Ahmès-Néfertary
| Ahmès-Néfertary | ||||||||||||||
Statuette d'Ahmès-Néfertary divinisée conservée au musée du Louvre. | ||||||||||||||
| Nom en hiéroglyphe |
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| Transcription | Jˁḥ-ms-Nfr.t-jry | |||||||||||||
| Période | Deuxième Période intermédiaire-Nouvel Empire | |||||||||||||
| Dynastie | fin de la XVIIe, début de la XVIIIe dynastie | |||||||||||||
| Fonction principale | reine d'Égypte | |||||||||||||
| Famille | ||||||||||||||
| Grand-père paternel | Senakhtenrê Iâhmes ? | |||||||||||||
| Grand-mère paternelle | Tétishéri | |||||||||||||
| Grand-père maternel | Senakhtenrê Iâhmes ? | |||||||||||||
| Grand-mère maternelle | Tétishéri | |||||||||||||
| Père | Seqenenrê Tâa | |||||||||||||
| Mère | Iâhhotep Ire | |||||||||||||
| Conjoint | Ahmôsis Ier | |||||||||||||
| Enfant(s) | ♂ Amenhotep Ier ♂ Ahmosé-Ânkh ♀ Ahmès-Mérytamon ♂ Siamon ? ♀ Ahmès-Satamon ? |
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| Fratrie | ♂ Ahmosé-Sipair ♂ Ahmôsis Ier ♀ Ahmès-Nebetta ♀ Ahmès ♀ Ahmès-Hénouttamehou ♀ Ahmès-Témourisy ♀ Ahmès-Mérytamon ? ♀ Ahmès-Hénoutemipet ? ♂ Tjouiou ? ♂ Binpou ? ♂ Ouadjkheperrê Kames ? |
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| Sépulture | ||||||||||||||
| Type | Tombeau | |||||||||||||
| Emplacement | Tombeau initial à Dra Abou el-Naga (TT ANB ?) déplacé dans la tombe DB320 à Deir el-Bahari |
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| Date de découverte | 1914 (si TT ANB) 1881 (DB320) |
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| Découvreur | Howard Carter (si TT ANB) Émile Brugsch (DB320) |
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| Objets | Fragment de statue, fragments de vases en pierre (si TT ANB) Sarcophage en bois décoré et peint, vases canopes et momie (DB320) |
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Ahmès-Néfertary est l'épouse et probablement la sœur du pharaon Ahmôsis Ier (nom grec de Iâhmes, ou Ahmose), fondateur de la XVIIIe dynastie. Elle est qualifiée de fille royale, sœur royale, grande épouse royale sur les stèle de la donation et stèle de Maasara[Note 1].
Attestations
Attestations contemporaines
Le nom de la reine est composé des deux noms Ahmès et Néfertary ; ce deuxième nom sert en réalité à différencier la multitude d'Ahmès qui composent la famille royale de cette période. La reine a été nommée sur les documents contemporains avec le nom complet Ahmès-Néfertary, uniquement avec le deuxième nom Néfertary, mais aussi, plus rarement, uniquement avec le premier nom Ahmès. Dans le corpus documentaire, seuls les titres de la reine permettent de la distinguer de ses homonymes[1].
La reine est l'un des personnages les mieux attestés de la période, à la fois par des documents contemporains et posthumes. Parmi les documents les plus anciens, dont la datation est basée sur l'orientation du signe de la Lune, qui change entre l'an 18 et l'an 22 du règne de Ahmôsis Ier[2], on trouve[3],[4] :
- le plus ancien est peut-être la statue posthume d'Ahmosé-Sipair conservée au Musée du Louvre (Ε 15682) ; la statue mentionne en effet deux princesses, nommées respectivement Ahmès l'aînée et Ahmès la cadette ; l'identification de ces deux Ahmès parmi les enfants d'Iâhhotep Ire et Seqenenrê Tâa ne sera sans doute jamais résolue, même si Michel Gitton propose de voir en Ahmès-Néfertary l'une d'elle sur la base du rang qu'elle aura au sein de la famille royale par la suite,
- une main d'ivoire, conservée au Musée égyptologique de Turin (inv. 6921), est inscrit au nom de l'« épouse du dieu Ahmès », le nom étant inscrit dans un cartouche,
- le fragment de statue ou de stèle qui mentionne la présentation de dons funéraires à la « sœur du roi et épouse du dieu Ahmès » (nom sans cartouche) ; le document, conservé au Musée égyptien du Caire (CG 34159), a été découvert à Dra Abou el-Naga.
