Massacre de Barbarenque

Massacre de
Barbarenque
Image illustrative de l’article Massacre de Barbarenque
La plaque commémorative des 50 ans du massacre de résistants et civils à la ferme de Barbarenque, dans le village du Beaucet.

Date
Lieu Barbarenque, Drapeau de la France France
Victimes Civils et résistants français
Type fusillés, exécutés
Morts 5
Auteurs Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Participants 8e compagnie du 3e régiment de la Division Brandenbourg
Guerre Seconde Guerre mondiale
Coordonnées 43° 57′ 55″ nord, 5° 07′ 52″ est
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Massacre de Barbarenque
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Massacre de Barbarenque
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Massacre de Barbarenque

Le massacre de Barbarenque désigne l'exécution sommaire de résistants, civils et réfractaires aux STO perpétrée par des soldats allemands de la Division Brandenburg le 2 août 1944 à la ferme de Barbarenque, sur la commune du Beaucet, dans le département de Vaucluse[1],[2],[3],[4].

Cet épisode s’inscrit dans le contexte du regain d’activité des maquis du Ventoux et des Monts de Vaucluse durant l’été 1944, après le débarquement de Normandie et à l’approche du débarquement de Provence[5],[6],[7]. Face à l’intensification des actions de la Résistance dans le Haut-Vaucluse, les forces d’occupation allemandes multiplient alors les opérations de répression, les embuscades et les représailles contre les maquisards et les populations soupçonnées de leur venir en aide[6]. C’est dans ce climat de tension croissante que cinq jeunes hommes liés à la Résistance ou au refus du Service du travail obligatoire (STO) sont exécutés[1].

Le massacre provoque une forte émotion dans le département et les obsèques des victimes, célébrées le 4 août 1944 au Beaucet, réunissent plusieurs milliers de personnes malgré l’Occupation. Un monument commémoratif est inauguré avant la fin de la guerre, dès décembre 1944[8].

Contexte

Le maquis des Monts de Vaucluse

Un groupe franc de résistants des Monts de Vaucluse du « maquis du Chat » au printemps ou à l'été 1944.

À l’été 1944, le département de Vaucluse connaît une intensification des activités de la Résistance, dans un contexte marqué par le débarquement de Normandie du 6 juin 1944 et l’imminence d’un débarquement allié en Provence. Les maquis du Ventoux, de Saint-Gens (Le Beaucet) et des Monts de Vaucluse multiplient alors les actions de sabotage, de ravitaillement et de harcèlement contre les forces d’occupation allemandes et les autorités collaboratrices[5],[6]. Dans le Haut-Vaucluse, cette montée en puissance des groupes armés FFI qui a vu plusieurs insurrections au mois de Juin à Valréas et Vaison-la-Romaine s’accompagne d’une répression accrue de la part des forces d'occupation[7],[9].

Le « maquis Jean Robert »[10], implanté dans les Monts de Vaucluse et lié au maquis Ventoux, appartient aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) et rassemble des résistants locaux, des réfractaires au STO et de jeunes clandestins du secteur de Pernes-les-Fontaines, Venasque ou Murs[5]. Il tire son nom de Jean Robert, résistant communiste marseillais des FTPF, arrêté par les autorités de Vichy puis guillotiné à la prison de Nîmes le 22 avril 1943[11]. En hommage à son engagement, plusieurs groupes FTP français adoptent alors son nom.

La division allemande Brandebourg

Face à cette recrudescence des actions résistantes, les autorités allemandes engagent dans le sud-est de la France des unités spécialisées dans la lutte anti-partisans. Parmi elles figure des Einsatzgruppen (groupes d'intervention) de la Division Brandenburg qui regroupent des agents formés aux opérations clandestines, souvent polyglottes, comprenant des Allemands francophones, des étrangers de diverses nationalités, ainsi qu’un certain nombre de volontaires français[3],[12].

À l’été 1944 dans le Vaucluse, la 8e compagnie du 3e régiment de cette division est engagée dans des opérations de contre-guérilla et de répression, impliquant de nombreuses exécutions sommaires[12]. Elle est notamment impliquées dans le massacre de Valréas, le 12 juin 1944, et quelques semaines plus tard, le massacre de Villelaure, le 25 juillet[9]. Les enquêtes menées après la Libération lui attribueront un nombre important de crimes de guerre commis sur une période très brève, ayant entraîné la mort de plusieurs centaines de personnes dans la région, sans qu’un bilan précis puisse être établi[3],[13].

