Yongming ti
| Yongming ti (永明体) | |
| Période | apparition pendant l’ère Yongming sous la dynastie Qi du Sud (482–493) |
|---|---|
| Aire de diffusion | Chine |
| Caractéristiques | courant poétique chinois qui a une influence majeure sur la poésie chinoise[1] |
Le Yongming ti (chinois : 永明体 ; chinois traditionnel : 永明體 ; pinyin : ; Wade : Yung-ming t’i), également appelé « style poétique Yongming », est une nouvelle forme de poésie apparue durant l’ère Yongming sous l’empereur Wudi[note 1] de la dynastie Qi du Sud. Il tire son nom de l’ère pendant laquelle il est apparu et il devient rapidement populaire. Il constitue un tournant majeur dans l’histoire de la poésie classique chinoise[2]. Parmi les poètes célèbres reliés à ce style poétique, se trouvent Shen Yue, Xie Tiao, Wang Rong, Zhou Yong et Fan Yun.
Contexte
La période pendant laquelle apparaît le Yongming ti est connue dans l’histoire culturelle chinoise comme une époque de « conscience littéraire » : la littérature se détache progressivement de sa position subordonnée aux études classiques, les théories littéraires connaissent un essor, les caractéristiques historiques et régionales deviennent nettes, les genres s’enrichissent, et la poésie s’impose au-dessus des autres formes[2]. Pendant cette période, il y a aussi une prise de conscience croissante de la valeur de la vie humaine. Tous ces éléments posent une base solide à l’apparition de la « nouvelle poésie ». Avant elle, c’est le « style ancien » qui domine en poésie : le nombre de vers n’est pas fixe, la longueur des vers varie en quatre, cinq, six ou sept caractères, les vers sont mixtes et les règles de tons et de rimes sont relativement libres. L’arrivée de la « nouvelle poésie » impose des règles strictes concernant le nombre de vers, le nombre de caractères, ainsi que les tons et les rimes[3]. Comme cette nouvelle forme poétique se forme sous l’ère Yongming des Qi du Sud, elle porte le nom de Yongming ti (style poétique Yongming)[4]. L'apparition du Yonming ti marque la fin de la poésie ancienne et l’émergence prochaine de la poésie régulée[3]. Le Yongming ti pose ainsi les bases de la poésie régulée des Tang exerçant une influence majeure sur la formation de la « poésie de style moderne »[3],[5]. Dans la formation du style Yongming, le poète Shen Yue joue un rôle essentiel parce qu’il rédige le Traité des quatre tons (四声谱). Par la suite, il s’associe à Zhou Yong — auteur de Quatre tons et notation phonétique (四声切韵) — et à d’autres pour créer le Yongming ti[2].
Caractéristiques
La poétique du Yongming ti repose sur une nouvelle perception du son et sur la vision au sein d’une communauté de courtisans durant la première moitié des dynasties du Sud. Dans ce contexte, le « son » renvoie à la capacité d’écouter avec une grande finesse, et la « vision » à un intérêt attentif pour l’observation des choses[6] p.312. Parallèlement à cela, selon plusieurs sources, l’introduction du bouddhisme en Chine et la traduction des soutras favorisent le développement de la phonologie chinoise et l’invention de la « prosodie des quatre tons »[7],[6]p.312.
Tonalité et métrique
Dans le Yonming ti, une grande attention est portée à la tonalité et à la métrique : des règles prosodiques sont fixées et l’usage des rimes est très strict. Des mots aux rimes et aux tons différents sont combinés selon des règles rigoureuses afin de produire un effet sonore d’une grande beauté[4]. Ce style poétique exige l’application stricte de la théorie des « quatre tons et huit défauts »[note 2],[5],[6] p.313.
Longueur du poème
La longueur des poèmes se réduit considérablement comparée à celle de du « style ancien », les structures de vers tendent à se fixer, principalement en quatrains et huitains de cinq caractères, avec quelques poèmes de dix vers de cinq caractères[3].
Techniques d’écriture
L’accent est mis sur les techniques d’écriture, notamment les phrases parallèles et les antithèses ; les vers réguliers apparaissent en grand nombre, et les allusions littéraires sont intégrées de manière naturelle dans les poèmes[3],[8].
Allègement du style
L’expression poétique n’est plus rigide, difficile et obscure comme auparavant, mais devient plus souple, plus fluide, plus naturelle et harmonieuse, devenant ainsi plus accessible[2].
Unité dans le poème
Le Yongming ti insiste sur l’unité du début et de la fin du poème, sur la finesse de la conception et sur la recherche de l’atmosphère poétique et de l’intention esthétique.
