La commune est une capitale de la batellerie puisque bon nombre de propriétaires de péniches en sont originaires et qu'ils choisissent ce lieu de séjour quand sonne l'heure de la retraite. Son beffroi figure au patrimoine mondial de l'UNESCO[2]. C'est également sur le territoire de l'entité, à Gozée, que se situent les vestiges de l'abbaye d'Aulne. La ville est aussi célèbre pour sa marche dédiée à saint Roch.
Toponymie
La première attestation de ce toponyme remonte à 868 sous la forme in Tudinio (polyptyque de l'abbaye de Lobbes). Il est formé d'un anthroponyme, Tudo, Theodo (issu du germanique commun*theud « peuple ») ou peut-être Tutus (cognomen latin), et du suffixe -inium et signifie donc « propriété de Tudo, Theodo ou Tutus »[3].
Géographie
Situation
Capitale de la Thudinie, Thuin surplombe le cours de la Sambre et de son affluent la Biesmelle qui ont creusé de profondes vallées. Pour cette raison, l'altitude s'élève de 103 m (à l'abbaye d'Aulne) à 215 m (sur le plateau de Gozée). Thuin se trouve à la limite de la région limoneuse hennuyère (à l'ouest) et du Condroz (à l'est).
Sur le plan géologique, la ville de Thuin est implantée sur les hauteurs de la vallée de la Sambre et de la Biesmelle sur des couches de grès, de siltites, de shales et de poudingues. Dans les fonds de vallée, le sous-sol est constitué d'alluvions. Plus au sud vers Ragnies et Thuillies, on rencontre des bancs de calcaire orientés d'ouest en est. Les grès quartzitiques ont été jadis intensivement exploités pour la construction dans des carrières situées en rive gauche de la Sambre, au nord de Thuin[5].
De Thuin à Biesme-sous-Thuin s'étend une zone mêlant prairies et bois, traversée par la Biesmelle, un affluent de la Sambre qui serpente du nord-est au sud-est, avec des ramifications de ses affluents. Au nord, là où les forêts ont été défrichées pour permettre l'installation humaine jusqu'à la Sambre, s'étend une zone bocagère composée de petites parcelles entourant de modestes fermes. Le coteau des Waibes, quant à lui, est particulièrement favorable aux arbres fruitiers[6].
Relief
Le relief de Thuin se caractérise avant tout par un contraste marqué entre plateaux élevés, versants abrupts et vallées encaissées, ce qui donne à la ville son aspect très accidenté et à ses quartiers un positionnement en terrasses.
La commune s’étend entre 38 m et 401 m d’altitude, avec une altitude moyenne d’environ 210 m[7]. Cette amplitude importante sur un territoire relativement restreint explique la présence de pentes fortes, notamment autour du centre historique et des jardins suspendus.
Thuin domine la vallée de la Sambre, qui entaille profondément le relief. La ville haute repose sur un éperon rocheux qui surplombe la rivière, tandis que les quartiers bas s’étirent le long de la vallée. La Biesmelle, un affluent, contribue également à ce modelé en creusant des vallons secondaires[8].
Les alentours immédiats présentent des collines verdoyantes et des crêtes boisées, particulièrement visibles en direction de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Plusieurs secteurs de la commune, comme L’Escaillère, atteignent des altitudes élevées autour de 341 m, témoignant d’un relief plus marqué vers le sud-ouest[7].
Enfin, la topographie variée de Thuin explique la présence de nombreux sentiers de randonnée qui exploitent ces dénivelés et offrent des panoramas sur la vallée et les plateaux environnants[9].
Ville haute, Ville basse, le Berceau, les Waibes, sont d'anciens bois défrichés où vaigement, sous l'ancien régime, les troupeaux thudiniens, la herde communal[10]. « Waibes » signifiant prés marécageux[6] et la Demi-Lune.
Hameaux
Le bois du Grand Bon Dieu.
Le Néspériat, Hauts de Sambre, le Parnasse, Saint-Jean, l'Alouette, les Hauts Trieux, les Marwèles ou les Maroëlles, Ermitage et Hourpes.
Lieux-dits
La vallée de la Biesmelle.
Stoupré, Forestaille, le Gibet, Petit Courant, la Celle et La Maladrie.
Bois
Bois des Waibes, bois de Biesme, bois de Reumont, bois de la Frégenne, bois Jean Bonival, bois de Fontaine, bois de Lobbes et bois du Grand Bon Dieu. Reconnu comme site de grand intérêt biologique et une partie du site est classé pour sa valeur historique et naturelle. Il est intégré dans la zone verte protégée (Natura 2000) correspondant à la vallée de la Biesmelle qui s'étend de Thuin à Thuillies[11].
Hydrographie
L’hydrographie de Thuin s’organise autour d’un réseau dominé par la Sambre, qui traverse la ville en formant une vallée encaissée caractéristique des cours d’eau wallons. La Sambre y apparaît comme un axe hydraulique majeur, classé parmi les voies navigables gérées par la Direction de l’Exploitation des Voies navigables, ce qui implique un tracé précisément défini et entretenu pour la navigation et la gestion des niveaux d’eau[12]. Autour de ce cours d’eau principal se greffe un ensemble de ruisseaux et affluents secondaires appartenant au Réseau Hydrographique Wallon, dont les axes recensent les cours d’eau non navigables classés en différentes catégories selon leur importance et leur gestion. Ces petits cours d’eau, parfois visibles, parfois souterrains ou intermittents, structurent les versants et zones de ruissellement qui convergent vers la Sambre[12].
La ville se situe dans un sous‑bassin hydrographique où toutes les eaux de ruissellement s’orientent vers un point de convergence, principe même d’un sous‑bassin tel que défini par les Wateringues wallonnes. Ce fonctionnement implique que les reliefs entourant Thuin dirigent naturellement les eaux vers la vallée sambroise, en alimentant les ruisseaux locaux et en participant à la dynamique hydrologique du secteur, notamment en période de fortes pluies[13]. L’ensemble s’inscrit dans une gestion régionale intégrée des cours d’eau, où les enjeux d’inondation, de biodiversité et de qualité de l’eau sont pris en compte à l’échelle du bassin.
Enfin, les cartes hydrogéologiques de Wallonie montrent que le sous‑sol de la région présente des formations géologiques variées influençant l’écoulement souterrain et la résurgence des eaux. Ces données permettent de comprendre comment les nappes phréatiques locales interagissent avec les cours d’eau de surface, notamment dans les zones de versants abrupts ou de plateaux où l’infiltration joue un rôle important[14].
Démographie
Elle comptait, au , 14 853 habitants (7 246 hommes et 7 607 femmes)[15], soit une densité de 194,13 habitants/km² pour une superficie de 76,65 km²[Note 1].
Démographie: Avant la fusion des communes
Source: DGS recensements population
Démographie : Commune fusionnée
En tenant compte des anciennes communes entraînées dans la fusion de communes de 1977, on peut dresser l'évolution suivante :
Les chiffres des années 1831 à 1970 tiennent compte des chiffres des anciennes communes fusionnées.
Source: DGS , de 1831 à 1981=recensements population; à partir de 1990 = nombre d'habitants chaque 1 janvier[16]
Nombre d'habitants de 1992 à nos jours (au 1er janvier)
Le site de Thuin doit son occupation humaine continue, depuis cinq à six millénaires, à une configuration naturelle particulièrement favorable. Un plateau d’environ quinze hectares, découpé par la Biesmelle et le Ry de la Goulette, ainsi qu’un promontoire rocheux dominant le confluent de la Biesmelle et de la Sambre, offraient des positions défensives naturelles recherchées par les premiers groupes sédentaires. Entourés d’eaux vives, de zones marécageuses et de terres fertiles riches en gibier et en poissons, ces reliefs formaient un ensemble stratégique situé sur l’axe de communication du sillon Sambre–Meuse[17].
Ce cadre a favorisé l’installation durable de communautés, qui ont progressivement fait du site une place forte dont la vocation militaire s’est maintenue jusqu’à l’époque moderne. Le paysage, resté largement intact, permet encore aujourd’hui de lire l’évolution du peuplement dans le relief même[17].
Les premières occupations attestées remontent au Néolithique, lorsque des groupes ont établi un habitat protégé par des levées de terre et des palissades. Le matériel lithique retrouvé pointes, grattoirs, haches témoigne d’une activité soutenue du IVe au Ier millénaire av. J.-C., avec un approvisionnement en silex provenant notamment de Spiennes. La découverte d’une hache votive en jadéite, probablement issue des Alpes, révèle l’existence d’échanges à longue distance dès le IIe millénaire. L’absence de vestiges liés à l’âge du Bronze s’explique par le manque de cuivre et d’étain dans la région, ce qui a prolongé l’usage de la pierre jusqu’à l’introduction du fer[18].
De nombreuses traces d'occupations préhistoriques sont présentes dans la commune et aux environs. Lors du chantier de dédoublement de la nationale 59, des fossiles ont été découverts notamment des dentes de rhinocéros à narines cloisonnées et de chevaux sauvages[19].
Environ 300 outils en silex et plusieurs centaines d’éclats ont été récoltés lors des campagnes de fouilles de l'Université libre de Bruxelles (ULB) en 2018 et en 2019. « Ces objets se rattachent tous à une époque bien précise du néolithique appelée le « Michelsberg » (4300/4200 à 3700/3600e siècle av. J.-C.). Il s’agit principalement de haches et d’herminettes polies, de grandes lames retouchées, de percuteurs, d’armatures de flèches, de tranchets et de grattoirs[20].
Antiquité
Cruches et urnes funéraires de la nécropole gallo-romaine de Thuin (IIe siècle et IIIe siècle ap. J.-C.), musée royal de Mariemont.
Le territoire communal abrite notamment dans le bois du Grand Bon Dieu les restes d'un retranchement préhistorique[21] qui a été réutilisé au Moyen-Âge. Le lieu aurait été l'oppidum de la tribu des Aduatuques[22].
En 1964, Une nécropole gallo-romaine contenant 70 sépultures a été découverte sur le plateau qui domine la rive droite de la Biesmelle à l'endroit appelé « Le Petit paradis ». Les dates d'enfouissement se situent entre 180 ap J.-C. et la deuxième moitié du IIIe siècle. On y a retrouvé des poteries contenant des restes humains et des fibules. Cela attesterait de la présence d'un petit vicus au confluent de la Sambre et de la Biesmelle, servant éventuellement d'étape de batellerie[23].
Les Nerviens formaient un peuple celtique établi entre l’actuelle Belgique occidentale et le nord de la France. Leur principal oppidum occupait trois éperons naturels dominant la Sambre et la Biesmelle, protégés par des remparts de terre et de pieux datant du IIIe millénaire av. J.-C., dont subsistent encore des levées visibles au Bois du Grand Bon Dieu et à La Celle. Les fouilles ont révélé un système défensif complexe, comprenant fossés profonds et enceintes couvrant plus de cent hectares, suggérant un centre stratégique majeur[24].
Dans les années 1980, le site a livré un trésor, notamment en statères, des pièces de monnaie gauloise en or, qui datent du premier siècle avant notre ère. Les statères en électrum (50% d'or, argent et cuivre), datant plus exactement de -57 à -51 av. J.C., se composent de 70 pièces (frappées au marteau) et correspondent pour la plupart à un type de pièce gauloise bien connu dit « à l’epsilon »[25],[22].
Avec la découverte sur ce site de ce trésor de 69 statères d’or a renforcé l’hypothèse d’une capitale nervienne. Ce contexte rapproche le lieu de la bataille du Sabis, affrontement décrit par Jules César en 57 av. J.-C., où environ 60 000 Nerviens affrontèrent huit légions romaines. César y loua la ténacité de leurs guerriers, qui combattirent jusqu’à l’épuisement malgré un terrain défavorable. L’emplacement exact de la bataille reste débattu, certains chercheurs situant le champ de bataille entre Biercée et Sars-la-Buissière[26].
Après la conquête, Rome transféra la capitale nervienne à Bavay (Bagacum) et traça de grandes chaussées évitant systématiquement la région de Thuin, interprété par certains comme une volonté d’effacer un ancien foyer de résistance[27].
Moyen Âge
Le haut Moyen Âge (Ve – IXe siècle) voit la région de Thuin traverser une transition discrète entre l’Antiquité tardive et les structures médiévales. Déjà occupée par des groupes germaniques depuis le IIIe siècle, elle est peu affectée par les invasions de 406. Aux VIe et VIIe siècles, la population gallo‑romaine, largement germanisée, se mêle aux nouveaux arrivants du Rhin. Une culture issue des traditions romaines, germaniques et chrétiennes s’y développe, favorisant la création de centres religieux tels que le Moustier, la Celle, Aulne et surtout Lobbes, futur foyer intellectuel majeur. Située entre Neustrie et Austrasie, Thuin devient un enjeu stratégique durable entre royaumes franc et germanique. Sous Charlemagne, l’organisation administrative et religieuse se renforce, entraînant l’apparition des premières paroisses et écoles, notamment à Thuin et à Lobbes, où l’abbé Anson fonde une école monastique vers 797[28].
Le site de Thuin, probablement abandonné, semble avoir été repris par les moines de Lobbes, qui y ont construit une forteresse refuge. Son nom réapparaît quelques siècles plus tard, notamment dans l'inventaire des biens et domaines de la célèbre abbaye bénédictine de Lobbes. Dans ce « polyptyque » dressé par Jean, évêque de Cambrai en 868-869 sur ordre du roi Lothaire II, on retrouve un ancien castellum (château) à Thuin ainsi que des exploitations agricoles à Biercée, Biesme-sous-Thuin, Donstienne, Gozée, Leers-et-Fosteau et Thuillies. C'est dans ce « Thudiniacum castrum » (840) ou « Thudinium castellum » (868) que les moines de Lobbes se réfugièrent pour échapper aux invasions normandes (866). En 881, les Normands attaquent la forteresse de Thuin, qui résiste, tandis qu'Aulne est détruit. En 955, les Huns, incapables de s'emparer du château de Thuin, s'en prennent directement à l'abbaye de Lobbes, où les moines opposent une résistance héroïque. Retranchés dans l'église supérieure, ils doivent leur salut à une pluie torrentielle miraculeuse qui embourbe les assaillants[29].