Déroulement

L’opération du « maquis Jean Robert »

Le château de Saumane, à Saumane-de-Vaucluse, qui servait au ravitaillement des FFI à l'été 1944.

Dans la nuit du 1er août 1944, un détachement FTPF du « maquis Jean-Robert » mène une opération de ravitaillement au château de Saumane, sur la commune de Saumane-de-Vaucluse[2].

Au retour de cette mission, le chef de groupe René Fouque[14] est blessé au pied, selon un témoignage, à la suite de la manipulation accidentelle d’un pistolet mitrailleur Sten[8]. Livrée à la Résistance par container parachutés, l'arme britannique était connue pour ses départs de tirs accidentels, provoquant parfois des tirs amis. Incapable de poursuivre la marche normalement, René Fouque est transporté sur un cheval surnommé « Ponpon »[8]. Une autre version avance que lors du retour de la mission, les maquisards se heurtèrent aux Allemands au quartier de Saint-Gens (Le Beaucet) et René Fouque est blessé[15].

Le groupe décide alors de rejoindre le hameau de la ferme Barbarenque, à 3km du Beaucet, où réside la famille Pons, connue pour son soutien au maquis afin d'y faire soigner René Fouque[2],[8],[1],[16]. Mais en ce matin du mois d'août, la progression des maquisards avec un blessé dans les collines est difficile, comme le rapporte plus tard le récit d'un des survivants, Pierre Orinier, dit « Coquinette »[8].

L’embuscade allemande à Barbarenque

Le maquisard Jean-Pierre Flandrin[17] est envoyé en éclaireur au hameau de Barbarenque, mais il ne sait pas que les Allemands de la 8e compagnie Brandebourg ont déjà investi la ferme Pons en se faisant passer pour des résistants et ont verrouillé les lieux[8]. Il est immédiatement capturé tandis que les soldats allemands se déploient autour du chemin menant au hameau, à l'orée du bois et ouvrent le feu sur le groupe de résistants approchant de la ferme. René Fouque, transporté à cheval, est tué sur le coup avec l’animal. Les autres maquisards parviennent toutefois à s’échapper à travers la garrigue[8],[1].

Puis ensuite à la ferme, les deux fils Pons[18],[19], un résistant[20] du « maquis Jean Robert » réfractaire au STO réfugié là et l'éclaireur armé[17] capturé plus tôt sont exécutés sommairement dans la cour contre un mur[8],[1]. Le père Pons, propriétaire de la ferme, échappe à l’exécution: selon un témoignage, son statut d’ancien combattant de la Première Guerre mondiale aurait conduit l’officier allemand à lui laisser la vie sauve[8].

Les « brandebourgeois », parmi lesquels se trouvent des collaborateurs français, sont commandés selon un témoin par un lieutenant Lugwich, même si le nom ou son orthographe semblent erronés[3],[8]. Les circonstances exactes ayant conduit les Allemands jusqu’au hameau demeurent discutées: certaines sources évoquent une dénonciation, d’autres la possibilité d’un repérage fortuit à la suite des mouvements du groupe de maquisards[8]. De même, une autre version assez différentes des faits rapporte qu’aux alentours de 8 heures du matin, le groupe de maquisards réfugié dans la ferme est surpris par l’irruption des soldats allemands qui tuent René Fouque et Jean-Pierre Flandrin, tandis que les fils Pons et le maquisard réfractaire au STO utilisé comme ouvrier agricole sont ensuite fusillés dans la cour du bâtiment[13],[2],[16],[21].