Musique
En musique, les combinaisons des cinq notes permettent de produire des mélodies harmonieuses. De fait, la musique et la structure tonale du texte s’ajustent l’une à l’autre, et la poésie devient plus “technique” et plus proche de la future poésie régulière des Tang[3].
Perception des choses
Selon Meow Hui Goh, auteure de Sound and Sight: Poetry and Courtier Culture in the Yongming Era, l’inspiration principale du Yongming ti provient de la pensée bouddhique, car la culture de cour chinoise de la période Yongming est profondément imprégnée de bouddhisme. Ainsi, la manière dont les poètes du Yongming ti voient les choses est aussi façonnée par la perspective bouddhique — à savoir une manière de voir les phénomènes comme étant en transformation constante. Autrement dit, ces poètes de cour considèrent qu’aucune vision des choses n’est permanente, car toute perception est liée à un « moment » précis et disparaît naturellement avec lui[6] p.312-313.
Les poètes les plus représentatifs du Yongming ti
Durant plus de cent ans, allant de l’ère Yongming des Qi (482–493) jusqu’aux dynasties Liang (502-549) et Chen (557-589), plus de quatre-vingt-dix poètes expérimentent le Yongming ti. Ce style est particulièrement promu par les Huit amis de Jingling (竟陵八友) qui sont les huit écrivains du prince Xiao Ziliang (蕭子良) des Qi du Sud[note 3],[3],[9] p.36. Toutefois, le style Yongming est traditionnellement représenté par les poètes Shen Yue, Xie Tiao et Wang Rong[3].
Liste non exhaustive des poètes ayant utilisé le Yongming ti. Par ordre alphabétique.
- Fan Yun (范雲) (451-503)
- He Xun (何逊) (v. 464-v. 520)
- Lu Chui (陸倕) (470-526)
- Qiu Chi (丘迟) (464-508)
- Ren Fang (任昉) (460-508)
- Shen Yue (沈約) (441–513)
- Su Xiaoxiao (蘇小小) (479–c.501) (poétesse, également appelée Su Xiaojun, ou « Petite Su »)
- Wang Rong (王融) (467–493)
- Xiao Chen (蕭琛) (485-539)
- Xiao Yan (謝朓) 464-549 (empereur Wudi)
- Xie Tiao (謝朓) (464–499)
- Zhou Yong (周顒) (?–493)
Notes et références
Notes
- ↑ L’empereur Wudi, de son nom personnel Xiao Luan, a régné de 482–493.
- ↑ À ce sujet, le Traité des quatre tons (Sishengpu 四聲譜) de Shen Yue est essentiel à la compréhension de ce style qui repose sur les alternances entre les quatre tons, entre les sons jugés « lourds » ou « légers », style qui sera éventuellement très apprécié par les poètes de l’époque Tang
- ↑ Les Huit amis de Jingling sont Xie Tiao (谢朓), Shen Yue (沈約) , Wang Rong (王融), Xiao Yan (謝朓), Xiao Chen (萧琛), Fan Yun (范云), Ren Fang (任昉) et Lu Chui (陸倕).
Références
- ↑ (en) Albert Richard Davis, The Penguin Book of Chinese Verse, Baltimore, Penguin Books,
- (zh) source Junyu Xushi, « 格律诗的滥觞-永明体在南朝出现的契机以及其特点 (Les débuts de la poésie régulée - les conditions d’apparition du style Yongming (新體詩) sous les dynasties du Sud et ses caractéristiques) », sur Sohu.com, Hebei, (consulté le )
- (zh) « 永明体 (Poésie style Yongming) », sur Baike.baidu, Pékin, (consulté le )
- (en) Ulrich Theobald, « 永明體, poetry style of the Yongming reign-period », Tübingen, Allemagne,
- (zh) « 永明體 (Style poétique Yongming) », sur Zdic.net, (consulté le )
- (en) Kang-i Sun Chang, « Reviewed Work(s): Sound and Sight: Poetry and Courtier Culture in the Yongming Era », Journal of the Economic and Social History of the Orient, Brill, vol. 56, no 2, , p. 312-314 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (zh) Jin Xi, Wang Xiaodun, « The New Type of Buddhist Chanting and the Poetry Transformation in Yongming Reign’s Period », Front. literature Studies Chian, (DOI 10.1007/s11702-010-0110-x, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (zh) source Yi Wang Wenxue, « 名词解释:永明体 (Définition d’un terme : le style Yongming) », sur Sohu.com, Hebei, (consulté le )
- ↑ (zh) Zornica Kirkova, Roaming into the Beyond: Representations of Xian Immortality in Early Medieval Chinese, vol. 129, Boston, Leiden, (lire en ligne)
Liens externes
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