Cependant, ces documents pourraient appartenir à une autre femme de la famille royale nommée Ahmès et qui serait décédée pendant la première première partie du règne d'Ahmôsis Ier[5]. Les documents les plus sûrement attestés de la reine sont les suivants :
- la stèle de la donation, découverte dans le temple d'Amon-Rê à Karnak, montre la reine, le roi Ahmôsis Ier et leur fils Ahmosé-Ânkh ; ce document indique qu'elle a été à un moment donné deuxième prophète d'Amon ; elle y porte les titres de « fille du roi, sœur du roi, grande épouse royale, épouse du dieu Ahmès-Néfertary »,
- la tombe TT15 du maire de Thèbes Tétiky, daté entre l'an 18 et l'an 22 ; la reine y est représentée sur le tympan au-dessus de l'entrée de la chapelle en train de rendre un culte à Hathor, maîtresse d'Iounyt ; la figure de la reine est accompagnée de la légende « fille du roi, sœur du roi, épouse du roi, épouse du dieu Néfertary », le nom étant inscrit dans un cartouche.
Parmi les documents datés de la fin du règne d'Ahmôsis, on trouve :
- deux stèles érigées en l'an 22 dans les carrières de calcaire d'El-Maasara ; elles attestent de la réouverture de ces carrières à la fin du règne, permise par la réunification égyptienne ; le cintre des stèles montre le cartouche du roi, mais aussi celui de la reine (fait rare), or la titulature de la reine est beaucoup plus développée que celle du roi (fait également très rare), ce qui tend à montrer qu'elle a dû jouer un grand rôle dans la réouverture de ces carrières[6] ; elle y est mentionnée en tant que « fille du roi, sœur du roi, le souverain, épouse du dieu, grande épouse royale, maîtresse des Deux Terres Ahmès-Néfertary » pour l'une des stèles et « fille du roi, sœur du roi, épouse du dieu, grande épouse royale, mère du roi[Note 2], maîtresse des Deux Terres au complet Ahmès-Néfertary »[7],[8],
- une inscription très lacunaire dans la carrière de Bosra près d'Assiout ; elle y est mentionnée en tant qu'« épouse du dieu, grande épouse royale Ahmès-Néfertary »[9],[8],
- la stèle érigée par Ahmôsis Ier pour sa grand-mère Tétishéri, dans le cénotaphe qui lui a fait construire à Abydos ; la stèle est aujourd'hui conservée au Musée égyptien du Caire (CG 34002) ; la reine y est mentionnée en tant que « noble dame, grande par la faveur, grande par la douceur, fille du roi, sœur du roi, épouse du dieu, grande épouse royale »[9],[10],
- deux documents découverts sur l'île de Saï : un bloc de grès mentionnant la « grande épouse royale, unie à la couronne blanche, Ahmès-Néfertary », et une statue (Musée national du Soudan, inv. 443) en grès de l'« épouse du dieu, grande épouse royale, unie à la couronne blanche, ... » (si le nom dans le cartouche est détruit, la similitude des titres et le contexte invitent à penser qu'il s'agit d'Ahmès-Néfertary) ; si aucune date n'est donnée, l'absence du titre de « mère du roi » invite à penser qu'il s'agit de la fin du règne d'Ahmôsis[11].