Au printemps 882, le prince‑évêque Francon, également abbé de Lobbes, se réfugie dans la forteresse de Thuin lors des incursions normandes. La tradition érudite attribue à ce contexte la rédaction de la Cantilène de sainte Eulalie, premier texte littéraire en langue française, ainsi que du Ludwigslied en allemand et d’un poème latin. Ces œuvres, longtemps supposées issues de l’abbaye de Saint‑Amand, auraient en réalité été composées à Thuin, où Francon et ses moines auraient cherché à soutenir la résistance locale. Thuin et Lobbes, épargnées par les destructions, gagnent alors en importance : en 889, Francon obtient officiellement la seigneurie de Lobbes et de Thuin, constituant un noyau d’autorité lié au pouvoir liégeois. Vers 900, il fonde près du château le chapitre Sainte‑Marie et Saint‑Théodard, bientôt complété par une école sous son successeur Eracle[30].
Au Xe siècle, l'abbaye de Lobbes est cédée à l'évêché de Liège, qui devient une principauté ecclésiastique. Thuin devient alors une terre liégeoise. Le prince-évêqueNotger renforce l'éperon central pour en faire une place forte redoutable, la plus occidentale de sa principauté, défiant ainsi les comtes de Hainaut voisins, attirés par le lieu. De cette première enceinte, il reste la base d'une tour d'angle, appelée « Tour Notger ». En 1053, le comte de Hainaut, Baudouin d'Hasnon, s'empare de la ville, la pille et l'incendie[29]. Notger est reconnu comme le fondateur de la ville en tant que cité libre, mais la forteresse existait déjà avant lui[31].
Thuin devient, à la fin du Xe siècle, un centre fortifié structuré par l’action de Notger, qui y installe un avoué, vassal chargé de la défense militaire, de la justice et de l’administration locale. Le premier titulaire, Boson, commande une milice protégeant la ville neuve, les villages environnants et l’abbaye de Lobbes. La fonction devient héréditaire, donnant naissance aux seigneurs de Thuin, établis au château dominant le promontoire et à la tête d’une petite armée contrôlant une châtellenie d’une vingtaine de villages. Notger répartit la Thudinie entre le château (Fontaine-Valmont, Donstiennes, Gozée, Marbaix, Landelies, Montigny-le-Tilleul, val de Thuin) et l’abbaye de Lobbes. En 973, l’église Notre-Dame du Val est détachée du monastère et confiée au chapitre Saint-Ursmer. Le développement urbain entraîne la création d’un marché et d’un atelier monétaire où sont frappés des deniers à l’effigie d’Otton III et d’Henri II. L’abbaye de Lobbes, épargnée par les invasions normandes et hongroises, demeure au Xe siècle un foyer intellectuel majeur, animé par des auteurs comme Rathier, Folcuin ou Hériger. Thuin et Lobbes s’intègrent alors à la principauté de Liège et à l’Empire germanique, tout en conservant une certaine autonomie réciproque[32].
Autour de l’an mil, malgré les peurs eschatologiques, la communauté thudinienne prospère grâce à une protection militaire solide et à une relative stabilité. L’essor des XIe – XIIIe siècles se manifeste notamment par la reconstruction d’édifices religieux et par la création d’une statue romane mosane de la Vierge, vers 1100, conservée à l’église du Val et objet d’un important pèlerinage. La situation politique reste toutefois agitée au XIe siècle. Les ambitions de Richilde de Hainaut et de son second mari, Baudouin de Flandre, provoquent un conflit avec Liège et l’Empire. Thuin est prise, pillée et incendiée en 1053. Les Thudiniens doivent aussi repousser les attaques venues du Hainaut, installé sur le promontoire de Grignard. Après 1071, Richilde, devenue veuve, se place sous la protection du prince-évêque de Liège et inféode le Hainaut, dont les comtes deviennent théoriquement vassaux de Liège et de l’Empire[33].
Thuin connaît au XIIe siècle une profonde transformation politique et urbaine. Vers 1145, le prince‑évêque Henri de Leez y fait édifier une tour et une aula près du château, probablement à l’angle des actuelles rues Prince de Liège et des Nobles. À cette époque, le châtelain‑avoué Roger de Thuin, également avoué de l’abbaye de Lobbes, mène des actions violentes contre les villages monastiques, pratique poursuivie par son successeur Jehan de Thuin. Autour de 1150, la collégiale romane de la ville haute est reconstruite et desservie par des chanoines issus de l’abbaye d’Aulne, récemment confiée aux Cisterciens après l’intervention de Saint‑Bernard. Le chapitre possède alors une école dirigée par Egrannus, où étudient probablement des membres de la famille châtelaine. Le développement de Thuin pousse le comte de Hainaut Baudouin IV à fonder les places fortes de Binche et Beaumont afin de contenir l’influence liégeoise. Les villages dépendant des moines doivent fournir des veilleurs et renforcer les murailles du castrum[34].
En 1185, Baudouin V agrandit la forteresse, étendant l’enceinte jusqu’au Crépion, dans un contexte de conflits opposant Hainaut, Brabant et Flandre. Thuin sert alors de refuge aux fils du comte. L’union du Hainaut et de la Flandre en 1191 accroît encore les tensions régionales. La troisième croisade, à laquelle participe le prince‑évêque Raoul de Zähringen, renforce les liens entre Liège et le Hainaut. En 1199, un pont en pierre est construit sur la Sambre, améliorant les communications vers le nord. Dès le milieu du XIIe siècle, une organisation communale apparaît : maires et échevins, d’abord représentants du prince‑évêque, s’affirment face à l’abbaye de Lobbes et sont progressivement supplantés par les bourgeois. La ville se structure en sept mairies, réparties entre ville haute et ville basse, protégées par une seconde enceinte. Cette période voit aussi une évolution sociale notable : les ministériels, dont les avoués et échevins, sont reconnus comme hommes libres, distinction évoquée dans l’œuvre du châtelain‑avoué Jehan de Thuin[35]’[29].
La peste du milieu du XIVe siècle provoque un effondrement démographique majeur en Europe et touche sévèrement Thuin, où la statue de Notre‑Dame d’El Vaulx aurait été portée en procession. À peine la région sortie de l’épidémie, des compagnies de mercenaires licenciées après la bataille de Poitiers ravagent la zone vers 1360. Le bailli Jean de Louvain affronte ces bandes près de Thuin, laissant plusieurs centaines de morts. Les tensions sociales liées au développement communal aggravent encore les troubles[36].
En 1372, l’assassinat du bourgmestre Jean de Harchée déclenche une révolte thudinienne à Liège, qui obtient le rétablissement du Tribunal des XXII, garant des libertés urbaines. Malgré l’instabilité, Thuin conserve une activité économique notable grâce à son marché hebdomadaire, à trois foires annuelles et à des secteurs florissants comme la métallurgie, la draperie et la tannerie, animés notamment par les corporations de métiers. La ville possède aussi une bombarde de la fin du siècle, la Spantole, probablement issue de ses propres ateliers métallurgiques[37].
Le XVe siècle marque une période de désastre pour Thuin, intégrée à la principauté de Liège et prise dans le conflit opposant les Liégeois aux ducs de Bourgogne. Les villes d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse, en première ligne, subissent destructions et massacres : Thuin, Fosses, Couvin et surtout Dinant sont rasées, cette dernière ayant été soutenue dans son opposition aux Bourguignons par Thuin[38].
En 1408, après la défaite des milices liégeoises face au Comte de Hainaut lors de la bataille d'Othée, les murailles de défense de Thuin doivent être « abattues et arasées ». Les Binchois, fidèles alliés du Comte de Hainaut, en profitent pour réclamer et obtenir les bouches à feu ainsi que la « Bancloque », la cloche communale suspendue dans le beffroi, lequel doit également être détruit avec les fortifications. La mort de Charles le Téméraire en 1477, suivie de celle de sa fille Marie de Bourgogne en 1482, met fin aux ambitions de la maison de Bourgogne d'annexer la Principauté liégeoise. Cette période de répit favorise un essor économique et urbain à Thuin. Le château fort, construit à l'époque de Notger et détruit en 1466, ne sera jamais reconstruit[39]’[38].
Thuin, dont les démolitions médiévales sont connues grâce au cahier des charges conservé à Lille, perdit au début du XVe siècle l’ensemble de ses défenses et se retrouva momentanément ville ouverte, dépourvue de protection. La disparition du château entraîna la suppression de l’avouerie, tandis que les chanoines de Saint‑Ursmer et du Moustier furent transférés à Binche avec reliques et archives. Malgré l’interdiction de reconstruire pendant un siècle, les habitants relevèrent clandestinement leurs murailles après 1408, avant d’être contraints en 1466 de les abattre à nouveau, probablement en représailles à la participation de Thudiniens à une expédition armée contre Namur[40].
Cette période s’inscrit dans le contexte des violences bourguignonnes contre les principautés récalcitrantes, notamment Liège, dont la résistance aux ducs de Bourgogne tenait à la défense de privilèges corporatifs menacés par un pouvoir plus centralisateur. Les massacres de Dinant et de Liège illustrent cette répression, qui ne cesse qu’à la mort de Charles le Téméraire en 1477. La principauté, désormais neutre à partir de 1492, reste toutefois isolée et régulièrement exposée aux conflits voisins[41].
Après les destructions, Liège se reconstruit et restaure ses symboles, dont le perron. Thuin, pour sa part, prépare lentement la réédification de sa place forte et retrouve progressivement ses institutions, ses métiers et ses privilèges. L’autonomie laissée par les princes‑évêques favorise un particularisme politique et économique durable. Située aux confins du Hainaut, du Brabant, de Namur et du royaume de France, Thuin demeure un territoire enclavé, souvent perçu comme un fragment détaché du Pays de Liège[42].
Temps modernes
Après le retour de la paix au XVIe siècle, Thuin entreprend la reconstruction de sa ville haute, dont l’organisation générale demeure visible aujourd’hui. L’espace intérieur de l’enceinte, réaménagé selon un tracé plus régulier mais toujours limité, se dote de nouveaux bâtiments, notamment les refuges des abbayes de Lobbes et d’Aulne. La cité doit cependant affronter les incursions d’iconoclastes venus de France, responsables de destructions dans les édifices religieux. L’enceinte médiévale est rebâtie sur son ancien tracé, tandis que le sommet du promontoire est élargi grâce à des remblais, permettant la création de nouveaux quartiers comme celui de la Crapaurue. Cette transformation s’accompagne d’un remodelage profond du relief et de l’apparition de vastes propriétés aux formes géométriques[43].
Les fortifications sont adaptées aux armes à feu : murs épaissis, nouvelles tours, renforcement de la porte Bourreau et aménagements protégeant les accès vers les vallées de la Sambre et de la Biesmelle. La porte Notre-Dame et sa rampe sont construites pour relier directement la ville haute à l’église du Val, désormais desservie par les chanoines thudiniens. Ces travaux, poursuivis jusqu’au XVIIIe siècle, fixent la structure urbaine de Thuin[44].
L’intense activité de construction favorise l’essor d’artisans locaux architectes, maçons et sculpteurs dont plusieurs familles migrent vers Louvain, Bruxelles ou Mons, où elles participent à de grands chantiers. Parmi eux figurent Jehan de Thuin au XVe siècle, ainsi que Jean de Thuin père et fils, actifs notamment à la collégiale Sainte-Waudru. Les écriniers, sculpteurs sur bois, laissent également des œuvres religieuses remarquables[44].
La Renaissance s’exprime à Thuin par une reconstruction rationnelle et par la présence accrue de communautés religieuses bénédictins, cisterciens, puis capucins et oratoriens qui diffusent les idées nouvelles tout en préservant la population de l’influence protestante. L’économie locale prospère grâce à l’exploitation du sous-sol liégeois et au développement d’activités métallurgiques dans la vallée de la Biesmelle, animée par les forges et leurs makas. Ces industries, florissantes sous l’Ancien Régime, se déplaceront au XIXe siècle vers la nouvelle ville de Charleroi, favorisée par l’exploitation charbonnière[45].
La contre‑réforme catholique favorise, dès le début du XVIIe siècle, l’implantation de nouvelles congrégations dans les villes et campagnes. À Thuin, malgré l’opposition des Récollets, les Capucins obtiennent en 1618 l’autorisation d’établir un couvent sur l’ancien site castral détruit au XVe siècle, grâce au soutien du comte de Belle‑Joyeuse, bailli d’Entre‑Sambre‑et‑Meuse. Leur église, élevée à l’emplacement de l’ancienne chapelle dédiée à saint Ursmer, est achevée en 1623. Ordre mendiant, les Capucins vivent d’aumônes et se consacrent aux soins des malades, particulièrement lors des épidémies récurrentes de peste, contribuant à diffuser le culte de saint Roch lors de la grande contagion de 1636. Les malades sont alors isolés dans l’ancienne léproserie de la Maladrie, au nouvel hôpital Sainte‑Élisabeth ou dans des huttes installées dans le bois des « Bourdeaux ». Un lollard, chargé de soigner et d’inhumer les pestiférés, réside dans une maison des Trieux qui portera son nom. Le culte de saint Roch, introduit par des troupes venues d’Allemagne en 1635, se développe rapidement grâce aux Capucins, entraînant la création d’une confrérie, d’une procession et d’une chapelle au Tienne Trappe[46].
