anciens sur les paysages et la vie champêtre)
  9. (zh) 试论田园诗与山水诗的区别 (Essai sur la différence entre la poésie pastorale et la poésie paysagère)
  10. (zh) 山水田园诗概述 (Présentation générale de la poésie de paysages et de champs)
  11. (zh) 曾大兴 (Zeng, Daxing), 大兴说唐诗 (Paroles sur la poésie Tang),‎ , p. 39-40
  12. (zh) 王西兰 (Wang Xilan), « 诗国古蒲州 (Le pays poétique de l’ancien Puzhou) », 山西文学 (Littérature du Shanxi), Yongji : Bureau du gouvernement populaire de la ville de Yongji,‎
  13. (zh) Yip Wai-lim, Chinese Poetry: An Anthology of Major Modes and Genres, Durham and London, Duke University Press, (ISBN 0-8223-1946-2)
  14. (zh) 点景人物”于王维山水田园诗的意义及影响 (La signification et l’influence des « personnages ponctuant le paysage » dans la poésie de paysages et de champs de Wang Wei)
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