Concernant le règne de son fils Amenhotep Ier, parmi les documents la mentionnant, on trouve :
- une statue de la déesse Mout assise découverte dans le temple de Mout à Karnak, réalisée probablement au début du règne d'Amenhotep Ier ; la déesse tient sur ses genoux le roi Amenhotep Ier ; deux personnages féminins sont représentés sur les côtés du siège ; sur le côté droit se trouve la reine Ahmès-Néfertary qualifiée d'« épouse du dieu et de grande épouse royale » tandis que sur le côté gauche se trouve la princesse Satamon accompagnée de la mention « fille du roi, sœur du roi, épouse du dieu Satamon » avec son nom écrit dans un cartouche[12],[13],
- la stèle de Qasr Ibrim de l'an 8 d'Amenhotep Ier et conservée au British Museum (BM EA 1422) ; le roi est accompagné de deux reines : la « mère du roi » Ahmès-Néfertary et la « fille du roi, sœur du roi, épouse du dieu, épouse du roi » Ahmès-Néfertary ; cependant, ce second nom, tout comme celui du roi, a en réalité été regravé après une première destruction, probablement à l'époque amarnienne, lorsque le pouvoir décidé de détruire de nombreuses inscriptions au nom du dieu Amon ; ainsi, il est très probable que ce second nom était en réalité celui d'Ahmès-Mérytamon[14],[15],
- un relief en calcaire fin d'une scène rituelle provenant d'une construction de son fils dont plusieurs fragments ont été découverts dans la cachette de Karnak ; sur le registre supérieur montre deux prêtres dont les pieds baignent dans un bassin, représentant le rite de purification qui précédait l'accès au temple, tandis que le registre inférieur représente trois officiants marchant l'un derrière l'autre effectuant le rite d'entrée dans le temple ; le troisième de ces officiant est l'« épouse du dieu Ahmès-Néfertary » ; la reine effectuait donc les rites associés à son titre d'épouse du dieu[16],
- un panneau d'offrande lacunaire provenant du temple d'Amon-Rê à Karnak et sur lequel le nom de la reine est mentionnée[17],
- le petit temple qu'Amenhotep Ier a fait ériger pour sa mère à Gournah[18],
- un petit monument à caractère funéraire situé sur ce qui est aujourd'hui l'emplacement de la terrasse médiane du temple des millions d'années d'Hatshepsout à Deir el-Bahari ; le nom de la reine apparaît sur plusieurs dizaines de briques crues[19],
- la tombe TT ANB située à Dra Abou el-Naga, dans laquelle de nombreux objets mentionnent la reine et Amenhotep Ier[20].
Concernant le règne de Thoutmôsis Ier, plusieurs documents attestent de son rôle dans la passation du pouvoir entre son fils Amenhotep Ier et (son parent ?) Thoutmôsis Ier :
- les stèles de couronnement du roi[Note 3], les stèles montrent la reine accompagnant le roi Thoutmôsis Ier et son épouse Ahmès[21],
- des vases au nom de la reine retrouvés dans la tombe KV20 et qui devait faire partie du trousseau funéraire du roi, don de la part de la vieille reine au nouveau dirigeant[21],
- une stèle de Deir el-Bahari d'un prêtre nommé Néfer qui rappelle que son père « est un homme auprès duquel le ka (du roi) s'est apaisé lorsque l'épouse royale Ahmès-Néfertary, justifiée auprès du grand dieu, seigneur de l'Occident, est montée au ciel » ; ce texte montre que le roi Thoutmôsis Ier a eu de la peine lors de la mort de la souveraine, démontrant ainsi la proximité entre les deux[14],
- une statue colossale de la reine érigée dans la cour entre les IVe et Ve pylônes du temple d'Amon-Rê à Karnak ; l'épouse du dieu Ahmès-Néfertary est qualifiée de « juste de voix », montrant ainsi qu'elle était décédée[22].