Victimes

Les cinq victimes de l'exécution sont :

  • René Fouque, âgé de 24 ans: membre du groupe de résistance de Carro-La Couronne, il rejoint le maquis après l’arrestation des responsables locaux en juin 1944. Il devient l’un des responsables du « maquis Jean Robert » et il est tué dans l'embuscade[14],[15];
  • Jean-Pierre Flandrin, âgé de 23 ans: originaire de Mazan et étudiant à Marseille, fils d’un journaliste alors réfugié à Oran, il abandonne ses études pour rejoindre le maquis en mai 1944. Il appartient au « maquis Jean Robert » lorsqu’il est tué dans l'embuscade ou fusillé dans la ferme à Barbarenque où, selon une version, il a été envoyé en éclaireur plus tôt et capturé[17],[22];
  • Paul Arnaud dit « le matelot », âgé de 22 ans: originaire de Carpentras, ancien marin et mécanicien, réfractaire au STO il rejoint la clandestinité. Appartenant au « maquis Jean Robert », il est fusillé dans la ferme où il s'est réfugié au moment des faits[20],[23];
  • Laurent Pons, âgé de 29 ans: fils du fermier de Barbarenque, il est fusillé avec son frère Marcel dans la cour de la ferme[18],[24];
  • Marcel Pons, âgé de 21 ans: fils du fermier de Barbarenque, il est fusillé avec son frère Laurent dans la cour de la ferme[19],[25].

Mémoire

Monument en mémoire aux fusillés du 2 août 1944 du « maquis de Saint-Gens », dans le village du Beaucet.

Les funérailles des cinq victimes sont célébrées le 4 août 1944 au Beaucet[2],[8],[1],[16],[21]. Malgré les risques liés à l’Occupation allemande et les ordres de la préfecture vichyste qui l'interdisent, près de 4000 personnes venues de nombreuses communes du Vaucluse y assistent[16],[21] Les cercueils sont recouverts de drapeaux tricolores et de fleurs par des représentants de la Résistance[16],[21]. Cette cérémonie constitue l’un des rassemblements patriotiques les plus marquants du département occupé avant la Libération.

La commune est libérée à la fin du mois d’août 1944, dans le cadre de la libération progressive du Vaucluse consécutive à la retraite allemande et au franchissement de la Durance le 24 août 1944 par les troupes alliées[7],[26]. Un monument dédié aux fusillés de Barbarenque est inauguré au Beaucet dès le 3 décembre 1944[1],[27]. Une stèle est également apposée contre le mur de la ferme où les exécutions ont eu lieu. La place principale du village porte le nom de « place du Maquis Jean Robert », une rue de Mazan porte le nom Jean-Pierre Flandrin et une avenue du quartier de Carro à Martigues porte le nom René Fouque[27]. Depuis, chaque année, une cérémonie commémorative est organisée au Beaucet et au hameau de Barbarenque autour du 2 août: elle réunit élus, associations patriotiques, descendants des victimes et habitants de la région[2],[16],[28].

Le souvenir du massacre est également entretenu par le Musée de la Résistance de Pernes-les-Fontaines, inauguré en 2013, qui consacre une partie de son parcours à l’histoire du maquis Jean-Robert et aux événements de Barbarenque[29].

