Groupe aéronaval


Un groupe aéronaval (GAN) — en anglais : Carrier Vessel Battle Group (CVBG) ou Carrier Strike Group (CSG) — est un groupe de combat naval articulé autour d'un porte-avions. Les groupes aéronavals représentent une part importante des capacités de projection de puissance militaire des pays dont les marines sont dotées de porte-avions. Il s'agit d'un « outil militaire qui permet à son détenteur de figurer parmi les grandes puissances »[1].
Historique
Les groupes aéronavals ont été constitués pour la première fois pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils comportaient alors un bien plus grand nombre de bâtiments qu'aujourd'hui. Ce conflit a aussi connu les seules batailles à ce jour entre groupes aéronavals, comme dans la bataille de Midway où le Kidô Butai, la formation aéronavale de la marine impériale japonaise perd quatre porte-avions.
Pendant la guerre froide, leur principal rôle dans un affrontement Est-Ouest était la protection des convois dans l'Atlantique Nord et la destruction, avant sa sortie de la mer de Norvège (barrage GIUK) de la marine soviétique. De son côté, cette dernière avait planifié la destruction des groupes aéronavals occidentaux au moyen de ses nombreux sous-marins et de son importante puissance de feu en missiles antinavires.
Cette utilisation des missiles antinavires contre un groupe aéronaval a également représenté le principal effort de la marine argentine contre la Royal Navy pendant la guerre des Malouines.
Les principaux moments de crises où des groupes aéronavals ont été déployés sont la crise du canal de Suez en 1956, la troisième guerre indo-pakistanaise de 1971, la guerre des Malouines en 1982, la guerre du Liban en 1983, l'intervention militaire de 2011 en Libye et la guerre d'Iran de 2026.
L'US Navy (qui possède 11 porte-avions) déploie en permanence quatre ou cinq groupes aéronavals opérationnels (dans l'océan Atlantique, en Méditerranée, dans l'océan Pacifique, dans l'océan Indien ou dans le golfe Persique).
La Marine nationale française peut mettre en œuvre un groupe aéronaval autour du porte-avions Charles de Gaulle. La Royal Navy et la Marina Militare disposent également d'un groupe aéronaval.
Les marines chinoise et indienne se renforcent, ayant comme projet de constituer plusieurs groupes aéronavals.
Missions
Le groupe aéronaval peut être employé pour différentes missions :
- pour l'attaque d'objectif terrestre avec l'aviation d'assaut embarquée et des missiles de croisière ;
- en protection du trafic commercial ou de convois militaires ;
- en appui et protection d'une opération amphibie ;
- pour établir une supériorité aérienne sur une zone en coopération avec des forces aériennes basées à terre ;
- pour assurer une présence navale dans la gestion politique d'une crise.
- pour faire de la lutte anti-navire
- pour assurer la dissuasion nucléaire
Un groupe aéronaval n'a donc pas une composition prédéterminée ; il est formé et dissous en fonction des circonstances.
Structure d'un groupe aéronaval
Outre le porte-avions et son groupe aérien embarqué (dont la composition dépend également de la mission et qui est appelé Carrier Air Wing aux États-Unis), il comprend en général :
- une escorte contre les menaces aériennes ;
- une escorte contre les menaces sous-marines ;
- un navire ravitailleur pour le ravitaillement en vivres, en combustible des bâtiments à propulsion classique, en carburant aviation et en munitions du porte-avions ;
- un sous-marin nucléaire d'attaque pour la lutte antinavire et anti-sous-marine.
Chine
La Chine prévoit de constituer plusieurs groupes aéronavals. En 2026, les trois porte-avions, le Liaoning, le Shandong et le Fujian, utilisent des destroyers de Type 055 pour la défense aérienne de zone et la lutte anti-sous-marine, des destroyers de Type 052C ou 052D pour la défense aérienne, des frégates de Type 054A pour la lutte anti-sous-marine et anti-navire, un ou deux sous-marins nucléaires d'attaque de Type 093 et un navire ravitailleur de Type 901[2].