En 1638, dans un contexte de ruine, d’invasions et de crise sanitaire, le Magistrat de Thuin décide l’édification d’un nouveau beffroi communal de 60 mètres, destiné avant tout à la surveillance et à l’alerte. La tour, financée par la ville, abrite une logette de guet permettant de contrôler les plateaux environnants. Les chanoines obtiennent seulement le droit d’utiliser les cloches pour leurs offices. Les quatre tourelles d’angle, aujourd’hui décoratives, étaient à l’origine de véritables échauguettes en encorbellement, reliées par une balustrade comme l’atteste un dessin de Remacle Leloup vers 1740[47].
En 1654, les troupes espagnoles, sous les ordres du prince de Condé, entreprennent le siège de la ville mais sans pouvoir concrétiser. Le Spantôle, ancienne pièce à feu en fer forgé qui trône dans la ville et qui a donné son nom à une spécialité pâtissière, aurait été capturé à cette occasion, mais l'objet est bien plus ancien[48].
Plan de Thuin au XVIIe siècle. La présence de l'église paroissiale Notre-Dame des Carmes de 1670 permet de dater la carte du dernier tiers du siècle.
Face à la menace, les habitants de Thuin s'organisent pour défendre leur ville. Le , l'ennemi venant de l'est installe son artillerie sur les Trieux. Réagissant rapidement, les défenseurs thudiniens tirent avec leurs canons et mousquets. Pendant plusieurs jours, les assaillants bombardent, creusent des tunnels et placent des mines sous les remparts. Les Thudiniens ripostent, réparent les brèches et fabriquent poudre et balles. Le 14 janvier, ils mènent une audacieuse sortie dans les lignes ennemies, provoquant chaos et pertes. Déstabilisé, l'ennemi lève le siège après 15 jours, laissant 400 morts sur le terrain. Les Thudiniens, eux, comptent 12 morts et 45 blessés[49]’[50].
Depuis cette victoire de 1654, se déroule chaque année, le troisième dimanche de mai, une procession qui a pris plutôt l'allure d'une marche militaire en l'honneur de saint Roch. Parmi tous les uniformes portés par les participants, ce sont les uniformes des soldats du Premier Empire qui ont la faveur des marcheurs et du public. Cette marche de Saint-Roch fait partie des quinze marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse qui ont été reconnues en comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO[51].
Thuin au XVIIIe siècle. D'après une gravure de Remacle Leloup parue dans Les Délices du Pays de Liège.
Le conflit durable opposant le pouvoir communal de Thuin, représenté par le Magistrat, aux chanoines du Chapitre conduit au XVIIe siècle à la création d’une paroisse indépendante et à l’implantation des Oratoriens. Les tensions, anciennes mais exacerbées vers 1660, amènent les autorités civiles à se détacher de la tutelle religieuse en matière scolaire et spirituelle. Elles fondent alors leur propre paroisse et entreprennent l’édification d’une nouvelle église, consacrée en 1670, malgré l’opposition des chanoines. Soucieux d’améliorer l’enseignement jugé insuffisant, le Magistrat fait venir en 1659 des Pères de l’Oratoire installés dans une maison de la grand-rue, origine de l’actuel Athénée[50].
Parallèlement, Thuin subit les effets des ambitions militaires de Louis XIV dans une région pourtant neutre, la principauté de Liège. Entre-Sambre-et-Meuse devient un espace stratégique en raison des places fortes voisines, entraînant une présence française quasi continue durant le dernier quart du XVIIe siècle, notamment entre 1672 et 1678 puis entre 1688 et 1697. La région voit également l’incendie partiel du village de Biercée. Le roi et Vauban séjournent régulièrement dans la zone, ce dernier envisageant un temps de transformer Thuin en forteresse avant d’abandonner le projet au profit de Maubeuge et Charleroi, ce qui met fin au statut stratégique de la cité[52].
Au début du XVIIIe siècle, Thuin retrouve une certaine tranquillité après des siècles de conflits. Des troupes allemandes y stationnent pour prévenir une éventuelle offensive française, tandis que les armées de Louis XIV campent dans la vallée de la Sambre sans remettre en cause la neutralité liégeoise. Malgré une population limitée à environ trois mille habitants, la ville possède alors l’ensemble des institutions caractéristiques d’un centre urbain d’importance[53].
Le pouvoir communal est exercé par un Magistrat élu chaque année. Celui-ci siège à l’étage de la maison de ville, édifice dont le rez-de-chaussée abrite la halle. Le 2 février, les bourgeois se réunissent pour élire sept mayeurs, chacun représentant l’une des mairies de la ville haute ou du Val. Ils choisissent ensuite deux bourgmestres régents ; avec les mayeurs et les bourgmestres sortants, ils forment un collège de onze membres chargé de l’administration civile. Le corps électoral, composé des bourgeois, est élargi à des représentants des campagnes et à des habitants du Pays de Liège. Au XVIIIe siècle, cette autorité civile acquiert un poids croissant face au pouvoir religieux[54].
La justice est rendue par un tribunal de sept échevins nommés à vie par le prince-évêque et présidés par un mayeur également désigné par celui-ci. La Cour siège à l’hôtel de ville, où se trouvent aussi les prisons civile et criminelle. Les affaires les plus graves sont transmises à la justice souveraine de Liège. Les exécutions capitales ont lieu au lieu-dit « le Gibet », attesté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle[55].
La vie intellectuelle est dominée par le collège des Oratoriens, qui connaît au XVIIIe siècle un rayonnement notable et attire les fils de la noblesse et de la bourgeoisie des Pays-Bas méridionaux. Plusieurs élèves s’illustrent ensuite dans diverses capitales européennes. Sur le plan religieux, les chanoines de la ville haute poursuivent leurs activités pastorales et gèrent de nombreuses confréries, tandis que l’église du Moustier, entourée de son cimetière, assure principalement les offices funéraires. La procession de Notre-Dame d’el Vaulx, organisée le 15 août, demeure particulièrement suivie. Les Sœurs grises, installées près du collège, se consacrent aux soins des malades et se rendent quotidiennement à l’hôpital de la Piraille, héritier d’un ancien béguinage[56].
La vie économique de Thuin au XVIIIe siècle est marquée par le déclin progressif des corporations locales, autrefois structurées autour des « bons métiers ». Alors que Liège en comptait plusieurs dizaines à la fin du Moyen Âge, Thuin n’en possédait que quelques-uns, dont la plupart se désagrègent au siècle des Lumières. Seuls les drapiers conservent une organisation solide, tandis que les tanneurs et bouchers, pourtant prospères auparavant, disparaissent presque des archives, même si leurs activités perdurent et mèneront plus tard à l’essor de la cordonnerie. L’industrie du fer, autre pilier local, souffre de la concurrence croissante de Charleroi et du remplacement du charbon de bois par la houille, absente en Thudinie. Les forges du Haut et Bas Marteau se reconvertissent en moulins à farine, à écorce ou en fouleries, tandis que quelques installations hydrauliques subsistent le long de la Biesmelle et de la Sambre. Seuls les hauts fourneaux de Hourpes se maintiennent grâce à la forêt et à la voie fluviale, dirigés notamment par les familles Moreau et Daoust[52].
Parallèlement, la société thudinienne se divise en deux clans bourgeois rivaux, issus pour partie de familles enrichies par la métallurgie et désormais instruites, souvent formées au Collège des Oratoriens ou à l’Université de Louvain. Ces élites urbaines s’opposent aux artisans et commerçants de la ville basse, également bourgeois mais moins influents, dans un climat électoral tendu qui préfigure les affrontements entre « el Vaulx » et « el Ville ». En marge, les paysans des environs, les masuirs, restent exclus des droits politiques. Thuin, bien que périphérique, est néanmoins perméable aux idées nouvelles venues de Mons et Liège : franc-maçonnerie, pensée économique moderne et valeurs bourgeoises annoncent la fin de l’Ancien Régime et l’entrée dans l’ère des révolutions[57].
Entre 1716 et 1746, les Thudiniens se rebellent contre l'autorité du prince-évêque. L'hiver 1788-1789 est particulièrement rigoureux et prolongé, avec la Sambre et la Meuse gelées durant trois mois. Le printemps qui suit n'apporte guère d'amélioration, les intempéries perturbant les cultures. Les denrées alimentaires deviennent rares, ce qui provoque une hausse des prix[58].
Époque contemporaine
Thuin en 1789 d'après G. Boulmont. Plan des Remparts (carte postale).
La révolution liégeoise, déclenchée le et qualifiée d’« heureuse » en raison de son caractère peu sanglant, marque dans la région thudinienne l’apogée d’un conflit ancien entre les industriels du Val artisans et commerçants et les administratifs de la Ville, plus conservateurs et liés aux grands propriétaires terriens et aux abbayes locales. La rupture éclate le avec la destitution du Magistrat légitime de Thuin, remplacé par une municipalité révolutionnaire menée par Pierre Mengal et Constant Bataille, figures d’un mouvement issu des quartiers populaires du Pont et de la Solval. Pour prévenir la disette, les nouveaux dirigeants instaurent un contrôle strict du commerce des grains, mais les patrouilles chargées de surveiller les fermes surnommées Catulas se livrent souvent à des pillages, attisant la colère des ruraux. Ceux‑ci s’organisent autour du fermier Noël Losseau, chef d’une milice de soixante-dix hommes, la Compagnie des Volontaires, qui affronte les bandes urbaines et bombarde même les quartiers du Pont et de la Solval en 1790. Après dix-huit mois de tensions, l’ancien Magistrat est rétabli en janvier 1791 et l’ordre institutionnel liégeois perdure jusqu’à l’invasion française de 1792[59].
En 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche, ce qui pousse l'Empire à déployer des troupes le long de la frontière française. Cette situation entraîne le retour de la Principauté de Liège dans l'Empire germanique jusqu'en 1794. Durant cette période, la région est traversée par des patrouilles autrichiennes et prussiennes prêtes à affronter les armées révolutionnaires françaises qui se regroupent dans le nord de la France[60].
Le , l'Assemblée liégeoise décide du rattachement à la France. Le 17 février de la même année, des partisans thudiniens favorables à cette union organisent un référendum avec un résultat étonnant : 693 voix pour sur 693 votants, bien que Thuin comptait environ 2 000 habitants. Seuls les hommes adultes étaient autorisés à voter. Les Autrichiens, retranchés dans les fortifications, abandonnent leur position sous les assauts de l'armée révolutionnaire qui, au prix de plusieurs centaines de morts, prend le contrôle de Thuin. Les soldats et officiers pillent la ville, avec le soutien des habitants favorables aux idées nouvelles[60].
Le , les Français lancent une attaque sur Fontaine-l'Evêque. Sur le plateau d'Anderlues, ils sont stoppés par les Autrichiens dans un violent combat à la baïonnette. Le lendemain, les Autrichiens et les Hollandais contre-attaquent, forçant les armées révolutionnaires à franchir à nouveau la Sambre[60].
Le 14 mai, les Français, accompagnés de patriotes thudiniens, incendient les abbayes de Lobbes et d'Aulne. Archives, livres anciens et précieux sont détruits. Les Français s'impatientent, et la population thudinienne subit les conséquences de leur mauvaise humeur. Le commandant de la ville demande à la population de porter la cocarde tricolore sur leur coiffure. L'église de la ville basse est transformée en magasin militaire, tandis que celle de la ville haute est saccagée. Les cloches du beffroi sont emportées pour être fondues en pièces d'artillerie[60].
Le , les troupes françaises du général Marceaus'emparent de la ville. Le , à l’issue de six jours de bombardements et face à la menace des troupes révolutionnaires françaises d’exécuter les prisonniers, la garnison autrichienne occupant la citadelle de Charleroi capitule et évacue la ville[61]. Le 14 mai, les abbayes de Lobbes et d'Aulne furent incendiées par les troupes françaises[62].
Le lendemain, , les forces autrichiennes lancent une contre‑offensive majeure, déclenchant la bataille de Fleurus, l’un des affrontements décisifs des guerres révolutionnaires. Environ 100 000 combattants s’y opposent. Les combats, d’une violence exceptionnelle, se prolongent toute la journée[61].
Pour la première fois dans l’histoire militaire, les Français utilisent une observation aérienne par ballon afin de surveiller les mouvements ennemis et transmettre des informations tactiques. En soirée, les troupes autrichiennes se retirent. Cette défaite marque la fin de la domination des Habsbourg sur les Pays-Bas autrichiens[61]. À Thuin, comme dans l’ensemble du territoire conquis, les autorités révolutionnaires instaurent rapidement leur administration. Les lois et décrets français deviennent applicables, et les biens appartenant aux personnes ayant fui le régime sont confisqués[61].
La population, déjà soumise à de nombreuses réquisitions, doit en outre contribuer à un emprunt forcé destiné à financer l’effort de guerre. À ces mesures économiques s’ajoute l’impôt du sang : la conscription, imposant aux hommes de 20 à 25 ans de servir dans les armées françaises engagées sur de multiples fronts, de l’Europe centrale jusqu’à l’Égypte[61]. Une grande partie de ces jeunes hommes, retirés des activités productives, ne revient pas des campagnes militaires. Parmi les survivants, beaucoup rentrent invalides ou malades[61]. Ces contraintes réquisitions, confiscations, emprunts forcés et conscription provoquent famine, misère et mécontentement. La loi sur la conscription, en particulier, suscite une forte hostilité au sein de la population belge, qui y voit une atteinte directe à ses libertés et à sa survie économique[61].
La période allant de janvier 1795 à novembre 1799 correspond à l’intégration progressive puis officielle de la Principauté de Liège et des anciens Pays-Bas autrichiens dans la France révolutionnaire. Jusqu’au , le prince‑évêque de Liège demeure théoriquement vassal de l’empereur François II, mais le pouvoir réel appartient déjà aux autorités françaises, qui administrent le territoire comme une Belgique organisée en départements sous la Convention. Le , la Convention décrète l’annexion formelle des Pays-Bas méridionaux et de Liège. Elle invoque les vœux exprimés par les populations locales, mais poursuit surtout des objectifs stratégiques et économiques : exploiter les ressources d’un territoire conquis en 1792 puis reconquis en 1794, déjà lourdement ponctionné mais encore riche en hommes, matières premières et contributions fiscales[63].
