Gouvernement Duplessis I

Gouvernement Godbout I Gouvernement Duplessis I Gouvernement Godbout II
19e législature 20e législature 21e législature
1936 1937 1938 1939
Gouvernement Duplessis I

Québec

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Premier ministre Maurice Duplessis
Élection 1936
Législature 20e
Formation
Fin
Durée 3 ans, 2 mois et 13 jours
Composition initiale
Parti politique Union nationale
Représentation
Assemblée législative (1936)
76  /  90
Drapeau du Québec

Le mandat du premier gouvernement de Maurice Duplessis, de l'Union nationale, s'étend du au . Duplessis devient premier ministre du Québec à la suite de la victoire écrasante de la nouvelle formation aux [[Élections générales québécoises de 1936|élections du ]], qui met fin à près de quarante ans de domination libérale ininterrompue (1897-1936). Il obtient plus tard un second mandat ininterrompu, de 1944 à 1959.

Caractéristiques

Les engagements de l'Union nationale durant la campagne électorale de 1936 sont clairs : il faut mettre fin à la corruption et au patronage, et engager de grandes réformes pour sortir de la Crise économique[1]. Sitôt élu, le gouvernement s'empresse de les oublier : le patronage change de couleur et les réformes, telle la nationalisation de l'électricité préconisée par les anciens membres de l'Action libérale nationale (ALN) ralliés à l'Union nationale, sont remises à plus tard. Les unionistes déçus (Philippe Hamel, Oscar Drouin, René Chaloult, François Leduc) sont mis à la porte du gouvernement[2].

La lutte anti-communiste et la loi du cadenas

Comme Taschereau, Duplessis mise sur l'entreprise privée pour développer le Québec. Ce qui le distingue de l'ancien gouvernement, c'est son anticommunisme féroce et sa lutte acharnée contre les syndicats, qu'il accuse d'ailleurs d'être affiliés aux communistes. La Loi protégeant la province contre la propagande communiste, dite « loi du cadenas », sanctionnée le , autorise le procureur général, fonction qu'occupe Duplessis lui-même, à fermer pour un an tout local servant à propager le communisme ou le bolchévisme sans préciser ces termes[3]. Elle est invalidée par la Cour suprême du Canada en 1957 dans l'arrêt Switzman v. Elbling.

L'autonomie provinciale et l'alliance avec Hepburn

Duplessis remet à l'ordre du jour le principe de l'autonomie provinciale cher à Honoré Mercier et à Lomer Gouin. Il refuse l'amendement constitutionnel proposé par Ottawa qui transférerait au gouvernement fédéral la compétence sur l'assurance-chômage, formulant à cette occasion la célèbre maxime « Notre autonomie provinciale, c'est notre âme! » Il s'allie avec le premier ministre de l'Ontario, Mitchell Hepburn, pour former un front commun contre les tendances d'empiètement du gouvernement fédéral de Mackenzie King[4].

La crise de l'aile actionniste et la fondation du Parti national

La rupture entre Duplessis et l'aile actionniste de l'Union nationale s'aggrave en 1937. Oscar Drouin démissionne du cabinet le après l'abandon du projet de nationalisation de l'électricité. Philippe Hamel, jamais nommé au cabinet malgré son rôle dans la coalition de 1935-1936, multiplie les attaques contre la politique électrique du gouvernement. Le , Hamel, Drouin, René Chaloult, Adolphe Marcoux et Joseph-Ernest Grégoire fondent le Parti national, qui se présente comme l'héritier authentique du programme de l'ALN[2].

La défaite de 1939 sur la question de la guerre

La déclaration de guerre du Canada à l'Allemagne le bouleverse la conjoncture politique. Duplessis dissout la législature le et place la campagne sur le terrain de l'autonomie provinciale et de l'opposition à la centralisation fédérale en temps de guerre. Les ministres fédéraux québécois (Ernest Lapointe, C. G. Power et Arthur Cardin) interviennent massivement dans la campagne en promettant de démissionner du cabinet King, et donc d'ouvrir la voie à la conscription, si Duplessis est réélu[1]. L'[[Élection générale québécoise de 1939|élection du ]] est un désastre pour l'Union nationale, qui ne fait élire que 15 députés contre 69 pour les libéraux d'Adélard Godbout.