La reine est également citée dans les documents de la cachette TT320 :
- le cercueil de la nourrice de l'« épouse du dieu Ahmès-Néfertary » Rai (Caire, CG 61004)[23],
- les vases canopes de l'« épouse du dieu, épouse du roi, mère du roi Ahmès-Néfertary » (Caire, JE 26255)[24],
- le cercueil de la « fille du roi, sœur du roi, épouse du dieu, grande épouse du roi, unie à la couronne blanche, mère du roi Ahmès-Néfertary » (Caire, CG 61003) ; elle contenait une momie de femme sans inscription mais qui devait être la sienne[25].
La reine est également citée par de nombreux autres documents :
- un fragment de bas-relief conservé au musée du Louvre (E 11232) ; la reine y est représentée tenant le collier ménat et portant une épaisse perruque tripartite surmontée d'un mortier[26],
- un bloc de granit découvert dans la cachette de Karnak et conservé au Musée égyptien du Caire (sans numéro d'inventaire)[Note 4],[27],
- Michel Gitton dénombrait déjà en 1981 près de 136 petits objets (très majoritairement des sceaux-scarabées, mais aussi des perles, des sceaux-cylindres, une bague, etc.) qui sont au nom de la reine ; si un certain nombre ne porte aucun titre, la majorité (83 objets) associe le nom de la reine à un ou deux titres : « épouse du roi », « grande épouse royale », « unie à la couronne blanche », « mère du roi », « fille du roi et sœur du roi » mais surtout, et de très loin (71 objets) le titre d'« épouse du dieu » ; ce nombre est probablement associé à la « maison de l'épouse du dieu », institution dont le personnel devait être numériquement important[28],
- un revêtement d'ivoire d'un coffret ayant appartenu au temple de Montou à Karnak[29],
- deux manches de sistre[30],
- cinq contrepoids de collier ménat, qui sont des plaquettes de faïence bleu-vert, d'une quinzaine de centimètres de long, percées en haut de deux trous pour attacher les rangées de perles[30],
- une coupe émaillée à décor floral, découverte à Abydos et conservée à Copenhague (AIN. 1600) ; d'autres exemplaires, anépigraphes ou fragmentaires, ont été découverts dans des monuments de la période (dans la tombe TT ANB, dans la chapelle d'Hathor du temple des millions d'années d'Hatchepsout à Deir el-Bahari) ; ces coupes pourraient être liées au culte d'Hathor et destinées à l'offrande du lait et du fromage blanc[31],
- plusieurs exemplaires d'un type de vase typique de la XVIIIe dynastie portant le nom et les titres de la reine ; il s'agit de vases en pierre, de forme pansue avec un col, et décorés sur le flanc d'une étiquette carrée dans le nom et les titres en question ; on trouve[32] :
- un fragment en albâtre trouvé dans la chapelle d'Hathor de Sarabit al-Khadim,
- des fragments en albâtre et diorite trouvés dans la tombe TT20 datée du milieu de la XVIIIe dynastie,
- près de huit vases en albâtre provenant de la tombe TT ANB.
