Ahmosé-Sipair

Ahmose-Sipair
Image illustrative de l’article Ahmosé-Sipair
Statue d'Ahmosé-Sipair - Musée du Louvre.
Nom en hiéroglyphe
iaHmssG39Z1pAD4
Transcription Ỉˁḥms Sȝpȝỉr
Période Deuxième Période intermédiaire
Dynastie fin de la XVIIe dynastie
Famille
Grand-père paternel Senakhtenrê Iâhmes ?
Grand-mère paternelle Tétishéri
Grand-père maternel Senakhtenrê Iâhmes ?
Grand-mère maternelle Tétishéri
Père Seqenenrê Tâa
Mère Iâhhotep Ire
Fratrie ♂ Ahmôsis Ier
♀ Ahmès-Néfertary
♀ Ahmès-Nebetta
♀ Ahmès
♀ Ahmès-Hénouttamehou
♀ Ahmès-Témourisy
♀ Ahmès-Mérytamon ?
♀ Ahmès-Hénoutemipet ?
♂ Tjouiou ?
♂ Binpou ?
Sépulture
Nom DB320
Type tombe
Emplacement Deir el-Bahari
Date de découverte 1881

Ahmosé-Sipair[Note 1] est un prince de la fin de la XVIIe dynastie égyptienne. Il est probablement le fils du roi Seqenenrê Tâa et de la reine Iâhhotep Ire, et le frère d'Ahmôsis Ier, fondateur de la XVIIIe dynastie. Il meurt encore jeune, avant son père, mais sa statue conservée au Louvre, ainsi que de nombreuses stèles et représentations dans des tombes, attestent qu'il reçut un culte important dans la région thébaine durant tout le Nouvel Empire, dépassé seulement par celui rendu à Amenhotep Ier et sa mère Ahmès-Néfertary divinisés.

Une statue de ce prince Ahmosé est conservée au Musée du Louvre[1]. Les inscriptions qui y figurent[2] forment une demande de la part de son père le roi Tâa et de sa famille proche[Note 2] pour une aide dans l'au-delà. Ce type de coutume privée[Note 3] est rare dans la statuaire royale, voire unique de la part d'un roi envers son fils[3], et atteste du culte populaire rendu au prince, bientôt surnommé Sipaïr[Note 4].

Généalogie

Parents

La place du prince Ahmosé-Sipair dans la généalogie royale de la période charnière entre les XVIIe et XVIIIe dynasties fut longtemps incertaine, et reste encore aujourd'hui un sujet de débat. Son identification avec la statue du Louvre E 15 682, confirmée dans de récents travaux[4],[5], ainsi que la représentation de cette statue sur plusieurs stèles dédiées au culte de Sipair, l'identifient comme un fils de Seqenenrê Tâa, né de la grande épouse royale Iâhhotep Ire[6].

Autrefois considéré comme un fils d'Ahmôsis, cette opinion est encore partagée par certains spécialistes, qui l'assimilent à un autre prince Ahmosé, dit Ahmosé-Ânkh, ayant vécu à la génération suivante[7],[Note 5].

Descendance

Au vu de l'importance exceptionnelle de ce prince, on a également proposé de voir en lui le père possible de Thoutmôsis Ier[6], mais cette assertion, qui suppose qu'il ait atteint l'âge adulte, n'est qu'une hypothèse peu étayée. Une inscription assez énigmatique pourrait appuyer cette hypothèse ; elle se trouve sur la face nord du huitième pylône du temple de Karnak, et sa dernière partie se lit comme suit :

« L'Horus d'Or : Celui qui est beau dans l'âge, donnant vie aux cœurs. Le fils royal d'un fils royal, celui prédestiné par Amon... lorsqu'il prendra possession de son sceptre royal en tant que roi, exerçant son autorité sur le Rekhit à la tête... avec les dieux. Le roi de Haute et Basse-Égypte, Âakhéperkarâ (Thoutmôsis Ier). »

Si l'interprétation de l'inscription est correcte, Thoutmôsis Ier pourrait être le fils de ce prince royal, ce qui éclaircirait en grande partie l'origine de ce roi, encore sujette à débat aujourd'hui[8].