Le groupe aérien est formé de :
- 28 Shenyang J-15[3],[4]
- 4 Changhe Z-18F ASM
- 6 Changhe Z-18J AEW
- 2 Harbin Z-9.
Espagne
Le navire amiral, le Príncipe de Asturias, de 1982 à 2013 puis le Juan Carlos I, peut servir de porte-avions. Dans cette configuration, il est accompagné de frégates des classes Santa María et Álvaro de Bazán, équipées du système de combat Aegis. La protection sous-marine est assurée par les sous-marins à propulsion anaérobie (AIP) de la classe Galerna puis Isaac Peral. Son groupe aérien est composé de 12 AV-8B Harrier II, 6 hélicoptères NH90 et 4 hélicoptères CH-47 Chinook.
États-Unis d'Amérique
Dans l'US Navy, une force opérationnelle, appelée Carrier strike group, comprend actuellement :
- un porte-avions nucléaire ;
- un (ou deux) croiseur(s) de la classe Ticonderoga Aegis lance-missiles pour la défense antiaérienne et l'attaque d'objectifs terrestres par des missiles de croisière ;
- deux ou trois destroyers de la classe Arleigh Burke, qui sont polyvalents. Ils sont équipés également du système Aegis ;
- un navire ravitailleur pour le ravitaillement en vivres, en combustible des bâtiments à propulsion classique, en carburant aviation et en munitions du porte-avions ;
- jusqu'à deux sous-marins nucléaires d'attaque pour la lutte antinavire et anti-sous-marine, souvent de la classe Los Angeles ou Virginia ;
- Un Carrier Air Wing (CVW) composé typiquement jusqu'à neuf escadrons.
France
À l'été 1965[5], la Marine nationale française crée le Groupe aéronaval du Pacifique (dit groupe Alfa puis force Alfa) de plus de 3 500 hommes, comprenant sept bâtiments : le porte-avions Foch, et les escorteurs d’escadre Forbin, La Bourdonnais et Jauréguiberry, les pétroliers La Seine et Aberwrach, le bâtiment de soutien Rhin.
La seconde Force Alfa quitte Toulon le pour arriver en Polynésie française le 16 mai. Elle comprend le porte-avions Clemenceau et les avisos-escorteurs Commandant Rivière, Protet, Amiral Charner, Doudart de Lagrée et Enseigne de vaisseau Henry. Quant au groupe aérien, il est composé de douze Alizé de la flottille 9F, de six Étendard IV-M et quatre Étendard IV-P de la 17F et de dix hélicoptères HSS Sikorsky H-34 de la 31F, Alouette II, Alouette III de la 22S et Super Frelon de la 27S.
À la fin des années 1970, les opérations Saphir ont été l'occasion d'un groupe aéronaval autour du Clemenceau ou du Foch vers le golfe d'Aden (jusqu'à dix-sept navires français)[6].
La Marine nationale peut réaliser depuis 2001 le groupe aéronaval suivant :
- le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle ;
- un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) de classe Suffren ou de classe Rubis ;
- deux frégates de lutte anti-sous-marine de Type F70 puis de classe Aquitaine ;
- une ou deux frégates antiaériennes des classes Cassard, Horizon ou Aquitaine dans sa variante FREMM DA (frégate multi-missions à capacité de défense aérienne renforcée) ;
- un bâtiment escorteur polyvalent, habituellement un bâtiment de classe La Fayette ou un navire allié, il occupe souvent un role d'éclaireur en avant du groupe ou entre le groupe et la côte ;
- un pétrolier ravitailleur de classe Jacques Chevallier, ou de classe Durance ;
- Le groupe aérien embarqué :
- Jusqu’à 35 avions de combat Rafale Marine embarqués à bord du porte-avions ;
- Deux avions radars de surveillance type Grumman E-2 Hawkeye embarqués à bord du porte-avions ;
- Deux hélicoptères NH90 et deux Dauphin embarqués à bord du porte-avions en plus de ceux des différents navires[7].