Attestations ultérieures
La reine est également citée dans de très nombreux documents posthumes liés au culte dont elle était l'objet avec son fils Amenhotep Ier ; les chiffres suivants correspondent à l'étude de Michel Gitton en 1981, chiffres d'une étude qu'il avoue ne pas être exhaustive[33] :
- près de 99 stèles, allant du règne de Thoutmôsis III au début de la XXIe dynastie ; à l'exception de quelques stèles provenant d'Abydos, le reste des stèles proviennent de Thèbes (Karnak et nécropole thébaine) ; sur près de la moitié des stèles examinées, la reine apparait avec son fils Amenhotep Ier, et sur sept d'entre elles avec son époux Ahmôsis Ier[34],
- des décors muraux de près de 49 tombes thébaines du Nouvel Empire ; elle est représenté souvent mais pas systématiquement avec son fils parmi les dieux de l'Au-delà et avec les dieux de Thèbes, notamment Hathor[35],
- près de 14 statues de particuliers du Nouvel Empire, qui mentionnent la reine sur le dossier ou la représentent sur le côté[36],
- près de 15 tables d'offrandes, autels ou bassins de particuliers de l'époque ramesside ; le but de ces éléments est de porter des offrandes à la reine et son fils ainsi qu'aux dieux de la nécropole thébaine[37],
- des éléments de matériel funéraire de la toute fin de la XXe dynastie et de la XXIe dynastie[38],
- près de 20 statuettes votives de la reine, dont une où elle est représentée avec son fils, ainsi que trois statuette d'Amenhotep Ier sur lesquelles son nom est simplement inscrit ; ces statuettes proviennent toutes de Thèbes (Karnak et nécropole thébaine)[39],
- près de 22 éléments architecturaux de temples de la nécropole thébaine et des relief des temples de Karnak, datés surtout de l'époque ramesside[40],
- des éléments architecturaux d'une ou de plusieurs chapelles dédiées au culte d'Ahmès-Néfertary et de son fils Amenhotep Ier à Deir el-Médineh[41],
- quatre graffiti, deux de Karnak et deux de la nécropole thébaine, ainsi que trois ostraca, provenant de la nécropole thébaine, qui représentent tous la reine[42],
- des ostraca et papyrus administratifs (12), des lettres (6) et des compositions rituelles (7), démontrant comment le culte de la reine est imbriquée dans la vie thébaine[43],
- une douzaine de scarabées et autres petits objets[42].
Généalogie

Ahmès-Néfertary est née du roi Seqenenrê Tâa et de la grande épouse royale Iâhhotep Ire. Elle épouse son frère après l'an 18 (date de la stèle du Musée August-Kestner à Hanovre, inv. 1935.200.209)) et avant l'an 22 (date de la stèle d'El-Maasara)[44]. Elle lui survit, traversant le règne de son fils et successeur Amenhotep Ier, et présente encore aux côtés de la reine Ahmès, épouse de Thoutmôsis Ier (laquelle n'était ni sa fille ni sa petite-fille, mais vraisemblablement une parente)[45].
La reine a au moins trois enfants de son frère et époux Ahmôsis Ier : Ahmosé-Ânkh[Note 5], né avant l'an 22 (stèle de la donation) et sans doute mort en bas âge[46], ainsi que le roi Amenhotep Ier[47] et la grande épouse royale Ahmès-Mérytamon[48].
Deux autres enfants sont donnés à Ahmôsis Ier : Ahmès-Satamon[49] et Siamon[50]. Tous les chercheurs ne sont pas d'accord pour attribuer ces enfants royaux à la reine : Thierry Stasser considère en effet que ces deux enfants royaux sont ceux d'une précédente épouse d'Ahmôsis, la reine Ahmès-Satkamosé[51] ; Christophe Barbotin considère quant à lui qu'Ahmès-Satamon est la fille d'Ahmès-Néfertary[52], mais ne se prononce pas sur la mère de Siamon ; quant à Aidan Dodson et Dyan Hilton, ils donnent ces deux enfants royaux comme enfants de la reine Ahmès-Néfertary[53].
Biographie
La reine est surtout connue pour être la grande épouse royale d'Ahmôsis Ier. Cependant, du fait du jeune âge du roi lors de son avènement, ainsi que de la princesse Ahmès-Néfertary, il semble qu'elle n'était qu'une « épouse du dieu » pendant la première partie du règne. Toutefois, les premières attestations d'une épouse du dieu nommée simplement Ahmès pourraient ne pas lui appartenir, comme le soutient Thierry Stasser, qui y voit une autre femme de la famille royale, décédée dans la première partie du règne[51]. Le débat n'est pas clos[54].
Toujours est-il que la princesse, mariée ou non, devient l'épouse du dieu à un moment donné du règne, ainsi que deuxième prophète d'Amon. Il semble qu'elle ait réellement exercée cette charge sacerdotale très importante : elle est en effet attestée sur des reliefs du temple d'Amon-Rê à Karnak en train d'exercer cette charge au même titre que d'autres officiants du temple d'Amon. De plus, de très nombreux sceaux montrent que la « maison de l'épouse du dieu Ahmès-Néfertary » montre que cette charge était associé à une institution administrative dont le personnel était numériquement important[55]. Au cours de sa vie, elle a partagé sa charge d'épouse du dieu avec sa fille Ahmès-Mérytamon et sa fille ou belle-fille Ahmès-Satamon[52] (à moins que cette dernière ne soit épouse du dieu avant, comme le soutient Thierry Stasser[51]), ce qui montre que cette charge ne lui était peut-être pas exclusive.
