XVIe dynastie égyptienne

XVIe dynastie égyptienne
Égypte

v. 1650 AEC – 1600 AEC[1],[note 1]

Description de cette image, également commentée ci-après
Territoire de la XVIe dynastie selon Kim Ryholt
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Thèbes ou Abydos
Langue(s) égyptien ancien
Religion religion de l'Égypte antique

Pharaon

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La XVIe dynastie est une dynastie de l'Égypte pharaonique qui prend place pendant la Deuxième Période intermédiaire, période troublée durant laquelle l'Égypte est divisée. Les connaissances actuelles sur cette période confuse sont incertaines et sa compréhension a évolué au fil du temps : en conséquence, la XVIe dynastie a été définie de façon différente au cours des deux derniers siècles.

Dynastie mal définie

Vassaux des Hyksôs

La plus ancienne définition, illustrée ci-dessous par la liste élaborée par Jürgen von Beckerath[2] (la liste des rois diffère d'un chercheur à l'autre), faisait correspondre les rois de la XVIe dynastie à des vassaux asiatiques du delta et égyptiens de Moyenne-Égypte pendant le règne des Hyksôs à Avaris. Wolfgang Helck, qui croit également que la XVIe dynastie était un état vassal des Hyksôs, a proposé une liste de rois légèrement différente[3].

Les souverains cités dans la dynastie par von Beckerath correspondent pour partie aux rois cités sur des fragments du Canon royal de Turin, majoritairement replacés par Kim Ryholt dans la XIVe dynastie, et pour partie à des rois attestés par des sceaux-scarabées, également replacés par Kim Ryholt dans la XIVe dynastie[4], Ryholt considérant en effet que la XVIe dynastie est une dynastie thébaine. L'ordre chronologique des rois cités par von Beckerath est largement incertain.

Dynastie thébaine

Définition de Kim Ryholt

Une autre définition, introduite par l'égyptologue danois Kim Ryholt dans son étude de 1997 sur la Deuxième Période intermédiaire, voit en la XVIe dynastie les rois thébains successeurs des rois de la XIIIe dynastie s'étant réfugiés à Thèbes à la suite de l'invasion de la Moyenne-Égypte par les rois Hyksôs d'Avaris. D'après la reconstruction du Canon royal de Turin par Ryholt, quinze rois peuvent être associés à la dynastie, dont plusieurs sont attestés par des sources contemporaines. Selon Ryholt, cette dynastie gouvernait depuis Thèbes un territoire allant de Diospolis Parva au nord à Edfou au sud, avec comme voisins le royaume de Koush au sud, et, au nord, la dynastie d'Abydos, puis les Hyksôs eux-mêmes après la conquête du royaume d'Abydos par ces derniers, et ce assez tôt dans la dynastie comme l'attesteraient les stèles de Sekhemrê-Sânhktaouy Neferhotep III et Sânkhenrê Montouhotepi montrant ces rois défendant leur cité de Thèbes face à des agresseurs[5]. Ryholt considère également que la XVIe dynastie a pris fin lors de la conquête de leur territoire par les Hyksôs pendant une courte période, ce qu'attesteraient des blocs aux noms de Khyan et d'Apophis retrouvés à Gebelein. Le reflux vers le nord des Hyksôs aurait permis à un autre royaume d'émerger à Thèbes en la XVIIe dynastie[6].

Définition de Julien Siesse

Julien Siesse, quant à lui, décrit également les rois de la XVIe dynastie comme des rois thébains, mais cela ne serait pas à la suite de l'invasion des Hyksôs en Moyenne-Égypte. En effet, des rois semblent toujours régner depuis Itjtaouy, la capitale des XIIe et XIIIe dynasties, pendant le règne des rois de la XVIe dynastie (notamment Horemkhâouef qui a rencontré le roi d'Itjtaouy)[7].

De plus, un conflit avec les Hyksôs n'est pas prouvé par la documentation contemporaine, les cités de Thèbes et d'Avaris semblent être d'étroits partenaires commerciaux. À l'inverse, des conflits récurrents avec les Nubiens au Sud sont prouvés par la documentation contemporaine (le nomarque d'El Kab Sobeknakht II a par exemple comabattu les Nubiens). Les premiers souverains de cette dynastie exposent leurs faits d'armes sur des stèles (une stèle de Sekhemrê-Sânhktaouy Neferhotep III et une autre de Sânkhenrê Montouhotepi), montrant ainsi le contexte guerrier de cette XVIe dynastie[7].