- Un avion de renseignement et de lutte anti-sous-marine de type Atlantique 2 (ATL2).
Inde
La marine indienne a exploité tous les types de porte-avions, notamment le Vikrant de 1961 à 1997, configuré en CATOBAR, le Viraat de 1986 à 2017, configuré en STOVL, et le Vikramaditya de 2013 et le Vikrant de 2022 configurés en STOBAR.
La marine indienne opère ainsi des groupes aéronavals depuis 1961 et prévoit de disposer d'un troisième groupe aéronaval d'ici 2035, articulé autour du porte-avions Vishal, en projet.
Le groupe aéronaval est composé d'un sous-marin de classe Kalvari, de destroyers de classe Kolkata et de Classe Shivalik et de frégates de Classe Talwar. Le groupe aérien embarqué est composé de 30 aéronefs, dont 12 à 24 MiG-29K, 10 hélicoptères Dhruv et 2 Ka-27 Helix/31[8]
Italie
Le porte-avions italien Giuseppe Garibaldi, de type CVS-ASW (porte-avions avec lutte anti-sous-marine), fut le premier porte-avions de l'Italie. Le groupe aéronaval basé à Tarente, appelé COMFORAL, était composé du porte-avions Giuseppe Garibaldi, de deux destroyers de la classe Audace puis de la classe Luigi Durand de la Penne, de deux navires de soutien (Stromboli et Etna) et de trois navires amphibies/de soutien de classe San Giorgio (San Marco, San Giorgio et San Giusto).
Après 2010, le groupe aéronaval italien est composé du porte-avions Cavour qui embarque 8 F-35 (version B), 12 avions d'attaque au sol AV-8B Harrier II, 3 EH101 Merlin, et 1 Bell 212, de 5 à 6 navires de guerre, dont des destroyers de la classe Horizon et des frégates multi-missions, d'un navire de soutien de classe Vulcano, de chasseurs de mines et de sous-marins[9].
Japon
En décembre 2018, le gouvernement japonais annonce sa décision de convertir en porte-avions les bâtiments de la classe Izumo pour qu'ils puissent opérer des F-35B, constituant ainsi les premiers groupes aéronavals japonais depuis la Seconde Guerre mondiale[10].
Royaume Uni
En tant que pionnière du concept porte-avions, la Royal Navy a maintenu la culture d'une force aéronavale depuis la mise en service du HMS Argus (I.49) en 1918[11],[12]. Cependant, cette capacité a été temporairement perdue entre 2010 et 2018, à la suite du retrait des porte-avions de la classe Invincible et du Harrier GR.9[13]. Durant cette période, la Royal Navy s'est efforcée de régénérer sa capacité de frappe aéronavale basée sur le concept de projection de puissance embarquée (CEPP) en commandant deux porte-avions de classe Queen Elizabeth et le F-35B Lightning pour opérer à partir d'eux[14]. Afin de maintenir ses compétences et son expérience, la Royal Navy a intégré du personnel et des bâtiments auprès de marines alliées, en particulier l'United States Navy[15].
La taille et la composition de l'UKCSG varient en fonction des besoins opérationnels qui sont décidés lors de la planification opérationnelle. Un groupe aéronaval typique se compose d'un porte-aéronefs de la classe Queen Elizabeth, de deux escorteurs de surface (l'une étant une frégate de Type 23 pour la lutte anti-sous-marine et l'autre étant un destroyer de Type 45 pour la lutte antiaérienne), un sous-marin et un pétrolier-ravitailleur[16].

À l'avenir, les tâches d'escorte seront également assurées par la nouvelle frégate de Type 26 (Global Combat Ship) de la Royal Navy[17]. Pour le ravitaillement en mer, la Royal Fleet Auxiliary fournit ses pétroliers de classe Tide, qui ont été spécialement conçus pour ravitailler les porte-avions.