Concernant son rôle de grande épouse royale, la reine semble avoir jouer un rôle important. Elle est en effet citée dans des stèles relatant la réouverture de carrières (notamment les carrières d'El-Masaara et la carrière de Bosra près d'Assiout), fait très rare pour une reine. Ceci tend à montrer que la reine a joué un rôle important dans la réouverture de ces carrières, et qu'elle avait donc un rôle de premier plan dans le gouvernement du pays[8]. Elle a également réorganisé certains cultes, notamment ceux concernant les actes de piété pour les souverains du passé ; ce texte pourrait être l'origine de la piété de la famille royale de cette fin XVIIe et début XVIIIe dynastie[56].
Au décès de son royal époux, c'est son fils Amenhotep Ier qui lui succède. Cependant, son âge le place sous la régence de sa mère. La reine est en effet présente dans beaucoup de réalisation de son fils, qui fait même construire un petit temple à Gournah dédié à son culte, ainsi qu'une autre petit monument funéraire à Deir el-Bahari (le monument sera détruit sous le règne d'Hatchepsout pour la construction de son propre temple des millions d'années)[19].
Enfin, au décès de son fils, c'est encore Ahmès-Néfertary qui joue un rôle important dans la passation du pouvoir, car elle assure le couronnement de Thoutmôsis Ier (probablement un parent), permettant ainsi une légitimation du nouveau roi, qui n'était pas le fils d'Amenhotep Ier, mais probablement un parent. Ce rôle est ainsi mis en scène dans les stèles de couronnement du nouveau souverain en Nubie[57]. La découverte de vases au nom de la reine dans le matériel funéraire du nouveau roi, la statue qui lui a dédiée dans le temple de Karnak, ainsi que la stèle Néfer qui mentionne la peine du roi suite au décès de la souveraine, montrent le lien qui unissait ces deux personnages[57].
Sépulture
La sépulture initiale de la reine n'est pas connue avec certitude. La tombe TT ANB, située à Dra Abou el-Naga, soit la nécropole des rois de la XVIIe dynastie, lui a parfois été attribuée. En effet, un certain nombre de fragments vases en pierre au nom de la reine, de son époux Ahmôsis Ier et de leur fils Amenhotep Ier y a été découvert. Cependant, cette attribution n'est pas certaine[58].
Ses restes furent découverts dans la tombe cachette DB320 de Deir el-Bahari, où elle avait été enterrée de nouveau après que des prêtres eurent découvert sa tombe violée par des pillards. Son sarcophage est un monumental cercueil de style rishi, de près de trois mètres de longueur, la représentant la tête couverte par une lourde perruque et coiffée d'une couronne à deux hautes plumes, caractéristiques de son rôle de « grande épouse royale » et d'« épouse du dieu », les bras croisés et tenant dans ses mains deux signes Ânkh[23],[59].
Postérité
Au décès de la reine, son prestige est telle qu'elle et son fils Amenhotep Ier deviennent les « saints patrons » de la nécropole thébaine, avec une barque sacrée qui était sortie lors des processions liées aux grandes fêtes.
Elle sera adorée comme une divinité dans un culte funéraire de Thèbes jusqu'à l'époque du grand prêtre d'Amon Hérihor (1080-1074) au début de la XXIe dynastie. Ahmès-Néfertary sera particulièrement vénérée à Deir el-Médineh, par les « artisans de la tombe », ouvriers chargés de creuser et de décorer les tombes royales du Nouvel Empire. Célébrée comme l'ancêtre bienfaisante des dynasties suivantes, elle est représentée avec les mêmes attributs qu'une déesse. Elle est notamment assimilée à Isis et Hathor.