Dès lors, la législation française s’applique intégralement : levées militaires, confiscation des biens des émigrés et du clergé, abolition de la noblesse héréditaire, des corporations et des institutions d’Ancien Régime. À partir du , le Directoire gouverne la France et les neuf départements belges, mais son incapacité administrative est largement reconnue par les historiens. Le régime profite surtout à une bourgeoisie opportuniste, tandis que la population sombre dans la misère et que les départements belges fournissent massivement hommes, vivres et matériaux aux armées révolutionnaires engagées contre l’Europe. Dans les localités comme Thuin, les effets sont visibles : les églises sont désaffectées, transformées en dépôts ou en écuries. Celle de la ville basse sert d’entrepôt pour les métaux réquisitionnés, facilement expédiés vers la France par la Sambre, tandis que l’église du Chapitre (actuel beffroi) accueille chevaux et bétail saisis aux paysans, les empêchant même de cultiver leurs terres. La région connaît une désolation quasi générale, à l’exception de ceux qui collaborent activement au nouveau pouvoir[63].
Napoléon Bonaparte, âgé de 30 ans, renverse le gouvernement républicain lors du coup d’État du 18 brumaire (novembre 1799) et instaure le Consulat, régime où il concentre l’autorité en tant que Premier Consul. Cette prise de pouvoir met fin à une décennie de troubles et rétablit une relative stabilité en France et dans la Belgique annexée. Les réformes modèrent l’héritage révolutionnaire : retour du culte catholique après le Concordat de 1801, maintien de la conscription mais avec tirage au sort, développement des lycées, et restauration de pratiques traditionnelles, ce qui renforce la popularité de Bonaparte, proclamé Premier Consul à vie en 1802[64].
En 1803, la région retrouve ses fêtes religieuses, comme la procession Notre-Dame d’el Vaulx à Thuin, tandis que la visite de Bonaparte en Belgique entraîne l’usage des pièces d’artillerie locales pour lui rendre hommage. Le , il devient empereur sous le nom de Napoléon 1er et poursuit la réorganisation administrative, éducative et juridique, notamment avec le Code civil. En 1806, il abolit le calendrier républicain et rétablit le système traditionnel, dans un contexte d’essor industriel et commercial. Cependant, Thuin reste en marge de ce dynamisme : la nouvelle route reliant Mons à Charleroi via Fontaine-l’Évêque, devenue chef-lieu d’arrondissement, structure un couloir industriel stratégique qui contourne la ville, accentuant son isolement récurrent[65].
Au début du XIXe siècle, le maire de Thuin, désireux de « moderniser » la ville en effaçant son passé, fait détruire plusieurs vestiges impressionnants de l'ancienne forteresse. Ainsi disparaissent la collégiale Saint-Théodard, accolée au beffroi et démolie en 1811 pour créer une place à danser, les tours de la porte Notre-Dame, ainsi que le châtelet d'entrée de la porte de Charleroi, autrefois appelée porte du Bourreau en raison des condamnés qui y passaient en route vers la potence du Gibet. Le collège des Oratoriens est transformé en collège impérial[61].
La Grande Armée, engagée dans des campagnes incessantes, subit dès 1812 une pénurie d’hommes qui conduit à l’incorporation des mariés et à une répression accrue des déserteurs. La misère s’étend dans les régions occupées, où la population manifeste son mécontentement. La campagne de Russie tourne au désastre : la retraite hivernale décime les troupes, victimes du froid, de la faim et d’attaques locales. Près de Vilnius, environ 40 000 soldats meurent sans combattre. Napoléon quitte alors l’armée et regagne Paris, avant d’être destitué et exilé à l’île d’Elbe. Dans la région de Thuin, la famine et les troubles marquent la fin de 1813. L’Empire français se désagrège et, le , les derniers soldats français quittent la ville. Le lendemain, des Cosaques russes l’occupent brièvement. Le premier traité de Paris () redéfinit les frontières, laissant certains cantons voisins à la France. Après sept siècles d’appartenance liégeoise et vingt‑et‑un ans sous administration française, la région se retrouve affaiblie et isolée. Les provinces belges sont intégrées au royaume des Pays‑Bas, décision accueillie sans enthousiasme mais dans un désir de paix[66].
L’évasion de Napoléon de l’île d’Elbe, le , ouvre la période des Cent‑Jours. Une armée de plus de 100 000 vétérans est reconstituée. Dans les provinces belges, les Prussiens prennent garnison à Thuin dès avril 1815. Le , Napoléon se trouve à Beaumont ; le maréchal Ney et le général Reille cantonnent dans les environs de Leers‑et‑Fosteau. Le lendemain, les troupes françaises de Jérôme Bonaparte engagent les premiers combats de la campagne de Belgique autour de Thuin, repoussant les avant‑postes prussiens. Le 16 juin, la bataille de Ligny oppose Français et Prussiens, causant plus de 27 000 pertes. Deux jours plus tard survient la défaite décisive de Waterloo. Les rescapés français refluent vers la France, traversant Thuin le 19 juin. Le , les Prussiens réoccupent la région. Le second traité de Paris () restitue à la Belgique plusieurs cantons voisins et marque le début effectif de la période hollandaise sous Guillaume d’Orange, conformément aux décisions du Congrès de Vienne[67].
Sous le régime hollandais, Thuin connaît une phase décisive de modernisation impulsée par son bourgmestre Albert Martin, personnalité énergique déjà en fonction sous l’administration française. Profitant de la politique volontariste de Guillaume 1er, il entreprend de rompre l’isolement de la cité par une série de travaux d’infrastructure. Entre 1820 et 1825, il fait aménager la route d’Anderlues, nouvel axe stratégique reliant Thuin à Nivelles puis à Bruxelles, et envisage son prolongement vers Beaumont, Chimay et Philippeville‑Rocroi. Pour contourner l’étroitesse de la ville haute, il projette un pont au lieu‑dit La Cornette, destiné à créer un itinéraire alternatif par le Fosteau et Maroilles, projet ambitieux qui lui attire de fortes oppositions[68].
En 1826, le premier haut fourneau d'Europe continentale est construit à l'usine sidérurgique de Hourpes, sous la supervision de l'ingénieur anglais Thomas Bonehill, engagé par le roi Guillaume 1er[69].
Parallèlement, Martin soutient la transformation de la Sambre, jusque‑là rivière irrégulière et difficilement navigable, en un canal moderne équipé d’écluses. Le gouvernement hollandais, soucieux d’améliorer la navigation intérieure, approuve rapidement cette initiative. Les travaux, menés de 1825 à 1830, modifient profondément la ville basse : disparition de l’île centrale, création d’un vaste quai de chargement et régularisation du lit de la rivière en un canal de 25 m de large. En 1828, la construction du pont de la Cornette débute, mais un pilier emporté par les eaux et l’hostilité des commerçants du vieux pont entraînent l’abandon définitif de l’ouvrage, malgré l’inauguration du canal par Guillaume 1er en 1829[70].
Grâce à ces transformations, Thuin devient un centre de batellerie et un point de passage nord‑sud entre Bruxelles et Beaumont. L’action tenace de Martin, relayée après 1830 par son adjoint Georges Liégeois, permet à la ville d’échapper au déclin face à la concurrence de Charleroi et au dynamisme croissant de Lobbes. Malgré certaines destructions jugées excessives, son rôle apparaît déterminant dans l’ouverture de Thuin à la modernité[71].
La fin du régime hollandais est marquée par un climat de tension croissante : imposition du néerlandais, fiscalité lourde, censure et favoritisme envers les fonctionnaires hollandais alimentent le mécontentement. La révolution parisienne de juillet 1830 accélère les événements : catholiques et libéraux belges s’unissent, la presse se libère, et l’émeute du 26 août à Bruxelles, suivie des Journées de Septembre auxquelles participent des habitants de Thuin, conduit au retrait des troupes hollandaises. La Belgique accède alors à l’indépendance et fonde un nouveau royaume[71].
La crise d’août et septembre 1830 à Thuin s’inscrit dans le contexte de l’insurrection belge contre le régime hollandais. À la fin de l’été, le Conseil de Régence met sur pied une garde bourgeoise pour contenir les troubles provoqués par les Malveillants, nom donné aux opposants locaux au pouvoir néerlandais. Ces derniers sont principalement des ouvriers employés aux travaux de canalisation de la Sambre, soutenus par les commerçants du vieux pont, hostiles à la construction d’un nouvel ouvrage jugé nuisible à leurs intérêts. Lors des festivités de début septembre, les tensions culminent : le bourgmestre Martin, pourtant ardent défenseur du projet de pont neuf, est contraint par la foule de proclamer « Vive le vieux pont, à bas le neuf », épisode humiliant qui le pousse à se retirer de la vie politique active[72].
Lorsque les « Journées de septembre » éclatent à Bruxelles, Thuin participe activement au mouvement révolutionnaire. Le 21 septembre, alors que le prince Frédéric de Hollande tente de reprendre la capitale, des volontaires affluent de tout le pays. Cinquante habitants de Thuin se joignent à l’effort national sous la conduite d’Augustin Bataille, Jean‑Baptiste Clavel, Joseph Votion, Parfait Colbeau et Henri Spalart. Un premier groupe d’environ vingt‑cinq hommes atteint Bruxelles le 26 septembre et combat aux côtés des volontaires de Charleroi et de Gosselies, notamment dans le secteur du faubourg de Namur. Le lendemain, un gouvernement provisoire s’installe à l’Hôtel de Ville, où des Thudiniens assurent une garde ininterrompue de trente‑deux heures. Le retrait nocturne des troupes hollandaises, découvert le 27 au matin, marque l’issue favorable de l’insurrection[73].
Un second contingent quitte Thuin le même jour, tandis que la ville et les villages voisins envoient vivres et provisions pour soutenir les insurgés. Les volontaires belges poursuivent ensuite les forces néerlandaises en retraite vers Anvers. Parmi eux se trouvent plusieurs Thudiniens, dont le capitaine Adolphe Clavel, ancien déserteur de l’armée hollandaise. La ville d’Anvers est bombardée puis reprise, scellant la participation active de Thuin à la révolution belge de 1830[73].
À l’aube de la Belgique indépendante, Thuin est dirigée par une succession de bourgmestres catholiques dont l’action marque profondément l’organisation urbaine et la vie publique. Georges‑Louis Liégeois, né en 1770 près de La Roche‑en‑Ardenne, formé chez les Oratoriens et allié à une famille thudinienne influente, devient l’un des principaux collaborateurs du bourgmestre Martin avant d’entrer au conseil communal en 1804. Juriste respecté, il est élu en 1830 premier bourgmestre de la nouvelle Belgique et occupe cette fonction jusqu’à sa mort en 1844. Son administration poursuit les projets d’ouverture de la ville vers l’extérieur : création de la route de Gozée, aménagement de la future rue Léopold II, et intégration de Thuin dans un réseau routier en recomposition, même si certains tracés notamment l’embranchement de Lobbes vers Sartiau contribuent à maintenir la cité dans une relative marginalité régionale[74].
Son fils Alphonse lui succède brièvement avant l’élection d’Auguste Maillard, médecin installé à Thuin depuis 1815. Humanitaire actif lors de la campagne napoléonienne de 1815, Maillard, élu en 1845, oriente son mandat vers l’essor de l’instruction publique, le développement du collège communal, la gestion de l’hospice et la promotion de la vie culturelle, notamment à travers la société musicale « Ordre et Progrès ». Son mayorat coïncide avec la construction de la ligne ferroviaire Charleroi‑Erquelinnes, destinée à devenir un axe international majeur reliant Paris à Cologne. Cette transformation, emblématique de la révolution industrielle, suscite toutefois des résistances locales parmi les transporteurs et commerçants, et contribue à la défaite électorale des catholiques en 1852. Maillard, resté conseiller jusqu’à sa mort en 1857, laisse son nom au « Chêne Maillard », arbre pluriséculaire qu’il aurait contribué à préserver[75].
L’arrivée au pouvoir du libéral Omer Ladeuze en 1852 ouvre une période de vingt‑six ans marquée par une expansion économique sans précédent. Riche exploitant agricole, Ladeuze gouverne Thuin au moment où le bassin houiller et métallurgique de Charleroi connaît une croissance explosive. Grâce au chemin de fer, la ville profite indirectement de cette dynamique : de nombreux ouvriers thudiniens se rendent quotidiennement dans les usines du « Pays noir », tandis que Thuin développe ses propres activités usine de Hourpes, carrières de grès, batellerie, tanneries, cordonneries et petit commerce. La défaite française de 1870 stimule encore la demande en charbon, renforçant la prospérité régionale et favorisant l’exploitation des ressources forestières et agricoles de la Thudinie[76].
L’amélioration des transports, par route, rail et navigation, soutient également l’essor d’un premier tourisme local : les visiteurs, souvent issus des centres industriels voisins, commencent à affluer par train pour découvrir le site pittoresque de Thuin. Cette période voit ainsi la ville s’inscrire durablement dans les réseaux économiques et culturels de la Belgique du XIXe siècle, tout en affirmant une identité façonnée par l’alternance politique entre catholiques et libéraux et par les mutations rapides du monde industriel[76].
En 1866, une épidémie de choléra frappe Thuin et sa région. Le conseil communal adopte un règlement incitant la population à respecter diverses mesures d'hygiène. La potabilité de l'eau devient un problème majeur, et le culte à saint Roch connaît un regain de ferveur[77]’[76].