Notes et références

  1. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « Le Beaucet (Vaucluse), 2 août 1944 », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
  2. Chantal LECOUTY, « Ils ont donné leur vie pour notre liberté » (article de presse), sur laprovence.com, (consulté le )
  3. Olivier Pigoreau, Sanglante randonnée: la 8e compagnie Brandebourg contre la Résistance, Konfident, (ISBN 978-2-9569837-4-3)
  4. ISSAUTIER Serge, La Résistance en Vaucluse, documents et témoignages, Avignon, CDDP, recueil n° 8, 1980
  5. Focus - La Résistance en Ventoux Comtat-Venaissin : Liberté, écris leurs noms - Résistance(s) en Ventoux 1939 - 1945, Avignon, Service culture et patrimoine de la CoVe, , 32 p. (lire en ligne), p. 17
  6. Claude Arnoux, Maquis Ventoux: Résistance et répression en Provence pendant la IIe guerre mondiale, Avignon, Aubanel, , 322 p. (ISBN 9791036901331)
  7. Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération : mai 1940-25 août 1944, Éd. Aubanel, Avignon, 1965, 279 p.
  8. CVR de Vaucluse, « Maquis Jean Robert, le 2 août 1944: le piège de Barbarenque », sur Blog des CVR de Vaucluse et des Départements limitrophes, (consulté le )
  9. 12 juin 1944, 53 fusillés à Valréas, Récits et témoignages, Association cantonale des familles de fusillés, des déportés et internés, résistants et patriotes de l'enclave de Valréas, 2001, 5e éd., 172 p.
  10. Service historique de la Défense, « Maquis Jean Robert » (note d'archives), sur servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
  11. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « ROBERT Jean, Auguste », sur maitron.fr (consulté le )
  12. Jean-Marie Guillon et Guillaume Vieira, « La 8e compagnie de la Division Brandebourg. Une pièce essentielle et méconnue de la lutte contre la Résistance », dans Provence historique, série La Provence, Vichy, l’Occupation. Nouvelles recherches, vol. 63, n°252, avril-mai-juin 2013, p. 195-211.
  13. Jean-Baptiste Pétré (fonds), Livre noir pour la XVe Région (archives privées), Service des recherches de crimes de guerre ennemis (SRCGE), 4 juillet 1945.
  14. [AC 21 P 186407] Service historique de la Défense, « FOUQUE René Jean Victor », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  15. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « FOUQUE René, Jean, Victor », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
  16. Cyrielle GRANIER, « Le souvenir des fusillés de Barbarenque perdure » (article de presse), sur laprovence.com, (consulté le )
  17. [AC 21 P 184890] Service historique de la Défense, « FLANDRIN Jean Pierre Armand », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  18. [AC 21 P 388784] Service historique de la Défense, « PONS Laurent Justin », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  19. [AC 21 P 388788] Service historique de la Défense, « PONS Marcel Joseph », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  20. [AC 21 P 9153] Service historique de la Défense, « ARNAUD Paul henri », sur www.memoiredeshommes.defense.gouv.fr (consulté le )
  21. Mairie du Beaucet, « Barbarenque », sur Le Beaucet (consulté le )
  22. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « FLANDRIN Jean-Pierre », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
  23. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « ARNAUD Paul, Henri [pseudonyme dans la Résistance : le matelot] », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
  24. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « PONS Laurent, Justin », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
  25. Maitron - Les Fusillés 1940-1944, « PONS Marcel, Joseph », sur fusilles-40-44.maitron.fr (consulté le )
  26. (en) Donald Gilbert Taggart, History Of The Third Infantry Division In World War II, Washington, Infantry Journal Press, (lire en ligne), p. 218
  27. Pierre Bruyère, La mémoire gravée. Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la Seconde Guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Association des amis du Musée de la Résistance et de la Déportation, 2002.
  28. Le Dauphiné, « Le Beaucet. Superbe évocation du Maquis Ventoux à la ferme de Barbarenque » (article de presse), sur www.ledauphine.com, (consulté le )
  29. « Le Musée de la Résistance : Histoire à Pernes les Fontaines », sur porteduventoux.com (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Aimé Autrand, Le département de Vaucluse, de la défaite à la libération : mai 1940-25 août 1944, Éd. Aubanel, Avignon, 1965, 279 p.
  • Claude Arnoux, Maquis Ventoux, quelques pages de la Résistance en Vaucluse, Avignon, Les Presses Universelles, 1974 ;
  • Jean Pierre Borezee, La mémoire gravée: Monuments, stèles et plaques commémoratifs de la seconde guerre mondiale dans le département de Vaucluse, Conseil général de Vaucluse, 2002, 101 p.
  • Jean-Marie Guillon et Guillaume Vieira, « La 8e compagnie de la Division Brandebourg. Une pièce essentielle et méconnue de la lutte contre la Résistance », dans Provence historique, série La Provence, Vichy, l’Occupation. Nouvelles recherches, vol. 63, n°252, avril-mai-juin 2013, p. 195-211;
  • Serge Issautier, La Résistance en Vaucluse, documents et témoignages, Avignon, CDDP, recueil n° 8, 1980;
  • Jean-Baptiste Pétré (fonds), Livre noir pour la XVe Région (archives privées), Service des recherches de crimes de guerre ennemis (SRCGE), 4 juillet 1945.
  • Olivier Pigoreau, Sanglante randonnée: les Français de la division "Brandebourg" et des formations de chasse SS, Éd. Histoire & Collections, 2013, 448 p. (ISBN 978-2-35250-266-1);
  • Vaucluse 44, l’année de la liberté retrouvée. Aspects de la Résistance et de la Libération, Avignon, ONAC-Mission du 60e anniversaire des Débarquements et de la Libération de la France-Département du Vaucluse, 2004;

Liens externes

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