Noms, titres et épithètes
Dans le culte funéraire, la reine est le plus souvent nommée Ahmès-Néfertary, plus rarement Néfertary ; la graphie des deux noms a pu varier au cours du temps[60]. Il est à noter que le nom de la reine est très souvent accompagnée des titres « (grande) épouse royale », « épouse du dieu (d'Amon) », « maîtresse des Deux Terres » et « mère du roi », mais jamais « fille du roi » et « sœur du roi »[61].
Son nom est souvent accompagné d'épithèses, comme « on se réjouit de tout ce qui sort de sa bouche », « la plus belle à contempler », « dont la beauté contente le dieu » ou encore « celle qui entend les prières ». Ces épithètes servent à décrier les qualités idéales de la reine et ont été progressivement développées au fil du temps au Nouvel Empire ; aucun monument contemporain n'atteste de ces épithèses sur les documents contemporains de la reine[62].
Représentations

La coiffure habituelle de la reine est une perruque tripartite, le plus souvent couverte d'une « dépouille de vautour » et surmontée d'un « mortier » qui sert de support à deux hautes plumes (qui sont omises en cas de manque de place), légèrement différentes de celles d'Amon. Un disque solaire est parfois représentée à la base des plumes. Cette coiffe existait déjà à la XIIIe dynastie et il est probable qu'elle l'ait portée, même si aucun document contemporain de la reine ne l'atteste[63].
Hormis les scènes où elle est représentée en train de faire un rituel particulier, toujours très codifié, la reine est le plus souvent représentée avec le chasse-mouche dans la main gauche ramenée sur la poitrine, et le signe ânkh ou parfois une fleur dans la main droite. Elle peut aussi être représentée les mains libres ou avec une main sur l'épaule de son fils Amenhotep Ier quand ce dernier l'accompagne. Hormis ces représentations des reines plutôt traditionnelles, la reine peut être représentée avec le sceptre héqa ou le nekhekh, symboles du roi par excellence, ou alors le collier ménat et/ou le sistre, symboles hathoriques[64].
La reine est habillée le plus souvent avec le vêtement traditionnel des déesses, c'est-à-dire d'une robe fourreau descendant jusqu'aux chevilles et laissant les seins nus ; des bijoux agrémentent également sa tenue. La robe est en général rouge quand elle est représentée avec la peau foncée, et verte quand elle est figurée avec la peau claire. La robe peut également être parée d'une ceinture jaunes ou gaufrées, ou bien de bandes horizontales et de rosaces. La robe fourreau peut également être remplacée par une robe ample transparente et évasée vers le bas, avec ou sans châle, avec ou sans ceinture, etc. Ces variations permettent de rapprocher Ahmès-Néfertary des autres reines et de la distinguer des déesses proprement dites[65].
Si la couleur de peau des représentations de la reine est systématiquement claire de son vivant, elles sont majoritairement, mais pas systématiquement, noires dans les représentations de son culte posthume, dont la plus ancienne attestation semble dater au plus tôt de Modèle:Thoutmôsis IV. On trouve également parmi les couleurs le bleu-noir, le rouge foncé, le rose et le doré[66].
On peut donner comme exemple le décor de la tombe TT113 de Kinebou (Kj-nbw), prêtre dans le temple du roi Thoutmôsis IV sous le règne de Ramsès VIII, où on reconnaît Ahmès-Néfertary — divinisée après sa mort — vêtue d'un manteau de lin blanc, ceinturé d'une étoffe rouge et noire à motifs[67].