De plus, la ville de Thèbes, surnommée la « Victorieuse », est personnifiée en déesse munie d'armes (massues, arcs et flèches). Ces stèles semblent indiquer un contrôle d'un territoire peu étendu, allant d'Edfou au sud à Coptos au nord, voire au maximum d'Éléphantine au sud à Abydos au nord[8].

Ces informations a poussé Julien Siesse à émettre l'hypothèse que les rois de la XVIe dynastie sont des roitelets thébains ayant émergé pour faire face aux Nubiens[9]. Du fait que des rois semblent toujours régner à Itjtaouy, il émet également deux hypothèses[10] : soit ces rois seraient les ultimes représentants de la XIIIe dynastie, faisant ainsi des rois de la XVIe dynastie non pas les successeurs de cette dynastie mais les concurrents de la phase finale de cette dernière ; soit ces rois formeraient la XIVe dynastie, qui ne serait ni xoïte, comme on le pensait auparavant, ni Hyksôs, comme proposé par Kim Ryholt[11]. Le territoire contrôlé par cette dynastie allait au minimum d'Edfou au sud à Coptos au nord, voire d'Éléphantine au sud à Abydos au nord[8].

Vision de Josef Wegner

Josef Wegner considère quant à lui que la XVIe dynastie a émergé en même temps que la dynastie d'Abydos pendant la dernière phase de la XIIIe dynastie. Il donne notamment les éléments suivants [12] :

  • d'une part, la Stèle juridique, qui mentionne une généalogie des nomarques d'El Kab (voir Sobeknakht Ier) d'un côté, et les règnes de Merhoteprê de la XIIIe dynastie et de Souadjenrê Nebiryraou de la XVIe dynastie de l'autre, permettent de supposer une durée de quarante à soixante ans tout au plus[13],
  • la taille de la nécropole royale d'Abydos, qui ne correspond par à une dynastie de courte durée (durée estimée à partir des données de la Stèle juridique d'une vingtaine d'années entre la chute de la XIIIe dynastie et le règne de Senebkay, situé plutôt en fin de dynastie), impliquant donc un débordement de la dynastie ainsi que de la XVIe dynastie sur la phase finale de la XIIIe dynastie,
  • Horemkhâouef, qui a vécu vers les règnes de Nebiryraou II et Semenrê de la XVIe dynastie, a voyagé vers Itjtaouy, capitale de la XIIIe dynastie, et rencontré le roi ; ceci démontre la présence d'un pouvoir royal dans la capitale du Moyen Empire assez tardivement dans la Deuxième Période intermédiaire.

La fin de la dynastie est quant à elle comprise différemment par Wegner. Il pense en effet que le royaume thébain a conquis le royaume d'Abydos et, se faisant, serait devenu la XVIIe dynastie ; , le pouvoir thébain n'aurait donc pas vu de rupture de pouvoir mais seulement une conquête territoriale significative[14],[note 2]. Il émet également une autre hypothèse : le royaume d'Abydos aurait en fait conquis le royaume thébain, ce qui serait appuyé par le fait que les plus anciens rois de la XVIIe dynastie (Râhotep, Oupouaoutemsaf, Paentjeny) étaient originaires d'Abydos[15].

Souverains de la XVIe dynastie

Les rois cités par von Beckerath sont pour la majorité attribués par Kim Ryholt à la XIVe dynastie, à l'exception de Nebmaâtrê qu'il attribue sans le classer à la XVIIe, de même Siesse propose de le placer au début de la XIIIe.

Les rois placés dans la dynastie mais non classés par les différents auteurs sont les suivants :

Notes et références

Notes

  1. ↑ En termes de chronologie absolue, la détermination de dates exactes de début et de fin de la dynastie est un exercice périlleux du fait de l'ancienneté de la dynastie, et plusieurs chercheurs ont fait chacun des propositions ; on trouve par exemple :
    • 1650 à 1590 AEC selon Dodson.
  2. ↑ Dans cette hypothèse, Wegner fait le parallèle avec le passage de la XVIIe dynastie avec la XVIIIe dynastie, qui n'est pas dû à une rupture dynastique mais à la réunification du pays grâce à l'annexion par les Thébains du territoire contrôlé par les Hyksôs (Wegner et Cahail 2021, p. 363).
  3. ↑ Les rois notés en italiques sont ceux inscrits sur des fragments du Canon royal de Turin et non attestés par ailleurs, pour la majorité replacés dans la XIVe dynastie par Kim Ryholt. Les autres rois sont attestés par des sources contemporaines (à l'exception de Sharek) et sont placés pour la plupart dans la XIVe dynastie également (à l'exception de Nebmaâtrê) (Ryholt 1997, p. 98, 121-123). Nebmaâtrê est placé soit dans la XVIIe dynastie par Ryholt (Ryholt 1997, p. 168, 170, 171, 179, 204, 400), soit dans la XIIIe dynastie par Julien Siesse (Siesse 2019, p. 78-81 et 377). Quant à Sharek, attesté dans une pseudo-généalogie inscrite sur une stèle de la XXIIe dynastie, sa réalité historique est très incertaine, et il est souvent identifié à Salitis, premier roi de la XVe dynastie selon Manéthon.