Le curé Grard réactive dans la paroisse de la ville basse la confrérie Saint‑Roch, alors déclinante, ainsi que la procession du 16 août, et fait rebâtir la chapelle du Tienne‑Trappe. En 1867, l’administration libérale de Thuin instaure une marche militaire et sollicite la présence du clergé pour accompagner la statue de saint Roch ; ce cortège, très populaire, défilera désormais chaque troisième dimanche de mai, même après la suppression de ses éléments religieux par le curé. Ce n’est qu’en 1883 qu’un compromis est trouvé entre le bourgmestre t’Serstevens et le curé Lagache afin d’harmoniser, au moins partiellement, la cérémonie religieuse et le défilé civil[78].
Sous l’administration du bourgmestre libéral Jean‑Baptiste t’Serstevens, en fonction de 1878 à 1895, Thuin connaît une phase de modernisation marquée. L’arrivée de cet élu, lié à la famille Troye par son mariage avec Alix Troye, s’inscrit dans la continuité de l’influence exercée par cette lignée, dont plusieurs membres avaient occupé des postes importants sous les régimes précédents. T’Serstevens, originaire de Bruxelles, apporte une vision extérieure qui transforme durablement la ville. Il stimule le développement touristique, restructure la ville basse et oriente son action vers l’urbanisme, l’hygiène publique et l’instruction. Sous son impulsion, l’ancien collège communal est repris par l’État, et trois écoles nouvelles sont fondées dans les quartiers, renforçant l’accès à l’enseignement[79].
Son sens de la conciliation favorise également l’essor du folklore local, notamment la marche Saint‑Roch, dont il harmonise les dimensions religieuses et civiles avec l’appui du curé Delmotte. Il encourage par ailleurs la mise en valeur des traditions paroissiales, dont le culte de Notre‑Dame d’el Vaulx. Réélu en 1888, il poursuit une politique de grands travaux qui marque durablement la physionomie de Thuin ; la rue principale de la ville basse porte aujourd’hui son nom en hommage à son rôle structurant. Durant son mandat, les activités économiques connaissent une forte croissance : les chantiers navals se développent, les moulins sont modernisés et les carrières des Waibes tournent à plein régime, témoignant d’une période d’expansion industrielle[80].
Le centre-ville (ville haute), carte postale datée de 1908.
En 1896, Victor Vilain est élu bourgmestre. Admiratif de Thuin et de sa région, il ambitionne d'en faire un lieu de villégiature haut de gamme. Il initie cette vision avec l'ouverture d'un casino dans la Grand'rue, qui acquiert rapidement une réputation internationale. Cafés, restaurants et hôtels prospèrent, tandis que les bourgeois accueillent les visiteurs. La ville s'anime grâce à « Thuin-Attractions » avec des concerts, corsos fleuris, fêtes vénitiennes sur la Sambre, concours hippiques, et bien d'autres événements. Thuin connaît alors des années d'euphorie. Cependant, en 1904, une loi interdisant les jeux de hasard en Belgique force la fermeture du casino. Plus tard, Spa et Ostende obtiennent de nouvelles licences d'exploitation, mais malgré les démarches du conseil communal auprès des Chambres législatives, Thuin ne parvient pas à en obtenir[81].
Depuis la fermeture des salles de jeux, Thuin s’est peu à peu faite plus discrète, mais l’élan touristique amorcé auparavant continue d’animer la ville. Grâce à quelques figures locales, l’activité commerciale reste vivante et la cité garde l’image d’une petite agglomération conviviale où il fait bon vivre. Des personnalités thudiniennes comme le peintre Jules Cran, l’écrivain Maurice des Ombiaux, le sculpteur Hector Dufossez ou encore l’imprimeur Monnom dont la fille Marie épousera le peintre Théo Van Rysselberghe contribuent à faire rayonner Thuin jusqu’à Bruxelles. Autour de 1900, la ville connaît, à l’image du pays, une période d’intense vitalité culturelle et sociale, souvent qualifiée de « belle époque ». Cette prospérité masque toutefois la précarité persistante d’une partie de la population, notamment celle des paysans encore en marge de l’industrialisation et vivant dans des conditions difficiles. Dans ce contexte, seuls quelques notables engagés apportent un soutien concret aux plus démunis. Le docteur Berteaux se distingue par son action contre les maladies liées aux eaux polluées, tandis qu’Henri Conreur fonde plusieurs œuvres sociales en faveur des plus modestes, ce qui lui vaut le surnom de « Bon Dieu des Waibes »[82].
La grand'rue et le beffroi en 1908, carte postale.
La Thudinie fut, durant l’été 1914, le cadre d’affrontements particulièrement violents qui encerclèrent Thuin sans toutefois atteindre la cité elle‑même, ce qui permit à son patrimoine médiéval de demeurer intact, contrairement à de nombreuses localités belges ravagées au début du conflit. Le 15 août, la procession dédiée à Notre‑Dame d’el Vaux rassembla une foule inquiète face aux menaces imminentes. Les habitants adressèrent alors leurs prières à la Vierge pour préserver leur ville, laquelle échappa effectivement aux destructions alors que les combats faisaient rage dans les environs immédiats. Cet épisode, perçu par certains comme un signe providentiel, inspira au chanoine Hector Dupont la réalisation de petites reproductions de la statue romane de Notre‑Dame, objets que de nombreuses familles thudiniennes conservèrent ensuite comme symbole de protection et de mémoire[83].
De très violents combats s'y sont déroulés le (bataille de Charleroi), plus particulièrement à Gozée et à Biesme-sous-Thuin, lorsque la 5e armée française faillit se faire encercler par les Ire, IIe et IIIe armées allemandes[84]. Les régiments français qui, le , ont combattu sur le territoire de la commune sont le 12e RI (Tarbes), le 18e RI (Pau), le 34e RI (Mont-de-Marsan), le 49e RI (Bayonne) et le 144e RI (Bordeaux). Toutes ces unités faisaient partie du 18e Corps d'Armée (Bordeaux) qui constituait le flanc gauche de la 5e armée française et était placé sous les ordres du général de Mas-Latrie[85]. Devant l'ampleur des pertes françaises — 983 soldats et officiers du seul 49e RI ont perdu la vie ce jour-là à Thuin —, le chef de la 5e armée, le général Lanrezac prit l'initiative — en désobéissant au généralissime Joffre — de faire reculer ses troupes. Cette désobéissance lui permit de sauver l'essentiel de ses forces et fut, de ce fait, l'une des raisons de la victoire de la Marne qui eut lieu quelques semaines plus tard.
Pendant l’occupation de 1914‑1918, l’autorité allemande, installée à la ville haute, se désintéresse largement de la gestion quotidienne, laissée au bourgmestre Victor Vilain. Celui‑ci coordonne les secours, l’alimentation et les finances locales, recourant à des monnaies de substitution pour pallier le manque de numéraire, tandis que la police est exercée par l’occupant. En 1921, la fin du vote censitaire permet l’arrivée au pouvoir du baron Paul Gendebien, qui cherche à apaiser les tensions politiques et à rassembler la population. Il organise une exposition coloniale remarquée, relance la marche de Saint-Roch en créant un comité pluraliste et s’attaque aux problèmes sanitaires, notamment l’approvisionnement en eau potable grâce à de nouveaux aménagements hydrauliques. Son administration modernise également les routes, tente d’étendre le tram vicinal et développe des lignes d’autobus. Les fêtes populaires restent soutenues, et un circuit automobile est aménagé dans les années 1920. Le centenaire de la Belgique en 1930 donne lieu à de grandes célébrations, tandis que l’église des Waibes est inaugurée en 1931[86]. Entre les deux guerres, la marche Saint‑Roch s’impose comme la fête officielle de la ville, intégrant traditions civiles et religieuses[87].
La période allant de 1932 à mai 1940 marque en Belgique une phase de tensions politiques et économiques croissantes. Après l’Union sacrée de la Première Guerre mondiale, émergent en Flandre et en Wallonie des mouvements autonomistes tandis que le Rexisme, mouvement contestataire dirigé contre les partis traditionnels, gagne en visibilité dans un contexte international instable. L’économie nationale, fondée sur les charbonnages et la métallurgie, amorce un déclin durable, dont les régions proches des bassins industriels comme la Thudinie ressentent fortement les effets, même si l’agriculture locale en atténue partiellement l’impact. Les élections de 1933 maintiennent la majorité catholique et confirment Paul Gendebien comme bourgmestre. La décennie est également marquée par des difficultés d’approvisionnement en eau : la source de la Piraille, alimentant la ville haute depuis 1930, s’épuise en 1935, et la situation n’est résolue qu’en 1945 grâce au raccordement au réseau intercommunal de Lobbes-Anderlues. En 1936, l’instauration des congés payés favorise l’essor d’un tourisme populaire naissant[88].
Lors de la Seconde Guerre mondiale, Thuin a été bombardé le ainsi que les jours suivants, ce qui a entraîné un exode d'une très large partie de la population vers la France[89]’[90]. Les Allemands entreront dans une ville presque déserte le . En mai 1940, l’offensive allemande débute par l’invasion de la Belgique sans déclaration préalable. Les forces mécanisées franchissent rapidement l’Entre-Sambre-et-Meuse et atteignent la région de Thuin le 17 mai, provoquant le repli désordonné des troupes françaises et l’exode massif des civils. Plusieurs localités, dont Thuin, Lobbes et Thuillies, subissent des bombardements visant voies ferrées, gares et quartiers habités, causant de nombreuses victimes parmi les réfugiés. Les ponts de la Sambre et des lignes ferroviaires sont détruits par l’armée française pour ralentir la progression ennemie. Le 17 mai, les premières unités allemandes entrent dans une ville presque vidée de sa population. Après la capitulation belge du 28 mai et celle de la France en juin, Thuin vit quatre années d’occupation marquées par la réorganisation administrative locale, la présence de la Kommandantur et l’installation de services allemands. À partir de 1942, l’instauration du travail obligatoire en Allemagne intensifie l’activité des réseaux de résistance, qui mènent sabotages et collecte de renseignements jusqu’à la libération en 1944[91].
À partir de 1943, les forces alliées intensifient leurs préparatifs en vue d’une offensive destinée à libérer l’Europe. Les bombardements visant les infrastructures allemandes se multiplient, tandis que dans la région de Thuin, la population se réfugie régulièrement dans les caves ou les abris à l’annonce des alertes aériennes. L’écoute clandestine de la radio de Londres nourrit l’espoir d’un débarquement imminent et d’un recul progressif des troupes allemandes. L’année 1944 voit s’accentuer à la fois les actions de la résistance et la répression occupante. Le survol fréquent de formations de bombardiers alliés, les crashs d’appareils isolés et les parachutages témoignent de l’intensification du conflit. Les bombardements de la gare de Lobbes, en mai puis en août, s’inscrivent dans la stratégie alliée visant à désorganiser les communications ferroviaires allemandes avant l’ouverture du front de Normandie[92].
Après le débarquement du 6 juin, les mouvements militaires allemands se multiplient dans la région, tandis que les sabotages locaux se poursuivent. À l’été, l’avancée américaine provoque la désorganisation des troupes ennemies, dont les convois sont régulièrement mitraillés. Fin août et début septembre, la retraite allemande devient générale. Les derniers combats locaux, notamment autour du pont de la Sambre et lors d’affrontements entre résistants et unités allemandes, précèdent l’arrivée des premiers soldats américains à Thuin le 4 septembre 1944, accueillis par une population en liesse. La ville retrouve alors son administration légitime, bien que la menace des armes nouvelles allemandes, comme les V1, persiste encore. L’hiver 1944‑1945 est marqué par la présence américaine et par les effets de l’offensive des Ardennes, dont la région échappe toutefois aux combats directs. Le printemps 1945 voit le retour des prisonniers et déportés, prélude au lent rétablissement d’une vie quotidienne normale après plusieurs années d’occupation et d’épreuves[93].
Entre 1946 et 1971, Thuin connaît d’importantes évolutions politiques, urbanistiques et culturelles. Les élections communales de 1946 confirment la domination du parti catholique, avec Charles Gendebien succédant à son père comme bourgmestre. La fin des années 1940 est marquée par l’ouverture de l’école industrielle et par l’impact du Plan Marshall, qui accélère l’américanisation économique. Dans les années 1950, la ville modernise ses infrastructures : revêtement bitumeux, arrivée de la télévision, du gaz en bouteille et des premiers appareils facilitant les tâches ménagères. L’instituteur Georges Cuisenaire acquiert une renommée internationale grâce à ses réglettes pédagogiques, tandis que le beffroi est restauré et illuminé[94].
Les élections de 1952 portent le libéral Martial Bourgeois à la tête de la commune. En 1954, la ville cède l’ancien collège des Oratoriens à l’État, et en 1957 de nouvelles écoles ainsi qu’une bibliothèque communale sont inaugurées. Le libéral Marc Dagnelies devient bourgmestre en 1958. Les années 1960 voient la construction du nouvel Athénée, le passage du Tour de France en 1961, la découverte d’une nécropole gallo‑romaine en 1963 et la création d’un terrain de camping en 1964, année qui marque aussi le retour du PSC au pouvoir avec Charles Gendebien. En 1967, Thuin accueille l’intercommunale INTERSUD et la Fédération Cynologique Internationale. Un nouveau pont en S est construit en 1969, suivi en 1970 par l’inauguration d’un viaduc à double courbure[95].
Les élections de 1970 bouleversent l’équilibre politique : la division du camp catholique permet au Parti socialiste d’obtenir la majorité absolue, ouvrant la voie au premier pouvoir communal de gauche. Le nouveau bourgmestre, au style autoritaire, mène une politique volontariste : suppression du kiosque de la Ville-Haute, fin du motocross, retrait de l’intercommunale INTERSUD, déplacement de l’administration communale et soutien à de vastes projets immobiliers destinés à faire de Thuin une cité résidentielle liée à Charleroi[96].