Lieux de culte
Le culte de la reine était concentré en quelques endroits ; en effet, à l'exception d'Abydos, il se trouve uniquement à Thèbes : en deux points de Karnak (aux alentours du VIe pylône du temple d'Amon-Rê et dans un petit sanctuaire, aujourd'hui détruit, à Karnak-Nord) ; à Deir el-Médineh, dans une chapelle probablement nommée Hout-ka[68], et le nord de la nécropole thébaine, notamment dans un petit temple nommé Hori-hor-Amon probablement situé juste à côté du temple de Séthi Ier[69], et dans le petit temple à Gournah nommé Men-sout[70]. Dans ce dernier temple, elle bénéficie d'une culte important et indépendant de celui de son fils Amenhotep Ier ; elle devait y être vénérée sous la forme d'une grande statue de bois bitumée, origine probable de la représentation de la reine avec une peau noire[71].
Le culte de la reine la considère souvent comme l'ancêtre par excellence, mère d'une « famille nombreuse ». On le voit dans les listes de personnages royaux du Nouvel Empire, se concentrant particulièrement sur les membres du tout début du Nouvel Empire, comme dans la tombe TT2 ou encore la tombe TT359. Cette forme de culte est attestée de la fin de la XVIIIe dynastie au début de la XXIe dynastie. A Deir el-Médineh, il semble que son culte soit cette fois subordonnée à celui de son fils. En effet, c'est lui a fondé le village des artisans, et c'est en tant que mère de ce souverain qu'elle bénéficie de ce culte[72].
Une autre forme du culte attestée à Thèbes est celui de prêtresse. En effet, l'«épouse du dieu » intervient souvent comme intermédiaire, intercédant pour les vivants auprès des dieux. Un bonn exemple est une scène de Karnak sur laquelle la reine, figurée en petit entre Amon et le roi, présente les instruments de musique au dieu pour bien le disposer en faveur du roi. Ce rôle de prêtresse était si important dans le culte que le titre en est devenu un nom propre dans le village de Deir el-Médineh, et ce dès la XVIIIe dynastie[73].
Sur les scènes la représentant, la reine est également l'objet d'un culte envers un groupe de dieux, cutlte parfois pratiqué par elle-même. Ce groupe de dieux peut être la triade thébaine, les dieux de Thèbes, les dieux funéraires, les dieux de Haute-Égypte. Le trait particulier de ce culte est qu'elle est présentée en tant que déesse-fille, comme peuvent l'être Hathor et Maât : elle est présentée comme « fille de Rê » et considère Amon comme son « père ». Ses représentations la rapprochent d'ailleurs d'Hathor. Quant aux épithètes qui l'accompagnent, elles correspondent souvent à celles utilisées pour Hathor et Mout[74].
Notes et références
Notes
- ↑ Conservée au British Museum.
- ↑ Amenhotep Ier
- ↑ Une a été découverte au Ouadi Halfa (Le Caire, CG 34006) et devait provenir de Bouhen (Berlin, 13725) ; une autre a été découverte à Kouban, et une dernière à Assouan.
- ↑ Le texte inscrit sur ce bloc semble faire allusion à un décret royal qui récompense ceux qui accompliront des actes de piété pour les souverains du passé. Cet acte serait l'érection d'une stèle en un certain point du temple d'Amon-Rê, leur garantissant les faveurs d'Amon-Rê. Le texte s'achève par une promesse de réciprocité, s'ils récitent une prière pour l'« épouse du Dieu » Néfertary. Ce texte pourrait être l'origine de la piété de la famille royale de cette fin XVIIe dynastie et début XVIIIe dynastie (Gitton 1981, p. 106-107).
- ↑ Un grand nombre de spécialistes associent ce prince avec Ahmosé-Sipair, qui pourrait cependant être un autre prince de ce nom, frère d'Ahmosis et d'Ahmès-Néfertary, plutôt que leur fils (Vandersleyen 2005).
Références
- ↑ Gitton 1981, p. 5.
- ↑ Barbotin 2008, p. 69.
- ↑ Gitton 1981, p. 6-12 et 104.
- ↑ Stasser 2002, p. 23-25.
- ↑ Stasser 2002, p. 23.
- ↑ Barbotin 2008, p. 94-96.
- ↑ Gitton 1981, p. 12-13.
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Voir aussi
Articles connexes
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