Références

  1. ↑ Tallet et al. 2023, p. 420.
  2. von Beckerath 1999, p. 116-123.
  3. ↑ Helck, Otto et Westendorf 1986, p. 1383.
  4. ↑ Ryholt 1997, p. 98, 121-123.
  5. ↑ Ryholt 1997, p. 151-162.
  6. ↑ Ryholt 1997, p. 135-136.
  7. Siesse 2019, p. 111-112.
  8. Siesse 2019, p. 112.
  9. ↑ Siesse 2019, p. 110-112.
  10. ↑ Siesse 2019, p. 119-120.
  11. ↑ Ryholt 1997, p. 94-117.
  12. ↑ Wegner et Cahail 2021, p. 356-364.
  13. ↑ Bennett 2002, p. 124–126.
  14. ↑ Wegner et Cahail 2021, p. 360-364.
  15. ↑ Wegner et Cahail 2021, p. 372-374.
  16. Ryholt 1997, p. 158.
  17. Franke 2008, p. 287.
  18. Siesse 2015, p. 85-93.
  19. Siesse 2019, p. 107.

Bibliographie

Ouvrages généralistes
  • Claude Vandersleyen, L'Égypte et la Vallée du Nil : De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, t. 2, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio », , 710 p. (ISBN 978-2130465522) ;
  • Damien Agut et Juan Carlos Moreno-Garcia, L'Égypte des pharaons : De Narmer à Dioclétien, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 2701164915) ;
  • Pierre Tallet, Frédéric Payraudeau, Chloé Ragazzoli et Claire Somaglino, L'Égypte pharaonique : Histoire, société, culture, Malakoff, Armand Colin, , 482 p. (ISBN 978-2-200-63527-5).
Références spécialisées sur la période
  • (en) K. S. B. Ryholt, The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period, c. 1800–1550 BC, Copenhague, Museum Tusculanum Press, coll. « Carsten Niebuhr Institute Publications » (no 20), , 463 p. (ISBN 87-7289-421-0, lire en ligne) ;
  • (en) Chris Bennett, « A Genealogical Chronology of the Seventeenth Dynasty », Journal of the American Research Center in Egypt, vol. 39,‎ , p. 123-155 (DOI 10.2307/40001152, JSTOR 40001152) ;
  • (en) Detlef Franke, « The Late Middle Kingdom (Thirteenth to Seventeenth Dynasties): The Chronological Framework », Journal of Egyptian History, Koninklijke Brill, no 1 (2),‎ , p. 267-287 (DOI 10.1163/187416608786121310) ;
  • (en) Alexander Ilin-Tomich, « The Theban Kingdom of Dynasty 16: Its Rise, Administration and Politics », Journal of Egyptian History, no 7 (2),‎ , p. 143-193 (DOI 10.1163/18741665-12340016) ;
  • (en) Julien Siesse, « Throne Names Patterns as a Clue for the Internal Chronology of the 13th to 17th Dynasties (Late Middle Kingdom and Second Intermediate Period) », GM, no 246,‎ , p. 75-98 ;
  • Julien Siesse, La XIIIe dynastie : Histoire de la fin du Moyen Empire égyptien, Paris, Sorbonne Université Presses, coll. « Passé Présent », (ISBN 9791023105674) ;
  • (en) Josef Wegner et Kevin Cahail, King Seneb-Kay's Tomb and the Necropolis of a Lost Dynasty at Abydos, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, , 386 p. (ISBN 978-1949057096).
Autres références
  • (de) Wolfgang Helck, Eberhard Otto, Wolfhart Westendorf, Lexikon der Ägyptologie - Steles, vol. 6, Zypresse, Otto Harrassowitz Verlag,  ;
  • (de) Jürgen von Beckerath, Chronologie des Pharaonischen Ägypten, Mayence, Éditions Philipp von Zabern, , 244 p. (ISBN 3-8053-2310-7) ;
  • (de) Jürgen von Beckerath, Handbuch der Agyptischen Konigsnamen, Mayence, Éditions Philipp von Zabern, coll. « Münchner Ägyptologische Studien (MÄS) » (no 49), , 2e éd. (1re éd. 1984), 314 p. (ISBN 3-8053-2591-6, lire en ligne).

Liens externes

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