La fusion des communes en 1976 fait de Pierre Trogh le premier bourgmestre de la nouvelle entité de Thuin, alors confrontée à de graves difficultés financières. De 1983 à 1988, Julien Brochard réduit le déficit et réorganise la gestion communale, notamment grâce à l’aménagement du rempart nord pour fluidifier la circulation. Daniel Ducarme lui succède de 1989 à 2000, modernise la ville basse, développe des infrastructures touristiques et culturelles et rapproche les forces politiques locales. Paul Furlan devient bourgmestre en 2001 et consolide une majorité stable. Malgré l’implication de figures politiques marquantes, la gouvernance thudinienne reste longtemps marquée par des projets contrariés et des tensions internes. Au début du XXIe siècle, divers investissements extérieurs permettent la rénovation de quartiers historiques, la mise en valeur du beffroi, la création d’un port de plaisance et l’essor d’un zoning industriel. La vie culturelle demeure active grâce à des associations artistiques, historiques et folkloriques, ainsi qu’à plusieurs initiatives muséales consacrées au tram, à l’imprimerie et à la batellerie, même si aucun musée général d’histoire locale n’a pu être établi[97].
Armoiries
Blason de Thuin depuis la fusion des communes. Ce blason reprend le motif du plus ancien sceau connu de la ville.
Blasonnement :d'azur au château-fort d'argent accosté de deux écussons du même au lion couronné de sable, celui de dextre contourné[98].
Délibération communale : 16 octobre 1979
Arrêté de l'exécutif de la communauté : 27 août 1984
Armes de Thuin entre 1883 et la fusion des communes.
Blasonnement :D’azur semé de billettes d’argent au lion d’argent armé et lampassé de gueules brochant sur le tout.
DC 20 mai 1882 - AR 1 mars 1883 - MB 10 avril 1883
Après l'indépendance de la Belgique, un Arrêté royal confirme les armes accordées à la ville le 6 décembre 1820 par le Conseil suprême de la Noblesse des Pays-Bas.
Blasonnement :D’azur, à un lion d’or, armé et lampassé de même, l'écu timbré d'une couronne d'or.
DC 10 mai 1837 - AR 7 avril 1838
Drapeau de la Ville de Thuin. Parti de bleu et blanc, la laize bleue chargée de 3 merlettes blanches rangées à sa partie supérieure[99].
DC 2 février 1993 - AE 26 octobre 1993
Logotype
L'œuvre « Silvardo », située dans les jardins suspendus qui est le logotype utilisé par la ville.
Inspiré de l'œuvre Silvardo de Jérôme Constant, qui représente un lion en tant que motif principal des armoiries de la ville, la sculpture intègre un trou dans la patte symbolisant la blessure de Saint-Roch. La couleur rouge, quant à elle, évoque le vin et fait référence au costume des zouaves[100].
Politique
Liste des bourgmestres depuis 1814
Les bourgmestres et coalitions qui ont dirigé Thuin :
Poste de Police, rue de Stoupré, service d'incendie de Thuin, rue de Biesme.
Patrimoine et culture
Patrimoine architectural
Le beffroi.
Thuin
Ville haute
Le beffroi de Thuin. À l'emplacement d'un ancien beffroi effondré quelques décennies auparavant, le beffroi actuel, édifié dans la première moitié du XVIIe siècle, est un vestige de la collégiale des Saints-Lambert et Théodard, démolie en 1811[101]. Sur la face sud, les armoiries des bourgmestres de l'époque, accompagnées de leurs noms et de la date « P. TASSIER, N. DE BRUXELLE BOURGUEMRES. 1639 », surmontent les deux niches consacrées à saint Lambert et à saint Théodard, elles-mêmes ornées des inscriptions « DE-CANUS ET / CAPITULUM / ECCLESIAEA » et « COLLEGIATAE / THUDINIENSIS / AN° 1639 »[102]. Le beffroi, culminant à 60 mètres de hauteur, est surmonté d'une flèche campaniforme entourée de quatre clochetons polygonaux. Après avoir été détruit par une tempête en 1662, il a été restauré et a subi d'importantes réparations au milieu du XVIIIe siècle[101]. Le beffroi, dont les origines remontent au Moyen Âge, est construit à l'époque du plus grand essor de la ville. Il figure, depuis 1999, au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le beffroi a été entièrement restauré au début des années 2000[101]’[103]’[104]. En 1997, des fouilles ont révélé les fondations d'une église romane datant du XIIe siècle, dont le chœur gothique a été ajouté au XVIe siècle[105].
L'église Notre-Dame des Carmes (désacralisée[106]).
Un monument aux morts érigé contre le mur du beffroi est inauguré par le roi Albert 1er[107]. Ce monument, installé en 1919, représente les 25 Thudiniens morts pour la patrie qui y sont inscrits.
L'église Notre-Dame des Carmes ou église de la Sainte-Vierge. Cette église a été érigée en 1670 à la demande des paroissiens, qui devaient assister aux offices à la collégiale Saint-Théodard[108]. Édifice en briques et moellons, comprenant une vaste nef et un chœur se terminant par un chevet à trois pans[109]. Maurice des Ombiaux a décrit cet édifice comme ressemblant à une grange[110]. Aujourd'hui, l'église est désacralisée[111],[112].
L'hôtel des postes, ancien refuge de l'abbaye de Lobbes datant de 1552, comme l'attestent les ancres visibles sur la façade ouest du bâtiment, reprises au pignon lors de la restauration par l'architecte Van Houcke en 1889. Mis aux enchères publiques en 1795, il a ensuite été utilisé comme caserne de gendarmerie et école communale avant d'accueillir les PTT[113].
L'hôtel de ville, ancienne résidence de la famille Gendebien, il a été construit au XVIe siècle, modifié au XIXe siècle, puis restauré en 2008 avec des ajouts modernes mais discrets pour accueillir l'hôtel de ville. L'ancien parc du refuge de l'abbaye d'Aulne, situé derrière les bâtiments, a été classé comme site et renommé « parc de l'hôtel de ville »[114].La maison espagnole, classée en 1972[115].
L'ancien refuge de l'abbaye de la Thure, cédée aux Massart dès 1750, cette propriété historique appartenait autrefois à Saint-Augustin[116].
L'ancien refuge de l'abbaye d'Aulne, commencé dans la première moitié du XVIe siècle sous l'abbatiat[Note 2] de Jean de Lannoy (1529-1556), en style gothique, apprécié dès les premières décennies du XVIIIe siècle et vendu pendant la Révolution française[117].
L'Athénée Royal, ancien collège des Oratoriens. Cet ensemble de bâtiments de style Louis XIV a été construit entre la fin du XVIIe siècle et 1738. Les Oratoriens, établis en 1652, obtiennent sept ans plus tard l'autorisation d'enseigner les humanités jusqu'en 1793. Les bâtiments sont ensuite saisis par la ville lors de la Révolution française et portent successivement les noms de Collège impérial en 1812, communal en 1831 et royal en 1882. En 1950, l'Administration communale cède l'ensemble à l'État, et il abrite désormais l'internat des classes de l'Athénée[116]. Le collège a été transformé entre 1819 et 1823, puis à nouveau en 1877, pour devenir la justice de paix et l'hôtel de ville[118]. En 1980, un incendie a ravagé le bâtiment[115].
La chapelle des sœurs grises.La maison espagnole, construite dans la première moitié du XVIe siècle, avec une porte et une loggia de style néo-renaissance ajoutées au XIXe siècle[119].
L'ancien couvent des Sœurs Grises, datant du milieu du XVIIIe siècle, abrite aujourd'hui le siège de l'Institut Notre-Dame[120]. Reconstruit en 1757 par l'abbé de Lobbes, Dom Théodulphe Barnabé, après un incendie survenu en 1745[121]’[120]. Depuis le XVe siècle, les Sœurs Grises prenaient soin des malades et se consacraient à l'éducation des jeunes filles, et ce, jusqu'en 1817[120].
Située en bordure de rue, la chapelle Sainte-Élisabeth de Hongrie servait d’église au couvent et aurait été construite vers le milieu du XVIIIe siècle, avec une imposante façade baroque. Les orgues qui s’y trouvaient ont été transférées en 1986 à l’église du Christ-Roi, dans le hameau des Waibes, à la suite d'une donation des sœurs[121]. Après sa transformation, la chapelle dispose désormais de trois niveaux, avec un espace ouvert au public au rez-de-chaussée et de nouveaux locaux fonctionnels pour l'école aux étages[120]. Les remparts, remontant au Xe siècle, au XIVe et au XVe siècle[122].
Les fortifications. À partir du castellum en forme d’œuf, installé à la pointe de l’éperon rocheux, la première enceinte urbaine, lancée à l’initiative de Notger à la fin du Xe siècle, s’étendait vers l’est en longeant le sommet du versant nord et les pentes étagées du sud. Lorsqu’une seconde enceinte fut construite aux XIVe et XVe siècles, elle s’étendit vers la plaine, en longeant toujours le bord des pentes. Son front oriental se situa cette fois un peu en retrait de la rue de Charleroi. L’accès à la ville était alors protégé par trois portes fortifiées : au nord-est, la porte de Charleroi dite Bourreau ; au nord-ouest, la porte Notre-Dame ; et au sud-est, la porte de la Houzée. Parmi les tours qui renforçaient les courtines, seule celle du Posty Bury a gardé deux arquebusières en calcaire, tandis que quelques poternes, appelées posty, offraient un passage à travers les remparts[122].
Silverado, création de l'artiste Jérôme Constant sous la forme d'un blason médiéval, représente un grand lion tiré des armoiries de la ville. Il est orné de symboles graphiques propres à Thuin, tels que la batellerie, le beffroi, la blessure de Saint-Roch, le raisin et la couleur rouge du vin[124].
L'œuvre de John Cornu représentant une ruine d'une forteresse ou d'une civilisation disparue sur la place du Chapitre[124].
La chapelle Notre-Dame de Lourdes, construite au début du XIXe siècle[125].
Des maisons de la rue Saint-Jacques, datant des XVIIe et XVIIIe siècles[126].
Vues de la ville haute.
La place du Chapitre avec la galerie au pied du beffroi qui date de la 1er moitié du XIXe siècle[127] et reconstruite dans les années 1980. La galerie est classée en 1983[105].
Les Gardiens du fleuve de Daniel Fauville.
Vue vers l'est.
Vue sur la Grand'Rue et l'ancienne église Notre-Dame des Carmes.
Vue sur les campaniles de l'Athénée royale à gauche et de la chapelle dite des Sœurs grises ou de l'institut Notre-Dame à droite.
Vue vers l'ancien refuge de l'abbaye de Lobbes.
Un sentier vers les jardins suspendus.
Ville basse
L'église Notre-Dame-du-Val à la ville basse.
L'église Notre-Dame d'El Vaux. Ancienne propriété de l'abbaye de Lobbes, fondée au VIIIe siècle grâce à ses fonds, elle passe ensuite sous l'autorité de la collégiale de Lobbes, devenue auxiliaire de la collégiale Saint-Théodard de Thuin en 1494. Après la Révolution française, l'église devient paroissiale en 1803. D'origine romane, elle est transformée dans un style gothique au XVIe siècle[129]. L'édifice actuel, construit en moellons de grès et pierres calcaires de la Sambre, a été rebâti au XIIIe ou XIVe siècle dans un style roman, puis remanié vers la fin du XVIe siècle. La charpente, en forme de coque renversée, couvrant la nef a été réalisée en 1893 par les ouvriers du chantier naval[130].
Chemin qui mène à la ville basse.Dans l'église Notre-Dame d'el Vaulx est conservée une statue du XIIe siècle en chêne, qui représente une sedes sapientiae (Notre-Dame de la Sagesse) dont le style combine les influences mosanes et scaldiennes. Cette église conserve un orgue remarquable de Henri De Volder[131].
Curiosité : un passage routier (en 2016, des escaliers) sous le chœur, servant de liaison entre la ville basse et la position fortifiée à l'époque des remparts et de la citadelle.
Le quartier des mariniers. Il accueille encore d'anciens bateliers à la retraite. Certaines maisons datent des XVIIe et XVIIIe siècles, comme les numéros 16-18 ou 36-42 de la rue du Rivage[135].
Le monument à la batellerie, élevé à l'entrée du quartier des mariniers.
Vues de la ville basse.
Le viaduc en « S » et vue sur les Waibes.
Panorama de la ville basse vers l'ouest.
Panorama de la vallée de la Sambre vers l'est.
Le château Beauregard.
L'intérieur de l'église de la ville basse.
Bois du Grand Bon Dieu
Le calvaire du Grand Bon Dieu.
La chapelle Saint-Léonard, construite en 1688[136],[137],[125].
Le calvaire du Grand Bon Dieu, surplombant la Biesmelle, est une chapelle ouverte construite en 1725 et restaurée en 1857[136].
La chapelle Notre-Dame des Suffrages est un petit édifice qui daterait possiblement du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle, mais qui a connu d’importantes modifications au fil du temps[138].
L'ancien moulin du Bas Marteau, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle[139].
La chapelle de la Sainte-Face, avec sa potale en pierre datant de 1736[139].
Waibes
L'église du Christ-Roi. L'église des Waibes est dédiée au Christ-Roi. Elle a été construite en 1930-1932, en s'inspirant de la collégiale de Lobbes[140].
Hourpes
Le château d'Hourpes (XIXe siècle).
Le château Bonehill : construit vers 1887 dans un style éclectique par Émile Bonehill, fils de Thomas Bonehill, propriétaire des SA Usines Bonehill. Il s'est inspiré d'un château en Allemagne qu'il a reproduit presque à l'identique à Hourpes. Il possède des écuries et une conciergerie.
Le coron constitué de huit maisons sur le site d'un des berceaux de l'industrie sidérurgique dans la vallée de la Sambre. Le premier fourneau est installé à Hourpes vers le XVe siècle et le premier haut fourneau est attesté en 1738. Sa localisation est due à la proximité de la Sambre, voie navigable, à la présence du minerai de fer, de la force hydraulique et du charbon de bois fourni par la forêt. En 1866, les usines devinrent la propriété de la société Bonehill Frères. La construction du coron date de cette période. Hourpes connaît son apogée entre 1880 et 1914[141].