La mystérieuse momie JE 26217

Pour bien comprendre la véritable histoire d'Ahmosé-Sipair, il faut évoquer la mystérieuse momie JE 26217, désormais connue sous le nom d'« Homme Anonyme », découverte par Émile Charles Albert Brugsch en 1881, avec de nombreuses autres, dans la cachette DB320 à Deir el-Bahari. Initialement, on l'identifia comme celle du prêtre-roi Pinedjem Ier de la XXIe dynastie, car elle fut trouvée dans un sarcophage portant une nouvelle inscription à son nom. Cependant, Gaston Maspero remarqua que le sarcophage avait appartenu à Thoutmôsis Ier. La ressemblance physique frappante avec les momies de Thoutmôsis II et Thoutmôsis III semblait confirmer cette identification.

Des recherches plus récentes ont révélé que la momie est celle d'un homme mort entre 25 et 35 ans d'une blessure par flèche à la poitrine. Ces nouvelles données excluent la possibilité que le corps soit celui de Thoutmôsis Ier, décédé à un âge avancé et de mort pacifique[9]. Compte tenu des caractéristiques de la momification, qui correspondent à celles d'une momie royale de la XVIIIe dynastie, et du fait que les bras ne sont pas croisés sur la poitrine (comme c'est généralement le cas pour les rois), les spécialistes Salima Ikram et Aidan Mark Dodson désignèrent alors Ahmosé-Sipair comme le candidat le plus probable pour identifier cette momie. Ce prince constituerait ainsi le chaînon manquant de la chaîne de succession, reliant les rois Ahmôsis Ier et Thoutmôsis Ier par un lien de sang.

Le fait que Thoutmôsis Ier ait gardé ses origines secrètes pourrait s'expliquer par le fait que sa mère était Dame Séniséneb, une des nombreuses habitantes du harem, sans sang royal. Son fils l'aurait réhabilitée une fois sur le trône. Cependant, le monarque ne mentionne même pas le nom de son père dans aucun monument, peut-être parce qu'il n'était pas nécessaire de justifier sa lignée paternelle, qui était certainement connue de tous.

Cependant, cette théorie ne peut tenir que si la momie du très jeune prince Sipair[Note 6] découverte dans la cachette DB320 n'appartient pas au prince Ahmosé-Sipair.

Sépulture

La localisation initiale de sa tombe, à Dra Abou el-Naga, est perdue, mais elle était toujours connue durant l'inspection des tombes sous la XXe dynastie, mentionnée sur le papyrus Abbott. Lors des fouilles menées par l'égyptologue Herbert Eustis Winlock à Dra Abou el-Naga, des fragments d'une inscription portant le nom d'Ahmosé-Sipair furent découverts sur un pyramidion près d'une structure. L'attribution précise de cette structure, pyramide de Ouadjkheperrê Kames ou pyramide d'Ahmosé-Sipair, demeure incertaine. Sa particularité la plus remarquable réside dans l'écriture inhabituelle du hiéroglyphe lunaire : le mot égyptien ancien Iâh (lune) y était représenté par un croissant de lune inversé, figuré comme une barque, avec un point à l'intérieur. Ce n'est qu'entre la XVIIIe et la XXIIe année du règne d'Ahmôsis Ier que la représentation traditionnelle ultérieure fut introduite.

Grâce à cette forme particulière, la construction du pyramidion et de la pyramide associée peut être datée d'avant la XXIIe année du règne d'Ahmôsis Ier. Cependant, il reste difficile de déterminer avec certitude si son achèvement se situe durant ce règne, la fin de la XVIIe dynastie étant également une possibilité. L'égyptologue Claude Vandersleyen confirme les observations de Winlock selon lesquelles les restaurations ultérieures de la pyramide associée s'inscrivent dans le contexte de la vénération posthume d'Ahmosé-Sipair. Il situe donc la construction de la pyramide à la fin de la XVIIe dynastie, les tombeaux privés environnants, situés dans la cour orientale, présentant le même cadre chronologique.