Chronologie

  •  : assermentation du cabinet Duplessis devant le lieutenant-gouverneur Ésioff-Léon Patenaude. Une controverse a lieu parce que Philippe Hamel, l'une des têtes d'affiche de l'Union nationale, n'est pas membre du Conseil des ministres[2].
  •  : adoption de la Loi des salaires raisonnables, qui devient plus tard la loi du salaire minimum.
  •  : début de la première session de la 20e législature. Un Office du crédit agricole est créé.
  •  : création du ministère de la Santé ; le docteur Albiny Paquette est assermenté le .
  •  : le Québec adhère au régime fédéral de pensions de vieillesse, financé à parts égales par les deux paliers de gouvernement[5].
  •  : Oscar Drouin démissionne du cabinet, le premier ministre ayant refusé de mettre en place une régie provinciale de l'électricité telle que promis durant la campagne électorale.
  •  : René Chaloult est expulsé du caucus des députés parce qu'il sympathise trop avec les dissidents Hamel et Drouin.
  •  : le groupe Hamel se scinde officiellement de l'Union nationale.
  •  : sanction de la Loi protégeant la province contre la propagande communiste (« loi du cadenas »)[3].
  •  : fondation du Parti national par Hamel, Drouin, Chaloult, Adolphe Marcoux et Joseph-Ernest Grégoire.
  • Été-automne 1937 : grève aux chantiers maritimes de Sorel. Duplessis prend ouvertement parti pour l'employeur, accusant le syndicat de tendances pro-communistes.
  •  : début de la troisième session de la 20e législature. On annonce l'établissement d'écoles d'agriculture et la création d'une école des mines à Québec. Duplessis prononce sa célèbre formule « Notre autonomie provinciale, c'est notre âme! » en refusant le transfert au fédéral de la compétence sur l'assurance-chômage[4].
  •  : débat à Ottawa sur un éventuel désaveu de la loi du cadenas.
  • au  : congrès d'orientation du Parti libéral du QuébecAdélard Godbout inscrit notamment l'engagement d'accorder le droit de vote aux femmes.
  •  : pour des raisons obscures, Duplessis expulse François Leduc du Conseil des ministres par une démission collective suivie d'une réassermentation sans lui.
  •  : rejet en deuxième lecture du projet de loi sur le droit de vote des femmes, treizième tentative depuis 1922.
  •  : première manifestation anti-conscriptionniste à Québec, à la menace d'une nouvelle guerre.
  •  : le Canada déclare la guerre à l'Allemagne, dix jours après l'invasion de la Pologne.
  •  : Duplessis recommande la dissolution de la législature.
  •  : annonce des [[Élection générale québécoise de 1939|élections générales pour le ]]. Selon Duplessis, Ottawa a déclaré la guerre pour mieux lancer « sa campagne de centralisation et d'assimilation des pouvoirs provinciaux ».
  •  : Ernest Lapointe, lieutenant de Mackenzie King au Québec, annonce l'intention du gouvernement fédéral de prendre part à la campagne électorale[6].
  •  : l'Union nationale est défaite avec 15 élus contre 69 libéraux.
  •  : Adélard Godbout est assermenté premier ministre, mettant fin au premier mandat de Duplessis[1].

Lois marquantes

  • 1936 : Loi des salaires raisonnables (1 George VI, ch. 50), ancêtre de la loi du salaire minimum.
  • 1936 : loi créant l'Office du crédit agricole.
  • 1936 : loi créant le ministère de la Santé.
  • 1937 : Loi protégeant la province contre la propagande communiste (1 George VI, ch. 11), invalidée par la Cour suprême du Canada en 1957.
  • 1937 : loi instituant la Régie provinciale de l'électricité.
  • 1937 : loi de l'assistance aux mères nécessiteuses.
  • 1937 : loi de l'assistance aux aveugles.
  • 1937 : loi affirmant la préséance du français sur l'anglais dans l'interprétation des lois (bill 38).
  • 1938 : loi établissant le Parc national du Mont-Orford (bill 70).
  • 1938 : loi portant le crédit agricole à 25 millions de dollars.

Composition

Gouvernement Maurice Duplessis en 1936. De gauche à droite : Antonio Élie, François Leduc, Albiny Paquette, Bona Dussault, Henry Auger, Oscar Drouin, Maurice Duplessis, Martin Fisher, Onésime Gagnon, John Bourque, William Tremblay, Joseph Bilodeau, Thomas Joseph Coonan, Gilbert Layton.

Cabinet initial (26 août 1936)

Remaniements

Nomination du  : Thomas Chapais, ministre sans portefeuille.

Remaniement du  :

Remaniement du  :

Remaniement du (le cabinet est réassermenté pour en expulser François Leduc) :

  • Maurice Duplessis : premier ministre, procureur général, ministre des Terres et Forêts, ministre de la Voirie

Remaniement du  :

  • John Samuel Bourque : ministre des Travaux publics, ministre des Terres et Forêts (succède à Duplessis à ce dernier ministère)

Nomination du  :

Notes et références

  1. « DUPLESSIS, sir MAURICE LE NOBLET », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le )
  2. Pierre Dumas, « De l'ALN à l'Union nationale », sur Cap-aux-Diamants no 144, Érudit (consulté le )
  3. Richard Jones, « Le cadenas sur la porte! », sur Cap-aux-Diamants vol. 1, no 3, Érudit (consulté le )
  4. René Durocher, « Maurice Duplessis et sa conception de l'autonomie provinciale au début de sa carrière politique », sur Revue d'histoire de l'Amérique française, Érudit (consulté le )
  5. « Adhésion du Québec au régime fédéral de pensions de vieillesse », sur Bilan du Siècle, Université de Sherbrooke (consulté le )
  6. « LAPOINTE, ERNEST », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le )

Bibliographie

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