Le « Spantôle » est un ancien canon actuellement exposé sur le Rempart du Nord à proximité de la place du Chapitre. C'est « une pièce massive en fer forgé, travaillée avec grande maîtrise. Sa forme octogonale lui assigne pour origine les provinces du nord de la France. À l'extrémité du tube on remarque deux fleurs de lys héraldiques. La partie postérieure, qui est supposée avoir été la chambre, a été enlevée au burin. La forme exacte de la bouche à feu n'est donc pas connue ; ce qui subsiste du tube mesure 1,4 m de longueur. Le poids total est de l'ordre de 1 500 kg ; l'âme, qui est cylindrique, a un diamètre de 16 cm[142]. »
Le canon est censé avoir été pris par les Thudiniens aux troupes espagnoles, sous les ordres du prince de Condé, lors du siège abandonné de 1653-1654. Mais une pièce périmée depuis longtemps à cette époque ne pouvait pas avoir fait partie du matériel de ce siège[143] et elle n'est pas mentionnée parmi le butin pris par les habitants de Thuin[144]. Cette explication est abandonnée.
C'est très probablement lors du sac de la ville en 1466 par les troupes de Charles le Téméraire que l'arme a été enclouée par les Thudiniens ou abandonnée par les Bourguignons[Note 3],[145] et alors prise comme butin.
Le nom de « Spantôle » est d'origine wallonne et signifierait « propre à épouvanter »[146].
Culture
Musées
Intérieur du musée des Tramways.
En hommage au passé batelier de la ville, un écomusée de la batellerie a été créé. Installé dans l'ancienne péniche Thudo amarrée près du viaduc, il fait revivre quantité d'objets qui faisaient partie du quotidien des familles batelières. La ville est également le point de départ d'excursions en péniche incluant le passage d'écluses. Cette péniche a été construite en 1959 et aménagée en musée en 2002[147].
Le Thudo, écomusée de la batellerie.Thuin possède un tramway historique (tramway Lobbes Thuin) qui rejoint Lobbes. En outre, un musée du tramway est implanté sur le site de l'ancienne gare de l'ouest, près du terminus de la ville basse. Cette voie étroite est un des ultimes reliquats du vicinal qui autrefois couvrait toute la Belgique. Ce tramway touristique est géré par l'ASBLASVi (Association pour la Sauvegarde du Vicinal).
Thuin abrite aussi la Maison de l'Imprimerie. Un musée artisanal vivant dans lequel des machines d'imprimerie, presses typographiques et lithographiques, en fonctionnement sont visibles (dont une presse datant de 1875). Il est aussi possible d'observer la fabrication de papier chiffon et d'apprendre le comment se réalise une reliure.
En 1948, Lucien Deroisy réalise Le trouble-fête[149], produit par Charles Dekeukeleire. 13 minutes. Travail de commande pour une association de compagnies d'assurance. Tournée lors de la cinquantième Marche Saint-Roch à Thuin, une suite de saynètes destinées à attirer l'attention envers les risques d'accidents domestiques, incendies, asphyxies, empoisonnements pouvant résulter de la distraction ou de la négligence.
Marche d'Entre-Sambre-et-Meuse Saint-Roch
Les tromblons de la Ve infanterie de la Cie de Saint-Roch tirant une salve.
Le culte de Saint-Roch[150] prend racine en 1635, à la suite de l’épidémie de peste qui sévit dans la région. Les historiens se réfèrent à cette date car c’est à cette période que la confrérie Saint-Roch est citée.
Saint-Roch, Statue de bronze datant de 2002.
À l’origine, c’est une procession religieuse qui regroupe des compagnies de guerriers improvisées. Elle est abolie en 1789, mais elle est réorganisée en 1866 à la suite des épidémies de choléra qui ravagent les bas quartiers de la ville de Thuin. Depuis lors, cette procession s'est déroulée de manière ininterrompue, à l'exception des deux conflits mondiaux et de la crise du Coronavirus en 2020.
La marche de Saint-Roch est célébrée le 3e dimanche de mai pour la dissocier de la procession Notre-Dame. Cette dernière était fêtée le même jour mais, dans le but de lui redonner son prestige originel, une autre date fut établie.
La Saint-Roch se déroule sur 3 jours consécutifs : le samedi, le dimanche et le lundi.
Le 1er jour, les Thudiniens se donnent rendez-vous lors d’un rassemblement en soirée (régulièrement 20 h 30) où les 9 campes (canons) sont tirés et annoncent le début officiel des festivités, qui commencent par une retraite aux flambeaux réunissant marcheurs et civils.
La marche au flambeaux lors de la Saint-Roch avec le beffroi illuminé.
Le 2e jour, la procession prend forme dès le matin (10 h) à l’église Notre-Dame d’el Vaulx. Elle prend ensuite la direction du monument aux marcheurs et du monument aux morts. L’après-midi, c’est une marche/procession qui fait le tour de Thuin en repassant par l’église Notre-Dame d’el Vaulx et le monument aux marcheurs. Ensuite, les processionnaires prennent le chemin de la place des Waibes sur l'autre rive de la Sambre, de l’église du Christ-Roi, passent devant la chapelle Notre-Dame de Lourdes ainsi qu’à quelques mètres de la chapelle Saint-Roch. Avant d’amorcer la redescente vers le centre de Thuin, ils passent également devant la chapelle de la Sainte-Immaculée Conception et s’arrêtent à la rue du Moustier avant de rentrer dans l'église Notre-Dame d’el Vaulx.
Le 3e jour est surtout réservé à la population thudinienne et aux seules sociétés locales qui se rassemblent les unes chez les autres autour de déjeuners copieux pour ensuite prendre le départ de la marche vers la chapelle Saint-Roch. Après avoir rendu hommage à la relique lors du passage à la chapelle, ils se dirigent vers la potale Saint-Roch où la société des chasseurs-carabiniers joue la Brabançonne (hymne national belge), ensuite redescendent vers l’église Notre-Dame d’el Vaulx pour s’arrêter à la place du Chapitre au pied du beffroi où sont remises des décorations aux marcheurs anciens.
La ville haute vu de la ville basse (quartiers des Bateliers).
La Sambre.
La ville haute et le beffroi.
Vue vers la vallée de la Biesmelle.
Une partie des jardins suspendus.
Économie
Tissu économique de Thuin
Le tissu économique de Thuin se caractérise par une structure diversifiée dominée par un réseau dense de petites entreprises, de commerces de proximité et d’activités liées au tourisme patrimonial. L’économie locale repose sur une dynamique entrepreneuriale soutenue par l’Agence de Développement Local de Thuin (ADL), qui joue un rôle central dans l’accompagnement des porteurs de projets et dans la coordination des acteurs économiques publics et privés[151].
L’activité économique thudinienne s’inscrit dans un territoire semi‑rural de 14 864 habitants (2025), marqué par une densité relativement faible et une population vieillissante, ce qui influence la structure de la demande locale et les besoins en services[152]. Les villages qui composent la commune tels que Gozée, Ragnies, Biercée ou Thuillies contribuent chacun à un maillage économique fondé sur l’artisanat, l’agriculture durable et les circuits courts, secteurs explicitement soutenus par les politiques locales[151].
Le commerce constitue l’un des piliers du tissu économique, avec une volonté affirmée de renforcer l’attractivité des zones commerciales et de soutenir l’HoReCa, notamment via des initiatives comme l’extension des terrasses, la création de pop‑up stores ou l’organisation d’événements saisonniers visant à dynamiser la fréquentation[151],[153]. Le tourisme occupe également une place stratégique, porté par des atouts patrimoniaux majeurs tels que la Ville Haute, les jardins suspendus, l’Abbaye d’Aulne ou la halte nautique, dont le développement s’inscrit dans une logique de tourisme durable[151].
L’agriculture locale, bien que minoritaire en termes d’emploi, occupe une place stratégique dans la politique économique : promotion des circuits courts, marché des producteurs, valorisation des ressources rurales et soutien aux exploitations engagées dans des pratiques durables. Cette orientation contribue à ancrer l’économie thudinienne dans une logique territoriale et qualitative[151].
Entreprises
La plupart des entreprises sont situées dans le zoning Lobbes-Thuin.
Le commerce thudinien repose d’abord sur un réseau dense de boutiques indépendantes réparties entre le centre historique, les villages de l’entité et les axes de passage. Les communications officielles de la Ville montrent une activité régulière des commerçants, y compris lors de jours fériés, avec des ouvertures exceptionnelles et une diversité de secteurs allant de la fleuristerie à l’alimentation spécialisée, en passant par la mode, la chocolaterie ou les soins esthétiques. Cette vitalité commerciale repose sur une logique de proximité, soutenue par l’Agence de Développement Local (ADL), qui centralise l’annuaire des commerces et coordonne les initiatives locales[161].
Un élément structurant de la vie économique thudinienne est le Marché des producteurs et artisans locaux, devenu un véritable marqueur identitaire. Créé en 2017, il s’est imposé comme un lieu de rencontre entre habitants, artisans et producteurs régionaux. Les éditions successives montrent une montée en puissance du concept : diversité des produits (bières locales, confiseries, légumes bio, cosmétiques artisanaux, créations en bois, bijoux…), implication croissante des artisans et intégration d’animations culturelles ou démonstrations de savoir-faire[162]. Ce marché joue un rôle économique notable en offrant une vitrine aux indépendants et en attirant un public local et touristique.
Les développements les plus récents indiquent une évolution stratégique : à partir de 2026, le marché adopte un format en soirée et une nouvelle gouvernance portée par l’ASBL CEAN, avec une orientation plus marquée vers la durabilité, l’expérimentation artistique et la valorisation du patrimoine. Cette transformation vise à renforcer l’attractivité commerciale du centre-ville en créant un rendez‑vous régulier, festif et identitaire au pied du Beffroi[163].
Enfin, les reportages locaux montrent que ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large de soutien aux indépendants, notamment après les périodes difficiles liées aux contraintes sanitaires. Les marchés, animations et actions de l’ADL sont explicitement présentés comme des leviers pour stimuler la fréquentation, encourager l’achat local et maintenir la diversité commerciale de l’entité[164].
Tourisme
L'office du tourisme.
Thuin possède un riche patrimoine historique et paysager qui en fait une destination touristique prisée en Wallonie. Son beffroi, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO, est l’un des joyaux de la cité médiévale[165]. Le centre ancien séduit avec ses ruelles pittoresques et surtout ses jardins suspendus, près de 200 terrasses aménagées sur les pentes de l’ancien rempart. Ces jardins, aujourd’hui en partie plantés de vignes exploitées par la distillerie de Biercée, proposent une promenade qui allie histoire, paysages et art contemporain[165].
La commune abrite aussi l’Abbaye d’Aulne, un vaste ensemble cistercien en ruines située dans la vallée de la Sambre. Ouvert au public, le site est l’un des incontournables touristiques de la région et propose régulièrement des visites guidées, des promenades à thème et des événements culturels organisés par l’Office du tourisme de Thuin[166].
Thuin est aussi connue comme la capitale de la batellerie, grâce à son port de plaisance et à la péniche-musée Thudo, qui retrace l’histoire fluviale locale. L’Office du tourisme organise des excursions, des visites guidées multilingues et propose la privatisation de sites patrimoniaux comme le beffroi, l’abbaye ou la péniche. L’offre touristique s’enrichit d’activités de plein air, comme des promenades dans les quartiers historiques, sur les sentiers boisés ou le long de la Sambre, souvent mises en avant dans les itinéraires proposés aux visiteurs[167].
Balises de randonnées quelque part dans la ville.
Panneaux d'indications.
Plaque explicatif sur l'ancien Collège des Oratoriens.
Un sentier du GR129 dans le bois près de l'abbaye d'Aulne.
La ville de Thuin constitue un pôle important du tourisme vert en Wallonie grâce à la diversité de ses paysages, mêlant vallées, forêts, coteaux viticoles et patrimoine médiéval. Plusieurs itinéraires balisés permettent de découvrir la région à pied ou à vélo. Le réseau RAVeL, qui longe la Sambre et traverse l’ancienne cité batelière, offre des parcours accessibles à tous, notamment le chemin de halage reliant Thuin à l’abbaye d’Aulne. Les visiteurs peuvent également explorer les jardins suspendus, classés et aménagés en terrasses, qui témoignent de l’histoire horticole de la ville[168].
Le Bois du Grand Bon Dieu, situé sur les hauteurs, constitue un espace naturel apprécié pour ses sentiers ombragés et son caractère mystique. Plusieurs circuits de randonnée y sont proposés, dont des itinéraires familiaux et des parcours plus sportifs. Des plateformes de randonnée comme Komoot, AllTrails ou Visorando recensent de nombreux tracés autour de Thuin, incluant des boucles permettant de découvrir la vallée de la Sambre, les méandres de la Biesmelle ou encore les paysages ruraux de la Thudinie[169]. La région est également intégrée à de vastes réseaux de promenades couvrant l’Entre-Sambre-et-Meuse. Les itinéraires proposés incluent des parcours pédestres, cyclistes et équestres, totalisant plusieurs centaines de kilomètres balisés[170].
Anciennes industries et activités
Batellerie
Le quartier des mariniers vu depuis le beffroi.