Comme beaucoup d'autres, son corps fut ultérieurement déplacé au début de la XXIe dynastie dans la cache de Deir el-Bahari pour le protéger des pilleurs de tombes. Cette cachette, où étaient entreposées de nombreuses momies royales du Nouvel Empire, fut redécouverte officiellement en 1881. Mais c'est le que les savants Grafton Elliot Smith et A. R. Ferguson exhumèrent la momie d'un prince Sipair. Il ne restait que quelques os et fragments du corps. La dentition toujours présente permit d'établir que l'enfant avait cinq ou six ans, et il était en outre circoncis, caractéristique inhabituelle pour son âge[10]. Le corps était dans un cercueil d'enfant en bois de sycomore[Note 7] datable de la XVIIIe dynastie, sans doute utilisé en réemploi[11], mesurant 1,22 mètre de long[12]. Si cette momie appartient bien au prince, alors cela exclut tout lien entre lui et Thoutmôsis Ier.

Culte funéraire

Ouadjkheperrê Kames et Ahmosé-Sipair ont reçu de nombreux honneurs posthumes durant le Nouvel Empire. Ahmosé-Sipair est également représenté sur au moins un objet de la XXIe dynastie. Dans le papyrus Abbott, il est désigné comme « roi », en plus de son appellation habituelle de « fils du roi ». Cependant, son nom n'apparaît pas dans un cartouche royal de la galerie ancestrale du tombeau d'Amenmes (KV10).

Photos

Notes et références

Notes

  1. ↑ Ou Ahmès Sapaïr, Ahmosé Sapaïr.
  2. ↑ Son père le roi Seqenenrê Tâa, sa mère la reine Iâhhotep Ire ou sa sœur aînée Iâhhotep, et ses sœurs les princesses Ahmès-l'Aînée et Ahmès-la-Cadette (Dodson et Hilton 2004, p. 124).
  3. ↑ Les « lettres aux morts ».
  4. ↑ Littéralement : Le fils qui agit. Cf. Leblanc 2009, p. 33
  5. ↑ Cet autre Ahmosé est représenté en tant que prince héritier, au côté de sa mère Ahmès-Néfertary sur la « stèle de la donation », où la grande épouse royale reçoit la fonction d'épouse du dieu.
  6. ↑ Momie : Caire CG 61064 ; cercueil : CG 61007.
  7. ↑ Momie : Caire CG 61064 ; cercueil : CG 61007.

Références

  1. ↑ « Statue E 15 682 du Louvre »
  2. ↑ Barbotin 2008, p. 167-168.
  3. ↑ Vandersleyen 2005, p. 14.
  4. ↑ Vandersleyen 2005.
  5. ↑ Barbotin 2008.
  6. Dodson et Hilton 2004, p. 126 et 128.
  7. ↑ Grimal 1988, p. 264.
  8. ↑ Dodson et Hilton 2004, p. 128.
  9. ↑ (en) Lisa Anderson, « Mummy awakens new era in Egypt », Chicago Tribune,‎ (lire en ligne)
  10. ↑ Smith 1912, p. 22-25.
  11. ↑ (en) La momie d'Ahmosé-Sipair.
  12. ↑ Vandersleyen 2005, p. 20.

Bibliographie

  • (en) Grafton Elliot Smith, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire: The Royal Mummies, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, (lire en ligne) ;
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, [détail des éditions] ;
  • Claude Vandersleyen, L'Égypte et la vallée du Nil, t. 2, Presses Universitaires de France, (ISBN 978-2-13-046552-2) ;
  • (en) Aidan Dodson et Dyan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, [détail des éditions] ;
  • Christophe Barbotin, Un intercesseur dynastique à l'aube du Nouvel Empire, Revue du Louvre n°4,  ;
  • Claude Vandersleyen, Iâhmès Sapaïr, fils de Séqénenrê Djéhouty-âa (XVIIe dynastie) et la statue du Louvre E 15 682, Safran, (ISBN 2-87457-002-8) ;
  • Christophe Barbotin, Âhmosis et le début de la XVIIIe dynastie, Pygmalion, (ISBN 978-2-85704-860-2) ;
  • Christian Leblanc, Reines du Nil au Nouvel Empire, La Bibliothèque des Introuvables, .

Voir aussi

  • icône décorative Portail de l’Égypte antique