Russie
Le dernier porte-avions russe, l'Amiral Kouznetsov, employé de 1995 à 2018, est conçu spécifiquement pour naviguer en solitaire et dispose d'une puissance de feu supérieure à celle de ses homologues américains. Cela inclut 12 missiles sol-air SS-N-19 « Shipwreck » (longue portée, grande vitesse, rasant la surface de l'eau), 24 lanceurs verticaux chargés de 192 missiles sol-air SA-N-9 « Gauntlet », 8 systèmes CIWS Kashtan à double canon de 30 mm et 8 systèmes CIWS AK-630. Comparé aux 4 systèmes CIWS Phalanx et aux 4 lanceurs Sea Sparrow, chacun emportant 8 missiles, dont disposent les navires de la classe Nimitz, l'Amiral Kouznetsov est bien armé pour les missions de défense aérienne et les opérations offensives contre la marine marchande ennemie.
Turquie
Avec la mise en service en 2023 du porte-drones TCG Anadolu, la marine turque met en œuvre un groupe aéronaval avec deux frégates de classe Istanbul et le navire de soutien TCG Derya[18].
Notes et références
- ↑ Omer Aury, « GAN, concentré de puissance », Cols Bleus, , p. 16-25 (ISSN 0010-1834, lire en ligne)
- ↑ James Tunningley, « What China's Aircraft Carrier Means for its Naval Defence Capabilities » [archive du ], sur globalriskinsights.com, (consulté le )
- ↑ (zh) 央视, « 央视:国产航母能载36架歼15 舰载机部队或升级到旅 », sur sina.com, (consulté le ).
- ↑ (en) Bonnie Au, « First made-in-China aircraft carrier, the Shandong, enters service », sur South China Morning Post, (consulté le ).
- ↑ Arrêté ministériel no 51 du 20 août 1965.
- ↑ Laurent Suteau, « l’opération Saphir II et l’indépendance de Djibouti », sur institut-strategie.fr, (consulté le ).
- ↑ Marine nationale, « Infographie du groupe aéronaval », sur twitter.com, (consulté le ).
- ↑ (en) Arun Prakash, « India’s Quest for an Indigenous Aircraft Carrier », RUSI Defence Systems, vol. 9, no 1, , p. 50-52 (lire en ligne).
- ↑ « New ships of the Italian battle group (in Italian) » [archive du ] (consulté le )
- ↑ (en) Franz-Stefan Gady, « Japan to Convert Izumo-Class Into F-35-Carrying Aircraft Carrier », sur thediplomat.com, (consulté le ).
- ↑ Jane's Naval Airpower: The Complete History, Collins-Janes, (ISBN 9780007111527) :
« La Royal Navy a été la première à utiliser des porte-avions pendant la Première Guerre mondiale, mais elle a perdu le Prince of Wales et le Repulse face aux bombardiers japonais basés à terre en 1941. »
- ↑ « Porte-avions : un travail de construction époustouflant », BBC News, (lire en ligne) :
« La Royal Navy a été la première à utiliser des porte-avions, explique Hewitt, responsable des attractions et des collections au Portsmouth Naval Base Property Trust. »
- ↑ « La Grande-Bretagne s'apprête à restaurer sa capacité de frappe aéronavale avec la mise en service de navires de guerre », Defense News, (lire en ligne)
- ↑ « La Royal Navy mise tout sur les porte-avions », National Interest, (lire en ligne)
- ↑ « Le groupe aéronaval de la Royal Navy mis à l'épreuve », Royal Navy, (lire en ligne)
- ↑ Déploiement Du CSG en mer du nord en 2020
- ↑ Type 26 frigates
- ↑ La Turquie envoie le porte-drones TCG Anadolu pour un exercice naval de l’OTAN en Europe
Liens externes
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