La rive droite de la Sambre accueille, dès l'époque romaine, une petite communauté portuaire prospérant grâce au commerce[171]. Dès 1372, voire même avant, une corporation de bateliers appelée navieurs ou naiveurs existait[115]. Sous le régime hollandais, la Sambre canalisée est ouverte en 1829 en présence du roi Guillaume 1er des Pays-Bas. Dès 1840, deux bateliers thudiniens établissent la première liaison entre Charleroi et Paris. Le transport fluvial devient moins pénible et dangereux, ce qui entraîne une forte augmentation du trafic. Dans ce contexte, l'industrie batelière de Thuin se développe rapidement, avec l'installation d'au moins six chantiers navals sur les rives de la Sambre durant la deuxième moitié du XIXe siècle. À cette époque, Thuin devient, de manière surprenante, le deuxième port fluvial de Belgique après Anvers. Peu avant la Seconde Guerre mondiale, la ville comptait encore plus de mille cent chefs de famille bateliers parmi ses cinq mille habitants[172]. Le quartier des mariniers à Thuin préserve vivamment la mémoire de la batellerie[171].
Industries
Dès le Moyen-Âge, des moulins et de petites industries artisanales se sont installés le long de la Biesmelle, utilisant la force motrice. Au fil des siècles, une multitude de tanneries, fonderies, cordonneries, brasseries, scieries, forges, clouteries, ainsi qu'une sucrerie, une usine électrique et une scierie de marbre y ont vu le jour[104]’[173]… Des carrières de grès sont exploitées dès le Moyen-Âge sur la rive gauche de la Sambre, ces pierres locales étant un matériau idéal pour les constructions : églises, beffroi, remparts… Cette activité a jadis enrichi plusieurs générations de carriers et a contribué au développement des Waibes[173].
Au confluent de la Biesmelle et de la Sambre se trouvait autrefois le chantier de l’Union batelière, spécialisé dans la construction en cale sèche de péniches en bois. Après le goudronnage et le calfatage de la coque, l’ouvrage était mis à flot grâce à un système de portes et de vannes permettant de faire monter les eaux de la rivière. Le même procédé était utilisé pour les opérations de radoub[174].
La ville de Thuin compta jusqu’à six chantiers navals actifs. Un seul subsistait. Celui‑ci s'était progressivement orienté vers la construction et l’entretien de péniches en fer équipées de moteurs, tout en développant une production de bateaux de plaisance et, dans certains cas, de voiliers destinés à la navigation hauturière[174].
Parmi les réalisations notables figure le Williwaw, voilier avec lequel le navigateur Willy de Roos accomplit le premier passage en solitaire du Nord‑Ouest américain. Ce navire fut construit à Thuin par les chantiers Michot frères[174].
Industrie sidérurgique à Hourpes
Depuis le Moyen Âge, le territoire du Val de Sambre constitue un espace d’exploitation du minerai de fer, favorisé par l’abondance des forêts locales qui alimentaient les forges en combustible. La Sambre jouait un rôle essentiel dans le transport, permettant l’acheminement du minerai et l’évacuation des productions métallurgiques. L’avènement de la Révolution industrielle transforma profondément cette activité : l’usage croissant de la houille, l’introduction de la vapeur, la création de sociétés anonymes, l’essor du chemin de fer et l’indépendance de la Belgique contribuèrent à faire de la région un pôle sidérurgique majeur[175].
À Hourpes, un premier haut fourneau aurait été édifié en 1738. L’usine prit une dimension industrielle lorsque Thomas Bonehill, ingénieur britannique appelé en Wallonie pour moderniser les forges de l’Entre-Sambre-et-Meuse, en devint propriétaire en 1824. Son action dans la région de Charleroi est souvent rapprochée de celle de John Cockerill dans le bassin liégeois. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le site d’Hourpes atteignait une production remarquable, avoisinant 48 000 tonnes de fonte et 53 000 tonnes de coke par jour. À la veille de la Première Guerre mondiale, les dirigeants et les quelque 800 ouvriers refusèrent de participer à la fabrication d’armement pour l’occupant allemand ; les installations furent détruites en représailles. Bien que l’activité ait repris par la suite, elle ne retrouva jamais son dynamisme initial, affaiblie notamment par les rivalités économiques entre bassins sidérurgiques. À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, l’usine fut démontée et transférée près de Dublin, où elle demeura en service jusque dans les années 2000[176]’[177].
Aujourd’hui, les laminoirs d’Hourpes ont disparu et la nature a progressivement recouvert les traces de l’industrie. Le hameau, accessible par des sentiers forestiers, se compose d’un château et d’un ancien coron, témoins silencieux de l’intense activité passée. Les petites maisons ouvrières alignées rappellent la vie quotidienne des travailleurs, tandis que le château, construit vers 1887 par Émile Bonehill, fils de Thomas, se distingue par ses façades en grès agrémentées de décors en briques. La tradition rapporte que son propriétaire appréciait prendre ses repas au sommet de la tour, dominant un paysage aujourd’hui apaisé[178].
Voies de communication
Sans être un nœud de communication important, Thuin peut être rallié à l'aide de bon nombre de moyens de transport.
Bateau
La Sambre.
La Sambre, canalisée au gabarit 38,50 m depuis 1829, traverse la ville en offrant de très jolis paysages depuis sa vallée. Quatre écluses (no 5, 6, 7 et 8) sont situées sur le territoire de la commune.
En , la navigation y est devenue anecdotique car des ouvrages d'art situés en territoire français, sur le canal de la Sambre à l'Oise, risquaient de s'effondrer. De la sorte, il était impossible d'effectuer le voyage vers la vallée de l'Oise et donc d'arriver à Paris. Les travaux de rénovation de ces ouvrages ont eu lieu entre 2019 et 2021, et la réouverture du canal a eu lieu en [179].
Jusqu'au milieu des années 1960, la ville disposait également d'une autre gare (Thuin-Ouest) qui était desservie par la ligne 109 (Mons-Chimay). Cette ligne fut ouverte à l'exploitation complètement en 1882. Le , la ligne 109 a été fermée définitivement.
Routes
Pont au-dessus de la Sambre pris du beffroi.
Thuin se trouve sur la nationale 59 (Seneffe-Gozée), qui rejoint à Gozée la nationale 53 reliant Charleroi à Chimay. Abordant la ville par le côté Nord, la route doit traverser la vallée de la Sambre pour rejoindre le plateau Sud où se situe le centre de la ville haute. Autrefois ce passage s'effectuait par une route en lacets, par un passage à niveau et par un pont à tablier ridiculement étroit sur la Sambre, occasionnant ainsi des embouteillages quotidiens importants en même temps que des difficultés de navigation dangereuses quand la Sambre était en crue. Depuis la fin des années 1960, un pont en « S » enjambe la voie ferrée et le cours de la rivière.
Chemin de fer vicinal (tramway)
Un des trams de la ligne touristique exploitée par l'ASVi.
Thuin possède un tramway historique qui rejoint Lobbes. En outre, un musée du tramway est implanté sur le site de l'ancienne gare de Thuin-Ouest, près du terminus de la ville basse. Cette voie étroite est l'un des ultimes reliquats du vicinal qui autrefois couvrait toute la Belgique. Ce tramway touristique est géré par l'ASBLASVi (Association pour la Sauvegarde du Vicinal).
Deux lignes de tram avaient leur terminus sur la place de la Ville-Basse :
Maison de repos : Home Le Gai Séjour, drève des Alliés[180].
Sports et vie associative
Sports
Clubs
Badminton : Les Fous du Volant Thudiniens. Ce club actif au Centre sportif local propose des rencontres amicales, des entraînements structurés et participe à des compétitions provinciales. Il organise ponctuellement des journées découvertes et des tournois internes[181].
Tennis : Tie Break Thudinien, Tennis club de Thuin. Le club organise chaque année des tournois interclubs, des compétitions homologuées et des animations saisonnières. Les installations, situées rue de Biesme, permettent la tenue d’événements tant pour les jeunes que pour les adultes[182].
Stade Roger Langelez, rue Crombouly. Il constitue le principal lieu d’accueil des rencontres officielles. Il héberge les matchs de championnat des équipes locales ainsi que des tournois régionaux.
Hall polyvalent Centre sportif local de Thuin, route de Thuin, à la limite avec Gozée. Infrastructure majeure de la commune, il héberge des stages sportifs, des journées multisports, des initiations encadrées et des événements associatifs couvrant disciplines collectives, gymnastique, arts martiaux et activités de remise en forme[183].
Courts de tennis, rue du Laid Pas et rue de Biesme.
Terrain du RRFC Gozée, rue Armand Bury.
Complexe sportif Shape&Go - Arena, rue de Donstiennes à Thuillies.
Monument devant la maison de la Fédération cynologique internationale.
La vie associative à Thuin se caractérise par une densité remarquable d’organisations actives dans les domaines culturel, social, sportif, patrimonial et environnemental, reflétant le rôle de la ville comme centre historique et communautaire de la Thudinie. Elle s’appuie sur un réseau structuré d’ASBL, de services publics locaux et de collectifs citoyens, totalisant près d’une cinquantaine d’associations recensées sur le territoire communal[185].
La vie associative thudinienne s’inscrit dans un environnement institutionnel dynamique, soutenu par la Ville de Thuin, le Centre culturel Haute Sambre, le CPAS, la Maison des Jeunes, l’Office du Tourisme et divers partenaires locaux, qui coordonnent activités, infrastructures et événements publics[186].
Thuin est aussi le siège de la Fédération cynologique internationale et de l'Union Royale des Sociétés de Tir de Belgique[187].
Le secteur social est représenté par un ensemble d’organisations œuvrant dans l’aide à la personne, la solidarité et la santé[188]:
Maison Croix-Rouge du Val des Aulnes, aide alimentaire et sociale.
Vie Féminine Charleroi, actions en faveur des femmes.
Alzheimer Café de Thuin, rencontres et ateliers de soutien pour proches et patients.
Espoir thulisien, organisation locale active dans la solidarité et l’animation de quartier.
La ville accueille plusieurs structures dédiées à l’enfance et à la jeunesse[185]:
Patro Notre-Dame de Grâce de Gozée, mouvement de jeunesse.
Instituts scolaires locaux (Institut du Sacré-Cœur, écoles communales), souvent associés à des activités parascolaires et communautaires.
Maison des Jeunes, acteur central de l’animation socioculturelle .
Paul Furlan (1962-2023) : ministre wallon des Pouvoirs Locaux et bourgmestre de Thuin.
Notes et références
Notes
↑Ces chiffres reprennent toutes les personnes inscrites dans la commune le premier jour du mois écoulé, quel que soit le registre dans lequel elles sont reprises (registre de la population, registre des étrangers ou registre d'attente).
↑Cette explication est également présente sur le panneau placé sur la muraille à côté du canon alors qu'une inscription sur une pierre placée au sol devant le canon présente l'histoire qui se serait déroulée en 1654.
↑Jean Germain, Guide des gentilés : les noms des habitants en Communauté française de Belgique, Bruxelles, Ministère de la Communauté française, (lire en ligne)
↑Patrick Lemaire, « Quinze marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse admises au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco », L'Avenir (Belgique), (lire en ligne)
↑Cf. Renard, J., Le Cahier gozéen de la Grande Guerre, Archives générales du Royaume et Centre d'histoire et d'art de la Thudinie, Bruxelles, 2009 (Coll. Études sur la Première Guerre mondiale, n°15).
↑Cf. Foulon, R., Six jours de folie en Thudinie dans Sambre & Heure, décembre 1994, p.1-11 (Publication du Centre d’histoire et d’art de la Thudinie, n°44) et MOREL, A., Un chirurgien français se souvient de mai 1940… dans Sambre & Heure, mars 1987, p.4-16 (Publication du Centre d’histoire et d’art de la Thudinie, n°13).
↑Lieve Viaene-Awouters et Ernest Warlop, Armoiries communales en Belgique, Communes wallonnes, bruxelloises et germanophones, t. 2 : Communes wallonnes M-Z, Communes bruxelloises, Communes germanophones, Bruxelles, Dexia, , p. 741
↑Lieve Viaene-Awouters et Ernest Warlop, Armoiries communales en Belgique, Communes wallonnes, bruxelloises et germanophones, t. 2 : Communes wallonnes M-Z, Communes bruxelloises, Communes germanophones, Bruxelles, Dexia, , p. 742
↑François t'Sas, « La grosse bombarde de Gand », Armici antiche, Bollettino dell'Accademia di S.Marciano., , p. 43-47 ; 74 cité par Horemans 1983, p. 80-81.
↑Didier Albin, « De Lobbes à Thuin, ils restent les maitres incontestés des rivières : les jouteurs thudiniens n'ont pas de concurrents », Le Soir, (lire en ligne, consulté le )
↑M.-J. Chartrain-Hebbelinck, Théo Van Rysselberghe, Le Groupe des XX et la Libre Esthétique vol. XXXIV, Revue belge d’Archéologie et d’Histoire de l’Art, , p. 110
Anne-Catherine Bioulet al., Le patrimoine du Val de Sambre : De Landelies à Erquelinnes, Institut du Patrimoine wallon, coll. « Carnets du patrimoine » (no 144), , 60 p. (ISBN978-2-87522-022-6)
Anne-Catherine Bioulet al., Balades à Thuin, à la découverte de son patrimoine, Agence Wallonne du patrimoine, coll. « Carnets du patrimoine » (no 165), , 64 p. (ISBN978-2-39038-065-8)
Michel Conreur, Panorama de l'Histoire de Thuin : Un grand passé pour une petite ville..., Thuin, Michel Conreur, , 88 p.
Léonce Deltenre, « Héraldique et sigillographie. Les sceaux, cachets et timbres armoriés de la ville de Thuin », Documents et rapports de la Société royale d'archéologie et de paléontologie de Charleroi, t. LV, 1970-1971, p. 87-117
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Joël Mulatin, Il était une fois l'entité de Thuin, Jumet, iph éditions, , 134 p. (ISBN2-930336-79-X)
Auguste Soupart, Histoire du doyenné de Thuin, Tome Ier : Vue d’ensemble, 46 pages — Tome II : Les 62 paroisses, 93 pages, Cahiers du Musée de Cerfontaine n° 202 et 203, 1996